UNIVERSITE DE PARIS X NANTERRE
DEPARTEMENT DE GEOGRA~HIE
Thèse de doctorat d'Etat
DAKAR: CROISSANCE ET MOBILITE URBAINES
tome 1 - La croissance urbaine
LAT SOUCABE MBOW
Maitre-assistant
Agrégé de Géographie
Sous la direction de Monsieur le Professeur PAUL PELISSIER
Octobre 1992

A LA
MEMOIRE
DES MIENS
DISPARUS.
A MON
PAYS
LE SENEGAL.

" Les
géographes,
comme
les
autres
scientifiques
se
définissent
moins
par
l'objet
qu'ils
étudient
que
par
les
concepts
et
les
processus
de
relations
sur
lesquels
ils
mettent
l'accent".
Bria n J.
L.
Ber r;y
Spatial
analysis
1972.

1./
A V A N T
PRO P 0 S
postérieurement
à
la
thèse
d'Assane
Seck
(1),
Dakar
a
donné
lieu
à
de
multiple~ recherches géographiques
sous
la
forme
de
mémoires,
de
thèses
(2)
et
de
rapports
d'enquêtes.
Dans
la
période
allant
de
1967 à
1988,
quarante
huit
titres
sont
enre-
gistrés
au
seul
département
de
géographie de
l'U.C.A.D.
(3),
soit
une
moyenne
annuelle
de
deux
études
de
niveau
avancé
sur
la
métropole
sénégalaise.
L'intérêt
accordé
à
cet
espace
est
accru
si
l'on
ajoute
au
bilan
les
recherches
effectuées
dans
les
autres
sciences
sociales
ou
au
sein
d'autres
institutions
locales
(D.R.S.T.D.M.,
E.N.E.A.,
E.N.D.A.,
E.A.U.,
I.S.E •.•. )
ou
étrangères.
L,'analyse
thématique
du
fonds
disponible
au
département
de
géographie
de
l'U.C.A.D.
est
très
éclairante
sur
la
manière
dont
le
devenir
dakarois
a été
"problématisé".
Une
étude
sur deux
a
porté
sur
une
monographie de
quartier.
De ce
point
de
vue,
les
extensions
périphériques
ont
particu-
lièrement
retenu
l'attention.
Ce
parti
se
justifie par
la
rapi-
dité
de
l'évolution
du
front
d'urbanisation
qui
soulève
le
pro-
blème
de
l'intégration
fonctionnelle
des
villages
traditionnels
lébou
et des
établissements
de
création
plus
récente
(Grand
Yoff,
Parcelles
Assainies).
Les
unités
résidentielles
de
la
zone char-
nière
de
l'agglomération
ont
été
investies,
quoique
à
un
dégré
moindre.
Il
s'est
agi
notamment
des
lotissements
d'habitat
planifié
(S.I.C.A.P.,
H.L.M.)

se
pose
la
question
de
l'appro-
priation
par
la
population
d'un cadre
de
vie
pensé
et
réalisé
sans
sa
participation.
La
vieille
ville-Plateau
et
Médina-a
été
quasiment
délaissée.
Deux
monographies
sur
les
vingt
quatre
(1)
Seck
Assane,
Dakar,
métropole
ouest
africaine.
Dakar,
I.F.A.N.
1970
(2)
Parmi
les
thèses
de
géographie,
on
peut
citer
celles
de
Verni ère
(Marc)
sur
Pikine(1978)
Dubresson(Alain)
sur
l'in-
dustrialisation
de
l'axe
Dakar-Rufisque
(1979)
et
Fall
(Papa
Oemba)
sur
l'urbanisation
du
littoral
sud
de
Dakar
(1986)
(3)
La
traduction
des
sigles
et
abréviations
est
fournie
dans
la
partie
des
annexes.

2./
l'ont
concernée
(secteur
de
l'avenue
Lamine
Guèye,
Médina-
ouest).
La
perspective
retenue
par
ces
recherches
est
très
souvent
apprauvissante
dans
la mesure où
elles
se
limitent à
établir
un
état
des
lieux,
sans
insister sur
la
transformation
des
paysages et
de
la société
urbaine.
Mais
les
auteurs
ont
unanime-
ment souligné
la personnalité
de
leurs
espac~s-cibles.
Lorsque
le
regard
a été
posé
sur
l'étendue
de
toute
l'agglo-
mération,
i l
en
a noté
les
disparités
(équipement
scolaire,
commercial)
et
les
contraintes
techniques
(transport,
assai-
nissement,
eau potable).
La
recherche
dont
les
résultats
sont exposés
ci-après
vise à
appréhender
les
mécanismes
oeuvrant
à
la
croissance
de
l'espace
urbain
dakarois,
à
sa
fra
gmentation en
territoires
restreints
au
sein desquels
s'expriment
le
plus
intensément
les
manières
de
vivre
la
ville.
Si
nous
avons
atteint
cet
objectif,
le
mérite est
à
partager
avec
tous
ceux qui
nous
ont
soutenu
au
cours
des
neuf
dernières
années
consacrées
à
la préparation
de
notre
ouvrage.
Notre
gratitude
va
d'abord
à
M.
Paul Pélissier,
professeur
émérite,
qui
nous
encouragea
en
1982 à
étudier ce
nouveau
Dakar
difficile à comprendre
de
l'extérieur à cause
de la
plu-
ralité
de
ses
paradoxes.
Paradoxe entre
une
croissance soutenue
et
un
contexte national
marqué
par
la
stagnation économique.
Paradoxe entre
l'image
surfaite de
grande
ville moderne projetée
sur
la
scène
mondiale,
et,
la
réalité
d'une
formation
urbaine
plus
ouverte
que
par
le
passé
aux! influences
des
cultures
de
terroir
de
l'arrière-pays
sénégalais.
Les
conseils
précieux et
l'inlassable
disponibilité
de
notre
directeur
de
recherche
ont

3./
constitué
pour
nous
un
stimulant
inestimable.
La
fondation
Léopold
Sédar
Senghor
et
le
C.R.D.l.
ont
honoré
de
leurs
concours
les
enquêtes
que
nous
avons
effectuées à
partir
de
1982.
L'aide
de
la
Fondation
Ford
à
la F.L.S.H.
de
Dakar
nous a permis
de
surmonter
les
difficultés
inhérentes
à
la
mise
en
forme
finale
de
cette
thèse.
Que
ces
donateurs
veuillent
trouver
ici
le
témoignage
renouvelé
de
notre
profonde
gratitude.
La
Direction de
la
Statistique et
le
Centre
de
Calcul
de
l'D.R.S.T.D.M.
ont
facilité
la
collecte
et
le
traitement
des
données
censales
recueillies.
Nous
leur
en
savons
gré.
Dans
cet
hommage
nous
réservons
une
part
particulière
à
Mme
Awa Thiongane,
M.
lbrahima
Sarr
(Statistique)
et
à
M. Hervé
Chevillotte
(D.R.S.T.D.M.)
envers
qui
nous
gardons
une
amicale
reconnaissance.
Enfin,
nous
réitérons
nos
sincères
remerciements
à
notre
colla-
borateur
Abdou
P.
Ndiaye,
à
nos
collègues
Amadou
A.
Sow et
Honoré
Dacosta,
ainsi
qu'aux
femmes
et
aux
hommes
de
bonne
volonté
qui
se
sont
prêtés
à
nos
questions
lors
de
nos
enquêtes
dans
les
communes
de
Dakar
et
de
Pikine.

4./
1 NT R 0 DUC T ION
LA PROBLtMATIQUE, LES MOTS ET LES OUTILS
Le
mouvement
vers
les
villes
est
largement
engagé
au
Sénégal.
A présent,
plus
du
tiers
de
l'effectif
national
réside
en
milieu
urbain,
contre
près du
quart
au
moment
de
l'Indépendance
(4).
Mais
à
Dakar

se
rassemble
la moitié des
citadins,
ce
processus prend
une
importance
particulière.
Jusqu'à
une
période
toute
récente,
la
croissance
démographique
y était
tributaire
des
migrations.
Les
allogènes
continuent
cer-
tes
d'affluer
de
l'intérieur
du
pays
et
de
l'étranger
toutefois
ces
apports
ont
influé
sur
la
composition
de
la
population au
point
de
rendre
l'excédent
des
naissances
sur
les décès désormais
plus
décisif dans
le
peuplement.
L'intensité
de
l'urbanisation
confronte
la
capitale sénégalaise
à de
contraignantes
questions
d'insertion économique
et
sociale.
Malgré
la
profusion
des
activités
de
tous
genres
seule
une person-
ne
en
âge
de
travailler
sur
trois
occupe
un
emploi.
Les
laissés-
pour-compte
de
l'économie
urbaine
parviennent
à survivre
en
re-
courant
à
des expédients
ou
à
l'entraide
dans
les
groupes de
parenté
et
les
divers
réseaux
d'appartenance
sociale.
Cet
accès
inégal
à un
revenu
confère
aux
individus
des
statuts
différents,
les
assigne
à une
place
définie
dans
la
hiérarchie
établie
par
la
société
urbaine,
et,
à
une
résidence
type
dans
l'agglomération.
La
croissance urbaine
a abouti
également
à
la
juxtaposition de
nouvelle~ extensions
à
la
vieille
ville.
Il
y a
loin
entre
l'or-
ganisme
urbain qui
languissait
en
1945 encore
dans
la
promiscuité
(4)
le
taux
d'urbanisation
du
Sénégal
s'établità
39
% au
R.G.P.H.
1988,
contre
26
% en
1960-1961.
Dakar
abrite
les
52
% de
la
population urbaine.

5./
et
la
pénurie
des moyens
entre
le
Plateau et
Médina,
et,
celui
qui
par
la
suite a
investi
de
ses
excroissances
la
presqu'île
du
Cap-vert.
Les
vastes
programmes
d'aménagement
réalisés
au
lendemain
de
la
dernière
guerre mondiale
ont
assuré à
l'espace
urbain
un
essor
sans
précédent.
Simultané-
ment
à
la
réhabilitation des
trames
anciennes
du
centre-ville
et
des
premières
enveloppes
péri-centrales,
de
nouveaux quartiers
se
sont
construits
à
la
périphérie,
dans
les
lotissements
créés
par
l'Administration
ou
l'initiative
populaire.
Du fait
de
l'éta-
lement
périphérique,
l'agglomération
s'inscrit
aujourd'hui
dans
un
rayon
d'une
vingtaine
de
kilomètres
à
partir
du
Cap
Manuel.
Il
en
résulte
des
contraintes
techniques
(mise en place
des
réseaux
structurants)
difficiles
à
lever
pour
les pouvoirs
spécialisés
auxquels
incombe
la
gestion
urbaine.
Au cours
de
la
croissance,
l'architecture sociale de
l'espace
urbain
s'est
notablement
transformée
à
cause
de
la mobilité
de
la
population.
A la
structure
dualiste
opposant
la
ville
euro-
péenne
et
la
ville
indigène
du
Dakar
colonial
se
sont
substituées
des
combinaisons
socio-spatiales
plus
complexes.
Sous
l'effet
produit
par
la compétition
qui
fait
monter
ou
descendre
les
indi-
vidus
sur
l'échelle
sociale,
et,
le
remodelage
périodique
du
tissu
urbain,
l'espace
résidentiel
est
soumis
à
une
dynamique
d'éclatement
de
ses
limites
et
de
recomposition
de
son
contenu
humain.
LA PROBLEMATIQUE
Notre
propos
consiste
à
examiner
les modalités
selon
lesquelles
la
population
se
répartit
sur
l'espace
de
l'agglomération
au
,
fur
et
à
mesure
de
sa
croissance.
Il
s'agit
aussi
de
connaître
comment
les
groupes
sociaux
s'approprient
leur
cadre de
vie
quotidien
dans une
ville
africaine
ségrégée
spatialement.

6./
Ce
sont
les
communes
actuelles
de
Dakar
et
de Pikine
qui
ont
servi
d'observatoire
pour
suivre
les
mutations
indiquées
dans
l'énoncé
précité,
entre
1945
et
1988.
Les
bornes
chronologiques
ne
sont
pas
choisies
au
hasard.
C'est
après
la
seconde
guerre
mondiale
que
véritablement
une
agglomération
a commencé
à
se
constituer
autour
de
l'ancienne
"métropole ouest
africaine".
Non
seulement
les
villages
lébou
les
plus
proches
ont
été
progressivement
intégrés
à
l'espace
urbain
après
la
saturation des
interva
lles
non
construits
qui
les
séparaient
de
la
vieille
ville,
mais
une
vaste banlieue
a été
créée
à
Pikine
par
les
opérations
de
rénovation
urbaine
échelonnées entre
les
années
1950
et
1970.
En
1988
a
été
entrepris
le
deuxième
recensement
général
de
la
population
qui
a comporté un
volet
consacré
à
l'habitat
comme
lors
du
dénombrement
démographique
de
1955.
Cette
information
statistique
permet
d'analyser
la
dynamique
de
la
population et
du
parc
résidentiel
en
l'espace
d'une
génération,
et,
même sur
des
séquences
temporelles
plus
courtes
si
l'on
tient
compte
des
données
du
recensement
de
1976.
L'école
de
sociologie
urbaine
de
l'université de
Chicago
a
joué
un
rÔle
pionnier
dans
les
études
portant sur
l'organisation
sociale
de
l'espace
des
villes.
Ses
chercheurs
ont mis
en
évi-
dence
les processus
d'invasion
et
de
succession
une
catégorie
promue plus
haut
sur
l'échelle
sociale
délaisse
au
profit
d'autres
ayant
un
statut
inférieur
son
habitat
dévalorisé
par
la nouvelle
image
de
marque
acquise.
Q~'elle se rattache à
la
sociologie
ou
à
la
géographie ,la
pensée
marxiste
insiste
sur
le
rÔle
des
rapports
de
domination
qui
sous-tendent
la
production,
la
circulation
et
l'appropria-
tion
des
biens
fonciers
et
immobiliers,
par
conséquent
la
con-
figuration
de
l'espace
social
de
la
ville.

7./
Le
secteur
urbain
africain est
très
peu
vu
à
travers
le
prisme
socio-spatial.
Hormis
les
travaux
de
J.
Abu
Lughod
~t d~,G. El Kadi
sur 'le Caire et
Rabat,
de
M. Armand
sur
Abidjan,
cette
thématique
est
plus
souvent
es~uissée dans
le cadre
d'autres
problématiques
qu'elle
n'a
donné
lieu à
un
traitement
particulier.
Pour
trouver
une
logique
explicative
au
développement
spatial
de
l'agglomération
de
Dakar et
à
la
formation
de
ses
disparités
intra-urbaines
sensibles
tant
au
plan
physique qu'au
point de
vue
social,
notre
raisonnement est
parti
des
hypothèses
suivantes
a)
la croissance
urbaine
entraîne
une
division
de
l'espace
rendue
nécessaire
par
la diversification
de
ses
fonctions
et
de
son contenu
humain
b)
par
son
rôle
prééminent
dans
la création
urbaine,
l'in-
tervention
publique
est
responsable
de
la
ségrégation
résidentiel-
le autant
que
les
mécanismes
de marché,
plus
ou
moins
biaisés
par
ce
volontarisme étatique
c)
sur
l'espace
ségrégé
s'établissent
des
rapports
réels
et
symboliques qui
peuvent
créer
l'isolement
ou
l'in~er.action
sociale
selon la
culture dominante
des
différentes
zones
habitées.
LES MOTS
Dans
le
texte,
il
est
fait
usage
avec
une
grande
fréquence
de
termes
qui
méritent
une
clarification
sémantique
pour éviter
d'éventuelles équivoques.
Il
s'agit
de
a)
croissance
urbaine
elle
est
d'abord
l'extension
de
la
superficie occupée
par
une
ville,
mais
celle-ci
est catalysée

8./
par
la croissance numérique de
la
population et des
fonctions
existant dans
la
ville considérée.
Donc
la
croissance urbaine
recouvre
également
la
croissance démographique et
économique.
b)
agglomération
urbaine
c'est
l'ensemble
formé
par
une
ville
et sa
banlieue.
Cette dernière
peut
être autonome
ou
intégrée administrativement
à
la
ville.
Les
critères
retenus
par
le
dictionnaire de
géographie
de
P.
George
pour
délimiter
une
agglomération sont
la densité du
peuplement,
l'importance
et
la
plus ou
moins
grande continuité
de
l'espace
bâti,
l'unité
d'activité symbolisée par
la mobilité
interne
de
la population
active.
L'espace
compris
entre Dakar
et Pikine
répond
parfaitement
à
cette
critériologie.
c)
conurbation
c'est un
groupe d'agglomérations
jointives,
un
ensemble
de
villes
dont
les
banlieues se
touchent.
G.
Chabot
souligne
la
nuance
existant
entre
l'agglomération
et
la conurbation.
Selon
l u i , "
l'agglomération
suppose plus
de dépendance
dans
une
conurbation,
les
villes
restent
distinc-
tes
tout
en
étant
englobées
dans
un
même ensemble".
Dakar
et Pikine constituent au
plan
fonctionnel
une
agglomération,
mais
l'érection
de
Pikine
en
commune à
partir
de
1983 en
fait
une
entité autonome du
point
de
vue administratif.
La
communauté
urbaine
à
laquelle participent
les
deux
collectivités
locales,
avec
Rufisque et
Bargny,
est
un
rappel
des
liens organiques
régissant
leur
fonctionnement.

9./
d)
quartier
c'est
une
portion
du
territoire
urbain
dont
la
population
présente
un
esprit
de
solidarité
tiré
de
la
similitude
des
conditions
sociales
et
des
habitudes
acquises
à
l'usage
des
mêmes
équipements
collectifs.
Ainsi
les
quartiers
diffèrent
par
leur
nom,
leur
taille,
leurs
paysages
et
le
degré
d'élaboration
de
la
vie
de
voisinage.
Lors-
qu'elle
s'accomplit
à
un
rythme
rapide,
la croissance
urbaine
peut
entrainer
un
recul
de
l'esprit
de
quartier.
C'est
ce
qu'indique
le
dictionnaire
de géographie
en
précisant
"
l'accélération
du
développement
urbain et
l'adoption
de
nouveaux
dispositifs
dans
le
réseau
de
circulation
et
l'implantation
des
bâtiments,
en
particulier
des
ensembles
locatifs,
contribuent
à
faire
disparaitre
la
réalité
et
la
conscience
de
quartier."
Le
nombre
des
quartiers
existant
dans
l'agglomération
dakaroise
est
variable
selon
les
sources.
D'après
la
liste
des
délégués
de quartier
agréés
par
les
municipalités
de
Dakar
et
de
Pikine,
Il
yen a v a I t
417 en
1986
(5).
Cet
effectif
pléthorique
est dû
aux
nombreuses
scissions
dont
l'enjeu
est
la
compétition
pour
le
contrôle
politique
de
la
population
de
base.
Dans
le
vieux
Dakar,
certains
espaces
qualifiés
de
quartiers
sont
en
fait
l'émanation
des
anciens
"pintch",
c'est-à-dire
des
unités
de
voisinage
réunissant
des
concessions
polarisées
par
une
grand-
place
à
palabres.
Dans
la Médina,
nombre
d'entre
eux
nous
appa-
raissent
comme
des
sous-quartiers.
a)
mobilité
ce
vocable
est
polysémique.
Il
peut
être
entendu
au
sens
de
migration
si
l'espace
géographique
sert
de
matrice
référentielle
(mobilité
résidentielle).
(5)
C.R.H.U.A.-C.R.D.I.
les
équipements
urbains
à
Dakar,
1986,
in
annexes.

10.1
Il
est
synonyme
de
capillarité
sociale
lorsqu'il
traduit
le
phénomène
d'ascension et
de
régression
lié
au
changement
de
statut
socio-économique
d'un
individu
ou
d'un
groupe.
f)
ségrégation urbaine
M. CasteIl s la
définit
comme
"la
tendance
à
l'organisation
de
l'espace
en zones
à
forte
homo-
généité
sociale
et
à
forte
disparité
entre
elles."
(6).
LES OUTILS
Une
recherche
urbaine
peut
être
menée
en
compilant
divers
docu-
ments
d'archives,
et,
déboucher
sur
des
résultats
de
qualité
estimable.
Mais
il
s'agit
d'un
parti
qui
présente
le
risque
de
mutiler
la
réalité,
de
la
présenter
de
manière
froide,
et,
de
laisser
dans
l'ombre
l'un
des
principaux
artisans
du
devenir
urbain,
l'habitant.
Notre
volonté
de
le
mettre
bien
en
vue
sur
la
scène
nous
a conduit
à
enquêter
en
différents
points
de
l'agglomération.
L'échantillon
a été
extrait
sur
la
base
d'un
choix
raisonné.
Notre
connaissance
empirique
de
Dakar
y a
aidé.
Elle
a été
étayée
par
deux
critères
objectifs
-
la
date de
création
de
l'unité
d'analyse
ainsi
se
justifie
la
sélection
d'un
quartier
de
la
vieille
ville,d'un
autre de
la
zone-charnière aménagée
entre
1945 et
1960,
et,
de
trois
établissements
de
la
périphérie où
coexistent
des
villages
préexistants
à
la
fondation
de
Dakar
et
des
lotissements
de
la
période
post-indépendance
(6)
M. Castells
la
question
urbaine,
p.
218

11./
_ le
niveau
social
les
représentations
dont
l'espace
dakarois
est
l'objet
de
la
part des
habitants
permettent à
priori
de distinguer
des
quartiers
huppés
(Plateau,
Fann-
Résidence,
PointE,
Pointe des
Almadies)
et
d'autres
de
moindre
prestige
mais
non moins
hiérarchisés
(S.I.C.A.P.,
H.L.M.
et
Médina,
Grand Dakar,
Pikine etc).
Les
questionnaires
administrés
aux
chefs
de
ménage présentent,
sous certains aspects,
un
caractère
itératif voulu
en
vue
d'at-
teindre
une
comparabilité
des
résultats.
Il
s'agit
des
questions
concernant
-
la
composition des ménages
la profession
et
l'activité
-
la mobilité
résidentielle
de
l'interviewé.
Il
Y en
a
eu d'autres
plus spécifiques,
adaptées
aux
réalités
du
site où
l'enquête
a eu
lieu.
Par exemple à Diamaguene,
l'accent a été mis
sur
le
foncier
en
raison
d'un
litige qui
se
place au
centre
des
pré-occupations
de
la
population,
voire
même
de
la
vie
de
quartier.
Dans
les
cas
de
situation
foncière
stable,
l'impasse
a été
faite
sur ce
sujet.
Les
réponses
obtenues
ont
été de
qualité
inégale.
Si
dans
les
secteurs d'habitat
aisé
le contact
face
à
face
s'est
avéré
difficile
à
établir,
l'interviewa
été
rendue
aisée
par
l'auto-
administration
du
questionnaire.
En milieu
défavorisé,
la
méfiance
est
très
fréquemment
dictée
par
les
entorses
aux
règles
édict.ées
pour
la
sauvegarde
de
l'ordre urbain,
mais
une
fois
le
climat
de
confiance
instauré,
la
population-cible
est allée
dans
ses
témoignages
au-delà
de
notre
attente.
Cette
spontanéité dissimule
à peine
le
désir
des
sans-voix
de
faire
de
l'enquêteur
leur
porte-
v 0 i x •

12./
A cause des
moyens
limités
dont
a bénéficié
ce
travail
de
terrain,
le
personnel
de contrôleurs et
de superviseurs en a
été
exclu,
alors
qu'il
aurait
apporté
une
garantie de
rigueur
au
protocole de
collecte des
informations.
Nous
même avons
rempli
ces
fonctions
auprès
des
enquêteurs mis à contribution.
Chacune
des
enquêtes
entreprises entre
1982 et
1986 a donné
lieu
à un
rapport,
publié généralement
sous
le timbre du
C.R.D.I.,
dans
lequel
les éléments
de méthodologie ont
été exposés.
Mais
une
recherche
sur la différenciation sociale d'un
espace
urbain
s'appuie
fondamentalement
sur
le
traitement
de
données
statistiques,
si
elle
se
propose
de dépasser
le stade
de
l'im-
pressionisme.
Or
la
disponibilité et
la qualité de
ce
type
d'information soulèvent
de
façon
générale en
Afrique
un
certain
nombre
de
problèmes.
Quand
bien même un
arrêté général
du
15
février
1909 a - t - i l
rendu obligatoire
l'organisation de
recensements quinquennaux
dans
les
colonies
de
l'A.O.F.,
les opérations
de
dénombrement
n'ont
pas
toujours
eu
un
caractère
régulier,
exhaustif et
détaillé.
Il
a
fallu
attendre
la
période
de
l'après-guerre
pour
assister
à
la naissance de
services
de
la
statistique dignes
de
ce nom.
C'est
au cours des
années
1950 que
le Service de
la
Statistique
et
de
la Mécanographie
de
Dakar
a initié
le
recensement
démogra-
phique
des
principales
villes
du
Sénégal.
Dès
lors,
l'analyse
de
la population
dakaroise
ne
pouvait
remonter
au-delà de
1955
où,
du
12 Avril
au
31
Mai,
a été
entrepris
le
premier
dénombrement
fiable
intéressant
l'effectif et
l'habitat
de
la commune.
Depuis
1960
la Direction
de
la Statistique a organisé
deux
recensements
de
portée
nationale
l'un en
1976 consacré
exclusivement à la
population,
l'autre en
1988 portant
à la
fois
sur
la
population
et
l'habitat.

13./
L'exploitation
des
données
du
R.G.P.
1976
au
niveau
des
quar-
tiers
a
été
rendue
impossible
par
la
perte des
documents
car-
tographiques
sans
lesquels
la
détermination
des
limites
des
districts
de
recensement
devient
un
exercice
hasardeux.
Pour
combler
cette
lacune,
nous
avons
tâché
vainement
de
travailler
à
partir
des
adresses
inscrites
sur
les
questionnaires
collectifs
ayant
servi
à
recueillir
les
déclarations
des
personnes
recen-
sées
en
1976.
Mais
stockées
en
vrac
dans
l'humidité
du
sous-sol
du
bâtiment
de
la
Direction
de
la
Statistique sis
au
Point
E,
nombre
de
ces
fiches
s'étaient
détériorées
au
point
d'être
irré-
cupérables.
Au moment
de
la
rédaction
de
cette
thèse,
le R.G.~.H.
1988
était
encore
en
cours
d'exploitation.
Néanmoins
l'accès
aux
données
de
base
nous
fut
permis.
Le
traitement
informatique
nécessitait
un
outil
puissant
en
raison
de
la
taille
du
fichier
et
de
la
multiplicité
des
opérations
à
faire.
Le
centre
de
cal-
cul
de
l'DRSTDM-Hann
nous
prêta
assistance
avec
sa
station
SUN-MATRA
et
le
logiciel
S.A.S.
qui
nous
firent
rattraper
une
partie
du
temps
perdu
dans
les
essais
infructueux
tentés
aupa-
ravant
sur micro-ordinateur.
L'analyse
factorielle
à
laquelle
nous
avons
eu
recours
pour
décrire
l'espace
social
de
l'agglomération
imposait
au
préala-
ble
une
harmonisation
des
repères
spatiaux et
de
la
nomenclature
des
professions
contenus
dans
les
recensements
de
1955 et
1988.
Pour
des
raisons
de
cohérence,
l'étude
des
mutations
socio-
spatiales
n'a
pu
se
réaliser que
sur
les
parties
de
l'agglomé-
ration
actuelle
qui
existaient
au
milieu
du
siècle.
Il
s'agit
de
Dakar
ancIen,
des
villages
traditionnels
lébou
et
des
quar-
tiers
créés
entre
1945
et
1955,
au~rement dit Fann-Résldence,
PoInt
E,
Zones
A et
B
Bopp,
Duagou
Niayes,
Grand
Dakar
et
Plklne
Ancien.

14./
En
raison de
la
profusion
de
la
documentation
statistique,
il
a
fallu
trouver
des
moyens
d'expressioncapables
d'en donner
la
quintescence
avec
des
pertes minimes
d'information.
A ces
fins,
les
procédés
suivants
ont
été privilégiés
-
les méthodes
quantitatives
empruntées soit
à
la
statis-
tique
descriptive
(moyennes,
médianes,
écarts-types,
indices de
corrélation . . . ) soit
à
la
mathématique
(analyse
factorielle,
classification
ascendante . . . )
-
la
graphique,
outil
précieux
pour
classer,
comparer
(courbes
d'évolution,
diagrammes . . . ),
discriminer
des
types
(matrice
ordonnée),
visualiser
des
phénomènes
de
répartition ou
de
dynamique
(cartes,
tendances
directionnelles)
à
partir
de série
chronologiques
ou
d'une
photo-interprétation.

LIVRE
PREMIER
DE LA VILLE
A LA
CONURBATION

15./
Sans
nul
doute
parmi
les
villes
sénégalaises,
Dakar
est
celle
qui
affiche
la
croissance
la
plus
spectaculaire.
Depuis
la
pri-
se
de
possession
française
(1857),
ses
fonctions
n'ont
cessé
de
s'accr01tre
au
point
de
la
hisser,
à
une
certaine période,
au
rang
de
"métropole
ouest
africaine"
(A.
SECK,
1970).
Cette
in-
fluence
régionale
a
certes
été
entamée
par
les
vicissitudes
politiques
contemporaines,mais
la
suprématie dakaroise
ne
ren-
contre
aucun contrepoids
valable dans
l'armature urbaine
nationale.
Un citadin sénégalais
sur
deux
réside
à
Dakar
qui,
en
outre,
concentre
l'essentiel
des
richesses
du
pays
35
% du
réseau
routier
bitumé,
40
% de
la
capacité
d'accueil
en matière
touristique,
67 % des
entreprises
industrielles
réalisant
73
%
de
la
valeur
ajoutée
du
secteur,
82
% du
parc
automobile,
94 %
de
la
production
d'énergie
électrique . . .
Pareille
accumulation
sur
un ~erritoire
réduit
par
son .cadre
naturel
(7)
fait
de
la
capitale
du
Sénégal
un
espace
convoité

le
sol
acquiert
rapi-
dement
de
la
valeur.
Pour
tout
Sénégalais,
la
possession
d'une
propriété immobilière,
fût-elle
illégale,
dans
cette
ville
cons-
titue
une
preuve
de
réussite
sociale.
Pour
les
entreprises
visant
des
débouchés
intérieurs,
la
place
de
Dakar
représente
la
meil-
leure
localisation
compte
tenu
des
multiples
opportunités
offer-
tes .
Sous
l'effet
de
ce
processus
cumulatif complexe
lié
à
des
stra-
tégies
de
développement
déterminées,
l'étendue
urbaine
a
varié
dans
d'importantes
proportions.
D'environ
1000 ha
en
1945,
la
superficie
occupée
par
l'agglomération
est
passée
à
17.500 ha,
(7)
Les
communes
de
Dakar
et
Pikine
couvrent
32,7 % de
la
superficie
de
la
région
(55Dkm2)
quielle-même
représente
1
0,3
% de
la
superficie
totale
du
Sénégal.

16./
en
1980,
soit
une
extension
moyenne
de
470
ha
par
an
(8).
Cette
importante
consommation
d'espace
trouve
son
origine
dans
la
vitesse
de
la
croissance
de
la
population
Qui
double
tous
les
18
ans
la
forte
emprise
au
sol
des
fonctions
d'activité
accumulées
par
la
capitale
la
manière
de
se
loger
des
ménages
portés
davantage
ver s
1 a
mai son
i n div i due 11 e .. uni - f ami 1 i ale,
Que
ver s I ' hab i t a t
collectif.
Ainsi
l'organisme
urbain
reporte
continuellement
ses
limites
plus
loin,
sans
nécessairement- être
à
même
de
pourvoir
aux
besoins
de
son
fonctionnement
Quotidien,
à
toutes
les
phases
de
ce
processus
d'extension.
(8)
Oe
1980
à
1985,
la
croissance
des
espaces
résidentiels
seuls
a été
estimée
à
750
ha,
soit
une
tendance
à
la
baisse
de
la
consommation
d'espace
due
à
la
diminution
des
réserves
foncières.

17./
CHAPITRE PREMIER
L'OCCUPATION
DU
SITE
Le
promontoire
sur
lequel
s'étaient
établis
depuis
le
XVIIe
siècle
des
villages
de
paysans-pêcheurs
lébou
(9)
a commencé
à
devenir
un
repère. significatif sur
la carte
du
monde avec
le
développement
des
relations
inter-continentales.
La
position
str atégique
de
Dakar
dans
le
bassin
atlantique a
été
révélee
en
effet
à
l'époque
des
grands
voiliers
et
des
bateaux
à
vapeur
qui
y faisaient
escale
sur
les
routes
du
sud.
Cette
fonction
de
carrefour
international
s'est
confirmée
avec
l'avènement
de
l'aéronautique.
Ce
sont
donc
les
avantages
offerts
p~r
la
situation
géographi-
que
Qui
ont
justifié
la
valorisation
du
site
à
partir
du
milieu
du
XIXe
siècle.
En
1945,
la ville
s'était
affranchie
de
son
site
originel.
Au nord
du
plateau
jouxtant
le
port
s'organisait
dans
un
entassement
de
paillotes,
de
baraques et
quelques
rares
constructions
en
dur
une
autre
ville
peuplée
exclusivement
d'in-
digènes.
L'extension
de
l'espace
urbain
dans
cette
ancienne
plai-
ne
marécageuse
de Médina
avait
certes
obéi
à
l'impulsion
des
mou-
vements
démographiques.
Mais
elle
procédait
aussi
de
la
mobilité
résidentielle déclenchée
volontairement
par
les
autorités colo-
niales
préoccupées
par
l'éradication
des
épidémies et
des
manières
d'habiter qui
en
facilitaient
la
propagation.
La
poursuite
de cet
urbanisme
prophylactique
au
lendemain
de
la dernière
guerre
mondiale
a eu
pour
effet
la
naissance
d'une
constellation de quartiers
de
divers
standings
sur
les
premières
pentes
du
plateau
de
Ouakam.
Leur
peuplement
s'est
effectué
principalement
à
partir
de
la Médina
qJe
la
pénurie
des
ressour-
ces
de
l'entre-deux
guerres avait
plongécdans
une effroyable
(9)
Les
lébou
représentent
les
autochtones
de
la
presqu'11e
du
Cap-Vert.

18./
promiscuité
et une
insalubrité
indescriptible.
La
rénovation
urbaine
devait·
aussi
éliminer
nombre
de
taudis
qui
avaient
été
édifiés
par
des
immigrants
sans
droit
ni
titre
en
marge
de
la
ville
officielle.
De la
réinstallation
des
déguerpis
est

le
"double" de
Dakar
Pikine
aménagé
sommairement
sur
les
dunes
du
col
de
la
presqu'île.
L'espace
libre
qui
séparait
les
deux
pôles
de
l'agglomération est
presque
intégralement
saturé
par
des
lotissements
résidentiels
et
des
équipements
à
grande
emprise
au
sol.
Les
sites
considérés
comme
impropres
à
la
construction,
tels
les
bas-fonds,
n'échappent
pas
à
l'ardeur
des
bâtisseurs.
Dakar
et
Pikine
ont
fini
par
former
une
conur-
bation.
A - LE SURVOL DU SITE."
À GRANDS TIRS D'AILES
Dakar
occupe
la
tête
et
une
partie
du
col
de
la
presqu'île
du
Cap-Vert,
la
composante
la
plus
récente
du
bassin
sédimen-
taire
sénégalo-mauritanien.
L'environnement
océanique
y entre-
tient
un
climat qui
présente
un
caractère
azonal.
Géologie
et
climat
sont
les
seuls
éléments
du
milieu physique
à
avoir
con-
servé
leur
aspect
naturel.
Les
autres
ont
été,
à
des
degrés
divers
marqués
par
l'influence
du
facteur
anthropique.
~ur les
besoins de
l'urbanisation,
le
relief
a subi
un
remodelage
plus
ou
moins
prononcé
afin
de
rendre
les
terrains
aptes
à
supporter
l'habitat
et
les
installations
à
caractère
économique.
Au cours
de
ces
travaux
d'aménagement,
la
végétation
naturelle
a été
victime
d'importants
traumatismes
concourant
à
son
apprauvisse-
ment.
L'homme
y a
remédié en
introduisant
d'autres
espèces
mais
le
nouvel
environnement
ainsi
créé
est,
somme
toute,
arti-
ficiel.

19./
- UNE PRESQU'ILE D'AGE RECENT
Le
cap
qui
s'avance
dans
l'océan
de
la
Pointe
des
Almadies
au
nard
jusqu'à
la
pointe
de
Dakar
au
sud
forme
un
plateau
localement
vallonné
qui
plonge
vers
l'est
sous
un manteau
de
sables
pour
prendre
le
profil
d'une
plaine.
Dans
la
partie de
l'agglomération
dénommée
Plateau,
à
l'ex-
trêmité
méridionale
de
la
presqu'île,
le
relief
tabulaire
revêt
une
allure
ondulée
perceptible
le
long
de
l'Avenue
Pasteur
reliant
le
Cap
Manuel
et
la
Place
de
Soweto
(ex
Place
Tascher).
Son altitude
moyenne
est
de
25
m.
Elle
decroit
à
partir
d'une
ligne
joignant
l'Anse
des
M.deleines
et
le
môle
du
part.
A partir
de
cette
limite
transversale,
commence
ce
qu'on
appelait
jadis
la
ville
basse
par
opposition
au
Plateau
dont
les
pentes
descendant
vers
la
plaine
de
Médina
portent
les
quartiers
de
Niayes
Tiocker
et
les
terrains
de
"tound"
(10).
Le
fond
de
la
dépression
occupée
par
la
Médina
ne
favorisait
pas
une
bonne
organisation
du
drainage,
exception
faite
de
la
partie
située en
contrebas
du
plateau
de
Ouakam.

passait
le
marigot
de
Gueule
tapée
auquel
s'est
substitué
un
canal
servant
au
drainage
des
eaux
pluviales.
Ailleurs,
la
topographie
peu
différenciée
de
la
plaine
les
faisait
stagner,
couvrant
ainsi
le
sol
de
mares
paludéennes
à
chaque
averse.
Au nord
de
la
Médina
s'étend
un
second
plateau compris
grosso
modo
entre
la Pointe
de
Fann,
la
Foire
de
Dakar,
le
village
de
Yoff
et
la
Pointe
des
Almadies
c'est
le
plateau
de Ouakam.
Il
parte
des
formes
de
détail
absentes
sur
son
pendant
méridional:
(10)
Les
terrains
de
"tound"
longent
le
tracé
de
l'actuelle
avenue
Lamine
Guèye
(ex
Avenue
Gambetta).

20./
les
collines
des
Mamelles qui
culminent
à
105
m
_ des
rigoles
près de
la
mer
formant
à
la
Pointe
de
Fann
un
micro-paysage
de
bad-lands
sur
les
limons
du
Camp de
t i r .
Le
soubassement.
rocheux
de
la
tête
de
la
presqu'île
lui
vaut
son
littoral
à
falaises
le
long
duquel
alternent
des
caps
aux
tons
tantôt
sombres
tantôt
clairs,
et
des
baies
dont
la
plupart
abritent
des
ports
piroguiers
ou
des
réceptifs
touristiques.
Cette
côte
ouest
laisse
peu
de
prise
à
l'érosion
exercée
par
les
courants
de
dérive,
à
cause
des
blocs
latéritiques
entassés
au
pied
des
falaises
à
la
suite
d'éboulements.
Il
en
va
différemment
sur
le
littoral
nord,
et,
en
certains
secteurs
côtiers
au
sud.
Ces
derniers
sont
dans
le
prolongement
des
champs
de
dune~
situés
à
l'arrière
des
plages.
Entre
les
amas
de
sable
jaune
ou
ocre
alignés
selon
la
direction
des
vents
dominants,
se
logent
des
lagunes
cernées
par
une
végétation
touffue
qui
rap-
pelle
l'oasis
du
désert.
Il
s'agit
des
niayes
dont
le
charme
agreste,
en
partie
altéré
aujourd'hui
par
la
vague
d'urbanisation,
inspirait
au
géographe
J.
8ICHARO-MOLARO
cette
description
lyrique
"On
ne
saurait
trop
conseiller
aux
touristes
de
visiter
par
exemple
le
lac
Youi,
le
plus
facile
à
atteindre.
La
richesse
des
coloris,
les
multitudes
de
pélicans,
les
paisibles
troupeaux,
la
fraîcheur
des
cultures
maraîcheres
autour
de
la
nappe
bleue
du
lac
salé
o~ se re nètent les dunes étincelantes de la rive nord
en
font
à
coup
sûr
un
des
coins
les
plus
pittoresques
et
attrayants
de
la
région."
(11).
(11)
J.R.
Moland
la
presqu'Ile
du
Cap-vert
études
sénégalaises
nO
1,
1949
p
18

21./
L'épaisseur
du
manteau
de
sable
rend
malaisée
la
lecture
des
structures
géologiques
qui
ne
livrent
directement
leurs
secrets
que
sur
la côte
ouest.
A l'intérieur
des
terres,
il
a
fallu
bien
souvent
recourir
à
des
sondages
hydrauliques
ou
pétroliers
pour
reconstituer
l'évolution
géomorphologique.
Les
termes
stratigraphiques
les
plus
anciens
du
site
se
situent
à
une
profondeur
d'environ
100 m.
Ce
sont des
argiles
et
des
marnes
du
Maestrichtien
dont
la
présence
à
proximité
du
port
a été
révélée
par
des
sondages
souterrains.
A l'ère
tertiaire,
la
sédimentation
s'est
poursuivie
avec
des
dépôts

ont
dominé
des
séries
marna-calcaires.
Le
paléocène
inférieur
affleure
sur
la
corniche
est
avec
une
puissance maximum
de
35
m,
et,
autour
de
l'anse
des
Madeleines où
il
est
surmonté
par
un
étage
éocène
à
faciès
lagunaire
prédominant,
ainsi
que
par
un
tuf
calcaire
datant
de
l'oligocène,
à
la
hauteur
de
l'hôpital.
La
période
fini-tertiaire
s'est
caractérisée
par
un
volcanisme
de
type
fissural
qui
a
permis
la mise
en
place des
blocs
d'ankaratrite
et
de
basanite
taillés
en
orgues
par
l'abrasion
marine
au
Cap Manuel
et
à
Gorée.
La
cuirasse
latéritique
sus-
jacente
témoigne
d'intenses
processus
d'altération
et
de
change-
ments
climatiques
importants
survenus
à
la
fin
de
l'ère
tertiaire
et
au
début
du
quaternaire.
Au cours
de
cette
dernière
ère
géologique,
le
site
de
Dakar
a été
le
théâtre
de
nouveaux
dépôts
sédimentaires et
magmatiques
d'une
part,
de
l'autre
de
variations
eultatiques.
Tout
au
début
du
quaternaire
s'est
proquit
un
volcanisme
de
type
éruptif où
ont
prédominé des
coulées
de
dolérite
qui
affleurent
sur
le
plateaude
Ouakam.
Lors
des
épisodes
climatiques
secs,
les
vents
ont
charrié
des
sables
en
provenance du
nord qui
ont
donné
dans

........
C\\j
C\\j
Fig.l-SCHEMAGEOMORPHOLOGIQUE
DES ENVIRONS
DE

• PIKIN~
I.....',.......;} 8nSoaltr, dol~ri'if
I} ï ~] "'Qr-n~, argile
Cop-"'Gnu~1
o
l.m
~ Sable
' - - - - - '
_
Coupe
A.. e
top "'11"" ..1
PLATEAU
ME DINA
5 ICA P
fANtt-MERMOZ
..
"15
IS
" ' /
- ....
l
"

23./
les
secteurs
de Pikine
et
de
Cambérène
des
dunes
rubéfiées
et
jaunes dont
l'âge
respectif est
estimé
à
20.000 et
3300
B.P.
L'eustatisme
s'est
traduit
par
des
paléoformes
telles
Que
-
les
plages
soulevées
du
Cap
Manuel,
de
la Pointe
de
Fann
et
des
Almadies
-
les
anciennes
lignes
de
rivage
attestées
par
les
tests
coquillers
d'Arca
senilis
dans
la
niaye
de
Pikine.
Le
relief
façonné
à
l'emporte-pièce
Qui
s'observe sur
la
tête
de
la
presqu'île
résulte
de
la
tectonique
cassante
ayant
accompagné
l'expansion
du
bassin
océanique.
Après
une
lacune
de
sédimentation
enregistrée durant
une
bonne
partie
du
cénozolQue,
la
transgression
marine
a
commencé
au
crétacé
supérieur.
Elle
s'est
poursuivie
au
cours
de
l'ère
tertiaire
accompagnée de
flexures
et
d'un
volcanisme
fissuraI
commandés
par
les
mouvements
des
fonds
océaniques.
Cette
ins-
tabilité
de
la croûte
terrestre
a
sans
doute
engendré
la
for-
mation
des
tufs,
les
variations
latérales
de
faciès,
la défor-
mation
du
pendage
des
couches
sédimentaires
allant
jusqu'à
leur
fracturation,
et,
l'émission
de
matières
magmatiques.
Au
Quaternaire,
les
alizés
et
les
courants
marins ont
commencé
à
construire,
avec
les
sables de
base,
le
tombolo
rattachant
l ' î l o t
volcanique
de
Dakar - Cap Manuel
au
continent.
Le
colma-
tage
a
connu
vraisemblablement
une
phase
paroxysmale,
avec
la
mise en
place du
bloc
éruptif
formé
au
pied
des
Mamelles
et
les
transports
importants
de
sables durant
la
longue
séquence
aride
de
l ' 0 g 0 l i en.
L' e f for t
t r ans g r e s s i f
fou r n i
par
l a me r
a u
Nouakchottien
a eu
pour
conséquence
la
formation
de
golfes
dont
certains
lacs disposés
en
chapelet
le
long
de
la
Grande COte

<,
q-
C\\l

Fig. 2-LE
FILM
DE
LA
PRESQU ILE DU CAP- VERT AU QUATERNAIRE
Q
b
c
, "
/
/ /
, .'
-" '" --~
/.
l:
~ '~:.'
."
...:~J
" "

, ; . :. .
/:
,,"
--' .>
~
<'"
...
,,-
\\~,.".;"!-~;'
~;.-
~
~"..".<=~..:~.:è;{·
·,,"i i ;·~·r··~--::"·':·"··
!~L;';';'·
"
"
"~
" ,
",...
"...
L.g~nde
d

1:'1"
Q
lI' ma""'t 00,,"0"- Go,.ée- 8 .. 1 lur avant
/
....
10
p r-e rei è r e Jonction
avec
.... 00
/
:
/
.'
•'/1
'" ,.::::
"5Y'::::":':':'
b
la
p r e rm e r e
rre:.~u'~le du Cap-Vert
c
l·OPP-J~;·1~1 ':.,l !>i:"~nl. e e s, ~O~.lle~
pr~o.,oque ,'engroi!o5t'mt'nt du cordon

"el"'"~ le
Nc r-d
~~~
d
SubmersÎnn
dons
1,:,
b o i e . e ntr.
Dokor
e t
~
10
Sornon.
t'
~UJourd·hui:te c c e e e littoral No,.d e t
ë
11'10
~tang5
$o .. r e e : J.IL .... Iord
La
p,.et.qu·il~ du Cop-,.,.t: 0'.,., .. 1'.'''OlJllhifllu~

25./
seraient
les
reliques.
En
avançant
vers
l'ouest,
au
Tafolien,
les
dunes
du
système
de
Cambérène
ont
obturé
les
golfes
nouak-
chottiens,
par
une
sorte
de
digue
naturelle
qui
retient
les
eaux
de
l'océan
(12).
L'essentiel
de
la
morphogénèse
actuelle
consiste
en des
proces-
sus
éoliens.
Cela
se
traduit
par
le
remaniement
des
formes
dunaires,
et,
la
migration
du
front
des
dunes
non
stabilisées
qui
menace de
fossiliser
les
niayes.
Qu'elle
provienne de
con-
densations
occultes
ou
des
pluies,
l'humidité
tend
au
contraire
à
atténuer
la
déflation
éolienne.
Son
action
n'est
dommageable
sur
l'environnement
que
par
le
ravinement
des
placages
limoneux
qui
donne,
à
la
Pointe
de
Fann,
un
paysage
réduit
de
bad-lands.
Les
séries
marno-calcaires
et
volcaniques,
leur
couverture
laté-
ritique
arment
en
quelque
sorte
la
presqu'île.
Les
imprudences
humaines
ont
failli
ébranler
cette
ossature
avec
l'exploitation
à
une
échelle
industrielle
de
carrières
sur
la Corniche
ouest.
Ces
roches,
du
point
de
vue
géotechnique,
ont
une
bonne
portance
à
l'égard
des
édifices
lourds.
Les
sables
dunaires
très
répandus
dans
le
sol
de
la
presqu'Ile
fournissent
un
soubassement
conve-
nable
pour
les constructions
légères
en
particulier.
Classées
zones
non
a~dificandi dans
les
documents
d'urbanisme,
les
niayes
donnent
lieu
malgré
tout
à un
usage
résidentiel
contraire
à
leur
vocation
agricole.
(12)
l'Ogolien
(20000
-
13000
BP)
correspond
au
maximum de
la
glaciation
du
Wurm
vers
la
fin
il
se
caractérise
par
une
phase
pluviale.
Il
est
suivi
d'une
transgression
au
Nouakchottien
(5500
BP),
puis
d'un
épisode
sec
au
Tafolien
(3
300
BP)

26./
2 - UN CLIMAT PRIVILEGIE
Par
sa
situation
en
latitude
(14 0
45'N),
la
presqu'île du
Cap-Vert
présente
un
climat
tropical
de
type
soudano-sahélien.
Mais
entourée
presque
de
toutes
parts
par
l'océan,
et,
de
surcroît
exposée
au
flux
de
l'alizé maritime
qui
la
traverse
de
part
en
part
durant
près
de
huit
mois,
elle est
soustraite
pour
la
plus grande
partie
de
l'année
aux
influences
continen-
tales
affectant
l'arrière-pays.
C'est
dès
la
fin
de
la
saison
des
pluies,
dans
la
seconde
quinzaine
d'octobre,
que
se
fait
sentir
l'originalité
clima-
tique
de
la
région
de
Dakar.
Au fur
et
à
mesure
que
l'hiver-
nage
se
retire,
la
fraicheur
s'y
installe
progressivement
pour
atteindre
un
maximum
en
décembre-janvier-février.
Elle
est
apportée
par
des
vents
de
secteur
N.NW
dominant.
Au coeur
de
l'hiver,
il
s'y
ajoute
la
formation
de
nuages
très
bas
susceptibles d'engendrer
des
pluies
de
"heug".
L'humidité
atmosphérique est
alors
forte
et
atteint
des
taux
moyens
variant
entre 85
et
90
%.
Quand
la
vitesse
des
vents
diminue,
la
vapeur
d'eau
peut
provoquer
la
rosée
ou
du
brouillard.
Il
arrive
également
qu'une
brume
sèche
obscurcisse
le
ciel
dakarois
à
la suite
de
l'installation de
vents
en
provenance
du
NE
et
circulant
à
une
vitesse
de
30
à
35
noeuds.
Exceptionnel-
lement,
la
panne
des
vents
de
N.NW
entraine
l'apparition
du
régime
d'harmattan.
En
ces
rares
circonstances,
il
se
produit
une
relative homogénéisation
du
temps
sur
l'ensemble
du
terri-
toire
sénégalais.
Homogénéisation
relative
seulement
puisqu'il
subsiste entre
Dakar
et
l'intérieur
une
différence
de
situation
due
à
la
brise
de
mer. Cette Jernière
souffle
surtout
aux
heures
chaudes
de
la
journée
et,
enveloppe
toute
la
presqu'île,
tandis
que
sur
les
autres
secteurs
du
littoral
du
Sénégal,
la
sécheresse
de
l ' a i r
soufflant
de
l'arrière-pays
lui
fait

27./
subir
une
rapide
dégradation.
Les
anémogrammes
des
mois
correspondant
à
l'hivernage
montrent
une
grande
dispersion
dans
la direction
des
vents
et
une
réduction
de
leur
vitesse.
La
mousson
installe durant
cette
saison
un
temps
chaud
et
humide.
Seules
les
tornades qui
surviennent
le
plus
souvent
en
début
d'après-midi
apportent de
la
fraîcheur.
D'après
G.RIBOT
et
R.LAFON,
l'hivernage
exerçait
sur
la
population
européenne
du
Dakar
colonial
un
effet
néfaste.
Ils
disaient
à
ce
propos
"Beaucoup
ont
remarqué,
d'ailleurs,
l'influence
de
l'hivernage
sur
le
caractère
des
colons.
Durant
cette
période,
disent-ils,
l'habitant
de
Dakar
devient
irritable,
nerveux
la moindre
discussion
dégénère
parfois
en
querelle
et
l'acrimoine
des
caractères
accompagne
la
difficulté
des
digestions.
Celles-ci
sont
lourdes,
le
manque
d'appétit
est
général
et
une
hébétude
ato~ique suit
chaque
repas.
C'est
la
saison
des
grandes
brouilles
au
sein
des
ménages
les
mieux
unis."
(13)
De toute
évidence,
il
y
a
une
dose
d'exagération
dans
ces
appréciations,
comme
le
reconnaissaient du
reste
les
auteurs
cités.
Mais
le
temps
d'hivernage est
lourd
à
supporter,
même
par
des
organismes
habitués.
Pour
appréhender
l'originalité
du
temps qu'il
fait
à
Dakar,
il
n'est
pas
sans
intérêt
de
comparer
cette station
avec
celle
de
Thiès située
à
égale
latitude,
mais
à
70
kilomètres
à
l'intérieur
des
terres.
--------------~---------------------------------------
- - - - - - -
(13)
G.Ribot,
R.Lafon
Dakar.
Ses
origines
-
Son
avenir,
1908,
p.22

28./
Tabl
1.
Evolution
du
climat
à Dakar
et
Thiès
------------------------------------
Dakar
-
Yoff
(14°45
N
17°
30
W
22
m)
J
F
M
A
M
J
J
A
S
0
N
D
AN
ra C 21,3
20.4
20.7
21.6
23.5
26. 1
27.0
27.0
27.5
27.5 26.2 23.4
24.4
P.mm
1
2
0
0
3
9
118
244
196
71
4
7
655
SoLirce
------
A.S.E.C.N.A.
Thiès
14°48
N
17°04
W
7 1
m)
J
F
M
A
M
J
J
A
S
0
N
D
AN
1
TO C
23.3
23.8
25.2
25.3
26.4
27.6
27.3
26.7
27.0
27.2 26.2 23.5
25.8
P mm
0
3
0
0
3
23
157
292
239
84
2
5
807
Source
------
A • S • E • C • N • A •
Les
nuances
entre
les
deux
stations
climatiques
se
constatent,
en
ce
qui
concerne
les
températures,
notamment
en
hiver

l'écart
peut
porter
sur
près
de
4 degrés.
Elles
apparaissent
davantage
à
la
comparaison
des
valeurs
annuelles
maximales
beaucoup
plus
imp~rtantes à Thiès
(32°3)
qu'à
Dakar
(27°4).
Dakar,
se
situant
à
la
fin
de
la
course
des
lignes
de
grain
qui
traversent
le Sénégal
d'est
en
ouest,
enregistre
un
volume de
précipitations
moindre.
Aussi
azonal
qu'il
puisse
para1tre
par
rapport
à
celui
de
l'arrière-pays,
le
climat
de
Dakar
ne
procède
pas
moins des
mêmes
mécanismes
régissant
la
circulation
atmosphérique
en
Afrique
de
l'Ouest.

29./
Fig.3_TEMPERATURES
MOYENNES MENSUELLES
A
DAKAR ET THIES
JO'
10·
JO·
A
s
o
N
o
Fig. 4- DIR ECTION
DES VENTS A DAKAR
Le n vi e r-
Aout

30./
Dans cette
région,
la
succession
des
types
de
temps
est
tributaire
de
la
position
saisonnière
des
cellules
de
haute
pression-anticyclones
des
Açores
et
du
Sahara
au
Nord,
maximum
de
Sainte Hèlène
au
sud
de
l'Equateur
géographique
-entre
les-
Quelles
oscille
le
Front
Intertropical
(F.I.T.)
indiquant
l'axe
de
l'Equateur météorologique.
Pendant
l'hiver
boréal,
les
anticyclones
du
nord
migrent
vers
la
latitude
35°N en
se
renforçant.
Le
F.I.T.
situé
alors
au
voisinage de

laisse
le champ
libre
aux
alizés qui
balaient
ainsi
le
Sénégal.
La
région
de
Dakar
est
principalement
intéressée
au
cours
de
cette
saison
par
les
flux
suivants
-
l'alizé maritime
issu
de
l'anticyclone
des
Açores,
c'est
une
masse
d'air
frais
et
humide
soufflant
du
N.
NW
son
humidité
ne
se
dépose
le
plus
fréQuement
que
sous
forme
de
rosée
à
cause de
la
cellule
de
haute
pression
Qui
bloque
en
altitude
les
mouvements
convectifs
-
l'alizé
maritime
continentalisé
c'est
une
variante du
type
précédent
dont
il
diffère
par
un
parcours
sur
le continent
qui
modifie
sa
direction
(N.NE)
et
son
humidité
relative
il
en
résulte
une
hausse
des
températures
dans
la
journée de
1 à 2 0 ,
parfais
une
brume
sèche
formée
dans
les
régions
désertiques
de
l'est
et
du
sud
de
la
Mauritanie
-
l'alizé
continental
il
peut
provenir
soit
de
la
face
orientale
d'une
dorsale
formée
par
l'anticyclone
des
Açores,
soit
de
l'incursion
d'un
front
froid
actif
entre
cette
cellule
anticyclonique et
celle
centrée
sur
le
Sahara,
d'où
une
direction
NNE
à
NE
ce
flux
appelé
aussi
harmattan
apporte
de
la
chaleur,
et,
selon
la
farce
du
ventJde
la
brume
sèche.

31./
Les
invasions
d'air
polaire
survenant
en
hiver
dans
les
couches
moyennes
de
l'atmosphère
à
travers
un
couloir
qui
sépare
les
anticyclones
boréaux,
occasionnent
épisodiquement
des
pluies
dites
de
"heug".
En
été,
la
topographie
isobarique
se
modifie
totalement
par
suite
de
la
migration
des
anticyclones
du
nord
vers
les
moyennes
latitudes,
et,
de
la
translation
du
F.I.T.vers
le
25e
parallèle.
L'Afrique
de
l'Ouest
subit
de
ce
fait
l'influence
de
la
mousson
originaire
du
maximum
de
Sainte
Hélène.
Cette
masse
d'air
chaud
et
humide
est
un
alizé
dévié
par
le
mouvement
de
rotation
de
la
terre
qui
lui
impose
une
direction
SW.
Oe ce
flux
émanent
les
pluies
tombant
en
hivernage.
Si
dans
l'intervalle
1961
1985
la
pluviométrie
moyenne
s'établit
à
411,1
mm
1 an,
elle
a cumulé
également
beaucoup
de
déficits
à
partir
de
1968,
comme
l'indique
le
tableau
qui
suit
I~Ql~_~ - ~~~l~!l~~_~~_l~_Ql~~lE~flLl~_!_Q~~~L_~~
1968
à
1985
-----------
Année
Total
Année
Total
1968
258,9
1 977
1 7 1 , 2
1969
750,6
1978
323,4
1970
1 77 , 0
1979
34 1 , 1
1 97 1
366,7
1980
377,8
1972
1 1 6 , 7
1 98 1
338,2
1973
287,0
1982
309,5
1974
366,3
1983
154,9
1975
564,0
1984
234,4
1976
387
1985
1
507,1
(source
J. LEBORGNE, la pluviométrie au Sénégal et en Gambie, 1988)

32./
Les
sécheresses
dont
rend
compte
cette
série
statistique
n'épargnent
aucune
région
de
l'Afrique
de
l'Ouest.
Dans
la
presqu'lIe
du
Cap-Vert,
elle
se
manifeste
notamment
par
une
diminution
de
la
fréquence
des
brouillards,
une
recrudescence
des
brumes
sèches,
un
recul
du
couvert
végétal,
des
prélève-
ments
évaporatoires
accrus
sur
les
eaux
des
lacs,
et,
une
baisse
du
niveau
des
aquifères.
Deux
agents
concourent
à
destabiliser
la
végétation
naturelle
de
la presqu'île
du
Cap-Vert
la
péjoration
climatique
et
son
cortège
d'effets
traumatisants d'une
part,
d'autre
part
le
facteur
anthropique
qui,
en
entraînant
la disparition
d'espèces
végétales,
tend
à
apprauvrir
les
ressources
génétiques
de ce
milieu
écologique.
En
raison
de
la
latitude,
les
peuplements
végétaux
primitifs
de
la
presqu'île
s'inscrivent
dans
la
gamme
des
steppes,
avec
des
variations
physionomiques
et
floristiques
déterminées
par
la
diversité'des
conditions
stationnelles.
Schématiquement,
au
substrat
latérique
recouvrant
les
formations
volcaniques
et
sédimentaires
de
la
tête
de
la
presqu'île s'associe
une
steppe
arbustive,
tandis
que
les
terrains
dunaires
du
tombolo
portent
une
steppe
arborée.
La
rigidité
de
la
cuirasse
latéritique
sur
le plateau
de
Ouakam
se
combine
à
l'influence
de
l'océan
pour
donner
à
la
végétation
son
aspect
rabougri.
En
hivernage
poussent
des
plantes
annuelles
telles
Aristida
stipoides
et
Schoenefeldia
gracilis qui,
avec
des
vivaces
comme
Euphorbia
balsamifera
et
quelq~es baobabs
clairsemés
forment
un
paysage
très
ouvert.

33./
Les
dunes
jaunes
du
système
de
Cambérène
sont
colonisées
de
manière
discontinue
par
la
végétation
naturelle
ce qui
favorise
les
processus
éoliens.
Ni
les
maigres
touffes
de
Cenchrus
biflorus,
Schoenefeldia
gracilis,
Ipome
a
pes
caprae
et
autres,
ni
les
buissons
épars d'Euphorbia
glauco-
phyl la
ou
les
individus
souffreteux
d'Acacia
albida
ne
par-
viennent
à
contrecarrer
l'action
des
vents.
Les
peuplements
végétaux
des
dunes
rouges
du
système
de
Pikine
et
des
terrains
marneux
de
Mbao
sont
à
la
fois
plus
compacts
et
plus
variés. Durant
la
saison
des
pluies,
les
sables
dunaires
portent
outre
les
champs
d'arachide
et
de
mil,
des
herbacées
du
genre
Cenchrus,
Aristida,
Andropogon,
etc.
La
présence
des
touffes
de
Guiera
senegalensis
est
un
signe annonciateur
de
l'épuisement
des
sols.
Dans
la
strate
ligneuse Adansonia
digitata,
Zizyphus
mauritiana,
Acacia
seyal
et
ParinarI macrophylla
côtoient
notamment
Acacia
albida.
Aux
environs
du
village de
Mbao,
les
peuplements
de
baobabs
sont
plus
importants
en
raison
du
soubassement
marno-
calcaire.
Il
faut
classer
à
part
les
niayes

l'humidité
permanente
favorisée
par
la
nappe
phréatique
sub-affleurante
permet
le
développement
d'une
flore
présentant
des
affinités
avec
la
forêt
guinéenne.
Dans
la
strate
herbacée et
arbustive,
il
y a
des
éléments
communs
avec
celle
des
steppes
de
l'hinterland
les
graminées,
les
rubiacées,
les
mimosacées,
les
rosacées,
les
bombacées,
etc.
Par
contre,
à
la
latitude

se
situe
Dakar,
on
rencontre
le
palmier
à
huile
exclusivement
dans
les
niayes.
Cette
espèce
est
accompagnée
par d'autres arbres
tels
que
Ficus
elasticades,
Kigelia
africana.
Dans
l'eau,
l'on
rencontre
diverses
hydrophytes
Nymphea
lotus,
Hydocotyle
asiatica,
Echinochloa
colona,
ou
encore
Marsilea
crenulata.

34./
Les
niayes
subissent,
en
plus
de
la
progradation
de
la
barre
dunaire
du
système
de
Cambérène
(14),
des
traumatismes
causés
par
le
facteur
anthropique.
Ceux-ci
sont
dus
à
des
prélèvements
opérés
sur
le
stock
ligneux
pour
la consommation
énergétique,
sur
des
herbacées
telles
que
Typha
australis
que
les
villages
avoisinants
récoltaient
pour
construire
des
palissades.
Les
sols
riches
et
humides
des
niayes
sont
également
exploités
sous
forme
de
jardins maraîchers,
de
vergers
ainsi
que
pour
la
floriculture.
Ces
bas-fonds
tendent
à
devenir
des
cimetières
de
palmiers
du
fait
de
la
surexploitation
de
vieux
individus
d'Elaeis
guineensis
non
remplacés.
Enfin,
l'expansion
du
tissu
urbain
entraîne
un
mitage
de
ces
dépressions
inter-dunai-
res.
Dans
l'aire
de
l'agglomération,
presqué
seule
la
niaye de
Pikine
se
maintient
grâce
à
des
servitudes
d'urbanisme
qui
n'em-
pêchent
d'ailleurs
ni
les
défrichements
culturaux,
ni
le dépôt
de
gravats
en
provenance
des
chantiers
de
construction.
Ou reste,
elle
est
en
instance
d'aménagement
pour
les
loisirs
des
citadins.
L'érosion
éolienne
qui
se
traduit
par
des
charriagesde
sable
a,
dès
l'époque
coloniale,
mobilisé
les
pouvoirs
publics
autour
d'actions
de
sauvegarde
de
l'environnement
de
la
presqu'île.
Ainsi
quelques
400
hectares
de
filaos
ont-ils
été
plantés
entre
1948
et
1957 dan~
le
secteur
de
Malika-Kayar.
Les
plantations
de
Casuarina
equisetifoliaont
été
poursuivies
entre
1969 et
1973
sur
le
même
site.
Ce
rideau
d'arbres
atténue
la
migration
des
sables
dunaires
mais
n'y
met
pas
un
terme.
Au sujet
du
pouvoir
anti-érosif des
périmètres
plantés
M. 5ALL
estime
que
"
si
le
boisement
de
fronts
littoraux
de
plusieurs
dizaines
---------------------------------------------------------------
(14)
D'après
la
photo-interprétation,
les cuvettes
de
la
niaye
de
Pikine par
exemple
se
sont
rétrécies
de
24
ha
sous
l'effet
de
ce
processus
entre
1954 et
1980

35./
de
kilomètres de
long
constitue
une
incontestable
réussite
technique
il
n'empêche
que
les
objectifs
visés
sont
encore
loin
d'être
atteints
l'effet
protecteur
d'une
plantation
n'est
réalisé
que
sur
une
largeur
égale
à
10
fois
sa
hauteur
soit
150 m pour
une
plantation
de
filaos
de
10
ans
d'âge
alors
que
la
zone
dunaire
en
mouvement
est
large
de
plus
de
800 mètres"
( 1 5 ) .
Casuarina
equisetifolia
a également
donné
lieu
à
des
plantations
en
alignement
sur
la
R.N.l
de
Dakar
à
Rufisque.
Mais
le
vent
utilise
l'intervalle entre deux
pieds
de
filaos
pour
transporter
le
sable
mobilisé
sur
la bordure
nord
de
cet
axe
routier.
Anacardium occidentale a servi,
en
1943,à
des
plantations dans
les
environs
de
Hann
et
de
Mbao.
La
mer
cerne
le Cap-Vert
de
toutes
parts
sauf à
l'est

un
tombolo d'environ
70
km
de
longueur
soude
la
presqu'île
à
la
terre
ferme.
Dakar
lui
doit
un
certain
nombre
d'avantages
naturels
qui
informent
sa
vocation
de
grand
port.
Sans
les
qualités nauti-
ques
du
site,
du
reste
chichement
distribuées
par
la
nature
sur
le
littoral
ouest
africain
confronté
au
problème
de
la barre
(16~
les
faits
d'agglomération engendrés
par
la
fonction
portuaire
auraient
été
lents
à
se produire.
--------------------------------------------------------------
(15)
M.
s a i i
Dynamique
et morphogénèse
actuelles
au
Sénégal
occidental,
p.
118
(16)
La
rade
de
Dakar
et
la Baie
du
Levrier
(NW
de
la
Mauritanie)
sont
les
rares
ports
naturels
du
littoral
allant
de
Gibraltar
aux
Rivières
du
Sud.

36./
Au large
de
Dakar,
les
processus
hydro-dynamiques
sont
tribu-
taires
des
centres
d'action
de
l'atmosphère,
de
la
morphologie
des
fonds
marins
et
du
relief
émergé.
En
régime
d'alizé
(décembre
à
mai),
les
eaux
froides
d'origine
canarienne
envahissent
le
littoral.
En
surface
se
forme
alors
une
houle
de
secteur
NNW
présentant
une
longueur
d'onde
de
300 m,
et,
circulant
à
la
vitesse
de
22
mis.
Autour
de
la
tête
de
la
presqu'île,
elle
effectue
une
rotation
au
niveau
de
la
Pointe
des
Almadies
et
du
Cap
Manuel.
Il
s'ensuit
des
diffractions
qui,
ajoutées
à
la
réfraction
imposée
par
la
plate-forme
continentale
réduisent
l'énergie
de
la
houle.
La
présence
du
promontoire
formé
par
les
plateaux
de
Ouakam
et
du
Cap
Manuel
fait
obstacle
au
flot,
et,
crée
ainsi
dans
la
rade
comprise
entre
Dakar
et
l ' î l e
de
Gorée
une
zone
d'eaux
calmes
favorables
au
mouillage.
La
houle
en
provenance
du
SW
est
plus
faible
que
la
précédente.
Elle
s'établit
à
partir
de
juin,
en
même
temps
que
la
circulation
des
eaux
guinéennes
propulsées
par
la
mousson
issue
de
l'anti-
cyclone
de
Sainte
Hélène.
Il
en
résulte
une
dérive
littorale
agressive
certes,
mais
dont
la
capacité
d'érosion
s'atténue
en
remontant
la
côte
de
Hann-sur-Mer
(17)
C'est
durant
la
saison
froide
que
le
littoral
de
Dakar
est
le
siège
d'un
up-welling
qui
explique
la
productivité
ichtyologique
des
eaux
océaniques.
(17)
Au sud
de
Hann,
l'érosion
cotière
est
très
marquée
depuis
un
siècle
comme
en
témoignent
les
constructions
détruites
par
la
mer
à
Rufisque
et
Mbao.
On estime
à
une
dizaine
de
mètres
le
recul
du
trait
de
côte
enregistré
au
droit
de
Rufisque
depuis
le
début
du
siècle.

37./
Enfin,
il
convient
de
relever la
faible
amplitude" des
marées.
Le marnage
atteint
1,6 m en
vives
eaux
et
1,2 m en mortes
eaux.
La
tectonique
cassante
subie
au
cours
de
l'évolution
géologique
ainsi
que
les
variations
eustatiques
donnent
au
modelé
du
plateau
continental
un
aspect
assez
tourmenté.
Au nord
de
la
presqu'île
et
au
large
des
Almadies,
les
courbes
bathymétriques
sont
très
resserrées.
La
grande
navigation
y est
gênée
soit
par
la
présence
de
la barre,
soit
par
l'existence
d'une
chaussée
jonchée
de
blocs
doléritiques.
Avant
la
mise
en
service
du
phare
des
Mamelles,
beaucoup de
navires
y échouaient.
Si
la
rade
de Dakar
n'est
pas
dénuée
de
chicots
qui
~ccidentent
la plateforme sous-marine,
ces
derniers
ne
constituent
pas une
infirmité
pour
une
double
raison.
La
première
tient
à
la
sédimen-
tation
terrigène
qui
masque
certaines
aspérités.
Il
s'y
ajoute
que
ces
pointements
rocheux
sont
ennoyés
sous
une
pellicule d'eau
d'une
dizaine de
mètres
d'épaisseur.
De telles
profondeurs
dispen-
sent
de
travaux
de
dragage
très
coûteux
pour
répondre
au
tirant
d'eau
des
mastodontes
qui
sillonnent
l'océan
mondial.
A L'époque où
les
puissances
européennes,
stimulées par
la
révolution
industrielle,
cherchaient
à
étendre
leur
influence
en
outre-mer,
une
position stratégique comme
celle
de
Dakar,
à
la
croisée
des
grandes
routes
du
bassin
atlantique,
ne
pouvait
manquer
de
susciter
des
convoitises.
Aussi
la France
s'était-
elle
appliquée
à
en
assurer
le
contrôle.
Elle
y aménagea
d'abord
un
modeste
barachois
(18).
Les
perfectionnements
reçus
par
cet
!
(18)
barachois est
un
terme
d'origine
hindou
désignant
un
petit
port.
Cet
ouvrage
fut
installé
en
1864,
soit
sept
ans après
la
prise
de
possession
de
Dakar.
Pour
guider
les
navires,
l'on
installa
en
1866
les
phares
des
Mamelles
et
du
Cap
Manuel.

38./
ouvrage,
à
la
suite
de
l'élargissement
de
son
horizon
continental,
devaient
faire
naitre
un
port
d'envergure
mondiale
autour
duquel
ne
tarda
pas
à
se
rassembler
une
grande
cité.
B - LA FONDATION DES QUARTIERS
Les
premiers
établissements
fixés
à
l'arrière
du
barachois
allaient
entrainer
une extension
de
la
ville
en
gestation
en
direction
des
parties
basses
du
site.
A une
époque

les moyens
mécaniques
de
manipulation
de
frêt
n'étaient
pas
encore
dévelop-
pés,
une
occupation
du
promontoire
surplombant
la
rade
comportait
des
inconvénients.
De plus,
ce
plateau
portait
les
villages
des
indigènes.
C'est
l'application
du
plan
d'alignement
de
Pinet
Laprade
à
partir
de
1862 qui
a
changé
la
face
des
choses.
La
ville devait
désormais
se
développer
en colonisant
le
plateau
relativement
plus
salubre
que
les
terres
situées
en
contrebas,
et,
par
rejets
$uccessifs
à
la
périphérie,
voir
les
Européens
et
les
gens
de
Gorée
s'y
substituer
aux
autochtones
lébou.
Il
faut
dire
que
l'idéologie
hygiéniste
véhiculée
par
les
traités et
précis
de
médecine
tropicale
était
très
prégnante
dans
les
actes
de
fonda-
tion
en
pays
chauds.
On peut
lire
sous
la
plume
du
Docteur
Kermorgant
les
recommandations
suivantes
adressées
aux
Européens
vivant
dans
ces
territoires
"Les
villages
indigènes
constituent
un
danger
permanent
pour
les
Européens,
en
raison
des
nombreuses
maladies
transmissibles
dont
leurs
habitants
sont
fréquemment
astreints,
aussi
ne
peut-on
que
conseiller d'édifier
les
habitations
européennes
à
une cer-
taine
distance
des
groupements
indigènes
"
(19).
(19)
Dr.
Kermorgant
l'hygiène
coloniale,
p.
30

39./
Avec
le
contexte
nouveau
issu
de
la
seconde
guerre
mondiale
caractérisé
par
la
prise
en
compte des
aspirations
des
popu-
lations
colonisées,
l'urbanisme
opérationnel
fut
dirigé
moins
contre
les
indigènes.
Mais
l'index
fut
pointé
vers
une
certaine
manière d'habiter
la
ville
le
taudis.
La
lutte
sans
répit
menée
contre
l'habitat
dégradé
au
Plateau
et
dans
la
Médina
eut
pour effet majeur
la
formation
de
quartiers
d'extension
de
plus
en
plus éloignés
du
centre
historique.
1 - DAKAR ANCIEN ET L'HAUSSMANNISATION DE L'APRtS-GUERRE
En
1945,
la
partie
européenne
de
la
ville
de
Dakar
n'était
pas
entièrement
urbanisée.
Non
seulement
il
y subsistait
des
terrains
nus
correspondant
soit
au
site
de
villages
déguerpis,
soit
à
des
zones
non
assainies,
mais
aussi
la voirie
inachevée
laissait
libre
cours
à
l'empiètement
du
tracé
des
rues
à
cons-
t r u ire .
Cependant
globalement,
l'habitat
dégradé
y était
en
recul
net
grâce
au
contrôle
des
constructions,
et,
aux
transferts
de
populations
indigènes
à
la Médina.
Après
les
habitants des
anciens
villages
de
Thieurigne,
Ngaraf,
Santhiaba et
Diécko
évacués
lors
de
la
peste
de
1914~ c~était au
tour
de
ceux
de
Gouye
Mariama,
Gouye
Salane
et
Hock
de
quitter
deux
décennies
plus
tard
les environs
de
la
Cathédrale
actuelle

l'Adminis-
tration
voulait
percer
des
voies
de
dégagement.
Nombre
de
par-
celles
ainsi
libérées
avaient
été
rétrocédées
à
l'Etat
ou
louées
à
des
commerçants
libanais
(20).
-------------------------------~----------------------
-- --------
(20)
Après
le morcellement
des
terains
de
tound
en
1926,
l'Admi-
nistration coloniale
institua
le
bail
emphytéotique
qui
devait
permettre
à
nombre
d'ayants-droit
de
louer
leurs
lots
à
des
commerçants
libanais qui
commençaient
à
affluer
à
Dakar.

40./
Fig. 5- LE
PLATEAU
E
o
N
A. Papa
Gu"y~ 'Q~II
t e •. A. Cour .. ;")
o
~OOrn
' - - - - - - - - "
cop Wonu~1

41./
L'habitat
indigène
avait
pu
néanmoins
se
maintenir
sur des
sites
ingrats
à
la
périphérie
immédiate
de
la
ville
européenne.
Sur
les
pentes
rocailleuses
du
plateau
descendant
vers
la
Médina
s'est
fixée
Niayes Tiocker
au
début
des
années
1940.
Auparavant,
des
Lébou
refusant
l'éloignement
du
centre-ville
s'étaient
installés
à
ses
portes,
formant
les
quartiers
de
Kayes
Findiw et
Parca
(21).
Les
travaux
d'aménagement
de
l'entrée
de
l'autoroute
entrepris
à
partir
de
1946
eurent
pour
effet
de
réduire
l'emprise
spatiale
de
ces
établissements.
Sur
le
no
man's
land
qui,
par
mesure
d'hygiène,
séparait
la
ville
européenne
et
l'ancien
village
de
ségrégation
de
Médina,
ont
été
implantés,
dans
un
mélange
témoignant
de
l'absence
d'un
plan
d'occupation
des
sols,
des
quartiers
résidentiels,
des
entrepôts commerciaux
et
des
équipements
publics
à
grande
emprise
comme
le
stade
Assane Oiouf
(ex
stade
des Abattoirs),
la
Maison
des
Jeunes
et
la prison Centrale
de
Rebeuss.
Parmi
les
quartiers
d'habitat,
il
faut
citer
par
ordre
d'anciehneté
Rebeuss
créé
au
début
des
années
1920 et
devenu
préco-
cément
la
honte
de
Dakar
à
cause
de
l'importance
de
la
margina-
lité
urbaine
(22)
(21)
Parca
désigne
le
lieu

était
stocké
le
fourrage
destiné
aux
chevaux
tirant
les
voitures
hippomobiles
en
service
à
Dakar
avant
l'ère de
l'automobile.
(2~) Dans une lettre du
5.9.1922,
le
Délégué
du
Gouverneur
du
Sénégal
à
Dakar
signalait
ainsi
la
vie
dans
ce
bas
quartier
alors
dénommé
abattoir
"le
Quartier
de
l'Abattoir
est
( . . . )
le
lieu
d'asile
des
chômeurs
des
Quais,
des
boys
et
des
cuisiniers
sans
place,des
repris
de
justice,
des
inter-
dits
de
séjo