UNIVERSITE DE HAUTE BRETAGNE
RENNES Il
CONSEIL AFRICAIN ET MALGACHE
POUR L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
C. A. M. E. S. -
OUAGADQUGOU
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1
\\
A.
A.
AMADOU HAMPATE BA,
Ecrivain du XX e siècle
ou l'Etrange Destin de la Tradition Africaine
THESE DE DOCTORAT Présentée par: Diané ASSI
SOUS LA DIRECTION de Mr le Professeur Jacques BRENGUES
- 1988 -

2
SOMMAIRE
PREFACE
4
INTRODUCTION
10
Notes de l'introduction.
26
PARTIE 1. Harnpâté Bâ, un homme de l'éternité
29
CHAPITRE 1. Rappel historique, le Soudan ancien et la
31
civilisation peul
a. Origines des Peul
34
b.L'apogée de l'Empire du Mali
39
c. La tradition littéraire peul
41
d. Panorama du monde du XVo au XVlllo siècle
45
e. Du XIXo s. à l'aube du XXo
47
f. Histoire et histoire littéraire au XXos.
52
Tableau chronologique
60
Notes du chapitre l
62
CHAPITRE II. Repères biographiques: la situation d'Ho
65
Bâ par rapport à la tradition
1. Le "royaume d'enfance"
70
2. Une formation spécifique: l'initiation
74
3. Une influence décisive: Tierno Bokar, le Sage de
80
Bandiagara
4. La formation à l'école française
83
5. La carrière administrative
85
6. Le chercheur en "tradition orale"
87
7. La presse
90
8. La carrière diplomatique
91
Notes du chapitre II
93
CHAPITRE III. Description générale de l'oeuvre. Tenta-
95
tive de classification
1. Description du corpus d'oeuvres. Classement de la
96
production d'H.Bâ en français
2. Problématique des textes de voie orale
104
3. Les essais
111
4. Un épiphénomène: l'Etrange destin de Wangrin
114
Notes du chapitre III
120

3
PARTIE II. Une oeuvre au carrefour des chemins
121
CHAPITRE 1. Pour une définition de la littérature
125
afri ca i ne
1. Problèmes théoriques
132
2. Situation de l'oeuvre par rapport aux discours
155
littéraires africains
Situation historico-littéraire de l 'oeuvre
159
3. Le courant traditionaliste écrit
166
Notes du chapitre 1.
173
CHAPITRE II. Le Passage
177
1. Du Foulbé à la langue française
181
- La traduction d'un texte comme "double" du texte
192
original
- Auto-traduction et passage
203
2. A la recherche du conte perdu. Conclusion
210
Notes du chapitre II.
212
PARTIE III. Le rituel poétique
214
CHAPITRE 1. L'écriture corrme renaissance
215
-Proposition de lecture des textes : le scénario
218
initiatique
Le texte initiatique
219
- Comment se présente le "jantol" ?
221
- La trilogie: Kaydara, L'Eclat, Njeddo Dewal
231
- Le repérage des ritèmes
236
Notes du chapitre 1.
258
CHAPITRE II. Vers un nouveau statut du traditionaliste
260
Notes du chapitre II.
270
CONCLUSION.
271
Notes de la conclusion
281
BIBLIOGRAPHIE.
282
ANNEXES.
306
Sommaire des annexes
307
Introduction
308

4
PREFACE

5
Dans
un
quartier
populaire dlAbidjan
(Côte-d'Ivoire)
vit un
vieil
homme,
témoin d1un siècle d1histoire africaine et défenseur
des valeurs de civilisation ancestrales à travers notamment la tra-
dition orale. Coincée entre les étalages des petits marchands de
Marcory (nom du quartier où il réside), sa maison de type soudanais
est un véritable hâvrede fraîcheur et de paix dans llocéan grouil-
lant de llenvironnement ambiant.
Dans la concession,
la vie suit son cours; quand nous nous
y sommes rendue
un jour dl Août 1986,
nous avons retrouvé cette
douceur malgré llépreuve qui frappait la famille à travers la mala-
die du grand Maître. La bibliothèque privée d'H.Bâ ainsi que son
bureau jonché de notes et de documents divers nous a impressionnée;
c1est ici dans cette modeste salle que reposent des trésors: trésors
de connaissances, de textes, de souvenirs, de littérature ... Dans
une chambre attenante, il se repose.
Ses filles nous ont reçu avec une simplicité et une chaleur
rares, nous transmettant le temps d1un après-midi un peu de la gran-
de sérénité des lieux, sanctuaire d1une Afrique débarrassée de ses
complexes tout en gardant une attention soucieuse au monde d'aujour-
d'hui. Mme Heckmann, collaboratrice éminente du vieux maître par-
court les rayons de la bibliothèque, nous montrant ici et là des
papiers jaunis qui
attestent des débuts précoces dlH.Bâ dans son
projet d'écriture. Emotion, respect devant l'immensité de la tâche
que s'était fixée le vieil
homme;
qui
reprendra le flambeau? Que
deviendront les connaissances enfouies dans les archives mais qui

6
peu à peu seront répertoriées sur micro-fiches, passant d'un monde
à l'autre, du Passé au Devenir.
Le jour va tomber, ma fille gambade dans cet espace que j'ima-
gine fécond pour elle; on ne peut ici qu'apprendre, s'enrichi~ tout
comme
dans
l'expérience
initiatique des
trois
voyageurs
du
pays
de Kaydara, ainsi que le dit le vieux mendiant rencontré au cours
du voyage: ilLe savoir vrai est une étincelle qui vient de très haut.
Elle fend l'obscurité de l'ignorance comme l'éclair perce le gros
nuage noi r qui assombrit l a nue. Quand il pénètre une âme, il lui
assure joie, santé et paix, trois choses que les hommes ont toujours
souhaitées pour eux et pour ceux qu'ils aiment. La vie a promis
par serment que l'existence serait perpétuelle. La mort a juré d'y
mettre fin. La lumière dissipe les ténèbres, l'obscurité enveloppe
et avale la lumière. Qui des deux aura finalement le dessus? Quand
une famille déplore un décès, une autre fête une naissance; la ruine
des uns fait la fortune des autres ... 11 (Kaydara, p.86)
Aurons-nous
mérité de
la fréquentation
des
l ivres du
grand
maître, connu et reconnu pour son ardente défense de la tradition
orale, nous l lavons quant à nous quelque peu circonscrit à son écri-
ture; nous nous sommes miseà l'écoute du dit et à celle différente
de l' écri t.
IILangue et styl e sont des forces
aveugl es;
l'écriture est
un acte de
SOl idarité historique. Langue et style sont des objets,
l'écriture est une fonction, elle est le rapport entre la création
et la société,
elle est le
langage littéraire transformé par sa

7
L'écriture du vieux sage de Marcory est empreinte de la force d'un
savoir tenace, pénétrant ~t pourtant gorgé d'un humour typique dont le
lecteur a une idée dans le récit de "Wangr-in". La gravité et 11 austé-
rité de certains sujets traités n'empêchent pas l 'humour, la truculence
et une certaine verdeur du langage qui n'est pas sans rappeler la lan-
gue gaillarde des auteurs de la Renaissance et du XVlosiècle français.
Mais le fleuve de la parole se tarit peu à peu; non pas volontai-
rement bien entendu, mais du fait de l'avancée des ans; aussi nous res-
te-t-il les écrits témoins muets (?) désormais du grand projet de
Renaissance culturelle.

8
Ce travail a été soutenu par:
- Monsieur le Professeur Jacques BRENGUES, qui a toujours su nous témoi-
gner sa confiance et ses encouragements, depuis nos premiers pas dans
le domaine de la recherche à l'Université de RENNES II en 1984.
- I~adame Hélène HECKMANN, collaboratrice d'A.H.Bâ depuis 1966, qui a
bien voulu nous confier une documentation précieuse et, avec qui, nous
avons
entrepris
une
correspondance fructueuse.
Elle siest toujours
montrée entièrement disponible
pour
nous
prodiguer des
informations
parfois inédites; nous remercions d'autre part la famille, Bâ, qui nous
a gentiment reçue
dans la résidence du vieux sage de Marcory (Abidjan).
- Madame Irène BRUNEL, du service de 3° Cycle à l'Université de REN-
NES II, par son aide précieuse et l'extrême gentillesse qu'elle a témoi-
gné à notre égard, pour tout ce qu i concerne l a part i e techn i que de
ce travail.
- Le C.E.L.I.C.I.F. (Centre d'Etude des Littératures et Civilisations
Francophones), laboratoire de recherches de l'Université de RENNES II
et son président Monsieur le Professeur Bernard HUE.
- Monsieur
le Professeur Robert CORNEVIN,
président de l'A.D.E.L.F
(Association des Ecrivains de Langue Française), qui
le premier nous
a mis en contact avec Madame HECKMANN.
- Monsieur le Professeur Alain RICARD, de l'Université de BORDEAUX III,
par ses encouragements et l'intérêt qu'il a porté à notre travail ainsi
que par la documentation qu'il nia pas manqué de nous fournir.
- L'A.P.E.L.A.
(Association Pour l'Etude des Littératures Africaines)
et son président Monsieur Claude WAUTHIER, dont les colloques et le
bulletin nous ont permis de prendre de fructueux contacts.

9
- Les N.E.A (Nouvelles Editions Africaines) à Abidjan (COTE-D'IVOIRE)
et
leur directrice Madame LAUBOUET,
qui
nous ontgracieusement offert
tous les ouvrages d'A.H.Bâ, publiés dans leur maison.
- Le service de Documentation Africaine de R.F.I
(Radio France Inter-
nationale) à Paris.
- La Bibliothèque universitaire de RENNES II.
- Les Editions JEUNE AFRIQUE, dont le service de presse à Paris, nous
a procuré des art i c 1es rares ou i néd i ts et un "doss i er-presse" concer-
nant H.Bâ.
- La Bibliothèque de La Documentation Française à Paris.
Enfin, il faudrait remercier tous nos amis sans lesquels la vie quoti-
dienne aurait été encore plus difficile, ainsi que tous ceux qui parta-
gent notre vie, de près ou de loin; en particulier nos parents pour
la confiance qu'ils n'ont jamais cessé
de nous témoigner et tous ceux
à qui nous avons essayé de faire partager notre passion pour cet "étran-
ge destin" de la tradition africaine;
nous voudrions ainsi remercier tout particu1 ièrement, notre soeur Isa-
belle et M. C.Dadié, qui ont bien voulu relire notre travail.
Qu'ils trouvent ici l'expression de notre vive reconnaissance.
Enfin, nous dédions ce travail à notre fille Penda, qui a grandi
en même temps que cette thèse; à sa joyeuse conception de la vie,
qui nous a toujours entrai née
à aller de l'avant, malgré les em-
bOches que nous avons pu rencontrer, ~nsemb1e , sur LE CHEMIN.

10
INTRODUCTION

11
" Rage pour rage, à côté du corps gratuit qui conspue la flamme,
l'écrivain fonctionne en fonction de la nuit.
J'écris,
entendez,
je me dénigre. Mais je n'avilis personne. Je suis un tesson. de chair
ardente qui dit son amour à tous les hommes; j latteste qu'on est
vivant.
Fonction ingrate bien entendu. Quand on sait qulon écrit
affamé parmi tant d1affamés. Que ceux qui nlont pas de quoi acheter
du pain n'auront pas de quoi acheter un livre. Qu'il y a tant dl
ana l phabêtes à commencer par son père et sa mère. Qu 1 on nia pas
de lumière chez soi pour lire après le travail. Qu'il y a tant de
gens qui ont peur d'un livre (parce qu"ils se sont improvisés gé-
rants inconditionnels de la vérité), parce que dans certaines par-
t i es de notre monde moderne,
1a loi
i nterd it de penser.
Mais
l'espoir nous est imposé ... "
Sony Labou Tansi ***
*** Notre Librairie, juil-sept.1986, n084, p.l3.

12
L'objet de notre étude est non seulement une oeuvre mais aussi
une personnalitéhors pair. Si l'on étudie de près la réception cri-
tique de
l'oeuvre et de
l' homme Amadou-Hampâté
Bâ,
le chercheur
s'aperçoit très
vite que sa personnalité est davantage mise en
exergue que sa production littéraire à proprement parler. Son "ro -
man" L'Etrange destin de Wangrin a obtenu le Grand Prix Littéraire
de l IAfrique Noire (Prix attribué par l'ADELF: Association des Ecri-
vains de Langue Française, présidé par R.Cornevin) en 1974 et avec
le beau texte de Kaydara; ce roman est l'un des plus l us et des
plus connus de cet auteur. Le reste de son oeuvre, écrite en fran-
çais ,mérite pourtant une connaissance accrue du public auquel elle
est après tout destinée.
Il faut
savoir qulH.Bâ constitue l'un des rares franco-
phones africains à produire également une oeuvre poétique dans sa
langue maternelle, le peul; cette partie de son oeuvre reste à ce
jour inédite et ne fera donc pas partie de l'étude que nous enga-
geons ici.
Nous avons évoqué une personnalité à propos d'H.Bâ et en effet)
il en constitue une dans les multiples acceptions du terme. A savoir
qu'il jouit en Afrique d'un réel prestige, qui confère à son oeuvre
et à son nom un statut bien particul ier que nous nous efforcerons
dans ce travail de mieux définir.
Dans
le dossier établ i
par Michel
Pierre pour
le Magazine
Littéraire (1) il est ainsi présenté comme "l 'une des grandes cons-
ciences de la littérature africaine ... Formé à la culture française,

13
nlayant rien renié de ses traditions,
il lutta pour la sauvegarde
d'un patrimoine menacé. Il
Aussi
allons-nous examiner la manière dont se présente cette
oeuvre produite en français
(mais aussi
en peul
dans le cas des
textes publiés en version bilingue) en proposant un premier classe-
)
ment, ne tenant compte tout d'abord que des ouvrages publiés.(2)
En Afrique noire, la littérature écrite d'expression française
voisine
avec
une
littérature
orale
dite
traditionnelle(puisqu'il
s'agit de textes
au sens
large du terme)
en
langues africaines.
Le développement des études sur les traditions orales a donné lieu
à des co 11 ectes de ces textes divers (contes, épopées, poés i e ... ))
qui ont pu aboutir à des re-créations de textes traduits en fran-
çai s et
ont fait
l'objet d'un véritable travail
d'écriture.
Ainsi
le Soundjata de D.T.Niane,
le Kaydara dlH.Bâ ou encore les
Contes d'Amadou Koumba de Birago Diop, le premier étant paru
aux
Editions Présence Africaine à Paris en 1960,
le deuxième en 1978
aux Nouvelles Editions Africaines (Abidjan-Dakar-Lomé) et le troi-
sième toujours à ParisIen 1947 aux Editions Fasquelle .'
Depuis
quelques
années,
la critique
littéraire africaine ou
africaniste siest intéressée de près à la littérature écrite d'ex-
pression
française
(que
1Ion
nomme
aussi
littérature d'écriture
frança i se) et en part i cu 1i er au genre romanesque; 1es textes oraux
traditionnels ont surtout été étudiés par les chercheurs du point
de vue ethnologique ou purement documentaire, et moins sinon pas
du tout)à un niveau
littéraire.

14
Les
textes
que
nous
avons
quant
à nous choi si
de soumettre
à notre
analyse
appartiennent
à une
catégorie
spécifique,
celle
des textes "de voie orale"~ais qui appartiennent selon nous désor-
mais
au domaine de
l'écrit)et des essais qui
permettent d'appré-
hender la pensée d'H.Bâ.
Les voies multiples de l'oeuvre aboutissent au croisement de
la tradition
orale (peul
et
bambara)
et
de
la tradition écrite
(islamique et
européenne);
l'homme
lui-même
ne
se définit-il
pas
cornme
une
"chauve-souris"
(3)? Ainsi
H.Bâ
a participé activement
à la rechercbeet à la collecte de textes traditionnels; ceux que
nous
évoquons
ici
appartenaient
au
départ
à la littérature orale
(OI.J
orature).
Ma i s figés
par
l' écr iture,
dans
un
temps donné et
par un individu précis,
ayant de plus fait l'objet d'un véritable
travail
d'écriture,
ils font
désormais
partie à notre avis de la
littérature écrite
(nous tâcherons dl en montrer l es raisons ),même
s'ils conservent certaines des caractéristiques de l'oralité (4).
Pour une large part,
cette oeuvre consiste donc en une série
de transcriptions
de
textes
provenant de
la tradition orale) mais
aussi de textes de conférences, pensées,
articles (cf. le descrip-
tif du corpus du chapitre 3). Qulil slagisse de sujets ayant voca-
tion
historique,
initiatique
ou
autre,
la
notion
de
littérarité
(5) reste à préciser dans ce contexte précis. En effet.le seul texte
"littéraire" qui ne provienne pas strictement d1une tradition orale
collective est
le récit romanesque constitué par L'Etrange destin
de Wangrin;
nous
verrons
pourtant que ce récit tire également sa

15
source de l'oralité, puisqu'-j1 s'agit du récit de sa vie transmis
oralement par Wangrin lui-même à H.Bâ lorsque celui-ci était plus
jeune.
Ainsi
se dessine
l'entreprise du traditional iste polygraphe:
archiver les images; mais la transposition n'est-elle pas déjà et
toujours une
transformation?
Il se présente donc à nous comme un etrr:nographe (Aspects de
la
civilisation
africaine),
un
hagiographe
(Vie
et
Enseignement
de Tierno Bokar),
un mythographe
(Kaydara,
Koumen),
un r-omancier,
et enfin et surtout en tant qu'écrivain. Quand le chercheur examine
donc
la classification des différentes productions,il
en ressort
que
l'étude de l'Iloeuvrell
apparaît comme une gageure singulière;
mais
il
nous faut
ici définir et justifier de l'emploi du terme
lIoeuvrell .
Celle-ci
paraît
en
effet
inclassable,
mêlant
essais,
romans
et textes de voie orale sans que l'on puisse toujours trouver un
lien thématique entre tous;
c'est pourtant ce que nous tenterons
d'établir à travers l'étude
que nous avons entreprise.
L'oeuvre se situant e11 e-même à l a ch arn i ère de l' ora lité et
de l'écriture, ce fait nous a conduit à un type d'approche qui sem-
ble s'écarter de
la critique littéraire
africaniste qui
tend à
rechercher plutôt la IINégritude ll et 1I1'engagement ll .
De même notre travail ne se situe pas précisément dans la mou-
vance
stricte d'une
recherche
de
type marxiste,
psychanalytique
ou structuraliste, bien qu'il puisse leur emprunter nombre de leurs

16
critères. Etudiant les rapports de l'oeuvre et de l 'homme avec l'en-
vironnement sociologique, culturel et historique, nous nous sommes
attachée à reconstituer tout d'abord l'écologie de l'écrivain. C'est
donc dans une perspect ive comparat i ste que nous avons engagé cette
étude (6);
la littérature comparée se définit bien comme l'étude
par delà
les frontières
politiques,
linguistiques ou culturelles
des faits littéraires.
Aussi l'insertion de l'oeuvre d'H.Bâ dans le contexte général
de la littérature africaine (ou négro-africaine) et de la 'littéra-
ture général e J nous permettra de l'appréhender dans cette perspec-
tive. Nous serons de plus amenée à effectuer une démarche que nous
qua l ifi erons
de
"phil osophi que"
en
dégageant
l a pensée de notre
auteur et à travers elle ,ce qui
constitue une forme d'humanisme
africain.
Par
humanisme,
nous entendons
une théorie ou doctrine.
qu i prend pour fin
l a personne humaine et son épanou i ssement. Un
parallèle avec d'autres personnalités du monde culturel négro-afri-
cain pourra être établi; nous pensons ici
à des personnes telles
Senghor ou Boubou Hama.
Il
nous a semblé important de cons i dérer
les rapports que
l'on pouvait établir entre la pensée d'H.Bâ et
d'autre part celle d'un homme comme Roger Garaudy. En ce qui concer-
ne l'écologie de l'écrivain, il s'est agi pour nous de recueillir
des données essentielles concernant la Tradition soudanaise, l'Islam
"noir", les influences de la colonisation française dans le domaine
géographique qui nous concerne. Aller au delà d'une simple biogra-
phie;
le biographe devant en effet
pouvoir donner des clés,
les

17
points
essentiels
pour comprendre
le cheminement d'un
auteur,
à
l 1 intérieur d'un type de société donné, à un moment donné de l 'his-
toire.
Nous
voulions
retracer
les
étapes
du
cheminement
d'H.Bâ du
Passé au Présent, de la Tradition au Progrès; ébaucher une esquisse
de l'itinéraire intellectuel qui a été le sien. Nous parlons bien
d'esquisse ici,car il n'entrait pas dans notre projet de vouloir
paraître exhaustif quant aux multiples domaines d'étude que recèle
l'oeuvre globale d'H.Bâ. Nous nous sommes attachée à quelques hypo-
thèses dégagées au travers d' une étude minuti euse du statut de l'
écrivain, des textes et du contexte) autour desquelles nous avons
bâti notre étude.
Notre étude emprunte donc ses matéri aux de
base aux divers
domaines des sciences humaines à savoir l'histoire,
la sociologie
principalement,en sus de ses aspects proprement littéraires.
Nous
avons d'autre part tenu
à enrichir
notre thèse chaque
fois
que cela
s'avérait
possible
d'une
documentation
"vivante",
"vécue",et ce à travers des entretiens et une correspondance suivie
avec des personnes de l'entourage proche d' H. Bâ ,ou encore avec des
personnes ayant de près ou de loi n rapport avec le thème de notre
projet.
Nous nous sommes a-insi propcsée.d'analyser le statut de ce per-
sonnage stratégique de la tradition orale africaine,; aussi c'est
à partir de ce qu'il
est convenu de nommer "la" tradition orale
(discours sur la tradition,
discours de la tradition ou discours

18
pour la tradition)que nous montrons à quel niveau s'opère la rupture
entre le statut du traditionaliste d'hier et celui d'aujourd'hui.
Nous nous sommes d'autre part inspirée de la démarche proposée
par J.Starobinski qui écrit:
IIJ'appellerai
interprétation philoso-
phique celle dont le discours sera le plus large, le plus attentif
à l'universal ité de son propos, le plus apte à confronter le sens
des oeuvres avec l'ensemble des activités sensées dont l 'homme est
capable ( ... ) car il ne faut pas exclure l'éventualité d'une cri-
tique modeste, sans prétention doctrinale avouée mais dont ,les qua-
lités développées "sur le terrain ll seraient précisément celles d'une
réflexion
philosophique
en
acte,
il
n'est
pas
nécessaire d'être
philosophe en titre pour faire de la bonne philosophie." (7)
De plus,
il
nous
semble
important de
préciser que pénétrer
l'univers d'H.Bâ, c'est aussi prendre garde et porter une extrême
attention aux mots,
car il
nous faut
le plus souvent plaquer la
langue française
sur des
réalités
qui
lui
sont essentiellement
étrangères. C'est là une des plus grandes difficultés de ce type
de travail; mais c'est à travers ce "corps à corps" avec les textes
et avec les idées que se dévoi le au fur et à mesure de l'avancée
du travail,
une théorie littéraire originale, non réductrice, qui
fait "parler" une partie non négligeable de la littérature africaine
et ce, d'une manière différente.
Nous voulions interroger cette parole "figée", ce verbe II mou -
vant ll avec des critères d'analyse qui accordent une place des plus
large au travail de l'écrivain tout en considérant l'apport idéolo-

19
gique du contenu des messages.
Nous
postulons
la littérarité des oeuvres
de voie oral e et
nous
consacrons la deuxième partie
de
ce
travail
à étudier
les
phénomènes de traduction qui
sont essentiels
pour une définition
de ce type de textes.
A.Amela dans un article sur la critique de la littérature afri-
caine écrit:
"Il
nous
apparaît que
l' institutional isation acadé-
mique"
d1une
critique
essentiellement
négro-africaine
n'est
pas
à encourager. Edicter des principes selon lesquels l'oeuvre négro-
africaine doît être abordée, c'est faire preuve d1un impérialisme
intolérable. D'ailleurs llentreprise est vouée à l'échec. La lecture
d'une oeuvre est plurielle. Toute création esthétique est soumise
à
l'indétermination:"elle est",comme l'écrit Ch.Mauron,"une révé-
lation qui
se prolonge en relations personnelles" (Des métaphores
obsédantes au mythe personnel, 1962, p. 12). Un code n'est pas plus
valable qu'un autre, fût-il
"authentique". Il ne peut y avoir que
des propos it i ons de lecture." (8)
Notre thèse propose donc
une
lecture de
l'oeuvre dl H. Bâ et
non pas une nième théorie de la littérature africaine. Comme le
souligne A.Amela
"pour certains,
il
ne s'agit même pas d'effort
d'adaptation,
mais
d1initiation
nécessaire,
d1introduction
dans
les
arcanes
des mythologies négro-africaines,
des
religions,
des
rites et des symbolismes, qui d1après eux, constituent le substrat
pétrifié de la conscience négro-africaine" (9)
Cette école critique est parrainée par L.S.Senghor et âprement

20
défendue
par Th.Melone.
le
Nigérian
J.Okpaku et
le Ghanéen Agovi
(10);
prenant
pour
exemple
le
roman
de Chinua Achebe.
Amela
se
demande que 11 e est l 1 i ntent i on rée 11 e de l'auteur:
"est-ce de nous
renseigner
sur
la
société
Ibo
ou
de faire
oeuvre d'écrivain?"
La littérature est un mode de connaissance du réel
mais d'un
réel
"su bl imé"
par
11 intention
esthétique
(artistique); pourtant
si
le langage littéraire implique des effets stylistiques.il n1em-
pêche que
l'on
ne
peut étudier
une oeuvre
africaine
(ou
autre
d'ailleurs)
sans
référent
extérieur
à
sa
pure
littérarité,
à sa
pure forme ou structure, même si ce référent ne se situe pas préci-
sément dans la réalité "vraie" mais dans la perception qulen a l'au-
teur et ce, différemment de celle que peut avoir le lecteur.
Toujours est-il qu'il faut savoir fixer des limites car "poser
comme
pro l égomènes
à toute tentat ive dl approche de
la
littérature
négro-africaine la connaissance du monde noir,
c'est institutiona-
liser
l es méthodes
anthropo log i ques et
psycho log i ques
comme seu l s
moyens d'explication de l'oeuvre négro-africaine" (11) . Clest ainsi
que
nous
avons
voulu
privilégier
l'aspect
historico-littéraire de
l'oeuvre
plus
que
son
aspect
strictement
"négro-africain"
qui
ne
lui confèrerait en fait qu'une identité de race.
Même
si
cette fois
là encore
l'oeuvre est fille
de
l'ethnie
dont
e 11 e
porte
témo i gnage
de
lamenta l ité,
des
obses si ons,
des
instincts, des préoccupations historiques, des figures mythologiques
et si elle doit être "pl e inement restituée aux lois qui en ont com-
mandé l a genèse et à l a scène cu lture 11 e qu i fut le théâtre de sa

21
naissance, s'agissant tout particulièrement du roman, on doit con-
venir que les techniques créatrices qui ont permis sa transplan-
tation en surgeon sur le sol africain sont allogènes." (12)
Dans une première partie, nous examinerons le contexte histo-
rique qui a précédé la naissance d'H.Bâ ~uis les principaux repères
bio-bibliographiques qui expliciterons le cheminement intellectuel
de celui qui
est considéré comme l'un des "maîtres à penser" de
l'Afrique contemporaine,
même si
sa problématique est essentiel-
l ement cu Hure 11 e.
Nous présenterons d'autre part l'oeuvre écrite
en français et proposerons une classification des textes ainsi que
la problématique
spécifique aux textes de voie orale"
Dans une deux i ème part i e, nous -étudi ons
les problèmes théo-
riques qui sous-tendent la critique littéraire des textes africains.
Nous donnons un aperçu général des principales orientations criti-
ques de la littérature africaine (ou négro-africaine) d'expression
française, et nous situons notre travail dans une perspective compa-
ratiste. Nous nous sommes d'autre part attachée
dans cette partie
à montrer
le "passage" du
texte,_ du contexte traditionnel
peul
(ou bambara) à celui de la diffusion par le livre et dans une langue
étrangère,
le français:
problèmes
posés par
la traduction et le
statut des textes de voie orale, y compris le récit de "Wangrin"
dont nous évoquons
l a parenté avec
les réc i ts d 1 une paro lep lus
.anc i enne"

22
La troi si ème part i e envi sage l es textes dans leur aspect plus
spécifiquement
initiatique.
Notre étude, basée sur
le système de
repérages des ritèmes, propose une lecture initiatique du texte;
nous utilisons pour ce faire la trilogie constituée par les textes
de Kaydara, LI Ec lat et Njeddo Dewa l, en accordant une place toute
particulière au récit de "Kaydara".
Après avoir décrit le genre littéraire peul auquel appartien-
nent ces récits: le jantol, nous analysons ceux-ci en tant que tex-
tes initiatiques. Nous montrons comment fonctionne le récit pour
un lecteur moderne; cette analyse nous amène à évoquer le changement
de statut des textes, mais de surcroît celui de l'écrivain-traditio-
naliste qui cherche encore une place dans la littérature africaine
écrite d'expression française.
Mais Jau-delà du statut littéraire de l'oeuvre,
il nous faut
évoquer la portée philosophique et humaine du projet d'H.Bâ que
nous pourrions comparer au "projet Espérance " de Roger Garaudy (13);
en effet celui-ci nous réconcilie avec l'idée qu'il n'y a pas à
désespérer de l 1 homme et qulune conception différente des rapports
entre l 1 homme et l'environnement, l 1 homme et la culture inclueraient
forcément les valeurs de civilisation africaines et asiatiques pour
ne citer qu'elles.
A travers ce vaste projet de renaissance culturelle)s'est ins-
crit un itinéraire d'écriture où le "Grand Parler peul" a rencontré
la "Langue française" et a désiré la plier à ses exigences; pourtant
celle-ci a elle aussi imposé ses nécessités.

23
De cette rencontre sont nés des textes d'une grande beauté,
recréés pour les besoins de l'écriture; c'est de cette rencontre
et de ses implications que nous avons voulu parler dans ce travail.
Le public connaît H.Bâ comme un humaniste et un Sage africain;
nous voulons quant à nous étudier son itinéraire d'écrivain,
lui
qui est 1lune des personnes les plus mythiques de la tradition orale
africaine.
Bien que fort célèbre au plan international, H.Bâ n'a pas fait
l'objet à ce jour d'études en profondeur SIJr son oeuvre; beaucoup
dl art i cl es ont été pub 1i és
à son
sujet) axant 1eur prob 1émat i que
sur l'oralité, peu font apparaître H.Bâ comme un homme d'écriture,
même si L'Etrange destin de Wangrin (et bientôt son Autobiographie
dont nous donnons un extrait en annexe) l'a consacré comme talent
1ittéraire.
Ainsi
que
l'écrit
J.Chevrier
"pour
le critique
soucieux de
cerner
les
contours de
cette
personnalité,
aussi
attachante
que
complexe,
la tâche reste donc entière et il
lui faut repartir à
zéro, feuilleter les relations des multiples entretiens dont l'au-
teur de Wangrin s'est toujours montré prodigue ( ... ) alors lente-
ment,
à la manière des
lignes de force à l'intérieur d'un champ
magnétique, les grands axes de la pensée d'A.Hampâté Bâ se détachent
et s'organisent" (14)
Philosophe,
historien,
humaniste
enfin,
nous
avons
désiré
interprété sa vocation littéraire même si nous le concédons, 1 limage
globale de 11 homme dépasse largement les contours de la seule litté-
rature.

24
Il faut en effet situer les débuts littéraires dlH.Bâ dans ce
que V.Y.Mudimbé nomme L'autre face du royaume
(LIAge dlHomme, 1973)
IIClassés, étiquetés, nommés et jugés
par des marchands et des mis- _
sionnaires, lices sauvages ll sont des objets silencieux à propos des-
quels tout discours est possible, tout jugement dlexistence ou de va-
leur toujours pertinent. Une fois émis ( ..• ) ces discours prétendu-
ment scientifiques, qui en fait ne sont que des opinions, sIen vont
éternels, trouver écho dans la conception moyenne qui en fait bon
marché. Il
(15)
C'est en partie pour pallier à cette carence du discours des
IIsauvagesll,pour remédier à ce silence (puisque les indigènes ser-
vaient dl informateurs, mais ce nlétaient pas leurs patronymes qui
apparaissaie~rsur les couvertures des ouvrages) que les Africains vont
re-prendre la parole et le discours sur l'Afrique: IIQuand la chèvre

est?on ne bêle pas à sa place ll a coutume de dire H.Bâ.(16)
On peut penser comme certains critiques qulil existe
deux in-
terprétations de la réalité africaine: l lidéologie coloniale et l'i-
déologie nationaliste ~ 'une et llautre étant tout aussi subjectives,
il n'empêche que la vision de 1I1a chèvre Il citée plus haut existe et
est celle qui est perçue par les Africains eux-mêmes. Ainsi que l'é-
crit J.Jahn IIL'Afrique, telle que la représentaient les ethnologues
est une légende parmi d'autres à laquelle nous ajoutions foi. La tra-
dition africaine est peut-être aussi une légende; mais clest la lé-
gende à laquelle croit l'intelligence africaine. Et c'est bien son
droit de considérer cet aspect de son passé comme le plus vrai, le

25
plus authentique,
pui~qulelle les tient pour tels ( ... ). La re-
présentation que se donne à elle-même la culture néo-africaine de sa
propre tradition n'est peut-être pas la plus objective possible, mais
elle est la seule vraie, parce que clest elle qui est en train de dé-
terminer llavenir de l'Afrique" . (17)

26
NOTES
1.
M.ichei
P.ivul.e
"V.ingt
autewr.~
cho.i~-i~",
MagaÛne
UttéJtaÙl.e,
Ma-i. 1983, 195 , P . 32 .
2.
Vo-iJt
annexe~,
déta-i.i
de~ aJtch.i ve~
détenue~
à
Ab-idj an
et ie
ciaMement ebtectué
paJt
A. I.Sow
daM
~on Inventa-i.Jte du dond~
Amadou-Hampaté
Bâ,
JtépeJttoJt-ié
à
Ab-idjan
en
1969,
K °nch-
~.i.ech7Un.iveJt~Üé de PaJt.i~ x,
LaboJtatoÙl.e
d'ethnoiog-ie
et
de
~oc.ioiog-ie compaJtat{ve, 1970.
3.
Le
~ymboi-i~me de cet an-imai e~t expi.iqué daM KaydaJta:
"Je
~u-i~ mamm-i6è.Jte paJt me~ dent~ et o-i~eau paJt me~ a{te~. Su~­
pendue paJt ie~ p-ied~,
je JtepMe daM ie~ bJtanche~; ia ium-iéJte
du
jowr.
m' aveugie
et
i' ob~cwr.üé de
ia
nu-it
m' écia-i.Jte.
Je
~u-i~ ie deux-ième ~ymboie du pay~ de~ na-in~ ... " (p. 25)
Ce ~ymboi-i~me e~t a-in~-i exptiqué: "Au ~eM d.iwr.ne, ia chauve-
~owr.-i~ e~t i' -image de ia peJt~p.icacüé. C' e~t i' êtJte qu-i voü
même
daM
i' ob~cwr.üé,
aioJt~ que tout ie monde e~t piongé
dan~
une
gJtande
nu-it.
C' e~t
une
-ind.icat{on
de
i' unüé
de~
êtJte~ et ia ~uppJte~~-ion de iewr.~ timüe~ gJtâce à iewr. aU-iance.
En
noctwr.ne,
ia
chauve-~owr.-i~ fri..gwr.e i'ennem-i de ia ium-iéJte,
i' extJtavagant
qu-i
ta-it
tout
à Jtebowr.~ et voü tout à i' enveJt~
comme
un
homme
pendu
paJt
ie~ p-ied~.
Se~ gJtande~
oJte-iUe~
~ont
en
d-iwr.ne,
i' embUme
d'une
ouie
déveioppée
powr.
tout
capteJt,
et en noctwr.ne,
de~ exCJto-i~~ance~ d'un Mpect h-ideux.
L a
~owr.-i~
voiante
e~t
de
piM,
en
noctwr.ne,
i' aveugiement
de~ véJtüé~ ie~ piM ium-ineMe~, et i ' entM~ement en gJtap pe~
de~ puantewr.~ moJtaie~ ... " (p. 79-80) .
4.
Et
même ~.i noM ie ~avon~, ie concept d'autewr. e~t -ic-i d-it-
MJtent de ia pJto bUmat{q ue occ-identaie de i' autewr.-CJtéatewr..
5.
"li ~embie pJtéMJtabie de n' apptiqueJt ie teJtme de "tittéJtatwr.e"
qu'à
i'aJtt
de
ia
tittéJtatwr.e,
c'e~t-à-d-iJte à
ia
iütéJtatwr.e
d' -imag-inat{on. Un tei u~age compoJtte de~ d.itfri..cuHé~ ceJtta-ine~ ..
Le moyen ie piM ~-impiede Jté~oudJte ie pJtobUme e~t de pJté-
c-i~eJt i' Mage paJtt{cui-iek que ia iütéJtatwr.e ta-it du iangage •.. "
R.WeUeh. et A.WaJtJten, La théoJt.i.e UttéJtaÙl.e, Seu-ii, 1971, p.31

27
6.
VoÜ
P.BJtunel,
Cl.P-icho-i~,
A.M.Ro~~eau Qu'e~t-ce
que
la
ti..ttéltatUJte compaJtée?, AJtmand Coti..n,
1983.
A,(M-i.
que i' aJtÜete de J. DeJt-ive "LÜtéJtatUJte compaJtée:
pJtobU-
me~
de
méthode
et
po~Ü-ioM
-idéoiog-ique~",
-in
Utté.JtatUJte
et Méthodoi0f!J.-ie,
CoUecÜ~, CEDA, 1984, p.53-63 : "Nou~ d-i.JtOM
qu 'on entJte
aM ce doma-ine (ia iütéJtatUJte compaJtée), loJt~que,
daM
toute
étude
lÜtéJta-iJte,
de
queique
type
que
ce

(~tyti..M-ique, thémat-ique,
~ém-ioÜque),
~e
po~e
à
un
n-iveau
ou
à
un
autJte,
une
pJtobUmaÜque
-inteJtcuitUJteUe.


-il
y
a
d'une
~açon ou d'une
autJte,
de~
contact~
de
cultUJte~
en ca~e daM i' ap pJtoche d'un texte,
d
y
a iütéJtatUJte com-
paJtée.", p. 53.
7.
"CoM-idéJtaÜon~
~UJt
i' état-pJté~ent de
ia
CJtü-ique
lütéJta-iJte"
-in D-iogène,
avJt-il-ju-in 1971, n074, p.62-95.
8.
"UttéJtatwr.e
a0-ica-ine
et
CJtü-ique
tJtad-iÜonneUe" ,
PJté~ence
AftUcaine,
3"tJt-ime~tJte 1986, n0139, p. 70-79.
9. Idem, p. 73 .
10.
Vo-iJt
à
ce
pJtopo~ ThomM Meione "La CJtü-ique iütéJta-iJte et
ie~
pJtobUme~ du
iangage",
PJté~ence A{IÛcaine,
7° tJt-ime~tJte
1970,
n073
71.
A. Ameia, 0 p . cü, p. 14.
Vo-iJt
a~~-i
Zad-i
Zaowr.ou
B.
-in
Coiioque
~wr.
L-ittéltatUJte
et
eMhéüque négJto-aftUcaine~, NEA,
1979.
12. A.Amela, op.cü, p. 14.
73.
Vo-iJt le~ ouvJtage~ de R.GaJtaudy daM notJte b-ibti..ogJtaph-ie.
14. ChevJt-ieJt J.
"Amadou Hampâté Bâ", ti..vJtet accompagnant le d-i~que
Jtéati..~é paJt le C.L.E.F.

28
15. Mudi.mbé V. Y.
, p. 34.
16.
Vo,(1t à ce. pItOpO~,
ie.~ coiiaboltat-ioM dIA. H. Bâ.
17. Jahn J.
Muntu,
Se.u-i.i,
1961,
p.15.

~
1
!l
1
29
J
,
1
,
1
i!1!1t
PARTIE l
HAMPATE BA, UN HOMME DE L'ETERNITE

30
ilL 1 écri ture est un compromi s entre une 1i berté
et une tradition".
"C lest sous
la pression de l'Histoire et de
la Tradition que s'établissent les écritures
possibles dlun écrivain".
R.Barthes, Le degré zéro de l'écriture, Seuil,
1972, p.16.

,
31
i
1
CHAPITRE 1:
RAPPEL
HISTORIQUE,
LE SOUDAN ANCIEN ET LA CIVI-
!
LISA nON PEUL.
t
f1!
~
Amadou-Hampâté Bâ est né vers 1899 à Bandiagara (Mali), chef-
1
~!
lieu du pays Dogon (1) et ancienne capitale de l'Empire Toucouleur
i~'
!
du Macina (2), fondé en 1862 par El Hadj Omar.
[
El Hadj Omar, l'Empire Toucouleur, le Macina, ces grands noms
de
l'Histoire
africaine
trouvent
avec
beaucoup dlautres
un
écho
dans l'oeuvre d'H.Bâ, clest pourquoi il nous semble important dans
ce premier chapitre de rappeler brièvement l'histoire de cette par-
tie de
l'Afrique
(Soudan
ancien,
Tekrour ... ) à laquelle se mêle
celle du peuple peul dont est issu Hampâté Bâ.