UNIVEqSITE DE LILLE III
U, EoR 0 DE L~,:t~~~STIqUE FRANCAISE
ET
SCIENCES DES LITTERATURES
ET
l
TRADITIONS
Thèse pour
le DOCTORAT D1ETAT
présentée par
MOHt\\MADOU
Kl\\NE
Directeur de Recherches M. Roger MERCIER
Professeur

1
Quelques considérations sur les deux éléments du sujet permet-
tront à coup sOr de saisir la raison profonde de son choix. Car on peut
s'étonner que sa formulation n'ait pas fait ressortir le conflit de la
tradition et du modernisme. Il fallait de toute évidence éviter de prolonger
le discours de tout le monde sur un thème aussi galvaudé qui a donné lieu
à une recherche plus ou moins originale. la tendance y est de procéder
par des simplifications abusives et par des réductions excessives. N'a-t-on
l
pas cédé trop longtemps à la tentation de ramener tous les problèmes afri-
cains à une certaine quête pour une authenticité culturelle qui ne se trou-
ve mise en question que parmi les intellectuels? Oc même, aujourd'hui,
n'est-on pas trop tenté de déceler partout des manifestations ou contre-
coups du conflit de la tradition et du modernisme, coome si ce divorce
était fatal en Afrique, comme si ses conséquences devaient avoir la même
acuité dans tous les milieux! comme si l'essentiel ne se confondait pas à
un problème d'~tre,'JG survi(;t et surtout de conquête de la liberté!
Quoiqu'il en soit le thème du conflit de la tradition et du
modernisme se prêtant à toutes sortes de digressions, d'extrapolations,
et ouvrant la voie à des facilités surprenantes,ne correspondait pas à
l'orientation de notre pensée. Des travaux sur les Cont~ d'Amadou Koumba,
et d'une façon générale sur le conte africain, avaient permis de saisir
l'intérêt d'une étude tendant a faire·ressortir la continuité relative du
discours traditionnel oral au discours écrit, du conte au roman. Se gref-
fent sur ce problème, celui de la survie de la tradition dans un contexte
de modernisation et celui de l'intelligence et de la sensibilité caractéris-
tiques de la société traditionnelle. Autrement dit, plus nécessaire et urgen-
te paraissait l'étude des formes et conditions du discours narratif dans
le conte et le roman africains. Et cela avec d'autant plus de netteté et
de force que se produisait une convergence de points de vue de plusieurs

chercheurs, T. r1ELDNE (1), E. N. OBIECHlNA (2), J. OKPAKU (3), J. JANl1 (4) ••• p
sur là spécificité de la littérature africaine, la continuité du discours
narratif d'une littérature à l'autre et l'importance de la survie des
IIformes traditionnelles ll dans le roman africain.
Peut-être doit-on, en outre» déceler dans la détermination du
sujet un certain goQt du paradoxe. Il se lirait dans le passage d'un genre
traditionnel à un genre moderne, d'un genre enraciné dans le terroir afri-
cain ~ un autre d'importation. Albert GERARD montre avec pertinence que le
roman qui a três vite conquis le public africain et qui véhicule ses postula-
tions et représentations du monde moderne rompt avec les traditions cul-
turelles africaines (5). Ne serait-c~ que parce qu'aux anciennes formes
collectives d'enrichissement intellectuel, il en substitue une qui favorise
l'individualisme. Il reflète et accélère l'évolution des traditions. Il
ouvre la voie à l'émergence de nouve1l8s formes de sensibilité,.. On corn··
prend alors que l'intérêt des chercheurs soit conme accaparé par le problè-
me de lu survie du discours afticain, oral ~ en langue africaine et s'adres-
sant à un auditoire qui se signalait par une remarquable homogénéité cultu~
relle dans un contexte moderne tirant parti de l'écriture et élaboré à l'in-
tention d'un public éclaté.
Il fallut cependant renoncer à étudier les éléments du discours
ou les formes caractéristiques du roman africain devant l'évolution d'une
critique qui, sous prétexte de mutations donne dans une nouvelle forme de
scientisme, abus~ de jargons propres à d'autres disciplines, éclate en cha-
pelles, sectes et clans ..• Il Y a aussi que ceux des chercheurs qui ont ten-
(l) Thomas ~·1ELONE, CJr..<,Uqu.e .u:tt~)Lo.,i/te et; p1tobtème.6 du. tanga.ge., Présence
Africaine, nO 73, 1970, p. 5
(2) E. N. OBIECHINA, T~n6ition 6~m o~ to tlt~y ~on, Présence
Africaine
nO 63
1967, p. 143
i
i
(3) Joseph OKPAKU~ A6~~o.n Cu.tt'~ Stan~~1 Darlite, vol. 2, n° 1,
1967, p. 28
(4) Janheintz JAHN, Manuel de Litt~e néo-a64i~alne, (Introduction),
Paris : Resma~ 1967, p. 17
(5) Albert GERARD, P/tue!tvaUon 06 T1U1cüUOY/. .Ut A6JÛc.o.n CJr.eaJ!.ive WIt..U:1.ng,
Research in African Literature, va'. 1,1970, p. 37

3
t's de prolonger c.:~t effort de renouvellemont critique ~ la littérature afri~
caine se sont presque toujours content0s d1ap~1iquer; l..:! ymlx f;,rr.1t1~ t· h:>
/
../
grilles de lecture et théories des maîtres du moment. Le moins que lion
puisse dire est qu'ils nlont pas jeté d'éclairage p~rticulier sur cette
1i ttérature .
Il Y a plus. A la lecture de nombre de travaux, on en sait
davantage sur les théories ~ la mode, la r0flexion générale sur la lit~
térature, l'écriture, que sur les oeuvres littâraires elles~mêmes. Tout
se passe comme si le critique se soucie bien plus de prouver sa ma1trise
d'une méthode d'inv~stigation donnée, la virtuosité avec laquelle il manie
les néologismes en vogue, quiil ne s'attache à faire la lumière sur un
problème particulier de la littérature africaine.
C'est ainsi qu'on y a assistê ces dernières années, sous pré-
texte d'1nvestigation au viol du discours traditionnel sous ia houlette
i
de W. PROPP (6). On relève cependant peu d'analyses significatives, ou du
moins peu d'analyses débouchant sur des résultats auxquels une méthode
"traditionnelle" n'aurait pu conduire. La seule vraie exception se trouve
être
La MVL~ V2VO~ (7), dont llauteur est une africaniste de renom,
sachant fort bien qu'aucune méthode» aucune grille n~ saurait se suffire
et jeter une fois pour toutes une lumière aV0.uglante sur les structures
profondes des oeuvres littéraires. Son oeuvre de chercheur est là pour at~
tester qu'elle cc.nn)tt ùussi bien ~ sinon plus ~ l'Afrique et sa spécificité
culturelle qu1elle ne maîtrise la doctrine de PROPP. Cette exception faite,
forcQ est de reconnùftre que les critiques de la littérature africaine en
mal de renouvellement portent plus d1attention aux théories littGraires n
i
(6) Il ne slagit certainement pas de mettre an cause l~ thèse de PROPP~ mais
les extrapolations hasardeuses de critiques imprudents.
(7) Denise PAULME, L~ MèAe Vévo~nte, Paris : Gallim~rd, 1976
Tout particulièrement dans le chapitrB intitulé : Ifo~pholo9~e du Conte
A6JvlClWt •

4
l'idéologie politique qu'aux oeuvres. Cc faisant
la littérature afri~
i
cainG - ct singul i~n'ment le roman - subit C~le un mouvement paradox~l
d'attraction et de répulsion au reg~rd da l'évolution do la critique eu-
ropêenne. L1attention plus pùrticuliGrem8nt portée aux théori~s qu'aux
oeuvres littéraires est un signe du temps. Le militantisme condamné pôr
les structur~listes Guropéans se développû dans la littérature africaine
COffiQe un héritage indérncinnblo.
On peut lire la conséquence du plus grand attachement de la
critique aux théories qu'aux oeuvres littéraires dans la rareté des mono-
graphies, ce qui n'est pas sans rendre pour le moins malaisêetoute considé-
ration d1ensemble sur un genre particulier ou sur la littér3ture africaine.
Il est singulier que l'oeuvre de si peu de romanciers nit fait l'objet
d'une interrogation suivie!
En fôi t, on m~ peut citer que la thèse que Thomas i;1ELONE a
consacrée li l'oeuvre de r!iongo BEn. Sur 1es romans d' OYONO t on di sposc
d'articles remarquables
pénétrants ; mùis aucun trnv~il vraiment conséquent
t
n'est venu souligner l'unitê de son oeuvre romanesque. De 15 d'ailleurs
procède l 'habitude prise par une critique pr~ssée de ramener toutes les
spécificités de cette oeuvre à l'anticolonialisme de l'ùuteur.
On comprend de même que ln critique afY'icainc ait bien souvent
voul u emboîter le pùs El la nouvelle criti que ün s' engi'lgeùnt dans un débat
par trop général sur les formes et significations littéraires sans toujours
s'embarrasser de préci ser l' ori gi n~11 i té du texte qui pourrè:it commander
un trùitement conséquent. Autrement dit on ne tient pas assez compte de
i
l'ambiguïté de la situation de l'écrivain O-fricain
de son rapport au conq
i
texte dans lequel il écrits S ln l~ngue qui lui permet de véhiculer son
message.
On tient sur cet écrivain le mr~e discours que sur l'p,crivain
européen qui cependant
atteste une bien plus gr~nde continuité culturelle.
t

5
Mnsi ~ on r~lêve ici le même phénomène de simplification ou de
réduction dénoncé plus haut et qui tend J des fins rl!é1ucidùtion à gommer
~rbitrairement les diff~rences culturelles.
Toutes ces considQrntions expliquent l'orientation de ce tr~~
vai1 qui porte essentiellement sur les oeuvr0S. C'est de leur familiarité 9
des intcrrogûtions suscitées par elles qulil tire sa raison d'ôtre. On ne
s'est pas évertué n légitimer tG11e ou telle théorie littéraire par le biais
du roman africain. L'autonomie de ce genre procède de la p~rticu'àrité des
problèmes qu'il soulève. En outre, au risque de retomber dans la tradition~
nelle et contestable distinction du fond et de la fonne, du contér~nt· et du
cont~nu9 ou tout simplement, pour reprendre le titre de l'excellente étude
de J. ROUSSET de la forme et de la signification (8), ce travail a été
9
centré autour dlun élément particulièrement significatif du contenu qui
permet sans perdre de vue la forme
de dégager les lignos de force du roman,
i
d'en souligner l'unité, dlen retracer llhistoire et de procéder a une synthè~
se de ses éléments et problèmes caractéristiques.
l\\ucun thème ne pouvait servir cette finalité mieux qU':l celui
des traditions. Il permet dléchapper à certaines habitudes de généralisa-
tion que la lecture des travaux consacrés au roman font appara'tro. Ces
FAit
derniers laissent l 'improssion d'une trop grnnde unité et continuité cul~
turelles au sein d'un genre dont on retient deux caractéristiques exclusi~
vement : Il est af)~icain et d'expression françùise. Clest ln une sorte d'amal-
game qui tent à nier les diversités culturelles (9). Pourtant la distance
temd.
du Sénégal au Zalre
la diversité ethniqu8
culturelle, d'un pays à l'autre,
9
i
doivent
1
trouver plus d'un É'cho dans 1\\~ )~omùn. 11 est vrùi que la réaction a
(8) Jean ROUSSET, Fokrne et Sig)ti6icat{on; Paris: J. Corti, 1969
(9) On comprend l'opportunité de la r~coœmandntion de Roger ~IERCIER qui écrit
que : "li honnêteté scientifique impose ,~ quiconque êtudie 1es l ittératu~
res africaines de ne jamais les prendre pour des tplTIoignages ayant,
v~1eur pat' eux~l~mes, lWlis de subordonnl::r leur crédibilité à leur con~
firmation pôr des études faites selon los méthodes des sciences humainesl/.
R. :,'ERC IŒ p La. l...{;ttéM:tuJr..~ négM-a.nJU.c.a.ine e..t .60/1 pu.b.t.i.c., in Revue de
Littérature Comparée~ n° 191~1929 19ï4, p. 399

6
cet effort d'uniformisation abusive qui peut débouchGr sur un certain degré
d'appauvrissement culturel se lit dans l 'organisation de manifostations sur
le thGatre za'rois~ ou d'un colloque sur la littérature camerounaise.
Un autre volet dlune action tendant à fa"ire ressortir les dif~
férenccs culturell~s_en vue d'uno grande fid81ité à la personnalité dGS uns
et des autres .. est constitué par l'étude des traditions dôns le roman qui
permettent de retrouver de vfritables aires culturolles.
La géographie culturelle du monde malinké appara1t par delà
les frontières des états actuels. L'étude du thème solaire à travers LM
Sof.e-U.6 du 1ndépe.Ma.n.c.u ~ Le. Sang dM Ma.6 QUM p Le. CJz.épu.6 c.uf.e. deA Temp.6
A~n6'.'1 permet de préciser la physionomie et les contours des pays de
civilisation malinké.
De la même manière
12 thème des traditions pennet de saisir
i
certaines disparités des romans de " f1friquG de l'Ouest ~t de l'Afrique
Centrale. Dans un cas 'laccont est mis sur là place centrale de l'ènimis~
ma·" Jans la culture traditionnelles dans l'autre on souligne les structures
sociales et les croyances qui renvoient à la tradition. Dans ce dernier
exemple~ l'animisme
bien souvent. n'existe plus qU'à l'état de survivance
9
ou se trouve intégré dans "un processus de syncrêtisation". Seule l'atten-
tion aux traditions permet de ne pas confondre les cultures nées du mariage
de l'l!latp. (,:t dii.! l'~.nimtsm(.'~ :.~u d~ristianisme et d2 l'animisme. de bien
~ah1r la différer1ea dans la roman pour n~ pas dira lGS cultures africaincs
t
9
entre les éléments de convergence~ et C8UX de différenciation. Elle met 10
critique à môme de confronter les formos de sensibilité d'écrivains appnr=
tenant aux horizons culturels l~s plus divers ou attestant une disparité
ethni quo dont on ne ti ont pas toujours comph:; en 11fri que.
On peut ainsi renverser les terrnes du problème et essayer de
déter!i1iner les causes ou les raisons dE: l'unité du roman et de la littératUl~0
ch~z des peuples aussi divers souvent aussi éloigné~les uns des autres~ à
9
la fois géographiquement et culturü11ement. On peut de même slarr~t8r à la

7
diversité cOlnme à la convergence des formes de sensibilité de nos écrivains~
prolongm' cette investigation dans le domaine de la langue et essayer dg sa··
voit~ si llécrivain africain doit utiliser la langue française mais sans
jam~is varier son rapport à cette dernièrG~ rester dans la situation d'un
utilisateur étran~Nr de catt,,) langue qui n'aurait jamais de prise sur e118.
Autant de questions et bien d'autres qui envahissent l'esprit
du critiqu~ de la littérature africain0 et auxqu211es il ne saurait trou~
ver de réponse sans référence aux traditions. Outre que ces dernières
empâchent le chercheur de procéder par anùlogies abusives~ de gommer les
différences culturelles des divers peuples
des divers publics de la lit-
5
térature africaines elh~s permettent de se situer au coeur des débats
actuels sur les cultures africaines s de dét2r~iner et d'expliquer l'influen-
ce des mouvements de la négritude et du natio~alism~ dans le roman africain.
Le thème des traditions cond.uit au pr-oblèmG crucial du devenir des cultures
africùines confrontées au modernisme. n pose le problème de la place et
de la signification dans l'investigation comme dans l'analyse de la litté-
rGture africaine de ce que f~e Minekù SCHIPPER de LEEUW appelle fort jus~
telilent 11 uinformation culturel lei: (10). L'absence de référence précise
à cette dernière â souvent conduit
ces dernières ànnées~ les critiques fi
5
tenir sur la littérature africaine un langage qui vaut pour n'importe quelle
autre 1ittérùture c~t qui bri 11 c surtout par ses vertus uniformi santes.
C'est L'En~yceopa~ UI~VV~aP~ qui nous a permis de circons~
crire le mieux le concept de tradition. Qu1il nous soit permis de citer
ici quelques-uns des passages les plus signif'icatifs en regard de notre
propos de l'excellent ûrticle consact~é à cette question
"le mot "tradîtion ll
(en latin trn.ditio
"acte de transmettre ll
IIfair0.
9
)
vi<:;nt du verbe tradere 9
(10) Hi ncke SCHIPPER de Lr.:EU~,19 texl. a'l<lcort-tex.tal t;1luhodo,fog.Lca.t. Cl-Xp.toJta.tLon.,5
A.n ,the F,.:...z.,,~d 06 i\\6Jr.ic./U1 LiiJutt:.4Ju:", ,"\\fricùn Perspectives 1977; Afrika -
Studiecentrum, L2yde~ Pays~Bas9 p. 9

8
passer il un autre ll , livrer
n;ffi2ttre'\\ Littré a distingué quatre sens princi-
9
.
1
/1",

paux : lIaction par laquelle on livre quelque chose a quelqu un ; 'transmlS-
sion de fJits historiques, de doctrines religiouses
de légendes, d'age en
9
âge par voi e orale et sans preuve authentique et écrite Il ; Uparti cu li èrement :
dans l'Eglise catholiquGs transmission de siècle er, siècle de ln connàis~
sanca des choses qui concernent la religion et qui ne sont point dans
l'e:criture Sainte" ~ "tout ce que lion sait ou pratique par traditions
c'est-A-dire par une transmission de g~nêration en g~nêration a l'aide de
la parole ou de l 'oxemple"(àictionnùire de la langue française) et
L'Eney-
ctopa~ U~v~~' de préciser:
"Il faut éviter de confondre entre eux deux verbes que sous·
entend la notion de "tradition" : ilremettre:l et "transmettre l! s Trèdere et
Trùnsmittere. Le premier,se rapporte
à une "chose remise ll ou à un "objet
livré H selon une convention ou un contrnt entre les parties. Le second
répond à l lacte même de la transmission entre des sujets. et désigne non
seulement des contenus mais aussi des opérations et une fonction de portée
universelles cnr, d~ même que l linvention ne peut ~trG réduite à la d~scrip­
tion s a l'histoire ou à l'analyse des objets inventés
la tradition ne sau~
i
rait être celles des "contenus" transmis s qu'il s'agisse de faits. de cou~
turnes, de doctrincs~ d'idéologies ou d'institutions particuliêres.
Ln tradition ne se borne pas~ ~n effets à la conservation ni à
la transmission des acquis antérieurs : ~lle intègrû. au cours de llhistoi-
re, des existants nouveaux en les adaptant à des existants nnciens. Sa
nature nlest pas seulement pédagcgiqu8 ni purement idéologique : elle üppa-
rait t1ussi COr.i11E? dialectique ct ontologique.
La tradition fait Otre de nouveau CG qui a été ; elle nlest pas
limitée au faire savoir d'une culture, cùr elle s'identifie à la vie marne
d'une communauté" (11).
(11) Encyctopaedia Uy~V~~? vol. 16, (Mai 1974) pp. 228-231.

9
Le dictionnaire de sociologie nous a .)pportf: ur. surcroft
d'éclaircissement sur les rapports entre différents concepts afférant à
l'idée de tradition~ tel~ ceux d'h~bitucle et de coutume: il précise à
l'article coutume: "Hnbitude qui est sociô.lement apprise~ socialement
accomplie et soci~lernent transmisû.
Ce qlli 52 fèit dans une scciété donnée, en r~férence à un sys-
tème de valeurs plus ou moins implicite. En ce sens~ une coutume peut 2tr~
rattachée à un pùtter~ ~modèle) propre à une société donnée. L'habitude
est donc individuellQ ~~ l~ coutume sociale. Pour certains~ la coutume est
difficile à différencier de la tràdition~ mais cette dernière impliquerait
une idée de valeur, tandis que la coutume serait un usage social préétabli.
Pour d'autres~ la tradition serait l 'ensenib1e des coutumes et comprendrait
les mêcanismQs sociaux de leur transmission~ (12).
De ces définitions et de bien d'autres qu'il ne serait pas indi-
qué de donner ici, il ressort que le concept de tradition renvoie 8 l'idée
de valeurs p de patrimoine culturel~ de transmission et de continuitê. D'au-
tre pùrt~ les traditions sont globales, elles embrassent tous les aspects
de la viG~ l'ontologie com~'I1e l'idéologie~ la morale COii1mC l'imag'irlôire.
Elles forgent la physionomie d'un pellpl~ en ce sens qu'alles constituent
cOlTIne autant de facteurs de différenciation d'avec les autres peuples tant
sur le plan de la philosophie que de la sensibilité, de l'être comme des
postulations.
En fait~ pour bien saisir l'approche du concept des traditions
qui il guidé ce travail~ il faudrait s'ùrrêter au sens du mot wolofP'CWl.lanll •
Ce dernier désigne le passê~ l'origines le point de départ. Il renvoie a
un ensemble de valeurs, à ues modèles et constitue une sorte d'incitation à
conformer sa vie Gn fonction d'une certaine exemplarité du passé.
(12) La Soc.iotogle., V.-LcUonncvi.Ae., MaJta.bo.L-:: - Université i Pari s : GERARD &1 Cie ~
1972, T. 1 p. 69

10
~
1/
..Dans le concept de ciosi:1n~ on se refère à une certaine relation
au monde~ donc à une morale~ cor.mle à un ensemble de postulations. On com~
prend que le problème que posent ie maintien ou le dépassement des tradi=
tians porte en fait sur la continuité ou la perturbation des références
culturelles. l'importance de cette continuité se lit dans la ncmination~
dans cette Il poés i e généal ogi que il cettu pcës le. des fJOt;iS pro1!rQ$. qui: sQ:.lon
s[Ii6Hcr~ ~ VOIJ S_êfJC'Ut. ::,: s9u' 8lilX l a.rcrn:s Il (13 j .
Les traditions sont plus q1l8 des\\r(:f~.ranc's!s.En A.friqlle dans bien
des cas, elles restent encore des réalités que l'on ne saurait méconnaître
impunément. Enfin~ le problème d- Jevenir des traditions africaines occupe
tous les 2sprits. Avec leur deVenij c'est celui de l'Afrique qui se trouve
porté au premier plan des préoccupations. C'2st là une preuve de plus de
l'importance du sujet de cette ~tude.
Son ampleur peut être perçue en relation avec l'école de la
négritude~ sa doctrine~ sen évolution~ son état présent, autrement dit la
querelle longue
quelques~fois confuse qu'elle a suscitée. Le sujet trouve
5
un surcroît d'intérêt au regard du nationalisme ou pour le moins de l'engage=
ment politique de nomcre de romanciers. C'est dire que l'attention ne se
limite pas à un effort de définition des traditions~ de description de
l'approche des écrivains de ce concept. Il s'agit dans cette étude~ en rela~
tion avec le thème des trôditions~ de répondre à un certain nombre de ques-
tians sur la place et le rôle des traditions dans le roman africain s ce
qui tout naturellement conduit à une interrogation renouvelée sur la redé-
couverte des traditions, de l'originalité culturelle africaine et les débuts
du roman; sur l'affirmation de l'identité culturelle africaine et la reva-
lorisation des traditions; sur l'évolution du contexte politique et les
traditions
sur les bouleversements sociaux et les traditions ; sur le pro-
(13) Cité par Birago DI0Pi La ptume Raboutée Mémoires 1 Dakar
N.E.A.
p
5
1978 p. 11.

11
blèr:18 de la libert:5
de la libét'ation de l'individu et les traditions ....
g
On voit que 10 sujet dépasse ds loin les limites du conflit de la tradition
et du modm~ni sme pour déboucher sur 1es problèmes de la redéfi niti on des
rapports de "inrJ'jvidu au mondEc:. En un mot g on peut retenir que cette étud(;
porte su~ les sianifications des traditions dans l'univers romanesque afr;=
cain.
C'est sans conteste G. BALANDIER qui éclaire le mieux notre
approche du problème des troditions lorsque dans Sen6 et P~~anee et au
chapitre sur la dynamique du traditionalismG. il écrit qu~ "le concept de
traditionalisme rGste imprécis. Il ost associé ~ la continuité g alors que
cetui de modernité l'est à la rupture. Il est, plus souvent, défini par la
conformité ~ des normes immémorialesr cen~s que 1(1 "tradition ll transmet
par un ensemble de procédures. En fait~ le concept ne peut être déterminé
avec plus de rigueur que si l'on tente de différencier les diverses manifes-
tations actuelles du tr~diticnalisme. La premièrû de ces expressions ~ et ia
plus conforme à l'usage ccurant du t~rme ~ correspond à un traditionalisme
fondamental
celui qui tente d'assurer la sauvegarde des valeurs g des
agencements sociaux 8t culturels fortement cautionnés par le passé. Le tra=
ditionalisme formel correspond au maintien des institutions de cadres sociaux
9
ou culturels. dont le contenu s'est modifié 9 de l'héritage du passé~ seuls
certains moyens sont conservés ; les fonctions et ies buts ont chang8.
Durant la période de domination coloniale, le traditionalisme de résistance
a servi d'écran protecteur Ol! de camouflage permettant de dissimuler les
réactions de refus; les traditicns, modifiées ou rendues à ln vie~ abritent
les manifestations d'opposition ct les initiatives visant à rompre les liens
dG dépendance.
Au delâ de la période cclcniale s un nouveau phénomène apparaft
que l Ion peut qualifier de ?seudo~traditionalismc
; en ce cas la tradition
devient l'instrument de stratégies de sens contraire: elle permet de donner
une signification in~édiate aux réalités nouv~lles ou d'exprimer une reven=

12
dication~ en narquant une disskh2!1CQ à l'égat'd des responsables modernis=
tes ll (14).
De~~ éléments épars PLl;Sl}$ dans le roman tendël.ient li accréditer
l'idéG (ie l'ôvolution du thène des traditions en fonction des facteurs
les plus divers lorsque le sociologue est venu montrer que dans les faits~
si l~ ccncept de la tradition est r-esté COITli1Ii;; figê
le traditionalisme~
i
pour ne pas dire l~ rapport des individus à la tradition avait évolué et
conduit à là distinction de plusieurs formes de traditiona1iSfile.
Quant au genr2 retenu pour étudie~ la tradition et les diverses
formes de traditionalisme
'Jutre les raisons avancées plus haut, il faut
9
garder à l'esprit que quand bien même le roman n'aurait pas de racines~ de
tradit'loi1!> africaines
il n'en const'itue pas moins le cadre oü la société
i
africaine a été représenté0 de la façon la plus adéquate et la plus convain-
cante. C'est dans le roman que l'on peut avec le plus de netteté prendr8
la mesure de la dégradation de cette société et la postulation des div2rs
protagonistes pour une plus grande authenticité. Ainsi i c'est dans le roman
~fricain que trouve sn plus grJnde l~gitimité l'assertion de L. GOLDMANN
lorsqu' i l écri t que :ll e roman se caractéri se comme 11 hi stoi re dl une recher~
che de valeurs authentiques sur un monde dégradé dans une société dégra~
i
dée
dégradation qui
en ce qui concerne le héros se manifeste principale~
i
i
ment Dôr la médiation? la réduction des valeurs authentiques au niveau impli~
cite et leur disparité en tant que ré01ités manifestes" (15).
A toutes ces raisons~ il fùut njouter une autre plus déterminùn-
tel à s·wcir le sentiment marqu2 et tendant à ëlccréditer de la part des
romanciers africains l'idée d'un retour aux traditions. Cetto idée procède~
(14) Georgas BAU\\NDIER~ Se.n.ô et PtuManc.e.; PêriS~ Pô.yot
1971
p. 121
i
3
(15) Lucien GOLDt,1ANN i POWl. W1e SoC-<.o.!?og.<-e du Roman.~ Paris : Gal1:irnard~
1961.~ p. 35

13
t-clle de l !éclatant2 réussite d(~s
Sai~ de6 lYl.dépe.nda.I1c.e-6; de la r(:~pri~
se de plus en plus fréquente dêms le roman de formes côr]ctéristiques dl!
discours traditionnel ~ ou de llaggrëwatioi1 du dt.}bat sur la négritude ; Ot~
de notr0 pnrt~ d1une trop grande attention aux thèses nationalistes ...
Quoi qu'il en soit~ cette hypothèse dQ travail nia pas été vérifiée et
cette étude dans sa derniQre partie l 1 infirme amplement. De toute êvidcnc2.
un2 évolution s'était opérée qui ô conduit a 1 '6tude de la place et de la
signification des trùditions dans le rJr.lan et non à la défens0 et il1us""
tration d'une thèse. après tout arbitraire. C'est ainsi que siest déQAg~e
une autre dimansion de ce travail qui a trnit à la précision de la physio=
nomie du roman : ~ partir dlun thème cüntral expliquer le roman africains
l 1 agencement dü ses éléments r.iultip1es
son évolution~ ses diverses orien~
2
tatiuns~ ses rapports avec la littérature traditionnelle 9 tout cela prouve
à souhait l 'import~nce du sujet ret€nu.
Chemin fèisont~ la diversité d'ùpproches du problè~e des tra~
ditions selon les étap(~s de l'évolution du roman il été étudiée. ïout natu-
rellement~ [!nO d§mëirch~ s lest imposée dans cette étude et Qui se trouve
cor:nûndée par les tendi1nces du trùdition.:ilisne. C\\~st là dlailleurs que
l'on r8trouvc la distinction de G. BAL~NDIER entre un traditionelisme fon~
dûmental, un trnditioMlism8 fornel et ur. trèditiotlùiisme de rf:Sistènce.
Il reste que cette étude ni.:: po.s pl us été ccmmandée par le souci de retrc'"lcer
llêvolution du romùn qu lel1e nl~ visé à préciser les diverses formes de
traditionulisoc. Si les éléments de 'Ianalyse du sociologue se retrouve
dans ce tr0v~il) il n'en d05$i~e pèS la ligne directrice. Si on nVoit
voulu retracer l'évolution du rom3n ~fricain, on aurait recouru à une autre
pêriodisùtion. On aurùit distingué entre une période dominée par les problè-
mes culturels
une ùutrc par le militantisme ûnti~'colonialiste et une troi~
9
sième qui aborderèit les problèmes de réàjustem~nts sur tous les plans d'une
Afrique devenue indépendante. En gros
la première étape irait jusqu'au
1
lendefi~in de 1~ dernière guerre ~ ln seconde couvrirait' 'époque qui sté-

14
tend de la fin des hostilités à 1960~ année de l'indépendance africaine
la troisième phüsc
actuelle prendrait son origine à cette date même.
1
Le thème de cette étude corrrnandait d'nrticu1er ce travail au··
tour de l'idée de tradition. Cette démarche est imp1icité dans la périodi~
sation généré',le du romnn. On y distingue une pêriode dominée pùr les prob1~­
mes culturels, ce qUé: SENGHOR appelle "primauté du culturel!!. L'[ifricain se
trouve confronté à un monde qui ~près 11 avoir nié lui donne 1'occùsion de
se valoriser. Il n1y 0 là aucune attention particulière au problème de la
co1onisation mais des éléments qui ne peuvent que conduire à la contesta-
t
tion du système en place. Ensuit8
la guerre et l'évolution des esprits
9
aidant
le culturel se trouve mis au service du politique
la tradition
9
9
alimente le courant de résistance plus ou moins directe à la colonisation.
Ln doctrine est qu'elle ne peut évoluer que dans un contexte de liberté.
Enfin
la phase actuelle est marquée par le besoin de renouveau.
9
En fait~ ces diverses orientations ne s'excluent pas les unes
les autres. Le culturel est partout présent. Le reste nlest qu'affaire
d'accGntuètion~ de mise en valeur. Ce qui change clest le rapport des
9
romanciers à lù culture africaine. Dans un premier temps~ i1ss'emparent des
traditions pour se fèire ~"connaftre et revendiquer une p1ùce dans ce monde
que doit enfanter la rencontre de 11 Europe et de l'Afrique. SOCE
COUCHORO~
9
et HAZOUNE croient dans 11llmergence de ce monde et y revendiquent pour
l'Afrique une place. Ensuite~ comme s'ils slétaient lassés d'attendre qu'on
les traitât selon leurs spécificités et postulations, au lendemain de 1è
guerre 9 les romanciers mettent en cause ce monde dont leurs afnés appelaient
de tous leurs voeux l'émergence.
Non seulement ils n1y croient plus
mais ils dénoncent l'injus-
9
tice et l Ihypocrisie du monde colonial. Ils rejettent le monde nouveau
ëvec d'ëutant plus de force qu'ils se recommandent de leurs traditions cul-
turelles dont ils fant l'éloge. Il y a la donc deux attitudes en relation
avec l~s traditions pendant l'époque coloniôla.

15
Quand à la primauté du politique
à l 'engagement
9
9
il est facile
de montrer qulel1~ ne doit pas conduire ~ des distinctions tranchées d'étapes
dans l'évolution du ro~an. Si les oeuvres ne sont pas politiquement engagées
avant 1954 elles le deviennent dans la seconde phase et la restent aujourd'
3
hui encore.
Des oc~uvres comme Lu SoitUf.l, de!.> Indépe.vuial'l.c-u; Le. Sang deA ,Ma6-
qUel>, rJoc-e..6 Sa.eJt.ê.u .•• prouvent à souhait leur forte orientation culturelle.
Pourtant
le roman reste par dessus tout militant. L'étonnant résidt: dans le
3
mariage de l'intention culturel1;? ct de l'intention politiquc m~me si.
à
9
des fins politiques
les écrivains exaltent
dénoncent ou ignorent les tradi-
9
9
tions.
Tout cela pour dire que l'on ne saurait fonder une périodisation
définitive sur la distinction entre des phases marquêes par la primauté du
politique ou du culturel. Il ne faut pas perdre de vue la particularité de la
littérature africaine qui nlest pas sans influence, ici. Elle est encore pro-
che de ses origines
elle emprunte une langue qui reste encore étrangère à la
3
majorité des Africains
elle s'adresse
g
à des publics divers culturellement ...
Cette première forme de périodisation n'est pas sans mérite entre les mains
des historiens du roman et d'une façon générale de la littérature africaine.
C'est
conscient de ses limites et de la spécificité du thème de cette recher-
g
che que l'on a préféré l'abandonner et ne la citer ici qu'à titre indicatif.
l'étudiant du roman africain ne peut que saisir la place centrale
du thème des traditions. Tout semble se déterminer en relation à lui? sur le
plan de la forme comme sur celui de la signification. Il s'agit toujours
d'évaluer le chemin parcouru dans un processus d'évolution
de dessiner ou
9
de préciser le visage du roman
mais toujours à partir d'une situation de
g
départ, d'une tradition. De même que l'on ne peut analyser le dessin narratif
sans référence au discours traditionnel; de même on ne peut saisir l'angoiss~~
la détresse de l'individu dcshérité dans le contexte urbain si on ne garde à
l'esprit les formes de vie traditionnelle dans le monde rural. On comprend

16
qulil ait été nécessaire non seulement Q'articuler, en bonne logiquc~ les
élément!; de ce trav,}il autour de '1 idée de tradition, mais de t'ecourir à un€:
fonne de périodisatior. qui sans bfirmer la première
permette de mieux cerner
ce thème de rechërche. Ciest ainsi qu'il est ùpparu que tout en se gardant de
tout dogmati5me~ on peut distinguer trois attitudes des romanciers au regard
du problème des traditions et qui serviront dlarticulation à cette étude.
Dans un premier temps, on réhabilite les traditions, et aussitôt
se développe le sentiment de la spécific1té culturelle africaine, d'une diffé~
rence à valoriser et sauvegarder. Clest peut=être cela que Iyay
KD40NI a vou=
lu dire en usant d'une chronologie des évènements on ne peut plus contesta~
ble (16). En fait, dans cette phase domim: le problème de 11 identité culturel-
le que lion affirme. Que l'on rêhabilite, et sur laquelle on s'appuie pour
dénoncer~ condamner ct rejeter le r{~gil1le colon-ial. Se posent alors des problè-
mes qui ont tr0it à l'engagement et à ses moyens~entr€ autres~ le réalisme •..
Toutes ces cons1dérations sont regroupées sous ln rubrique tradition et iden-
tité. Ici aussi, on reste conscient de la relativité des choses. Le problème
de l'identité parcou~t le roman en lame d2 fond. Slil a occupé là première
place pendant longtemps, il nia pas pour autùnt disparu pour avoir perdu de
son acuité. Il reste qu'il est plus significatif des débuts du roman ct qul;l
conven~it de le saisir en ce temps fort.
(16) "Il a fallu que le roman entr8t en scène pour que l'idêe de crise de ln
seciét6'trndttionnelle laissât entrGvoir 10 possibilité pour la cultur~
africaine d'évoluer vers une nouvelle fome. De ce fùit, le genre roma~
nesque inaugure l'âge i'idulte d0 la littérature négro"-africaine. J'wec
l'apparHltion du roman~ la littérèture africaine passait en effet du stade
abstrait oü prédominait l'antagonisme des deux idéologies~ la négritude
et la politique de l '~ssimilation, & une phase concrète 00 ln descrip-
tion réaliste ~llait montrer le sens de ln mutôtion de la soci6té tra-
ditionnelle f'::t celle de la société coloniùle elle-même".
Iyay KmONI, VC?AÜI1 de .ta .e»..;téJtOJ:'LVLe néglto-a6JL.i.c.a..&t.e ou. pJ!.oblê.mati.que
d'u.ne c.u.U:wte, Sherbrooke. NMr.1ùj4, 1975~ p. 172

17
Ensuite~ on aborde 12 problème vsste
important des rapports de
3
la tradition et du progrès. Il nQ s'agit pas de l!étude devenue inêvitable du
conflit de la tradition et du modernisme. Ce conflit est implicitü~ il n!expli-
que pas tout. L'attention aux problèli1êS afférant au thème "tradition et
identité!! montrent qu'on le dépêlsse. L'intention n'est pas àe s'appesantir
sur le divorce entre la tradition et le progrès, mais de montrer lGur intcr-
action
la repr6sentation des personnages de ces deux rêalitês
leurs muta-
3
7
tions~ le bouleversement du paysage culturel et les efforts des uns et des
autres soit pour s'identifier à un passé révolu
soit pour postuler un monde
7
dont on ignore encore tout ... Dans un c~s comme dans l'ùutre
il faut retenir
3
l'effort d'évJsion d'une réalité qui ne comble pas l'attente du personnage.
Autrement dit
on ne pose
7
pèS le conflit COrnr.IC postulnt de dépùrt
de cette étude d~ la tradition et du modernisme mâme s'il finit par occuper
une plaCe! importante dans le second mouvem~~nt qui constitue ~ comme de juste~
la partie essentielle de ce travail.
P'1ieux
il faut njouter que le même relotivislOO souligné plus haut~
7
joue encore ici : Il est loisible de montrer que le problème de la tradition
et du modernisme trouve une illustt~ê.\\tion éclatante dans les tout premiers
romans. Personne n'est plus attentif à l!exigence du progrès que SaCE et
HAZOU~1F. qui ont le plus fnit de place à la tradition dans leurs oeuvras.
Leur représentation du monde nouve~u p/êche par excès d'optimisffia.
Tous deux croiont au m6tissage culturel, à un mêtissage dont ils nlont pas
précisé les conditions. Ils ne senblent même pas se douter des véritnbles
implicùtions de la modürnisation, des souffrances et drames qu1elle suscite
tant au niveau personnel que social. Cel} explique qlJc~dans le souci d'une
périodisation 1égïtime, le thème ·:tradition Qt progrès" soit abordé plus parti-
culièrement en rclôtion Dvec les deux dernières phases de l'évolution du
roman. C'est-à-dire à une époque où les contt'adictions et les tensions se
conjuguent pour conférer à ce thème S~ plus grande charge dramùtique et le
rendre on ne peut plus significatif.

18
Enfin
le troisième mouver;Jent a trait aux traditions et perspecti-
9
ves. On retrouve par là une préoccupation très répandue de nos jours. LGS
sociologues se sont efforcé de r0pondre aux interrogGtions des uns et des
autres sur 11 avenir des tl"aditi ons d"ms un monde qui semble a.vait- opté pour
le progrès
le rnatérialisme
l'uniformisation des comportements et r.lOdes d~
9
9
pensêc pnr le biais de la technique cu de la technologie. Plus particulière-
ment, l'accent SQ trouve mis sur les conflits divers mais concentriques G'Ji
parcourent le roman. Tous se résument en un conflit culturel qui remet tout
en cause mais il était légitime d'en saisir les implications aux niveaux
les plus divers. Tout naturellement les conflits appellent des solutions que
lion a passêSen revuc
ùnalysees et critiquées. Il reste cependant que les
9
romanciers nIent pas l'ambition d'ouvrir des voies nouvelles. ·I1s décrivent
les rapports de l'individu nu groupe socia'~ ils les critiquent, ils en pro-
posent 1e réalilênùgem::mt. Presque tous 5 à des degr6s di vers 9 se prononcent pour
la coneiliation de la trùdition et du modernisme.
Cette articulation permet de saisir l'importance du thème des
traditions dans le roman, son êvo1ution.
En fait g son étude conduit à le synthèse des aspects les plus
significatifs de ce genre.

19
PREfiHERE PARTIE
TRADITION ET IDENTITE
INTRODUCTION (1)
PRESENTATION - Une. COl'lVeJlBe.rtCe. (20) : 11 Africani sme (22) ; la
politique coloniale (29) ; le roman colonial (41) ; le thèse de la négritu-
de (50).
- Une 04ientation (56) : le nouveau réalisme (71)
l'affirmation de l'identité culturell~ (84) ; la réhabilitation culturel-
le (89).
RESISTANCE A LA COLONISATION - L'Engagement (105) : motivation i
la littérature traditionnelle (109) ; le contexte des années 1930 (112) ;
le contexte des années 1950 (114)
les positions ; le débat (116) ; les
manifestations et réserves (124).
- La. SubvVL6.iOn. de. fu SouUé Coton..iate (132)
la subversion de l'autorité (139) ; la subversion de la famille (154)
la subversion des croyances (162).

20
Il est indiqué de s'arrêter ùu contexte qui
el
suscité
1e roman africain -et jlune façon g2nérale la
littérature africaihe- pour déterminer la place du thème
des
traditions
son évolution
la diversit~ d'approche des
i
j
écrivains.
Ce thème retient l',).ttention par la convergence
de courants de pensée (1) j
par des mutations sur lesquelles
la lumière a été abondamment faite ces vingt dernières
ùnnêes
(2).
Avant tout, il
faut évoquer le renouveau de
l'afdcanisme au début de ce siècle et qui
nlest pas sans
influence sur la politique coloniale. même s'il
n'en consti-
tue pas
le seul
èlément déterminant;
l'évolution de la lit-
té rat u re colon i ale don t
lep u b l i c s e ra cel ui
dur 0 man a f ri -
cain;
l a naissance de l'école de la négri tude qui
met
l'accent sur la primauté du culturel et que le surréalisme
français ne laisse pas indifférente.
Tout se passe comme si 9 autour des
années 1920-
1930, une évolution rapide des idées concourt â la création
d'un contexte postulant un
roman dont la vocation première
aurait trnit à la présentation d~s cultures africaines et
â
leur confrontation avec les cultures européennes.
(1) Il ne s'agirû ici que d'un rôppel
dans
lequel
l'accent
sera mis sur cette convergence qui
jette un éclairage nou-
venu sur les
tra.ditions.
(2)
En plus des nombreux travaux sur l'exotisme colonial. on
lira avec profit ceux Je Roland LEBEL
Leon
FANDUDH-SIEFER,
j
~artine ASTIER-LOUTFI, sur lesquels on reviendra.

21
Les théoriciens de la négritude
à
la suite des
i
afri cani stes, Si attachent à
la d&fense et à
la sauvegarde
des cultures africaines menacées par la colonisation.
Les
romanciers ùfricains confèrent, en écho, la première place
aux traditions.
Ce faisant, d'entrée Je jeu;, ils prolongent
une mutation récente du romûn colon; 13.1 qui
met l'accent sur
la spécificité culturelle ôfricêine.
Les conditions de
la co-existence d'un roman co-
lonial et d'un roman nfricain. de
l'extinction progressive
du premier au profit du second mérit.::nt que l'c'n s'y arrêttl.
S'agit-il d'une substitution pure et simple d'un type de
roman ft un autre, d'une rupture sans lendemain? Ne vaut-il
pas mieux parler d'une
relève qui
suppose une relative con~
tinuité ? Et sur quel
plan? Plus éclairante est l'0vJlution
du thème de l~ tradition au regarè de celle du roman afri-
cain.
Dans un premier temps, qui
correspond li la première
phase J0
l'évolution GU roman africain qui
se prolonge jus-
qu'à li) seconde guerre monùiale. l'nccent est mis sur les
problèmes culturels
sur l'affirmation, la réhnbilitation de
i
l'LJentité culturelle africain'2.
Les intellectuels noirs
revendiquent leur place au sein du système colonial au nom
de leur spécificité culturelle qui est inséparable de la
progressive revalc,risation des
traditions.
Dans un second temps ~ nu lendemai n de l a guerre ~
la contestation de la colonisation s'appuie sur les
tradi-
tions, suit que les
romanci~rs prennGnt en mains leur d6fen~
se, soit qu'ils s'emploient à expliquer l'échec du colonia~
lisme par le mépris des
traditions qui
constituent comme

22
llélément unificateur des victimes de ce systèm~., Au début
d~s années 1960. lorsque les colonies françaises accèdent à
l'indépendance. l'éclairage se
trc;uve mis plus pèrticuliè~
rement sur lë. confr·::mtation de la tradition et du modernisme »
sur la nécessité du changement. Le roman s'ouvre à la con~
testation de la négritude et multiplie les réserves sur les
traditions.
Aujourd'hui encore, le roman reste quelque peu
tributairè des conditions de
sa gestation. On ne peut bien
saisir le sens de son éVûlutiDn si on ne précise ces der~
ni ères.
Dans son essai. AntiUtopologù, e;t Coto~me. (3)
G.LECLERC décrit l'évolution de l'anthropologie -et de
l\\africanisme- pendant 1 I entre,-,rjeux-guerres. Le roman afri-
cain naît précisément dans ce cont~xte où l'anthropoloç;ie
s'engage dans la remise en cause 12 ses objectifs et de ses
méthodes et où l'africanisme en mutation
s'affirme. CG Jer=
nier courant de pensée renouvelle l'approche des problèmes
nfricains et exerce une remù.rquable influence sur ceux qui
forgent la politique coloniale. sur les écrivains coloniùux
et singulièrement sur les écrivains noirs. l"'lme KESTELOOT
fait, dans sa thèse. le point de cette question (4). Elle
s DU l i 9ne l a mut a t ion de l' a f r i ca ni s me q IJ ;1 é tan t x de moi ns
(3) Gérard LECLERC. Anth~opotog~e. e.t Coton~at~~m~, E~~a~ ~u~
t'H~~to~~~ d~ Z'A6~~ean~~me. , Paris: Fayard, 1972.
(4) Lyl i an KESTELDDT.
L~~ Ee~~va~I1,~ No~~~ de. L5ngue. F~al1-
ça~~~ : Na~~~ane~ d'un~ t~tté~atu~e.. Université de tiruxe11es.
Institut de Sociologie, 1953~ pp. 101-109.

23
an moins le fait d'amateurs et d'hommes animés. par la seule bqnne volon-
té, passe entre 10s mains dl hommes dt? sciences et de ~ f 0 nc t ion-
naires caloniaux~ témoignant d'une plus grande familiarité
avec les cultures africaines
d'une plus grande rigueur
9
scientifique.
Léa FROBENIUS
vOYéloeur infntigable, dans
i
(
) et dans
Le.
(6), s'att~che il montrer l'ori]ina~
lité et la p0rennité des civilisations africaines.
Les écri~
vains noirs
de
la premièj-e gènér,)tion ont cit leur dette
~nvers les èfricanistes, singulièrf;}ment cet ethnologue alle-
manu qui
mit sur pied l~ première synthèse :Je cette im)cr-
tance sur les civilisations africuines (7).
CESIHRE exalte
son oeuvre et l'(;\\1pose aux excès J'autres africanistes
ccn-
9
servateurs
racistes
et faisant cur;)s
iwec la colonisa-
9
9
tian (8).
Plus c'une fois SENGHOR est revenu sur l'imiJùct ce
l'oeuvre de FROBENIUS sur les intellectuels Je sa générëticn.
(5)
Léa FROBENIUS
Hi~toi~e. de la Civiii~ation A6~ieaine.~
9
Paris:
Gallimard, 1936.
(6)
Léa FROBENIUS,
Le. Ve.~tÙl de.~ Civiii~a.t..[ol1~p Paris:
Gallimard,
(7) Les extrapclations de FROBENIUS ont inspiré bien des
réserves aux chercheurs Je la Q2nérôtion suivante.
(8)
f.dmé
CES;'IRE~
V-<"~eouJt~ .6u/t te. Co,e.OVliat-<".6me.
Paris:
p
Présence f.fricaine~ 1955, p.
31.

24
Sa gratitude est si grande que pas une fois, il ne slarrête
au car a c t è re e xces s i f de ce r t ai ne s con cl us ion s dus a van t .
Il affi rme. dans un hommage au savant allemand : I!r~ul mieux
que FR03ENIUS ne révèle llAfrique au monde et les Africains
à eux-mêmes" (9).
Il souligne l'effet du développem'2nt de
l'africanisme sur le mouvem'2nt de la Négritude:
"C'est
FRIS BEN l li S qui n 0 usa i da à cha r 9e r lem 0 t Lné g rit udV des è
signification la plus dense, la plus humaine en même
temp~(10). Ses grandes synthèses sur la spécificité et la
diversité culturelles de l',ll.frique le ramènent bien souvent
à l'oeuvre de FROBENIUS.
Les travaux des africanistes français, plus pro-
ches, plus accessibles, marquent cette génération d1écri-
vains noirs Gussi profondément. L'oeuvre de Maurice DELAFOS-
SE. fonctionnaire coloniê\\lll chercheur infatigable ll esprit
vaste et pénétrant, n~ laisse d)ns l'ombre aucun aspect des
cultures africaines. En 1939, déjà. SENGHOR lui
rendit hom-
mage, en le proclamant : "h~ plus grand des africanisants
en France ., je veux dire le plus attentif ... "(ll).
DELAFOS-
SE oeuvra à la revalorisation de l'histoire et à la recon-
naissance des cultures africaines. Seule Mme KESTELOOT met
(9)
L.S. SENGHOR,
Le.-6 L~çot1.-6 de. Léa fROBENIUS
Ù1
U.be.Jtte. 3
p
p
NégJt~tud~ et Civit~-6ation de. i'Un~ve.~~2Z,
Paris: Le Seuil,
1977.
(10)L.S. SENGHOR, ~b~d'l
p. 399.
(11)L.S. SENGHOR s Ce. que. t'Homme UoiJt appoJtte, ~n L~be.Jtt~ 1.
NégJtitude. e.t Human..i.6rne.,
Parts: Le Seuil, 1964~ p. 26.

25
an bonne pl'1ce~ l'oeuvr~ remarquable de Georges Hr~RDY dont
l'essai
l'k'l.t: Nèo/te(12)
constitue une des premières tenta=
Cl
tives d'explication de l'J.rt africain en fonction de la
religion et du contexte socio-culture1.
I~ l'instar Q'e
DELAFOSSE~ HARDY était un fonctionnaire colonial
responsù-
ble pendant de longues
ànnées~ de l:enseignement en ;\\.O.F'.\\l
i l essaya de l'infléchi r quelque peu dans l~ sens d~ 1'évo~
lution des études africaines.
A Dakar même. en plus de ses
fonctions officielles, il
joua un rôle d'animateur culturel.
que 8irago DrOp évoque dans son premier récit autob;ographi~
que ( 13 ).
Ce pen d il nt.
cie s tG.
LE CL ER C qui \\l ::l. n alys an t
l' 2vol u·,
tion de l'africëlnisma, a expliqué ses progrès et san impact
sur ce u x qui
9f r Cl. i en t
lad est i n 2e ct u con· tin e n t
n0 i r . l l met
t 0 u t
Pèl r tic u1i è re me n t
lia cc en t sur 1e ra n 0 U val l e me nt duc 0 n -
cept de civilisùtion~ le passag2 d'une
conceptiJn europo~
ce nt ri s te à u11 e ,Q. ut ra na rq uée par le re lat i vis ne cul tu re l 9
de l' ethnocentri sme uni tai ra au fCincti cnnùl i sme
Qra!yllatique·
Il s'Jrrête à
"l'anthropologie c12
la fin
cu XIXe siècle Lquj]
identifiera la civilisation à
l&Occident industriel
et dres~
sera une typologie des sociétès 2n fonction de leur niveau
technique(14)1;, pour montrer que 12 progrès technique ne coit
(12)Georg<2s Hi~RDY,
L'A./tt: Mèg/te.~
Paris: Edit.
H.
L~urens$
1:127.
(13)Bira~~o DIOP. ToUf.> C()nte~ Fa,Lt~. {~~'!') n° 7 et 8, Do.k:'}r
19'4
(14)G~rard LECLERC, Anth~opologle et: Colonl~atlon. op. clt:.
p.
18.

26
;Jas constituer le critère exclusif pour mesurer l'avancement
d'une civilisùtion(15).
Il
note le
recul
des
anthropologues
s:J(;:cul~teurs. amateurs J'abstrélctions~ tenants de préjugés
ct 1 un a ut re âge e t
lui
0 PP0 sel 12 s
pro 9 r ès de
Il l'a n th r 0 pol 0 9 i G
de terrain!!.
Il souligne que 1l1 es .'J.nnées 20 sont une date
charnière dans
l'histoire de l'anthroDoloqie moderne. La
.
,
pratique de terrain est l'expression d'une transformation
radicale du sens pratique et du discours anthropologique.
d'une transformation de la conception des
"sociêtês primiti-
e
ves".
Elle est d'abord la volonté de com;:>rendre la vie de
ces sociétés en tant que telles. de l'intérieur
et non plus
ll
en tant que prétextes ft des
constructions spêculatives(16).
Il
relève l'influenca de ce changement méthodolo-
gique et des
résultats
de l'anthropologie en Afrique.
Le
gouverneur général
de l'tLO.F .•
CLOZEL~ attentif à tout cela
et singulièrement au dêbat
autour du concept de civilisa-
tian.
crée en 1915 le
"Comité d'Etudes Historiques et Scien-
tifiques
de lIA.O.F.". Nombre de fonctionnaires
coloniaux.
excellents
connaisseurs de l'Afrique. se convertissent ,5
l'africanisme s l ils nlen sont pas
les
têtes
de file:
OELAFOSSE~ EQUIL8ECQ~ GRIAULE ...
Ces chercheurs. bien avant ln naissance de la
littérature àfricaine~ ont déblJyé le terrain. entrepris la.
revalorisation des
cultures ùfrico.ines.
Convertis à IIla pr[\\.=
tique 0\\2 tl2rr.::";n". ils concentrent leurs efforts sur l'étude
(15) Gérard LECLÉRC, An:thJtopoR.ogie. uCoR.oi1-L6a.Xion, op. U:t. p. 67.
(16) Gérard LECLERC s ibid. ,p. 64.

27
c;es traditions.
Ils p/)rteront sur les fonts baptismaux aussi
bien la jeune littérature par le biais d8 préfaces, que, plus
tard~ la revue "Présence Africaine". Il reste que, pour la
plupart des
fonctionnôires
coloniaux~ ces hommes niant pas
directement remis ~n cause le système qu'ils servaient. même
si, à plus ou moins longue éch0ûl'lce; leurs travaux devaient
déboucher sur sa remise en cause. KIMONI
donne de cette
situation une ex?licatiun qui
gagnerait à être nUènc~e lors~
qulil
écrit que Ille problème des limites
au sujet de la (J;;>
couverte des cultures africain(~s est celui
de l'attitude
ambiguë qui
a présidé à l'engouement des chercheurs occicen-
taux vers (sic)i2s formes
traditionnelles africaines lesquel-
les loin d'être revalorisées par ce fait, servirent soit
.s.
1
renforcer le projet colonial
é~ culture, cu offrirent simple'-
ment un prétexte pour cri tiquer les valeurs de l 'Occi dent ll ( li).
Fé.\\ut-il
juger les africanistes eur()p~ens sur leurs mobiles
ou mati va ti ons profondes ou bi en nI? re teni r que leur rôle ini-
tiateur dnns la redécouverte, l'interprétation. '2t la réhô'-'
bilitation des cultures africaines? Peut-on leur tenir
ri gue u r d ' a v0 i r con cl u i t
leu r s t r a vau x dan s l e con te x t 2 col 0 ~ ,
ni al,
vai re aV2C le secr2t espoi r de renforcer ce système"
lorsque tant G'écriv~ins africains se sont épanouis Jans ce
ca cl re ?
(17) Iyay KIMONI ~ V06~~n d~ fa L~tténatunè N~9no-A6n~~a~ne ou
pnobfê.maUque.,d'une. ~uftu.ne., Presses Universitaires du Zaïre:
Sherbrook Naaman,
1975~ o.
124.
l
'

28
En vérité les africanistes n'ont pas cess~ d'~VO~
luer. au lendemain dE:: la dernière guerre~ ils se sont retrou~

vés 3 côté cies écri vains noi rs autour de la revuell~résence
Africaine ll . Comme de juste~
l'africanisme nia pas g du jour
au lendemain~ chan0é les esprits.
En revanche~
on ne ?eut que s'accorder dans une'
certaine mesure avec KIMONI lcrs.=ju'il souligne les rapports
de l'africanisme et de l'iu2ologie coloniale. Il écrit que:
IIl a préoccupation des ethnologues fut en effet la recherche
d'une base (Je coopération entre l'Europe et l'r\\frique. Sou-
cieux à"lafric-~niseril le système coloniùl_ ils comptèr'2nt
avec les réalités africaines cans la mesure où
elles' purent
fournir une base de coo~ération
tout en maintenant le critè~
re que c'est la présence des intfrêts étrllngers Clui dicterait
l'orientation culturelle à l~onner à l'~\\frique"(18). Il reste
que ce que KIMONI considère
comm~ un effort d'africanisa-
t ion dus ys t è me ~ au s s i t i mi de ,~u 1 i 1 fût ~ dé b0 u cha sur 1a
reconnaissance des civilisations africaines et~ plus tèrd~
sur l'indépendance et que; nom~re d'africanistes~
surtout
ceux de 1,1 génération suivante~ ne peuvent
en aucun cns
êtr8 accusés de colonialisme. Dnns l'ensemb12 s avec le recul
dont on dispose maintenant, on ~eut conclure que les africa=
nistes aidèrent plus j
l~ reconnôissènce des cultures ~.fri-
caines qu1nu renforceYn2nt ,Ju système cDlonial. KI;,WNI lui-
même cite. à la suite oe t-1m2 KESTELOOT, la vive réaction de
(18) Iyay KIMONI. Ve~t~n de ta L~tté~atu~e Nég~o-A6~~~a~ne ou
P~obtémat~que d'une Cuttu~e. op. ~~t., p. 125.

29
certains intellectuels euror)éens
èe (~roite -et de renom"
aux enseignements des africanistes.
En Afrique même. la nouvelle l:Jrient~tion de l'a~
fricanisme aurà une certaine i(Jfluenc:2 sur la [)Qlitiqueco-
loniale. Souvent cette Jernicre ne dépassera pas
le niveau
des bonnes intentions.
Il
faut ce;)Sndènt lier l'africanis-
me au dé b è t sur l' as sim i 1 é1 t ion et lia s soc i a t i 0 i1. et y 1 i re
comme les prémices d'une remise en cause du système dans son
ensemble.
La contestation du concept unitaire Ge la civili-
sation.
la reconnaissance ;)rogressive de la spécificité des
cultures africaines. dev}ient légitimement entraîner un ef-
fort Je réajustement c~e l'idéologie coloniale. C'est ainsi
que les africanistes s'efforcêrant de substituer a la doc-
trine de l'assimi1ation
celle de l'associ ation qui
permet~
t rai t
1Cl s a u ve C) a r cl e de l' 0 r i gin ù 1 i té cul tu re 11 e de cha cu n
des ;Jeuples en pr~sence. Certes" 1a reconversion de l'afri-
canisme ne fut lè cause
j'aucun bouleversement des
théories
coloniales.
L'association se uessinà. gagna du terrain 9
trouva un dêbut d'ap~lication sur l~ plan des institutions
politiques mais ne
réussit à anéantir ni
la doctrine ni
ln
pra t i q U12 ch; lIa s s i mi 1a t ion cul tu r2 1 lE:. Jus ~1 u 1 au 1en de mà inde
la dernière guerre mondiQle. 1 l assoc;ation releva du domaine
des postulations.
De plus,
lorsqu'enfin on se décida à la mettre en
pratique. les séqu211es
de llassimilation jouèrent comme
autant J'entraves.
Ce qui
fai t
;Jarler Joseph KI-ZERBO de

30
:il'ambiguité de la. ;)olitique coloniale française qui ~rrera,
jusqu'à la fin~ de l'utopi2 de l t assiil1ilation aux mirag9s
de l'association li (19). Henri BRUNSCHlnG ne lui
donne pas
tort qui
écrit des p2upl12s noirs
l'qu'elle I-la colonisationTles
entraîna dans la voie que 125 B13ncs avaient suivie aupùra~
vant:
Cl! l le
où les coutumes se muent en folklore et leur
re s pe ct en niJ st al 9 i e" (2 0) .
Il
reste que l'associationnisme poursuit son
chemin. On peut en repérer les idées précisément dans les
préfaces
des premières oeuvres africaines.
R.
RANDAU, dans
la préface de la monogra~hie que Uim DELOBSON a consacrée
à l'empire du 1\\1ogho~Naba~
r2c(mnaît la spécificité des
cul-
tures noi res et concède qU'2 "ce qui
8
ét~ construit par des
mi 11 i e r s J 1 a n née s ne peut être démoli en que l que 9 jours
la coutume !2thnique qui
lis les hommes 2ntre eux est plus
solide que le ciment rOrlain ll (21). Quant au préfacier ch~
Ka~im sa position est bien plus nette. Il cite abondamment
(19)Joseph KI-ZERBO~ Hi~toi~e de l'A6~ique Noi~e, Paris:
Hatier,
1972, p.
435.
(20)H2nri BRUNSCHWIG. VAvèneme.nt de l'A6~ique Noi~ev Paris:
A. Colin. 1963. ~. 179.
(21)Dim DELOBSON. L'Empi~e. du Mogho-Naba, Paris: éd:
Donùt~
i"io h t - Ch ré t i ~ n, 1932 j
~). 6.
En fait.
la lecture de
texte montre que l'associa-
tionnisme n'êtait ~as incompatible avec certains sentiments.
R::\\NDAU y veit quant à lui
le moyen J'interrom;Jre
IIl es fata~
")
)
lités ancestrales" des Noirs

31
un autre africaniste de haute vJlée. Théodore MONOD. qui
donne un
~cho re~arquable
aux mutations intervenues dans
les études
africaines.
Favorable 8 la reconnaissance et au
développement des
cultures
africain2s~ il écrit: IIQuant il
l'homme
bien lcin d'être parteJlJt identique. il
présente des
J
types physiques très
variés -quai
cie commun entre un Négril-
le et un Peul. entre un Bushman et un Ouolof ?- pôrle
d'innombrableS'
langues compliquées au vocJ.bulèin~ souvent
exubérant. et loin de présenter une civilisation ..
révèle
aujourd'hui
~ l'ethnologi2. l'existence de toute un;:: série
de
cycles culturels ayant chacun 12\\Jrs caractères,
leur air~
de distribution et. bien entendu.
leur histoire" (22).
Th. MONOD n'2 se contente ;JJ.S de f=.1;re valoir la diversité
des peupL:::s et des
cultures
de l';1friqu2.
Il
cJévelo~)pe la
thèse de l'association fondée sur un dévelo~~)Gment
culturel
parallèle et se préoccupe ainsi ..
d'inspirer le
respect de la
p<::rsonnalité culturelle de l'~\\frique.
Il poursui t. plus
loin:
lIassocier. juxtaposer
réunir. ce n'est pas nécessai-
9
rèment fusionner.
L'union féconde
n'est pas celle qui
ü~Jolit
L~s virtualit.'2s spécifiques üt f:tit d'une précieuse diversi-
té.
je ne sais quel
inform~ ~t d6so1ant mag~~ ; l 'union
véritable exalte les personnalités assQci~·es.cJécüuvrant dans
leur contact mutuel, et plus encore dans un but commun pro-
posé,) leur activité,
Jes
raisons nouvelles d'être pleine-
ment elles-mêmes et de rn2ttre leurs
richesses
respectives
au service (lu bien collectifll (23).
(22) Ousmane SaCE,
Kaltim,
éd.
latines 9
p.
8.
(23 ) au sman e SOC E , .i bid., p. 1a .

32
Kob'2rt DEL~VIGNETTEi rOnlancier l, chercheur -qui
tient Fo~ce-Bonté pour un bon roman
!~ ne se démarque pas
avec la mêm'2 netteté des
tenants
de l'~ssimilationnism'2.
Acquis ,Ej la nouvelle
doctrin;;;i il
n'en pêche pas moins par
excès .j'optimisme.
C'est ainsi
lue )rOcisant le sens de
Ka.nim, il
~crit : liEn s'exprimant i en s'anJlysant
les Afri~
i1
cains travail lent non seulement à leur développement mais
au nôtre.
Et ils portent le problème de nos
rapports
avec
l'Afrique sur un pl an supt:rieur qui
les 'Jblige et qui
nous
obliqe avec eux â dê~asser les vieilles nations de colonisa-
-
.
t ion c ü mm e l e s t n dE J u n a t ion (l 1i s me Cl f ri ca i n Il (2 4 ) .
C'est, là,
aller vite en besogne. La nouvelle
doctrine est 5 ce point un8 source de confusion qu'elle per-
met aux adeptes du colonièlisme d'y trouver une
raison