UNIVERSITE DE DAKAR
FACULTE DES LETTRES ET SCIENCES HUMAINES
Thèse pour le Doctorat d'Etat es-Lettres et Sciences Humaines
..,-- --_._---~._-_..•_._-_.~"-_._- .... _.•._,....
.
présenté par
Oumar KANE
LE FUUTA - TOORO DES SATIGI
AUX ALMAAMI
(1512 -1807 )
TOME 1
Sous la direction de J. DEVISSE,
Professeur à l'Université de PARIS 1 - PANTHEON - SORBONNE
Soutenu le
1986 devant un Jury composé de :
A. BATHILY
J. DEVISSE
A. Bara DIOP
Ch. de la RONCIERE
Iba Der THIAM
DAKAR, 1986

l
D E D I e 1. C E
- Ad ~atrem in memoriam
L Lliou, le Pullo avec un air de Fanta~
- L Ismarla, Elimane et Daha
-
 toute ma famille et au peuple fuutanke

I I
A VER T 1 S SEM E N T
-:-:-:-
Cette thèse 8 été déposée pour la première fois en 1961.
:,i;lle è.evai t porter ini tinl eaent sur l 'histoire du Fuuta Tooro de la
révolu~ion toorodo au mouveillent omarien (1776-1860). Depuis lors,
j'ai été victime d'un très crave accident de la circulation en 19G8.
Ce n J es-::' qu' au bout de di x ~n9 que j'ai pu récupérer la moitié de mes
c~)Boités de travail.
Je remercie Alla~: qui m'a permis, en me redonnant la santé,
ù'ac~eve~ ce travail après LID long passage à vide. Pour tenir compte
des nombreux travaux qui ont été faits sur la région,
j'ai été amené
è recen~rer mes recherches sur la période deenyanke. Le titre défini-
tif, "le Fu.uta-Tooro des sé'.-tiei aux almaami", a été choisi en accord
avec le regretté Ives PER30lT, dont je salue ici, pi eusement, la mé-
moire.
Cette période de l'histoire du Fuuta-Tooro n'a jamais fait
IJo~~et d'une étude sérieuse, malgré le foisonnement des traditicns
o~~leB et la survivance de l'idéologie pullo dans la culture fuutanke.
Le ~resti~e du régime alm~amal et de l'épopée omarienne tendait à
faire oU01ier cette périoLe c2pitale de notre histoire. Le triomphe
des ;:Iod~les de pensée islBni~ues a associé abusivement le régime
dee~ynnké au paganisme honni de l'intelligentsia musulmane qui a
conquis le pouvoir en 177f.
~
Cependant l'étude de cette période permet de poser à nouveau
le p~o:)l~me du peuplement GU Fuuta-Tooro, de l'importance relative
èes divero apports ethniques dans la constitution des formations so-
ciales, du triomphe de l'élénent pullo dans la civilisation fuutanke,
ùes ~rocrès continus et du trioQphe final de l'Islam dans une région
qui :.JUose pour être la plus j}rofondément islamisée de l'Afrique noi'~61.
Heconsti tuer la tra;':le des évènements et des fai ts histori-
ques ùano le cadre d'une chronologie mieux mattrisée n'est pas la

I I I
r~indrc des difficultés qu'on rencontre, car le nonde de l'oralité
seD~le défier toute approche chronologique des problèmes. Mais l'aoso-
cintion et la confrontation des sources orales aussi abondantes que
contrndictoires, avec les rares sources écrites et les donnéew de l'ar-
cb601oCie ouvrent de nouvelles perspectives dans ce domaine.
Partout où celn eGt possible,
j'ai privilégié l'approche
c2ronoloGi1ue sur l'approc~le structurelle. Les études écononiques sont
n~cec9cirement faibles en l'absence de données statistiques abondantes
suivies et fiables.
J'ai utilisé la terninologie locale dans l'étude des incti-
-butions ~olitiques et soci~les. Je n'ai utilisé certains termes 00-
pruntés aux institutions occidentales que dans le cadre des citations
ou lors~u'il m'est inpossi~le de faire autrement, bien que je sois
conscient de l'inadaptation de cette terninologie au milieu que j'é-
tuc1i e.
J'ta! taché de res:,:"ecter les règles de la transcription (les
1~hGue9 nationales en viGueur au Sénégal, mais j'ai été confronté à
cles ~)roTJlèmes techniques 'Jour rendre des phonèmes qui n'existent Pc.s
en lï'l"::mçGiG, comme le IJ, (:.;ns Te;ll]elln
le y, (1::-,118:/ jjy:am
le â, d~i1s l'/o4oaB e
le 0
(bus TooroB6e
Ces p~~DÈmes sont donc rendus par ~, ~, ~, k.
Je m'excuse nunrès du lecteur de n'avoir pu conduire jusqu'à
son terne la cohérence dans ln transcription des termes et des nONS~
Pour tous les noms d'auteurs connus, j'ai conservé la transcription
trcuitionnelle, ce qui n'est Das le cas pour les personnages moins
connus.
Jé m'excuse aussi cuprès du lecteur à propos du système de
notes. J'ai délibérément renvoyé à la fin de chaque partie les notes
~ropreneut explicatives, ou les renvois bibliographiques particulière-

IV
men'c longs.• Pour le s renvois bibliographique s simples, j'ai choisi
Qe les conserver dans le texte, malgré les inconvénients que ce choix
cORporte pour la lecture continue. J'ai maintenu ce choix surtout
dans les deux prenièreo parties, parce qu'il était trop tard de re-
ürendre ce qui a été fait, au moment où le Directeur de recherche n'a
èemand8 de renvoyer les notes en bos de page.
Je remercie, hic et nunc, mon directeur de thèse, M. Jean
Db~IGGTI, pour avoir accepté sans réticence de prendre la Direction
c'i..e ::'1:'. thèse après la clis~_~arition du regretté Yves PERSON. Ses reLlnr-
c;,ues l.)ertinentes m'ont perni s plus d'une fois de réorienter mon tre vai 1
cla~s une meill.ure direction.
Mes remercienents vont aussi à tous ceux qui ont contribué
d'une façon ou d'une autre à la réalisation de ce travail, en pnrti-
culier à la Fondation L6o~old Sédar Senghor,
~ son Président ~u
Conseil d'Administration et à son Directeur général, à M. Amedou
llcJ.:h-car NBOH, Directeur Général de l'Unesco, au Président I.bdou DIOUF
ct à li. Iba Der THIAr1, winistre de l'Education Nationale, au Direc-
teur èe l'IFAN et à san Chef de service administratif, à nes jeunes
collègues Khadim }mACfu~, L. M. LAPl, B. SALL, Ibnou DIAGNE, Rokhaya
FL!.JL, l:laoadou FALL et l:io.Dc.clou DIOUF.
Je n'oublie pas dans nes renerciements le personnel adminis-
trc.tif et technique de l'IFLN/CAD, plus spécialement à Amadou FAYE,
ùesoinateur cartographe et à ~be FAYE née Marne Ngoye CISSE si exem-
plc.ires pnr leur sérieu~, leur compétence dans le travail et leur nna-
oilité.

v
A B R E V lAT ION S
Archives Nationales de France
2.C.E.d.S. AOF -
Bulletin du Cornit' des Etudes historiques et scien-
tiques de l'Afrique Occidentale Française
Bulletin Ge l'Institut Fondamental d'Afrique Noire
Fonds Brevié
Fonds Gaclen
Fuutn-jallon
Fuuta-Tooro
F.V.
Fonds Vieillard
Fonds Moussa Kamara
J.H. et G.J.H. -
Journal Historique et suite du Journal Historique
~ n
~ /e
r el.;.".U.
0
Public Records Office/Colonies

VI
TiillLE
DES
MATIEREG
Pre&lière Partie
Pages
Présentation Générale du Fuuta-Tooro........................
1
A- Tableau géocr~~hi~ue du Fuuta-Tooro..........................
1
1. Les oriaines ct la définition du terne Fuuta..............
1
2. Contenu EéoGraphique du Fuuta-Tooro.......................
3
2.1. Evolution de l'espace fuutanke.......................
3
2.2. GéoGraphie historique du Fuuta-Tooro.................
5
2.2.1. Réaions naturelles.................................
5
2.2.2. Le réseau hydrographique. Les affluents du Sénégal.
9
2.2.3. La vallée du Sénégal...............................
17
2.2.3.1. ~ünéralités...................................... 17
2.2.3.2. Le daande Doayo..................................
19
2.2.3.3.
Le foonde (poode)...............................
20
2.2.3.~. Les kolaade du waalo.............................
20
2.2.3.5. Lê Jccje~ol...................................... 24
25
3.
historique.
26
B- Peupleoent du Fuuta......
32
1. Les apports
32
1.1. Généralités..........................................
32
1.2. Les données de l'archéologie et de la préhistoire....
33
1.3. Les données traditionnelles..........................
35
1.4. Les ilicrations soninke...............................
38
1.4.1. La oigration iiagadu................................
38
1.~.z. J~ssioilation des Soninke du i'Jagadu : nouvelle
approche chronologique.............................
43
1.4.3. La uieration daboranke.............................
~9
1.5. Les influenoes culturelles Soninke sur la société
fuutankc.............................................
52

VII
2. Les npports onnding......................................
56
3. Ln place des l'Iolof et des Sereer dons la forI:lation du peu-
pIe fuutnnlre •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
3.1. Les cpports wolof...................................
58
3.2. Les apports Gereer..................................
61
3.3. Les Faddube.........................................
62
l.t:. Les Juul/nnbc.............................................
66
5. Les npportn nrc0o-berbères...............................
66
c- Les Fulbe dons le Fuutn•••• _................................
68
1. Ploce do lléléoent pullo dnns la société fuutanke ••••••••
1.1. Leurs origines......................................
68
1.2. Les données historiques et traditionnelles jusqu1à
la fin du J~e siècle................................
73
1.3. Llér3ersenoe du Terness..............................
78
2. Lo formotion des grondes leyyi fulbe.....................
82
2.1. Les Jom~e.......................................... 83
2.1.1. La dispersion des Joal/be.....................
83
2.1.~. Les Rannnbe..................................
86
2.1.3. Les Cutinkoobe...............................
87
2.2. Les Ur-urbo ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• o •••
89
2.3. NGiri ou les Yirlnnbe...............................
96
2.1.t:. IIboùn ou les Fulbe Wodnnbe ••••••••••••••••••••••••••
98
2.~.i. Cri~ine des Wodaabe ••••••••••••••••••••••••••
99
2.~.~ Ln dispersion des Wodnabe ••••••••••••••••••••
102.
2.5. Njenc;el Qt Lnoce ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
105
3. Lo fullnnisntion des populations du Fuuta-Tooro ••••••••••
107
D- Les Lm'lakoobe Et ln fornation du roynune deenyanke •••••••••••
110
1. Les Ynclcl~e•••••••• 8 ••••••••••••••••••••••••• , . . . . . . . . . .
110
2. Ln formntion ùu royauoe jnnlalo du Kingi par Tenella •••••
111
2.1. Présentation de Tenella •••••••••••••••••••••••••••••
111
2.2. Les cnuses de llénigrntion de Tenelln •••••••••••••••
116

VIII
Pa/:l:es
2.3. Ln sirrnification de l'énigration de Tenelln ••••••••
119
2.4. Ln constitution du royauûe du Kingi et ses consé-
quences ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
120
E- Les Deenyankoobe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
128
1. Origine au terne deenyankoobe •••••••••••••••••••••••••••
128
1.1. Les hypothèses en présence •••••••••••••••••••••••••
lB8
1.2. Critic~:.'.e. cles hypothèses et proposition de solutions
1}2
2. Kali Tenellc : l~honne, ses conquates et la fornntion de
la dynastie •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
137
2.1. Thèse lies trnditionnistes et des écrivains coloniaux lqO
Critiçue des thèses des écrivains coloniaux •••••••
142
2.3. Les r~isons de la nigration de Koli du Bajar au
Fuuta. ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
148
2.3.1. Las causes politiques et nilitaires •••••••••
149
2.~.9.. Les causes écononiques......................
150
2.q. L'itinéraire de Koli et les différentes étapes de
la conqu~te........................................152
2.4.1. Gelon Tnuxier et Delafosse ••••••••••••••••••
153
2.~.~. Gelon Arcin et Steff ••••••••••••••••••••••••
153
2.~.Y. Gelon Sire Abbas SOR••••••••••••••••••••••••
155
2.5. Les résistances à la conqu~te et les néthodes de
Iruli. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • •
156
2.5.1. Les contingents auxiliaires dans Itaroée de
holi........................................
157
2.5.2. ~stination des forces de Kali...............
158
?o.5.}. Ln cavalerie................................
159
%.5.q. Les chefs de guerre •••••••••••••••••••••••••
160
3. Les conqu~~c8 ùe Koli Tenella •••••••••••••••••••••••••••
161
A
3.1. Le nunni et le NanIJandiru..........................
:1.61
3.2. Xoli ùans le Fuuta.................................
162
3.2.1. Conqu~te du Ngenaar •••••••••••••••••••••••••
163
?
("';. .r,.
(""1
J.%
Conqu~te du Booseyn •••••••••••••••••••••••••
164
3.2.3. Conqu~te du Lauw ••••••••••••••••••••••••••••
164
:3.2. l1. Conqu~te du Tooro •••••••••••••••••••••••••••
164
3.3. La euerre contre les Jaawbe ••••••••••••••••••••••••
165
3.4--. La durée cles euerres de canqu~te de Kali...........
166
Notes de le ière ~~r~ie••••••••••••••••••••••••••••••••••• 168-? 179

IX
Deuxièoc Partie
L'Empire deenynnke de ln Conquête de Koli à 1702..........
180
A- Le dynastie decnynnke (1512-1706)
.-
'.'...
180
1. Les probl~oes ohronologiques et g6n~alogique.'-"",·"'·''''';' 180
1,1. DifficultéD de llétablisseoent d'une chronologie·.·..
181
1.2. La chronologie de Ph. Curtin et ses insuffisance....
181
1.3 • Critique des diverses listes déS so.tigi
'.....
181
1.q. La chronclogie des satigi du Fuuta-Tooro de Tenelln
à Sire Saun Lenau ••••••••••••••••••••••••••••••• '•• '.
188
1.~.1. Tenelle •••••••••••••••• ~ •••• ~ ••••••••••••• ~~
188
1.q.2. ~oli TenellB •••••••••••••••••••• ~ •••••• ~....
189
1. l.::.3. Les frères de Koli Tenella ••••••••••••••••• '.
189
1.4.4. Les fils de Kali Tenella....................
192
1.~.5. La progéniture de Yero Koli •••••••••••••• ~ ••
19~
1.l.1.6. La progéniture de Sawa. Lanou ••••••••••••••••
197
,
1,5. Ln dévolution du pouvoir nu Fuuta-Tooro a l'époque
deenynnke ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
200
1.5.1. Les principes de succession et de légitirnit~
dans le royo.uoe deenyanke •••••••••••••••••• ~
200
1.5.1.1. L'exclusivité de ln voie pntrili~
n~aire•••••••••••••••••••••••• ~.~.~
201
1.5.1.2. Ln prinauté ùes arnés sur les cadets 202
1.5.1.3. Ln onjorit~ légale ••••••••••••••• ~.
203
1.5.1.q. L'assenblée des notables...........
20Q
i.5.2. L~ circulAtion du pouvoir...................
205
1.6. Comparaison entre le régine successoro.l deenyo.nke
nvec celui des pays voisins ••••••••••••••••••••••••
206
1.6.1. Les influences extérieures sur le systène
successoral deenynnke •••••••••••••••••••••••
206
1.6.~. Les influences nandingue9 •••••••••••••••••••
207
1.6.3. Légine successoral sereer •••••••••••••••••••
208
1.5. l.!:. I1.éeine successoral des Wolof du Wealo, du
~njoor et du Baawol •••••••••••••••••••••••••
209
2. Les structures politiques et adninistratives de l'Enpire
deenyanke •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
210
2.1. Le territoire: un enpire nultinntional ••••••••••••
210
2.2. Leo unités territoriales: le partnge de Kali......
218

x
2.~.1. Donaine des Yealalbe~••••••••••••••••••••••••
218
2.2.2. Donaine des Snyboobe •••••••••••••••••••••••••
219
2.Q.3. Nouveau découpage ••••••••••••••••••••••••••••
220
2.~.}.1. Le Tooro ••••••••••••••••••••••••••••
220
~.2.3.~. Le La8w •••••••••••••••••••••••••••••
222
2.2.3.3. Les Yirlaebe Hebbiyaabe •••••••••••••
223
2_2.3.q. Le Booseya ••••••••••••••••••••••••••
22q
2.~.3.5. Le Ngeneer et le Domge ••••••••••••••
225
3. LtAdninistrotion deenyanke •••••••••••••••••••••••••••••
227
3.1. Lteill~inistretion royale •••••••••••••••••••••••••••
227
3.1.1. Le satigi ou le roi ••••••••••••••••••••••••
228
}.1.2. La cour de satigi ou le botu •••••••••••••••
231
3.1.3. Le bctu du Fuuta •••••••••••••••••••••••••••
233
B- Les principnles activités productives •••••••••••••••••••••
237
1. LtAgriculture ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
237
1.1. Le statut de la terre •••••••••••••••••••••••••••••
238
1.2. Les proùuits agricoles ••••••••••••••••••••••••••••
ql
1.2.1. Les produits cultivés ••••••••••••••••••••••
2ql
1.~.Q. Les produits de cueillette •••••••••••••••••
2q9
1.2.3. Les instrunents oratoires ••••••••••••••••••
250
1.3. Le calendrier et les travaux agrionlea ••••••••••••
251
1.q. Le ~ain dtoeuvre agricole et le faire valoir direct 253
2. La p~che •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
25q
2.1. Les témoignages •••••••••••••••••••••••••••••••••••
25q
2.2. Techniques et activités de p~che••••••••••••••••••
256
2.3. Ltadministration des eaux •••••••••••••••••••••••••
25a
3. LtElevage ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
259
3.1. Las témoignages •••••••••••••••••••••••••••••••••••
259
3.2. Finaliiés de ltélevage ••••••••••••••••••••••••••••
263
3.3. Les types dtélevage •••••••••••••••••••••••••••••••
26q
3.q. Technologie du lait •••••••••••••••••••••••••••••••
267
3.5. Ltimportance du cheptel •••••••••••••••••••••••••••
269
~. Les autres activités prodnatives •••••••••••••••••••••••
270
~.1. Le métallurgie ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
271
q.2. Le textile ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
277

XI
~.3. La céramique, activité féminine •••••••••••••••••••
279
~.~. L1artisanat du cuir •••••••••••••••••••••••••••••••
280
~.5. L1artisanat du bois •••••••••••••••••••••••••••••••
281
~.6. Les activités indifférenciées et influences des
forces politiques et religieuses ••••••••••••••••••
281
c- Groupes SOCi&lU~ et hiérarchisation sociale ••••••••••••••••
283
1. Les ~1l1be••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
28~
1.1. Les Unalwaalbe....................................
285
1.2. Les Fulbe-Jeeri. e •••••••••••••••••••••••••••••••••
286
1.3. Les Lawckoobe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••
288
1.~. Les Sayboobe......................................
289
1. ll.1. Les So.yboobe Sawadi Jaaye ••••••••••••••••••
290
1.l.l:.2. Les Sayboobe Niima •••••••••••••••••••••••••
291
1 • .E.1:.3. Les Sayboobe Sawa Donde ou Sayboobe Bubu
14vldi •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
291
1.~.~. Les Sayboobe Jallube •••••••••••••••••••••••
293
1.5. Le PulaaGu ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
295
1~5~1~ Lo vache, symbole d'utilité ••••••••••••••••
296
!.,.2. La vache, symbole de la miséricorde•••••••• 297
1.5.3. La vache, source de prestige et de puissance 298
1.6. Conclusion sur le groupe des l~lbe : la dynamique
sociale •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
2. Les Sebbe ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
2.1. Définition du terme ceddo •••••••••••••••••••••••••
2.2. OriGines des Sebbe ••••••••••••••••••••••••••••••••
2.3. Les cIano sebbe •••••••••••••••••••••••••••••••••••
2.~. Fonction et idéologie du groupe des Sebbe.........
309
3. Les Suba11Jc............................................
311
~. Les Toorobbe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
313
~.1. Définition du terme toorodo •••••••••••••••••••••••
313
~.:2.. Formati.on du groupe toorodo •••••••••••••••••••••••
317
~.3. La fo~otion du toorodo ••••••••••••••••••••••••••••
318
~.~. L1cpperition des titres et l'id~ologie toorodo
(toorodaarru)......................................
322

XII
Â
5. Les NeeAbe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
325
5.1. Les Ila~buoe•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
326
5.2. Les Uayilbe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
327
5.~.1. Hiérarchisation à l'intérieur du groupe des
Uayilbe ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
328
5.2.?. }jjyolution du groupe des \\vayilbe ••••••••••••
329
5.3. Les ~atkeebe••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
331
5.4:. Les Lawbe •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
334:
5.5. Les Burnaabe ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
338
5.6. Les ~·!ambno.be••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
339
5.7. Les Avlube ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
34:2
5.8. Les esclaves
jiyaabe ou maccube dans la société
fuutanke ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
34:8
D- La Production et les échanges aux XVIe et XVIIe siècle ••••
362
1. Les produits de llAgriculture et de la cueillette ••••••
363
1.1. Le mil ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
363
1.2. La cire •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
365
1.3. La eomme ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
366
2. Les produits de l'élevage et de la chasse ••••••••••••••
366
2.1. Les peaux•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
366
2.2. L'ivoire ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
368
3. Les autres produits ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
369
3.1. L'or ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
369
3.2. Les esclaves ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
370
4:. Les produits importés ••••••••••••••••••••••••••••••••••
372
4:.1. Les chevaux •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
373
4:.2. Le for et la quincaillerie ••••••••••••••••••••••••
373
4:.3. Leo toiles ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
374:
5. Les circuits Qt agents du Commerce •••••••••••••••••••••
375
5.1. Les circuits commerciaux ••••••••••••••••••••••••••
375
1.2. Agents du commerce et concurrence •••••••••••••••••
375
E- Evolution culturelle et religieuse ••••••••••••••••••••••••
381
1. Les douz ~ercoptions de l'Islam et de l'islamisation•••
381
2. L'islaMisation avant le XVe siècle •••••••••••••••••••••
383

XIII
2.1. L'~tBt de la question..............................
383
2.2. Les éta~es de l'islamisation du XIIe au XIVe siècle
388
2.3. L'influence alooravide.............................
390
3. Du XVe au ~~VlIe siècle ••••••••••••••••••••••••••••••••••
393
3.1. Le ~~e siècle ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
393
3.2. Le ]~Ic siècle.....................................
397
3.3. Le JOVIle siècle....................................
lJ:Ul
lJ:. Le deEré d'islaQisation des populations sénégambiennes..
lJ:03
5. Les pratiques rit~elles de l'Islan ••••••••••••••••••••••
lJ:06
5.1. La prière..........................................
lJ:06
5.2. Le Ranadan ••• ~ •••••••••••••••••••••••••••••••••••••
lJ:l0
5.3. La ~akat ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 8.....
lJ:12
5.1.1:. Le pélerinage......................................
lJ:13
1.5. Les f~tes religieuses..............................
lJ:l\\
5.6. Les interdits rituels..............................
lJ:16
6. Gris-gris et Ordalies •••••••••••••••••••••••••••••••••••
lJ:17
7. Survivw~ces du totémisme et du paganisme................
lJ:21
8. L'islcfJoisation des satigi du Fuuta......................
lJ:25
F- Relations du Fuuta avec ses voisins du )~Vle au XVIIe siècle
lJ:32
1. Relations avoc le Jolof.................................
lJ:32
2. Relations avec le Waalo.................................
lJ:3lJ:
3. Rélaiion avec le Kajoor.................................
lJ:37
lJ:. Relations entre le Fuuta et les Uaures jusqu'à la fin du
XVIIe siècle............................................
lJ:38
lJ:.l. T~bleau des tribus maures ••••••••••••••••••••••••••
lJ:38
lJ:.~. ilelations ontre le Puuta et le8 Maures.............
lJ:lJ:lJ:
5. Relations entre le Fuuta et les Européens...............
lJ:lJ:8
G- La crise de la fin du XVIIe siècle.........................
lJ:51
1. La conqu~te et l'occupation du Fuuta par Nasr al Din....
lJ:52
2. La sianificBtion de la guerre des marabouts •••••••••••••
lJ:56
2.1. Nature ct portée de la guerre des marabouts ••••••••
lJ:57
2.~. Origines du conflit •••••••••••••••••• _.............
lJ:60

XIV
2.3. La conqu~te du Fuuta et sa connotatinn religieuse •• q61
2.~. LeD thènes développés et la nature profonde du oou-
q62
vonent •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
2.5. Lspects écononiques et sociaux de la guerre •••••••• q63
2.6. Les causes d'un succèe ••••••••••••••••••••••••••••• q65
3. Les conséquences de la guerre des narabouts ••••••••••••• q66
3.1. Lec conséquences écnnoniquês et sociales ••••••••••• q66
3.2. Les conc6quences politiques •••••••••••••••••••••••• q68
Notes de la deuxièDG partie ••••••••••••••••••••••••••••• q71-~ 509
Troisième Partie
A- La crise politique de 1702 à 1776 ••••••••••••••••••••••••
510
1. La crise dynastique...................................
510
1.1. Rappel des principes de la légitimité et leur de-
venir ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
510
1.2. Lu circulation du pouvoir uu XVIIIe siècle.......
513
2. Les rivalités entre les enfants de Bubakar Sawa Laamu
et eeu;: de 0ire Sawa LaaQu............................
517
2.1. La dissidence de Samba Booy......................
517
2.2. Le rèGne de Sawa Donde...........................
520
~.3. Les vicissitudes du règne de Bubakar Sire........
521
2.4. Le règne de Gelaajo Jeegi........................
523
3. Les descendants de Sanba Bony contre Sanba Gelaajo
Jeegi •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
52q
3.1. L'entrée en scène de BUDusa et la remise en ques-
tion du systène successoral......................
52q
3.2. Les tribulations de Sanba GeIaajo Jeegi ••••••••• g
527
q. Les descendants de Bunusa oontre ceux de Gelaajo Sire
et de Moodi Bubakar Sawa Laanu ••••••••••••••••••••••••
537
4.1. Le règne de Konko Bumusa.........................
537
~.2. L'entrée en lice de SuIe Njaay •••••••••••••••••••
5qO
q.3. Le rèGne de Bubu Gayssiri et de Jaaye Hola.......
5q2
q.q. Le rèGne agité de SuIe Bubu Gayssiri •••••••••••••
5q3

xv
B- Aspects écononiques et sociaux de la crise.................
544
1. Quelqu&s considérations sur les crises aux XVIIe et
XVIIIe niècles ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
544
2. Fréquence et anpleur des crises •••••••••••••••••••••••••
547
3. Epidénien et épizooties.................................
555
4. Enigratinn et Brigandage................................
557
5. Relatia~s enire les crises, la traite des esclaves et la
décographie •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
558
6. La traite né~rière au Fuuta-Tooro •••••••••••••••••••••••
559
c- La crise des relations extérieures.........................
575
1. Le péril Daure (~677-1776)••••••••••••••••••• o..........
575
1.1. La situation en l'lauri tanie ou "bilad Shinguitti ". ..
575
1.2. iielations entre le Nakhaen et le "bilad Shinguitti"
'80
1.3. Les intûrventions oarocainûs.......................
582
1.4. Les acti vi tés des Maures du "bilad Shingui tti".....
595
2. Relations eutre le Fuuta-Tooro et les Européens du XVIIe
à la fin du régine deenyanke •••••••••••• ~ •••••••••••••••
605
2.1. Les relations entre le Fuuta et les Européens anté-
rieuro~ent au XVIIIe siècle ••••••••••••••••••••••••
605
2.2. Les coutŒ~es
signification et fonction...........
607
2.3. Les conflits à propos des coutlli~es jusqu'en 1758...
611
2.4. Relationn entre le Fuuta et les Anglais (1758-1779)
618
Notes sur la je partie •••••••••••••••••••••••••••••••••••• 624-~634
Quutriène Partie
L'AvèncnQnt de l'LloaDyat ••••••••••••••••••••••••••••••••
635
A- La Révolution toorodo ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
635
1. Les hntécéàents •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
635
1.1. La Uépublique théocratique
du Gunjuru ••••••••••••••
635
1.2. Le Bundu•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
635
1.3. Le Fuuta-Jallon ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
638
2. Diffusion <le l'Iolao et la fornation du parti toorodo...
638
2.1. L'école coranique ••••••••••••••••••••••••••••••••••• 633

XVI
2.2. La fornction juridique.............................
645
2.3. Ln fornntion littéraire............................
648
2.Q. L'Bcole de ?ir et la naissance du parti toorodo....
653
B- Ceerno SileYLlnan 3aal et son oeuvre ••••••••••••••••••••••••
658
1. Origines et fornation...................................
658
2. L'honne et ses idées ••••••••••••••••••••••••••••••••••••
660
3. Le Prédicateur..........................................
661
3.1. ConjoncuuTo de crise favorable à l'action de
Sile~~aa~ Baal •••••••••••••••••••••••••••••••••••••
661
3.?. Les thène9 de la prédication de Sileynaan Baal et
son audience ••••••••••••••••••••••• , •••••••••••••••
662
3.3. 1a &is8iùence des Sebbe et la chute du régioe
àeenyan~e..........................................664
4. La lutte contre les Maures
le "uudo Horoa" ••••••••••••
666
5. L'étcblisscoent du nouveau régine •••••••••••••••••••••••
669
6. La fin de Gileynaan Baal................................
671
7. Durée et portée de l'oeuvre de Sileynaan Baal...........
673
8. Les condisciples de Sileyoaan Baal ••••••••••••••••••••••
674
8.1. Ceerno Bayla Pereejo de Hawre ••••••••••••••••••••••
674
8.2. Ceerno hbderrahnaan SalI de Janjooli •••••••••••••••
679
A
8.3. L.lfe L.uadu Hah de Sooringo.........................
680
8. 1.::. Tafsiru Lr:w.du Hanat ~IAN de Kanel...................
680
8.5. !'!;linnnn Dinatt Bubakar KAN •••••••••••••••••••••••••
681
S~6. Tafnirn Jaa~iri de Jaafiun ••••••••••••••••••••••••••
682
x
8.7. Ll:ia L:lf';r :::;eydi Yero Buso..........................
683
C- Abdul Haru:w,di c;"it L.ll1aOl:lÎ Abdul Qadiri ~~AN•••••••••••••••••
685
1. L'honne •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
685
1.1. DriCiues •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
685
1.2. Ga fornatinn •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 685
1.3. Gon élection •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 687
1.4. h'inauGuraiion du nouveau régine •••••••••••••••••••• 688
1.5. Le. pernonnalité d'alnaani J:..bè.ul
689
2. La politique intérieure d'Alnaani hbdul •••••••••••••••••• 692

XVII
2.1. LJa~~inistration de la justice et la noralisation
de la vic Gociale ••• ~............................ 692
2.2. Les réforDes awJinistratives.....................
695
2.3. L'action sociale d'aloaaoi Abdul •••••••••••••••••
696
2.4. La ~olitique de peupleoent et la défense du terri-
toire., •••••••••••••••••••••••••••••••• ~ •• ~~ •••• ~
698
La politique extérieure •••••••••••••••••••••••••••••••
700
3.1. Les fcndenents de la politique extérieure d'alnaa-
[ l i
L.bdul •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
700
3,2, La lutte contre les Deenyankoobe •••••••••••••••••
701
3.3. La lutte contre le Maure ••••••••••••••••••••••• _o
703
3.4. Relations avec le Waalo ••••••••••••••••••••• ~ ••••
706
3.5. La euerre du Kajoor et le désastre de Bungowi ••••
707
3.5.1. Ori~ines du conflit : la révolte des nara-
bouts du K a j o o r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
707
3.5.~. L'intervention d'alnaaDi Abdul : ses ~oti-
vations •••••••••••••••••••••••••••••••••••
709
3.5.). La guerre et ses conséquences •••••••••••••
712
3.6. Les relutions avec les voisins orientaux du Fuu-ta
714
J.G.i. Une conjoncture de crise ••••••••••••••••••
714
3.C.~. Le péril bacbara ••••••••••••••••••••••••••
715
3.6.J. Les raisons de l'intervention d'al~aani
hbdul •••••••••••••••••••••••••••••••••••••
716
3.6.4. L'uffaire du Bundu ~ la Dise en place des
syst~oes d'alliance •••••••••••••••••••••••
717
3.7. Les relations avec Saint-Louis...................
718
}.7.i. ~es enjeux................................
718
3.7.?. iJe ::>roblène des coutuncs ••••••••••••••••••
721-
3.7.3. Lcs péripéties des relations entre Saint-
Louis et alnaaDi Abdul ••• ~................
729
4. La crisc iniérieure ct la chute d'alnaani Abdul.......
749
Conclusion Générale •••••••••••••••••••••• e ••••••••••••••••••
755
Notes de la quatriènc partie •••••••••••••••••••••••••••• 1~1T- 799
Les Sources: OuvraGes de références........................
800
Bibliographie •••••••• e ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
847
Annexe 1 •••••••••••••••• & •••••••••••••••••••••••••••••••••••
924

XVIII
Annexe II ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
928
Annexe III •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
933
Annexe IV ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
9'±5
Annexe V•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
972
Iinnexe VI ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
980
Annexe VII •••••••••••••••••••••••••••••••••••
983
0 • • • • • • • • • • • • • • •
Annexe VIII ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••
985
Annexe IJ{
.
939
Lnne:~c -:r
992
.1:-..,. • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •
Ll1l1cxe ]:1
.
993
Lnl1e~c J~I 1
e • • •
999
et Glossaire ••••••••••••••• e ••••••••••••••••••••••••••• 1013

XIX
TABLEhU DES ILLUSTRATIO~
N° des XlIi r:.
1
Linitcs théoriques du Fuuta-Tocro.........................
4:
2
Influences sahéliennes d~~s lG fornntion du Fuuta-Tooro...
32
~
I~Gsea.u hydrographique et routes des uigrations des soninké
J
et èes fulbé à travers le Tagant et l'Assaba..............
9
EnvironneQent régional èu Fuutn-Toorû - Régions naturelles
ct unités territcricles...................................
5
5
Le Funin orientnl ••• ~ ••••••••••••••••••••• o •••••••••••••• ~
21
6
IJe:;en~nr, Bosseya et va.l1ée du Gorgol •••••••••••••••••••• '.
22
Cou~~ es transversal es : l/lat~L1, l'Judduru, Gorgo l et Séné gal,
Luoynnnt, \\'Joolun et Hoore:?oonclé o••••••••.J •••••••••• o•••• ".
24:
7
Yirlaabe, Hebbiyanbe et Lcnw ••••••••••••••••••••••••••••••
25
8
l-:c.. l['..y1Jee, Tocro et DiIllo..r •••••••
26
li • • • • • • •
Q
• • • •
:;'l
• • • • • • • • • • • • •
9
~es èé?lncenents des isoJyètes entre 9000 BP et l'époque
nctuclle •••••• *.a •••••••••••••• ~ •••• ~.o •••••••• e •••••• ••••
28
10
:?rovinces et Ethnies de l ' eDpire Deenyanké •••••••••••••••• 210
11
VillaCes entièrenent ou pcrtiellenent Soninké •••••••••••••
39
11 1
~n Dispersion des J~oeo ou Fnddube ••••••••••••••••••••••••
65
12
Géné~logie des Sayboobe •••••••••••••••••••••••••••••••••• o 103
1
12
G~n6elogie des Soyboobe de Galo Decbo JOB ••••••••••••••••• 104:
13
L~ Dis~ersion des Jnnwbe ••••• '.3 •• Q •••• t •••• ~o ••••••••••••
83
14:
Les fulbe dans le Fuutn •••••••• , ••••••• ~ ••••••••• ~ ••••••••
89
15
Diverses Hypothèses sur l~ oigrntion de Kali Tengella o •••• 152
16
l'i'or::K'"tion de l' enpire Deeny~nké à partir du Sahel ••••••••• 120
17
0uccession des sntigi Deonyankoobe et leurs relations de
pnrent~~.o••••••••••• O.~ •• O •• O ••••• 8~ ••••• 9& •••••••••• 8 •• e 188
18
Circulation du pouvoir eux }:Vle ct XVIIe siècles •• ~ ••••••• 205
19
L'~::r?iro du Grand Pulle •••••••••• o •••••••••••••••••••••••• 161
20
Le ~nrtâge de Kali ••• e •• ~ ••••••• o •••••••••• o ••••••••••• ey~ 218
21
Le littauD (Dohlgn) •••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 219
22
:"'l~n (Le la Elcison du knnnlinku •••••••••••••••••••••••••••• 234:
23
Leo foyers de donesticniion des produits agricoles indigè-
ne s
el.1 f...fri que ••••••••••••••••• 0 ••••• t: ••••••••••• '" •••••• "'. 2 37
Outilo agricoles.o •••••• o •••••••••• ~ •••••••••••••••••••••• 250
Inot~unents de pache •••••••••••••• " ••••••••••••••••••••••• 257
Gén6nlogie des Sayboobe 8nwc Donde •••••••••••••••••••••••• 291

xx
Gél1onlogie des Sayboobe 0ubu Lwdi (selon Sally Gawlo, 1986) •• 291
27
Les Seo~e nu Fuuta-Tooro ••••••••••••••••••• e ••••••••••••••••• 30q
2e
Circulntion àu pouvoir nu XVIIIe 8iècle •••••••••••••••••••••• 513
29
~n Vel16e du fleuve Sén6cnl nu XVIIIe siècle vue pnr Adanson. 605
30
~volution théorique no ln irnite négrière nu Fuutû de 1675 à
101Q ••••••••••••••••••••••••• ~.~~ ••••••••••••••••••••• ••••••• 559
31
l~volution théorique de ln tro.i te négrière en Sénégor.lbie de
lS7~ ~ 1810 •••••••••••••••••••·•• e ••••••••••••• e •••• ~ ••••••••• 560
32
Les llo.ures et le Fuutc ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 575
3'
~scaleG et points ùe trnite sur le fleuve Sénégnl •••••••••••• 611
3I.!:
iJeo Jt~:lo.o. fondées po.r l 'Lli-.lanui Abdul
692
35
Itil1ér..:~ire de l 'Alr::lUnr::.i L~;c1ul •••.••••••••••••••••••••••••••••• 71~
36
Les ~ntnilles de l'Aloenoi Lbdul ••••••••••••••••••••••••••••• 701
37
Les voisins orientnux du Fuutn-Tooro ••••••••••••••••••••••••• 717

!:.R:E.~ID:JTATION GID.'P 4I.E DU FUUTA TOORO

Les origines du-t,erme Puuta ont été étudiée. à propos d.
l'é'ineuse et délicate question de l'origine de. lI1,e. Lalittératupe
_-colOlLial... -&- CCIIlsidérablement obscurci- -.l-eproblème où le.clonDées objeo-
tive. et scientifiques ont été fau.sée. par des pr~oooup&tioa.'racia,tea
et idéologiques. Il s'agissait, mIme pour le. oheroheur. le. plus Bé~
ri eus, comme Delafosse di ~rouTer aux l!l~~ une orlcln.'extr~afric~;ne,
une origine blanche, qui e~liquerait leur intelllesDce et leur Jupé-
r{orité'iûrTes--populations nOir..ique,parvocation, il. étaient
appe14. à dominer. H. ,Hubert, P. Laforgue, et G.VaDsl.ch. r'S\\lIJlènt
la situation en écriTant : "s~ivant qu'on fait des Peuls de. B~ancs
oull:tr., DD peut aoutanir tout.a les controverses". (R. Hubert, P.
Laforgue et G. Vanelscbè1921.,'t.'%28).
En faisent lléconollie de. différente8 id.éolo,iéS, on peut
affirmer que le Fuute désigne en général le pays de.Jœlbe. Sans 3tre
aussi péremptoire queMFDeJ.afosse, on peut bien .ansager l 'bypothèse
qui ferait dériver Fuuta, et Pulp, , de l!!mi, W. et .lD!!!1 dont on parle
dans la Table des Hatton., (Genèae 10, 6, Chronique.' 1, 8, I8al,e 66,
19, .Ezechiel 27. 10 ;.lQ. 5 et '8, 5. l~ahum 3. 9). Et cele estd.'autant'
que l'alternance oonsonnantique entre P et Fest fréquente en Pulaar
(Pullo au eing fait Nàe,8u pluriel). C'est le Prophète llate qui men-
tionnele ftpeuple des FouI parmi le8 nations éloignée8 du c8té d.u Sud
et de l'Oocident". (M. Delafosle 1912. p. 200).
Certaines :tont déri~er le terme Fuuta du terme lIlAur.e Aftout.
C'est une hypothèse qu'li ne faut pas rejeter de 1a90n ab80IU,!,.~arun
aroup. peut recevoir UDnom de celui qui lti. a .~ccédé nr-l~ lieux.
Le contraire serait plu8 vraisemblable dans la me.ue où les hlbe ont
précédé les Maures dans la rég:lonpendant de longues périod....
"
C'est à Cause de cette antériorité que les Ha.san ont intégré

dan. leur langue des termes et des toponymes pulaar d~t la ailnificatiDn
a'est plus oomprise par eux, alors qu'elles est 'vidente pour tout,a8l-
pulaar. Pour les mOmes raisons le Trab-al-Hajra des Ba_SaD renvoie aux
.'
.
Balle du Pulaar qui signifie la pierre, la colline, la montagne.

2
L'existence au Sud de l'Assaba des monts de Fout-Fout nous
renvoie aux premières hypothèses et fait penser à la présence des Fulbe
dans cette région. Le terme Fuuta pourrait bien tirer son origine de
ces monts, de la m~me façon que les Yirlaabe tirent le leur de Hayre
Ngiril, les Gomdenaabe de ."h$.yre Gornde, les Booseaabe de HaYre Boose,
etc •••
Cela est d'autant plus vraisemblable que H. GADEN dans son
Histoire du Wagadu et du Fuute, se fait l'écho d'une tradition qui veut
que le terme Fuuta s'applique au pays du Nord, du cSté du Tagant et de
l'Assaba, et au Régueyba actuel appelé communément .~eeri-Fuuta.(Fonds
Gaden, IFAN Dakar - Cahier nO 10).
Le terme "Fuuta" désigne donc le pays des Fulbe, du moins
là où ils se sont imposés comme groupe dominant au plan politique,
linguistique et culturel. De la mftme façon, le terme Hal-pulaar'èn
désigne tous les locuteurs du Pulaar où qu'ils se trouvent et quels
que soient les groupes auxquels on les rattache habituellement (Toucou-
leur, Fulbet Lawbe t Jaawapbe, etc. On distingue selon Amadou Hampaté
BA trois Fuuta : Fuuta-Kiindi, Fuuta-Keyri, Fuuta-Jula.
Le Fuuta-Kiindi comprend le Fuuta-Tooro et le Fuuta du Sahel.
Ce dernier a été appelé de façon restrictive et déformée Fuuta-Kingi.
Il serait le premier Fuuta à fttre organisé politiquement de façon
ind'pend8nte.
Son non signifie l'Ancien: il groupe le Hodh, l'Awker, le
...
Termess, le Tagant, le Barunu, Begueiba et surtout la région de Nooro
du Sahel. Ce fut là le premier établissement conséquent des Fulbe.
C'est à partir de cette régi~n sahélienne qu'a été peuplée la deuxième
partie du Fuuta-Kiindi, plue oonnue soue le nom de Fuuta-Tooro.
Le Fuuta-Keyri ou le Fuuta-Nouveau, correspond en gros aux
formations politiques postérieu es à 1725 : il s'agit du Fuota-Jalon,
du Maasina, du royaume de Sokoto et des lamidats du Nord Nigéria et du
Nord Came:roun.
Le Fuuta-Jula enfin désigne toute la diaspora des Fulbe et
des ::al-p1l1aar' èn cons'outive à l ' eff ondrement de l'Empire Omari en et

3
à l'implantation de ln puissance coloniale. Les installatinos des
Fulbe souvent enclavées dans d'autres entités politico-administratives,
ont davantage un oaractère écnnomique et commercial.
s'ragissant du Fuutn-Tooro, il, était beaucoup plus étendu au
Nord du fleuve, Sénégal qu'nu Sud. :
2. CONTENU BEOGEA?HIQUE
2.1. Evolution de l'espace fUli tonke et unités territoriales
A l'apogée de sa puissance, entre le milieu'du XVIe et le
milieu du XVIIe siècle, le Fuuta-Tooro au centre d'un vaste empire
dont l'influenoe se faisait sentir à la fois sur le Wagadu, les Lamtu-
na, le Jolof, le Haalo, le Gnlal!l, le pays Jaxanke, etc. A l'époque de
la stabilisation territoriale, Hayre Ngaal (Assaba et Sud du Tagant)
était considéré comme sa licite au Nord et au N. E. le Fuutn proprement
dit désignait la plaine alluviale à l'Ouest de l'Assaba jusqu'à Aleg
et au-delà. Le Jeeri-Fuuta désignait le pays snblonneux à l'Est de
l'Assaba, c'est-à-dire le Regueyba où honnes et troupeaux passaient
la saison 0stivale pour fuir les I!lou~tiques et la malaria qui déso-
laient les régions inondées pendant cette saison. C'est dans cette
partie septentrionale du Fuuta que se trouvaient les principaux centres
d'où sont sortis nombre de villages et clans du Sud, à ln suite du
rétrécissement de l'espace fuutanke (Ngenaar, Ngappugu, Fir~lle,
Gandega, Welingara~ Ganki, Lugge Sayboobe, Dugn, Lewel, Gnngel, ttc).
Vers le Sud, le Fuuta-Tooro enjambait le fleuve et englobQi,t
le territoire situé au Nord de la vallée du Ferla. Car au XVIe siècle ,
les Fulbe du Jolof étaient dans ln mouvance du Fuuta.
A ln fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle, les témoi-
gnages concordants de Lacourbe, de Lemaire, de Labat et de Barbot (1)
considèrent que le marigot Sncam (Khoma~) et le lac Kajar (RIKiz)
comme la frontière entre le Fuutn, le \\'/oalo, le Trarza et le Brakna,
le lac de Guiers (Paniefoul) comme l~ limite avec le Waalo et le
Jolof, le pays du fergo et le Galnm comme
les régions limitrophes
du Fuutn à 11:':i1st.
Le pays
de Fergo
est une terre
de refuge pour
les
exilés
politiques
du Fuutn
entre le Gajnaga, le Bundu et
'1;e
Fuuta. Il
oorrespond
à 11 actuel Lowre
et nu
Bundu, qu~ siglltt"t'

Fig, N° 1 LIMITES THEORIQUES OU FUUTA"TOORO
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150 Km
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1
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l'mih· thioriqult

puits, mais aussi terre d'exil.
Lorsque le Fuuta-Tooro a été réduit à sa plus simple expres-
sion, il e fini par désigner la région
comprise entre Dagana et
Dembancané, sur le fleuve, peuplée principalement de Fulbe et de
"Toucouleur". Ce fut le berceau de l'ancien Tekrur (Ve-XIlle siècle)
la partie la plus
vivante de l'Empire deenyanàe et l'essentiel de la
République olicarcho-théocratique, dominée par les Toorobbe.
Les unités territoriales du Fuuta avant l'arrivée de Koli
étaient au nombre de quatre, sans compter le domaine des Jaawbe du
Hayre et du Damge : - Le Ngenaar, le Booseya, le Laaw et le Tooro.
Ce sont les chefs de ces provinces qui ont libéré le pays de la tutelle
des Jaawbe et ont organisé le résistance contre les Berbères almoravides.
A cette occasion farba Jowol Amnet MOYE est nommé chef du
Ngenaar, donc des redoutables sébbe du Ngenaare
Auparavant, ce farba d'origine .~ninke, était un représentant
des manna, donc des Snoaare de Hafre (STEFF, 1913, p. 8, et Fonds Brevié
FT, cahier nO 23 j. Son conflit avec son voisin du Bocseya sera à l'o-
rigine de la crise du Fuuta à le veille de la conqu~te.
Le Ba':lseya était à ~Ibe1H Legetin de Hayre l>1baal avec le titre
de farmbaal. Il aèministrait les populations du Mbeal dont la cejorité
était onnstituée des Fulbe de m~me nom. Il résidait tout près de
Kayhaydi, eu pied de la colline. Son domaine englobait une partie de
l'ancien cercle de Gorgol et une partie de l'ancien oercle de Salde.
Mbefti Legetin opposera une résistance farouche à Kali, qui n'en vint
à bout que grAce à la trahison et au ralliement de Kerkumbel, son frère,
qui fut ensuite nommé farmbaal.
Le Tooro était échu à
Ali Eli Bana qui contr81ait en même
temps le Dimer, les Fulbe du loaro et une partie des HalaYbe. Le pouvoir
du laamtooro s'est réduit avec l'émergence de farba Waalalde. ~fuis il
dominait la partie occidentale de l'Ile à Morphil les Fulbe Ur-urbe et
Wodaabe étaient les plus nombreux.
Au moment de la conqu~te de Koli, ce sont les Fulbe Jaawbe
qui dominaient le Tenness, de l'Assaba et du Tagant jusqu'au Fori, le

5
Ngenaar oriental et le Damga sur les deux rives. C'étaient là des
terres moins peuplées que le Centre du Fuuta.
Les Yirlaabe-Hebbiyaabe étaient dominés par les WodRabeede
la lignée de Jaaye Sadiga qui seront plus tard agrégés aux Sayboobe.
2.2. Géographie historique du Fuuta-lporo
2.2.1. Régions naturelles
Une étude de géographie historique du Fuuta-Tooro doit
intégrer non seulenent la vallée du Sénégal et du Ferlo, mais aussi
le Sahel. La région est un ensemble de plateaux gréseux (Adrar, Tagant,
Assaba, BKiz, Affolé) et de vastes cuvettes topographiques (Hodh)
encombrées par des massifs dunaires, le tout faisant partie du bassin
versant du Sénégal.
Il s'agit ici moins d'une étude géographiqœ qui a été faite
et bien faite ailleurs, que d'établir une relation entre l'évolution
de l'espace fuutanke, ~vec l'évolution de l'environnement. D'une fa-
çon générale, l'espace fuutanke qui s'étendait de la Mauritanie cen-
trale au Ferlo, s'est progressivement rétréci à partir du XVIIe siècle
sous la iouble influence de la dégradation du climat et de la pression
j
araba-berbère. L'évolution de l'environnement entre également pour
beaucoup dans le processus du peuplement.
j
i
1
Le TRAB-al-IIAJBjJ., qui est le "coeur historique de la Ivlauri-
i
tanie" est aussi le bercenu du Fuuta-Tooro, c'est une région de grands
équilibres entre la vie citadine axée sur l'agriculture et la vie
nomade et semi-nonade axée sur l'élevage. crest au contact des défilés
et des plaines que se sont édifiées les cités
prospères qui à l'époque
de l'Empire du Ghana, ont fixé le commerce transsaharien.
Pa~i les 18 royauoes assujettis ou qui obéissent au grand
Pullo, l'anonyme de 1600, étudié par Teixeira da ~ta, mentionne
"Hagadum et Lamptunall ctest-à-dire le Wagadu et le Lamtuna, l'ancien
royaume du Ghana et le Bilad-es-Shingitti (Hodh, Affole, Tagant,
Adrar
et Tiris) (fig. 2).
Le aofu~ est une immense boutonnière cernée à lrOuest, au
Nord et à l'Est par les pletecux ou dher de Tichitt-Walata-Nema qui

6
la séparent du Majabat al-Koubra. Le Hodh, largement ouvert sur le
Soudan sert de transition entre la savane et la steppe. Les villes
accrochées à la falaise, gardant les passes, étaient peuplées d'a~ri­
culteurs sédentaires, tandis que le baten est plus propice à l'éle-
vage. Les Soninke, fondateurs de l'Empire du Ghana étaient des cita-
dins, tandis que les Fulbe qui nomadisaient sur le baten coexistaient
avec eux.
C'est aussi une zone de contact entre les pasteurs berbères
venus du Nord et les Nègres autochtones.
Le "desséchement historique" et la pression berbère en
avaient fait une zone de migration, et aussi de métissage : Cl e'st
ainsi que les Mechdouf et les Oulad Mbarek sont fortement métissés
avec les Bambara, les Fulbe et les Soninke. (Ch. TOUPET, 1977, ppo
12-13) •
La poterie retrouvée, (ustensiles et outils divers) très
courante dans le monde soudanais est francheoent différente de celle
qu'on rencontre dans le monde maghrébin. Dans cette région, au hasard
des circonstances et des vicissitudes historiques, l'équilibre des
forces ft été tant8t favorable aux éléments arabo-berbères, tantèt
aux éléments noirs. Le mouvement almoravide qui marque une percée
spectaculaire des Berbères
vers le Sud, a été suivi après la oort
d'Abu Bakr Ibn Onar Lantuni, d'un reflux au profit des principautés
nègres.
Dans le TPJJB-al-Hajra, les grands plateaux gréseux de l'Adrar
et du Tagant, accusent de profondes similitudes avec les massifs de
llAssaba, du RKiz et de l'Affole. Au milieu de ce relief vigoureux~
les plaines du REGUEIBA et de l'AWKER sont propices à l'élevage. Le
Regueiba est connu sous le nom de Jeeri-Fuuta, tandis que l'Awker
signifie dans le langage des Hassan, le pays des Nègres Ful~e. Elles

sont parcourues par les nueds en saison hunide. L'endoréisme en fait
des zones de refuge pour les pasteurs pendant l'hivernage. Les pasteurs
y séjournent avec leurs troupeaux, fuyant les régions paludéennes des
grandes plaines fluviales où ils ne reviennent qu'en saison sèche.
Les rares organisoes hydrographiques qui échappent à l'endoréisrne,
en se frayant un passage à travers l'Assaba, sont les affluents,
septentrionnaux du Sénégal : le Karakoro, le Garfa, le Gorgol et

7
Kolimbine sont de véritables rues de villes et de villages, des zones
de passage privilégiées du bassin du Sénégal 9 elles ont été eoprun-
tées tour à tour par les Soninke, les Fulbe et les Maures. Ils ren-
dent compte de la perméabilité hucaine de la région. C'est là le
coeur du T~krur historique, qui allie l'élevage, l'agriculture sous
pluie et de décrue et la p~che. Les zones d'épandage méridionaux sont
favorables à la culture du palmier dattier.
"Les remparts de l'Affolé, de l'Assaba et du RKiz ont proté-
gé pendant iongtemps les populations contre les invasions venues du
Nord, durant toute la période médiévale". (Ch. TOUPET, 1977, p. 12-
13) •
Les cités prospères qui se sont édifiées dans les passés
Walata, Tichitt, reprennent dès le XIe s. la tradition poliorceutique
ghanéenne. Elles sont en relation avec Awdaghost et Shinguitti. Dans
ce cadre s'équilibrent les différents modes de vie : grande nomadisa-
tion et semi-nomadisation liée à l'élevage 9 l'agriculture et 10 vie
oitadine. Ce sont là les points de relAche des pistes transsahariennes
en direction des pays du Soudan.
Le Régueiba ou "Jeeri-Fuuta" qui prolonge l'Awker au Suù-
Ouest, entre les rebords de l'Affolé et du Tagant, est la région qui
pendant ln saison humide est riche en pAturages tout en étant très
saine. Les Fulbe qui étaient dans les vallées méridionales, venaient
y passer l'hivernage. Ils profitaient de la sorte de l'abondance des
eaux et des herbages et de la salubrité, tandis qutà la m@me époque,
les vallées fluviales sont inondées et infestées de moustiques.
Jusqu'au début du XVIIIe siècle, les satigi quittaient leurs résiden-
ces de la vallée du Gorgol pour passer leur hivernage dans le Jeeri-
Fuuta. Le P. Labat décrit le déplacement de satigi Sire gawa Laacu
lors du passage d'A. Brtte en Juillet 1693 à Gumel (actuel Seyni Mahdi),
résidence de saison sèche du satigi dans le Fori.
"La plupart des otl~ds se perdent dans les mares d'épandage
à l'exolusion des plus néridionaux (Karakoro, Garfa et Gorgol) qui
~ ffrangent le IJ.assif de l'Assaba et se jettent dans le Sénégal".
(Ch. TOUPET, 1977, p. 15).
Tagant, Adrar, Àwker et Régueiba, sont toutes solidaires.

8
Ce sont des reg~ons agricoles, mais surtout pastorales. Les ~asteurs
y transhument, en suivant les pluies.
"Tout éleveur de l'Adrar connatt les pAturages du Sud du
Tagant et de l'Awker" (Fonds Gaden IFAN Dakar - Cahier nO 10).
L'AWKER, le pays des Nègres est un vaste erg qui occupe la
partie Nord de la ouvette du Hodh. Il a attir.é les pasteurs Fulbe.
Ses p~turages ont été également exploités. par les éleveurs du Tagant
et de l'Assaba.
Le pesse de DIOUK, longue de 200 km et large de 50 Ku sépare
l'Assaba du Tagent dont il est le prolongement méridional. Profondé-
ment fracturé et dieclasé, l'ASSABA est riche en gorges profondes,
en seuils étroits: la
fréquence des sources et l'abondance des
fourrés d'épineux en font une terre plus propice à l'élevage du petit
bétail.
"Dens le Nord de l 'As saba, sur le pourtour de la TaDIIlourt
en Naaj au Tagent, sur les buttes témoins, ces constructions sont
agglomérées en véritables villages, entourées d'enceintes de pierres
sèches à l'intérieur desquelles on trouve des ceules dormantes; des
poteries et des scories". -(Ch. Toupet, 1966, p. 12)."Les nombreuses
ruines qui enserrent la dépression du Tacoourt-en-Naaj dans le Tagant
(Foum el-Rajar et Foue el-Kouz) sont associées à des cultures de dé-
crues qui se perpétuent de nos jours". L3 reg~on a été, selon les
traditions des Fulbe et des Maures, celle des Jaawbe, qui ont ,dès la fin
du XIe oisc:e, dooiné le Fuuta. Ils ont pu poursuivre leurs activités
agricoles de décrue dans la vallée coyenne du Sénégal.
C'est surtout la partie occidentale du Tagant qui est la
plus vivante, en raison du fait que le dépression tectonique de direc-
tion méridienne dratne la majeure partie des eaux du plateau. L'Oued
Tidjikja est une rue de palmeraies.
Dans le partie occidentale du casaif gréseux de l'Assaba,
est logé le Tarnmourt-en-Naaj, vaste dépression méridienne dans laquelle
se jettent les eaux apportées par l'Oued Bouraga au Sud et l'Oued Kra
Naga à l'Est. Ces eaux se perdent dans la mare d'épandage de Gabou qui
reçoit égalemm t lee eaux de l'Oued el Abiod. C'est une zone d'attroc-

a R A
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50
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Fig. Ne 3
RESEAU HYOROGRAPHYQJJE ET ROUTES DES MIGRA-'
TIONS DES SONfNKE ET DES fUl"bE A TRAVERS LE TAGANT ET
L"ASSABA

9
tion des pasteurs et des cultivateurs, à cause de l'abondance de ses
pAturages et des plantureux champs de mil le long des oueds. C'est là
que les Fulbe-Jaawbe, replacent leur berceau. Le Tammourt-en-Naoj est
appelé HOBEWEENDU, ln t~te de 10 More,
Le mare d'épandage du Gabou (ou Ngabu) tire son nom de l'hip-
popotame qu'on y rencontrait. C'est là que les Jaawbe ont fixé leur
capitale, qui deviendra plus tord KSAR-al-BABKA. C'est là où ils ont
assimilé les techniques de l'agriculture, de l'élevage et de le ~~che.
Les Jaawbe Dolli, habitaient dans les vallées des oueds où ils prati-
quaient la p8che. La tradition veut que les Jaawbe Dalli aient été
les initiateurs des 3ubalbe aux techniques de la p8che.
2.2.2. Le rés.cau hydrographique : l es affluents du Sénégal
L'Assaba constitue la ligne de partage des eaux entre les
bassins du Karakoro d'une part, du Gorgol et du Garfe d'autre part.
Mais tous sont des affluents du Sénégal.
Le Karakoro est de direction méridienne, coulant dons la
dépression subséquente, recevant les oueds anticlinaux de l'Assaba.
Le Gorgol blanc, le Gorgol noir et 10 Garfa se jettent dans
le Sénégal beauooup plus à l'Ouest suivant un trac-é cataclinal.
Kolinbiné, Karakoro, l'Oued Niorde, l'Oued Garfa et le Gorgol
ont été à toutes les 6poques de l'histoire de la région des voies de
passage pour les populations du Sahel et du rrab-al-Hajra mauritanien.
Les quatre dernières décüupent dans la barrière de l'Ass~ba
des passes extr~mement importantes pour la circulation des hommes. Ce
sont du Nord au Sud, le seuil de Diouk, Foue Bathil, Foum-Faran, Foum
Gossas, la passe de Geloula et ses vestibules de Sallakora, Toueydima,
Nderdaya et Ararech, la passe de Soufa et celle de Taktaka. Ces pusses
rendent faciles les relations entre 10 vallée du Sénégal et le Rodh.
La maitrise de ces passes est d'une importance stratégique indéniable
pour les Etats qui De sont édifiés dans la région. Ce sont surtout
les affluents du Gorgol noir, du Garfa et du Karakoro qui sont respon-
sables de cette cération de l'Assaba, qui est une zone de transition
climatique et de contact humain entre les principaux peuples de la
région : Soninke, Fulbe et Meures.

1e
"Les Soninke qui prétendent descendre de. agriculteurs
Ganlera et du Wagadu sont groupés en villages de défrichement cocpect"
(Ch. TOUPET, 1966) surtout dans le Sud de l'Assaba, où i18 s'adonnent
à une agriculture pluviale. Partout dans la région, les Fulbe ont
dominé dès la fin du XIe siècle. Ils restent fidèles à l'élevage bovi~.
L'Assaba drn!né par le Karakoro, l'Oued Niorde et Garfa et
le Goriol noir, a été trés anciennement peuplé par des Soninke venant
du Wagadu. C'est également du Wagadu que viennent les populations de
Gijume, du Jafunu, du Gidimaxa, du Kenyeretla, du Jomboxo, du Gajaage.
Le Kolimbine et ses affluents drafnent les pays Soninke de
Joka , G1Jume, Jafunu, le tingi, GaJara, tandis que le Kare:~oro drafue
le Sud du Gidimaxa et le Nord du Gajoeee.ll semble d'après les tradi-
tio~ Soninke que les familles Sumaere,SiiBe, Gas.ama, Soxona et
Iamara .oient venues à des périodes ditf'rente• • 'échelonnant entre
le Xe et le XIIIe siècle.
Les Ganaara, que l'on retrouve aujourd'hui .ntre 1. Bafing
et le Bakoy occupaient autrefoiS le Tagant, le Hodh et l'As8aba où ils
cultivaient le 011 dans le fond des
• Ils sont responsables ne.
c.\\ A
4/1tê~
preaiers établi'leoents humains
~
,
d~
le dhar Tichitt-Welato,
Ç.
aTaDt la pou8sée des Berbères S .
J(? 4' pa.r~ r'- 11. VIlle siècle. (Ch.
Toupet, 1966, p. 12). Les villa ~ ~1ihib ~ , de BouaDze et Ndieo
...... ut'
J.~~
.:1:;,
dans l'Oued Garfa sont de coloni ~t on rele
V
.nt récente, de m~me
d'~,.
v'
que les villages tecpornires des
-~ 11,elt!~~ u Bunda, du Ferlo (Jeeri)
et de la vallée du fleuve (Waalo). A N
eo, les Soninke pratiquent à
la fois la oulture de déorue et la culture pluviale comme dans la vallée
du Sénégal. LeD 2aratin prntiquent aussi des cult.ras de décrue sur
les oueds de piemont tributaires du Karakoro.
Le Karakoro, né dans la boutonnière du Hodh, est alimenté
par les oued, qui ~esoendent de l'A••aba sur sa droite et par ceux qui
vieQnent du Régueiba et de l'~ffolé sur la gauche. Cette large vallée
est une rue de ville. et d'installations humaines Bouvent fort anoiennes.
Sen cours inférieur est peuplé de Soninka tandis que les Fulbe s'y
fOnt inftltrés, d'autant que o'était une route qui 1•• menait pendant
l'bive~age vers les terres plus .al~reB du Jeeri-Fuuta (Bégaeiba).
Plus en aval, l'Oued Niorde, l'Oued Garfa et le Gorgol ont

Î~.

11
joué le m8ne rSle que le Kolimbine et le Karakoro, en desservant le
Bayre (Ngaal). Ce sont les seules rivières exoréiques de la Mauritanie
Centrale, tandis que dans le Tagant, le réseau hydrographique est
généralement endoréique. Le plus important réseau endoréique est
formé par le Taomourt-en-Naoj et l'Oued Tidjikja qui se déversent dans
la mare pérenne du Gabou.
L'Oued Niorde formé par l'union des oueds Raouisse et Harra
(Tourimé dans se partie aval) isole les massifs de Sakha et d'ArteBou
d'où viennent ses affluents de droite.
D'abord encaissée, la vallée s'élargit considérablement entre
Barr et Gurel Ceerno Amadu
A partir de Sane où il rejoint la vallée
alluviale du Sénégal 9 son cours borde le Jeeri jusqu'à Bappalel,
recevant au passage les eeux de l'Oued Dessili. L'Oued Niorde conne
le Karakoro,deseert le Gidimaxa dont il constitue la limite occiden-
tale.
L'Oued Garfa, appelé Wura en PtiLaar coupe l'Asseba en deux
endroits (la passe de Tektat nu Sud et celle de Soufn au Nord). Ses
affluents sculptent la montagne et individualisent les massifs sui-
vants : Heyre Takhadé, Hnyre Trel, Hayre Sakha au Sud de l'Oued
Taktake ; Hayre Daklé, Hayre Lefkharin, Hayre Kote, Hnyre Fout-Fout,
Hayre Koro et Gafognra entre l'Oued Taktnte au Sud et l'Oued Bounguel
au Nord (fig. 2).
L'Oued Garfa et le Gorgol naissent de l'Assaba et du Tagnnt
méridional (Gorgol blanc). Ils découpent dans la muraille de l'Assaba
des passes profondes, plus ou ooins larges, qui facilitent considérable-
ment les relations entre la vallée du fleuve et la cuvette du Bodh, de
l'Awker ou pays des Kuwar, le Régueibe ou Jeeri Fuuta et le Dhar Tichitt-
Walata-Nema ou pays de Maasina. Leur direction varisque est à peine
perturbée par l'alignement des montagnes de Wawa qui imposent leur di-
rection aux oueds affluents du Gorgol.
Dans son cours supérieur en amont de Littama, il reçoit les
oueds Tourimé à Gidibinne, Oudal-Ecguil à Ceenel et de nombreux petits
Oueds descendant de l'Artemou. En aval de Littama, il reçoit l'oued
Boudarné de direction N-E S.O. ; grossi des Oueds de Boitick et
Njajibinne. A partir de Ramet Jibi, il coule dans la direction E.O.

12
perpendioulairement au Ma.lif de Wawa qu'il limite au Sud. Il reçoit
dans ce secteur les affluents eeptentrionoux dont le coure épouse la
direction du WA-WA (O. Godiama, O. Fongo, el-Menkous et Beylugge-
Littama et O. de Taohor). Dan. sa portion aval, le Garfa s'Qlargit
considérablement et prend le nom de Wura et rejoint la vallée alluviale
du Sénégal à Gurel Rayré (dena la more de Palibe) et 8e prolonge par
le Caangol Daw. Dons Ba partie amont, l'Oued Garfa draine l~ ~onde
Soninke du Hayré. 11ai8 le région connalt un trés fort peuplement pe~l.
Le long de la vallée du Garfo, en partieulier à Littama. et à Beyluggé
on pratique la eulture de décrue a on y sème et réoolte du taela.
Le Gorgol aat formé de deux Oueds 1 le Gorgol noir né ~s
l'A.saba et le Gorgol blanc né dans le Tagent méridienal. Le Gorgel
noir re90it sur se droite de aoobreux petits eueds qui deseendent du
Tajalt Fra Tàlhaye, de l'Oueddfnous et du Cbelrhat Larib. Coulant
d'abord B.O-S,E. jusqu'à Fre Liyiné au Sud Gamal (16- %0'. - 12° l5 'E),
puis K.E.-S,O,junqu'alo eonfluenee à Gorgol B&rkewol av~e les _ueds
de mIme noc. (16 8 .35 1 N - 12° 15'.E), le Gorgol noir prend la directieB
Nord-Sud parallèlement eux oontagnes de Wa-Wa jusqu'à sa confluenee
aTec 1IOued-el-Rhosbane venant du Sud de IfAssaba à Chelrhat Mij8ré
(160 12' - 12° 25' E) après avoir reçu sur la gau.he l'oued G~ergel,
Ce. eueds affluents de la rive gauche, entaillent profondément le massit
d. l',Assabn et y a.I:lénagent des passes très ioportnntea appelé es POUEl- .
(Gossae, Faram. Bathil) et dea solfes de plaines (Guiller). A
-
partir
de Chelrhat lajaré, le Gorgol noir coule dans la direction E.O, bieB
~G son cours soit légèrement d6PQrté vers le Sud par l'apport des
oueds qu'il reçoit sur la droite, coulant parallèlement au Wa-Wa (0,
OUechguaoh, o. Bou-Diali, 0, Ahmad Taleb), Il se fraye le passage à
travers le Wa-We pur la passe de Foue. Glaite, noD sans avoir ~eçu
auparavant, sur se gouohe, l'Oued Mbout et l'Oued Perkane qui descendeat
du Tajalt Mbefda. Avant sa oonfluence avec le Gorgol blanc, il reçoit
les Oueds de Kow, Siluol, Rac.i et Badiane.
A l'est d'El Bir, il conflue avec le Gorgol blanc qui pren~
s. so~roe dans la région de Moudjeria, dans le Tagant méridional. Un
de 888 affluènts dratne la passe de Diouk qui sépare le !agant de
l'Asssba.
Le Gorgol blane reçoit sur sa droite de nombreux oued. venant
d'U tajalt Ouoou Kadi.ar et du Tajalt Boularat (0, Rhar, o. TIOUHIAL,
0,
1OtJ:LABA.f, etc•••). ».l W~a, il reçoit sur sa sauche les oueds Djib,

13
Lemrharmat, Batha !kel Sidi, Batha Oulad Aard et Ouder Louti. Des
collines de Mort et de Monguel viennent l'Oued Chrak, et l'Oued Bokol
qui dratne la localité de m~me nom (16 0 30 N - 130 E) ; il reçoit
ensuite les Oueds Egueillem et Nahoum.
A partir d'El Bir, après la confluence du Gorgol noir et
du Gorgol blanc,
la rivière prend le nom de Butikawol. Sa vallée
s'élargit considérablement et rentre dans le domaine du waalo, que les
gens du Fuuta appellent le Fori. Dans cette portion, la vallée est
dominée par les collines (Ndar, Bagara, Kaaye Jali) dont les versants
sont léchés par de multiples petits oueds et des vallées sèches : les
CaBlli
Barkewol et Jokudi.
viennent des hauteurs de Monguel ~ tout
au~~ntque l'oued Tessekré, le Caangol Pucci, et le Deretioubbal. De
Hayré Deklé et des hauteurs de Makhena et de Njawaldi descendent de
nombreux Oueds qui se jettent dans le marigot de Bagodine (Sawalel
en amont, Dirol en avel).
Les vastes étendues du waalo de la vallée du Gorgol (25.000 ha)
sans micro-relief très propices à la culture de décrue expliquent la
position privilégiée de cette région et du BOl'seya dans l'histoire du
Fuuta, tant au point de vue stratégique qu'au point de vue économique.
L'inondation y est facile, la couche argileuse n une puissance fort im-
portante (2,5 ml, sa fertilité est proverbiale.
Son importance est telle qu'il a été, la région où la dynastie
deenyanke a élu domicile en y fixant ses capitales : Gumel, Tumbere-
Jiinge, Ngappugu, etc. La vallée du Gorgol ou Fori a été la convoitise
de tous ceux qui avaient des visées sur le Fuuta. Jiinge a été conquis
par toutes les dynasties qui ont régné sur le Fuuta. La conqu~te du
Fuuta par Koli n été terminée avec l'occupation du Fori. Les Maures
en l'occupant ont chassé les Deenyankoobe plus à l'Est, dans la vallée
du Julol. Les Toorobbe en combattant les Maurœ
ont porté leurs efforts
sur la reconquftte du Fori. Ceerno Sileymaan Baal est enterré à Jiinge.
Stratégiquement, on peut dire : qui tient le Fori, tient le Fuuta.
Fulbe, 0oninke, Berbères et Arabes ont emprunté à diverses
époques ces voies de passage naturelles dont la mattrise a toujours été
considérée comme vitale par les différents peuples de la région. Il
n'est pas indifférent que le massif de l'Assaba et le Tagant méridional
soient considérés par toutes les dynasties du Fuuta, comme la limite

Nord-lat du pays. Il eBt aussi significatif que le B4gueiba porte le
nom de J ••ri-Puuta •. Plus oignificative encore .st la plaoe ~u'a tou-
jours ocoupée la vallée du Gorgol dans l'histoire du Puuta des origi-
De. à la conqu@te coloniale. Elle 8 toujours joué 18 r31e de ooe-1!'
politique du pays sous toute. le. dynasties qui ont régn~ lur le
Punta. Les luttes politiques trouvaient toujours leur dénouement par
la oonquOte de la capitele Tumbore-Jiingo. La liquidatioa d. la tu-
telle maure par ceern~ Sileymaan Baal s'eDt achevée par la conqu8te
du Fori. A l'exception des Jaawbe qui avaient préféré con.erver leur
capitale (actuelle Ks~r-al-BABKA) dans le Tamaourt-eD-NeaJ, toutes
le. dynasties, y oompris oelle des DeeQTaDkoobe en ont fait le .iège
de leur puissanoe, L'importanoe économique de la vallée du Gorgo:
n. le c~de en rien à flan importanoe politique. Ici ooexiltmt la
culture d. déorue et le oulture pluviale. Par ici, pa•••at toutes le~
caravanes venues du Nord pour atteindre le ooeur du Puuta, amenant
avec l.ur. marohandises, les idées, les croyance. religieu.es et les
innovations teohnologiques.
Mais o'est avec la 7allée du Gcrgol, lei pays riveraine du
l~c d'Aleg qui semblent @tre les zone. de prédilection du peuplement
peul. Cette région oonstitue le coeur du Fuuta.
L'Oued Ketchi, le lec d'Aleg et le lac R'Kiz cODstituen~
eU.li une eutre artère hydrographique qui a été empruntée par les
Sereer. les Wolof et les Fulbe d'abord avant de l'fttre par les Maures
pour parvenir dane la vallée du Sénégal. Les Maures du Kajoor et du
VGalo, 80nt passés par là et bon nombre d'entre eux ont été assimilés
à la culture wolof. D'autres ont emprunté la voie atlantique à partir
du S~8-al-Aksn et de Gannar. Ce sont eux qui oat repousBé vers le
Sud les Wolof installés bien plus loin sur la rive droite. Le "lac
l'Iii occupe, une vaste dépression de direotion vari.que reliée à la
vallée du Sénégal par des marigots défluents dont les cours empruntent
le. dépressions interdunaires. L'étendue du lac varie en fonction de
1~ erue" (-Lericollais- Carte B - Mbane, R'Kiz, Paris 1980).
Pendant les orues, leè chalands des marchande de Saint-Louia
a~ XVIIIe 8i~ole, pouvaient pénétrer à l'intérieur du lac pour acheter
1• •11 ~u populll'Uons Wolof, Fulbe et mftme uvee ; lIlaie avec la
.'o~•• 11 'toit tmprudent de s'y hasarder, car on ri8qusit d'y Itre
llloqu' pour toute la saifJon sèehe.

15
Les rives de R'Kiz étaient exploitées en cultures de décrues
par les Wolof et les Fulbe.
Sur la rive gauche, la Tawe, le lac de Guiers et le Ferlo
prolongent la dépression Khomak lac R'Kiz et Oued Ketchi. Le Khomak
comme la Tawé sont des défluents du fleuve Sénégal par lesquels les
lacs R'Kiz (Kajoor ou Kajar) et de Guiers (Paniefoul) reçoivent ~s
eaux des inondations estivales. Dans le bassin versant du Ferlo, tout
un réseau de vallées s'organise en épi autour de la vallée du Ferlo.
Certaines vallées affluentes lui sont parallèles sur de longues dis-
tances. Il en est de m~me la vallée du Siin qui prend naissance dans
la m3me région que le Ferla.
La circulation est donc rendue très aisée par l'agencement
remarquable du réseau hydrographique fossile permettant de passer
d'une région à l'autre. Ce réseau hydrographique qui devait 3tre bien
dratné entre 6.000 et ~.OOO Bp a fixé des populations nombreuses.
On n'en veut pour preuve que la trés forte densité des sites préhis-
toriques et protohistoriques qui ont été recensés par Charles Becker.
(Ch. Becker - Les sites protohistoriques du Sénégal). Les expéditions
récentes de prospection archéologique faites par les jeunes archéolo-
gies de la Faculté des Lettres et de l'IFAN en découvrent de nouveaux
chaque jour : tumuli, magalithes, poteries, vestiges de la métallur-
gie du fer.
Dans la vallée du Ferlo comme au Nord du fleuve Sénégal,
et surtout dans le Trab-al-Hajra, l'aridification croiss~nte et l'insé-
curité ont provoqué des migrations de populations vers des régions
plus propices. Dens certains cas la vie pastorale nomade a pu relayer
la vie sédentaire de la période protohistorique. Apparemment, il semble
paradoxal que ce soit la vallée du Ferlo qui ait été le coeur de
l'Empire du Jolof avec des capitales comme Warxox ou Yang-Yang
c'est
là que Njajaan Njaay fuyant le Waalo a fondé le royaume qui va se
subordonner toutes provinces de la Sénégambie; c'est à partir de là
que ses successeurs ont tenté et réussi à unifier pour la première
fois la majeure partie de l'espace sénégambien : Waalo, Kajoor, Bawol,
les pays Sereer (Siin et Saalum), le Fuuta et les principautés man-
A
dingues de la Gambie (Naani, Wuli, Baati, etc.) et le royaume de
Nammandiru situé aux confins du Ferlo, du Bundu et du Saalum • Il peut
parnttre également paradoxal, que ce soit le m~me Nommadiru qui ait

16
été sinon le berceau de la métallurgie du fer, du moins le principal
centre de sa diffusion dans l'aire sénégambienne. Ce royaume aurait été
fondé par les Ja-oogo. En fait, tous ces paradoxes cessent d'en ~tre
si l'on considère que la région était bien arrosée, et drainée jusqu'à
la fin du 1er millénaire av. J.C •• Elle disposait de l'eau en abondance,
d'épaisses galeries forestières le long des vallées, de latérite et de
l'hématite qu'on trouvait parfois en abondance à l'air libre, de l'ar-
gile de bonne qualité. Ce sont là autant d'éléments indispensables
au développement de la métallurgie du fer et de la céramique.
Ainsi donc, le bassin versant du Sénégal, par son agencement,
prédisposait le vallée moyenne à son r81e de carrefour de routes, de
zone de confluence de cultures et de civilisations, zone de refuge et
aussi, de creuset où viennent se fondre en un ensemble original, tous
les éléments humains que l'on rencontre dans le Soudan Occidental.
L'originalité de la civilisation fuutonke réside dens le fait qu'elle
participe de toutes les cultures régionales. Tout cela se retrouve
dans les mécanismes de son peuplement et dans la mise en place de seo
unités territoriales.
Tout un réseau de vallées de direction N-S ou NE-SW facilite
le passage entre le Fuuta et la vallée du Ferlo ; et entre cette der-
nière avec les vallées du Siin et du Saalum, et m~me de la Gambie par
ses affluents de le rive droite.
Nous pouvons noter au passage que Dulo Denba au cilieu du
XVe siècle, est passé de Bokol sur le Séné§Ql, au Rio Geba, en traver-
sant le Ferlo, Gambie, brisant au passage toutes les résistances du
burba du Jolof et des princes Manding avant d'échouer contre la coa-
lition des famena des Beafades à Guinala. (Donelha, 1977, p. 158-1 59).
Tenella, Niima, Gata ont dft renoncer à ces c~mes voies pour
échapper à l'oppression des burbo ; ils ont dA réorienter leur direc-
tion après l'échec de Dulo Decba.
Koli Tenella a utilisé la vallée de la Gambie et ses affluents,
les vallées du Si in et du Saalum, pour passer de la Guinée à la Séné-
gambie. Il suivit le Caangol Putte, qui conflue avec le Ferlo entre
Warxox au Sud et Xolxol au Nord, pour passer du Jolof au Fuuta. Selon

17
la tradition son éclaireur, qui a suivi la perruche, est parvenu dans
le Fuuta par le Wallere Jongto, au N-E de Kaaye-Pawe, dans le Booseya.
2.2.3. La vallée du Sénégal
a) Généralités
L'étude de la vallée alluviale du Sénégal est essen-
tielle pour saisir le processus de la mise en place du peuplement du
Fuuta. En effet, à partir du déssèchement historique, les populations
de la Mauritanie centrale et méridionale ont continué leur poussée
en direction du Sud. Les vallées affluenteo se désséchant de plus en
plus (ex: Ferlo) les populations ont eu tendance à concentrer davan-
tage dans la vallée alluviale mieux favorisée par les crues estivales
sur lesquelles reposent les cultures du waalo ou de saison sèche.
Ces dernières décennies qui sont caractérisées par la persistance du
désséchement donnent une idée du dépeuplement des hautes terres et
des vallées sèches pendant les périodes antérieures,en particulier
depuis le XIe siècle. Al-Idrisi insiste-t-il pas sur la concentration
de la population dans les vallées (al Idrisi , Trad. Dozy et Goeje,
1886, p. 2).
La vallée du Sénégal constitue un ensemble individualisé.
Dans sa partie ~oyenne, il a édifié une vaste plaine alluviale dont
la largeur va augnent~d'amont en aval. Cette plaine alluviale corres-
pond au lit majeur du fleuve. Elle est recouverte d'eau lors des
crues estivales penèant deux à trois mois. Entre le lit mineur ~t la
limite du lit Qujeur, il existe un bourrelet argilo-sableux , appelé
foonde qui correspond à la terrasse nouakchottienne. Ce bourrelet
est dans sa grande majorité insubmersible m~me pendant les hautes
crues. Il surplombe le thalweg et c'est dans ce bourrelet que sont
sculptés les Iuéandres
du fleuve. Les villages du daande maayo sont
fixés en général sur la rive Concave qui recule très rapidement par
l'érosion régressive. Pendant les crues, c'est par pans entiers que
les berges concaves s'effondrent. On dit que le fleuve "mange la
berge" et les nuisons qui y sont fixées. Sur la rive convexe se trouve
le falo cultivé par les habitants des villages de la rive opposée
pendant la décrue. L€
bourrelet recule non seulement à partir du
fleuve, mais il peut ~tre grignoté par les petits marigots, ou
baltude (sing. waltunde) grace auxquels l'eau du fleuve et l'eau des
kolaade (sing. kolangal) se rejoignent par les plus hautes crues.

18
Par delà le bourrelet de la terrasse nouackchottienne, l'eau
des crues atteint les dépressions argileuses du lit majeur par les
caalli qui sont des défluents du fleuve au demeurant très nombreux
le long de tout le cours du Sénégal. L'eau des crues qui arrive en
force remonte rapidement les caalli
et transforne les cuvettes inté-
rieures des kolaade en vastes étendues d'eau de plusieurs mètres de
profondeur sur plusieurs dizaines de kilomètres parallèlement au tracé
du fleuve. Ce sont des régions les plus basses qui sont les premières
inondées et les dernières exondées. On les appelle les deede (sing
deedal) (le grand ventre). Ces vastes étendues, généralement sens
arbres sont agitées par de véritables temp~tes à l'occasion des vents
de tornades, très dangereux pour les pirogues des p~cheurs qui trans-
portent les gens du deande Doavo qui viennent vendre leurs produits
aux villages du Jeejegol pour rentrer le soir. Ces défluents ou caalli
sont extr~mement nonbreux le long du fleuve. Le courant est d'aval
en amont au début des crues et d'amont en aval lors de le stabilisation
des crues. D'autres défluents reçoivent le nom maayel (diminutif de
mayo - petite rivi°oère). Avec ces caalli, le fleuve isole de véritables
tles pendant les crues estivales, en dehors w~me de la grande fIe à
Morphil (entre Due et Wending)
et de l'tle de Bilbassi formée par le
fleuve et le Ballel, entre Jamnel et Salde
la grande fIe formée par
la jonction du Caangol Nawel., le Julol et le Njorol entre Metam et
Dembancané. Si les deede sont inondés dès l'arrivée des premières
eaux, les dowrowe (sing : dowrowel = les hauts champs) ne le sont qu'à
l'occasion des fortes crues. Ces dowrowe sont situés entre les deede
et le foonde. Lors des crues exceptionnelles, ln partie du foonde
inondée s'ajoute au waelo : ce sont alors les balle (sing : wallerE)
qui sont d'une ej~r~me richesse. L'eau des crues en séjournant dans les
dépressions peu profondes, y dépose les limons dont elle est chargée.
Cette pellicule de linons se craquelle sous l'influence de l'évapora-
tion et de la dessication. Le yallere est généralement d'une grande
fertilité. Les rendeoents sur ces terres sont élevés car elles ne sont
exploitées que très rareoent. Ces défluents sont aussi nombreux sur la
rive droite que sur la rive gauche. Il arrive qu'un m~me caangol porte
un nom différent en divers endroits de son tracé. La plupart des grands
villages du daaude-naavo sont à proximité d'un défluent ou caangol
improprement appelé rivière. Ce sont des vallées sèches qui ne se rem-
plissent que pendant les crues. Elles reçoivent 1~ur eau des crues du
fleuve. Mais il arrive qu'ils déversent dans le fleuve des eaux abon-

19
dantes tombées fortuitement sur leur bassin. Leur densité m~me téooi-
gne d'une pluviométrie plus abondante dans le passé. En faisant une
coupe transversale de la vallée alluviale du Sénégal, nous avons les
éléments suivants : le daanda maayo, le foonde, le waale et le ~,
le jeeri (fig. ~).
b) Le daande maayo (cou du fleuve) correspond au lit mineur,
c'est-à-dire le thalweg où coule l'eau en saison sèche. Comme pour
l'ensemble de la plaine alluviale, il gagne de l'amplitude et s'é-
largit d'amont en
aval. En période de crues normales ou de crues
moyennes, le thalweg est rempli jusqu'aux bords, le débit est puissant
et les courants sont rapides, La profondeur dutholweg est de plusieurs
mètres. Le thalweg se développe en méandres trés amples. Les sédi-
ments, arrachés aux rives concaves des méandres, sont charriés par
les courants et déposés sur la rive convexe du méandre suivant~
Parfois, de petits flots sont isolés au milieu du thalweg. En saison
de crue, on ne peut traverser le fleuve qu'avec l'aide des pirogues,
sortes d'aloadies monoxyles. En ~aison sèche, l'étiage est si bas
qu'on peut traverser la rivière à gué ou m~rne à sec en enjaobant le
filet d'eau. Dlune façon générale, le daande oaaro fixe des villages
d'agriculteurs et de p~cheurs soit sur un bief profond, soit sur un
gué: l'un et l'autre peuvent ~tre très proches. C'est dans les
biefs qu'on continue à p~cher en saison sèche. Sur le flanc de la
rive convexe du méandre, on trouve le ~, terre de culture exondée,
divisée en parcelles sur lesquelles les paysans font venir le mars,
le niebbe, la patate douce, la tomate cérise, le tabac, des pastèques.
des courgettes et des calebasses. Le village où il y a un nombre
plus ou moins important
de p~cheurs est accroché sur la haute ter-
rasse qui surplombe le thalweg. Les maisons sont rangées parallèle-
ment à la berge, mais il existe toujours des rues ou ruelles peroet-
tant aux maisons situées à l'arrière plan d'accéder au fleuve pour
puiser de lleau, et faire la lessive. Il y a un ou plusieurs points
d'accès au fleuve appelé tufde où sont amarrées les piro~ues qui font
traverser les populations. Le chef du tufnde, martre des eaux, tou-
jours un p~cheur est appelé jaaltaabe, ~, etc ••• La berge recule
souvent rapidement obligeant souvent des riverains à aller chercher
d'autres Baisons plus en arrière. A l'arrière plan du village, se
trouve le lieu de rnsseobleoent des troupeaux de la communauté villa-
geoise (waesorde) ; il Y en a un pour les bovidés et un pour les
ovins et les caprins.

20
2.2.3.>. Les foo~d.e{ ~l. p'oo~)
Les habitants du village exploitent également des champs de
cultures sous pluies dans le foonde ou le Jeeri voisin du village du
daande maayo. Il arrive que le village du daande maavo soit souvent
enclavé pendant les crues estivales et soit isolé du reste de la ré-
gion par les vastes étendues couvertes d'eau.
Le foonde est formé des levées alluviales les plus anciennes
tandis que les plus récentes constituent le ~. Les levées les
plus anciennes sont sablo-limoneuses. Elles alternent vers le Jeeri
avec les cuvettes de décantation ou kolaade. Elles constituent des
zones de culture sous pluies. Les zones les plus rapprochées des cu-
vettes de décantation peuvent ~tre recouvertes par les eaux lors des
très fortes crues. Elles sont alors cultivées en décrue précoce et
donnent souvent des récoltes plantureuses. Des morceaux de ces terras-
ses peuvent parfois ~tre isolés au mi~u des cuvettes de décrue : ils
sont alors recouvertes de touffes d'arbres souvent épaisses. Ces flots
du foonde dans le 1,:,aalo constituent le toggere. (pl. togge). "Les
levées récentes des méandres ~) sont relayées par un système de
levées anciennes qui enferment et fractionnent les terres basses.
Les levées s'abaissent vers le jeeri sénégalais longé par le marigot
de Julol. C'est là que les terres basses prennent quelque extension".
Les levées anciennes sont souvent larges de plusieurs kilomètres et
s'interposent entre le daande maavo et le waalo.
Les poode constituent un complément indispensable aux pale.
Ils sont oultivés en saison humide par les habitants du daande maavo.
Les troupeaux du daande maavo vont y partre.
2.2.3.4. Les kolaad& du waalo (sing. kolangal) (fig 5)
Pour ce qui est du waalo, son importance va croissant d'amont
en aval. Ces cuvettes argileuses reoouvertes par les crues estivales,
sont intensément cultivées, en saison sèche. En année normale, leur
rendement est plus important que eelui des cultures pluviales. Elles
entrent pour l'essentiel dans la mise en place des populations du
Fuuta et dans la cristallisation de l'habitat en villes et villages
du Fuuta. On ne comprendrait rien au Fuuta-Tooro si l'on ne connatt
la nature des relations entre le Futanke et le waalo.

LE FUUTA ORIENTAL
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21
Rn aval de Wawnde, le waalo recouvre des superficies très
importantes entre Bakel et Matam : le Sénégal, les oueds Garfa et
Niorde, m31ent leurs eaux pour recouvrir de vastes étendues de terres
sur les deux rives. Les ouvettes de décantation sont souvent sculptées
dans les boucles des méandres du fleuve en contrebas du jeeri sur la
rive droite entre Wompu et Sane, entre ~jaali et Guriki Xc~aabe, entre
Horndolde et Yuman-Yire ; sur la rive gauche entre Hadabere et Gurel
Dara, entre Hamadi Hunaare et Sooringo jusqu'à Horndolde sur le
fleuve ; et de Bow à Mat~m • Dans ces vastes cuvettes de décantation,
argileuses, sont individualisées des unités de cultures appelées
kolaade, comme ceux de Maabake et Samaldu au sud de L~baali, Joli-
Maya, Tesgel au In~ de Waali, Lewe Timbo, Gaoraaji et Sumar au Sud de
A
Maghama ; Yera, Deedel au Nord de Foora-Jawara, Naadi et Daaba au
A
SW de Daw ; Danewel, Coofi-Naale, Kanaraaji, Kanalaawal, Lotoke,
Ala-Lewi, Lewonn, Lewe Less et Lewe-Dow entre Kanel, Wodebere et
Cempeng.
L'ampleur de ces unités d'exploitation est surtout remarqua-
ble autour de Maghama, de Wali et de Kanel.
Au nord et eu sud du méand-e de Metern, et à l'est du marigot
de Jammel (ou BalleI), il existe de vastes cuvettes de décantation,
où l'on peut noter les grands Kolaade
Gajje Funeebe
~
et Gajje-Weendu, Jagile Mussum et
~ .._-ur~_
à l'Ouest
jusqu'à la confluence du Gorgol,
ya concentre de très
fortes densités de population exp ~i
~~~d~e~ plus ou moins
~
étendus : Leli, Jarde, Gidarba, Ga ~.
ere AnnAm Wuro-Sire
(
~~.
Caabragal, Alao, Ceenel Aaftam Siwol,
ee, Farum, etc.
La vallée du Gorgol occupe une place à part dans ce waalo.
Les terres y étaient si étendues et si riches que le Gorgol a été
aussi loin qu'on puisse renonter dans le passé une rue de villes et un
des greniers à mil de lû région. Des Jaogo aux almaami, il a été tou-
jours le centre du pouvoir politique et sa possession entratnait sou-
vent la soumission du reste du Fuuta.
C'est une rue de riches kolaade entre Kayhaydi et Lexerba
Soyyilo, Jaga, Dugay, Sirwa, Bara, Mboloyal, Hassi, Ganki, Jokkudi,
Dalhaya, Mafundu, etc.
Dans toute cette région comee ailleurs "l'eau de la crue

Fig. N° 6 NGENAAR.. BOSSEYA ET VALLEE DU GORGOL
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22
s'insinue dans les mares et bassins du waalo par tout un réseau de
chenaux adjacents" (A. Lericollais et Y. Diallo; 1980, carte D. p. ~).
Si les cuvettes sont étirées et fragmentées sur la rive droite, e~les
sont d'une particulière ampleur sur la rive gauche entre DuJJga, C~.lon
et Boorefoonde au Sud et Ngijilonau Nord sur le fleuve. Elles "parient
les surfaces de mil les plus vastes de la vallée tt ; en aval de
Koyhadi, les ouvettes s'organisent autour de mares perennes (Amoss,
Bous, Faram, Kofel) et sont particulièrenent favorables à la culture
de décrue.
Ici conce ailleurs, les années de fortes crues permettent
la mise en
C'ldtures des "dowrowé" tondis qu'en cas de déficience de
la crue, seuls les decde sont ais en exploitation.
De DunGa à vTh~aft, le basse plaine d'inondation s'étend à
perte de vue sur près de 50 ka. C'est ce qui explique la forte concen-
tration des villages du jeejegol de Dumga à Hoorefoonde : Boki-Jawe,
Dabia-Kobillo, Cilon, Kaaye-Pawe, Baarga, Tulel~Calle, Godo, Siwol,
Wuro-Sire, Codday, Goli, Wuro-Molo, Lidube, Asnd~ Balla, Njaakir,
Hooyo, etc.
Entre Kayhsydi et Boghé, le waalo est particulièrement iu-
portant dans la province historique des Yirla~be-Hebbiyaabe ent~.
et
Bagodine,Fondu,Woolum,Atar au Nord/Galeya, ~lliolo Biraan et Jaaba-
Mewnde au Sud où l'on trouve de vastes cuvettes où les sols hydronor-
phe19 (hollalde) occupent une grande place au centre, et les sols argi-
lo-sableux vers le jeeri : ces cuvettes s'organisent autour du marigot
de Dirol (cours aval de l'Oued Sawalel). On pe~citer les grands
kolaade de Mbembal ; Sawe-Cengelel, Deedal-Baari et Mbayaar au Sud,
Banda, Sadane, Sewn-Lelo, Jo~boron, Caski et Neere au Nord. Plus
petites et plus fragùentées entre Wending et Mbunba, les cuvettes de
décantation deviennent beaucoup plus larges, surtout sur la rive droi-
te entre Abdalla et Juude-Juabe dans le Law, et entre Duungel et Hayre
Mbaar. On peut citer à titre d'exenple les kolaade de Warkere, Lewe
Babaabe, Seeno-Ngaari, Kofte, Duungel-Jeeri, Bun-Bun, Barol Gollere,
Deppal, Tulde-Njaay. Dens l'tle à Morphil, on remarque une vaste dé-
pression au Sud de Ras-Kas avec le grand kolangal Mawndu, Jawel Jaomi
et deux autres en bordure Nord et Sud du Dué entre Medina ~jaacbe et
Hunuko-Hayre avec des kolaade coome Kolcel, Dejaen, Denga, Joofaan,

23
Songogré, kolangal-Worde et le kolangal AlaA au Nord de Mbumba. La
concentration do la population dans ces régions est fort importante.
Entre Boghé et Podor, les cuvettes plus importantes sur la
rive droite sont au nombre de trois: à l'Ouest de Boghé avec les
koleade de Cakaton, Neli, Ngeman, Sae, Ceakean, Uway, Dogoli, Pooli
Mbawe See p eutour de Dar-el-Barka avec le kolangal de Jayale et de
Mange Der-el-Barka ; ou N. de Fodor et de Jeter-Rewo avec les kolaa-
~ de Xiti Mbetc, Ngabinde, Jegees, Ascien, Mbeydu, Ka~.ingel, Jeere-
rende, Baale-Kola, Tulel Majje.
Dens l'Ile à Morphil, la cuvette au Sud de Demett (kolangal
Banje, Kungo, Jalkoje-Sassel), la cuvette au Sud de Paate-Gale et
D~a-Helaybe (Jeaba, Beecci, Bari-Jeeba, Ben Marda et Alalewi Merda)
elle est suivie à l'Ouest par le cuvette de Ceelaw (Mangay-HakW1de,
...
Manga1-Caski, MangaY-Daougal, Barwata Alldu, la cuvet'e de Nanga et
de Mbo~.à la confluence du Gayo avec le Sénégal : (Lilig Laamtoro,
Lilig-Ardo, Cow, WaraY, Tokossel, Niwa Gede, Cohe, Mefiang).
Cette reg10n correspond aux Halaybe autour de Boghé et de
Demett avec leur organisation particulière centrée autour de leurs
terres contr~ les Maures. Flus à llOuest, on entre dans le Tooro avec
les Ceeloji, organisés autour du Gayo. Plus à l'Ouest, c'est le Tooro
à proprement perler avec Gede. Les Fulbe occupent une grande importan-
ce : c'est le pays des Ur-urbe.
Entre Podor et Rosso, les cuvettes sont plus discontinues et
plus émiettées ; le peuplement devient plus composite. Le Tulde Dimatt
concentre les populations Wodaabe à l'Est de Cile-Bubakar et de
Toorobbe à l'Ouest de ce district jusqu'à FanaY. Les Wolof tendent à
dominer en nombre plus en aval de FanaY jusqu'à Degana. Les cuvettes
....
plus importantes occupées par ces populations sont celles de Nanga et
de Njaayen-Fendnaw, (Eine-Baali, Sao, Calde, Manga), celle qui se
trouve entre Jalmac et Fanay-Jeeri nu Sud et Dar Salam au Nord et enfin
les cuvettes au Nord de Nj~yirba, au Sud de Teekaan, et autour de
Dagana ••• Il est bon de faire une mention spéciale à la zone de conflu-
ence entre le lac R'Kiz et le Sénégal, et les berges du lac qui ont
été mises en valeur par les populations riveraines (Fulbe et Wolof
d'abord, et Maures à partir de la fin du XVIIe siècle).

Fig. N° 6:1 COUPES TRANSVERSALES: MATAM, WUDDURU, GORGOL ET SENE-
GAL.. AWOYNAAT, WOOLUM', ET HOOREFOONDE
COl)PE t,'I (MA TAN)
.L.J cuver;: te IIrB:U.~I.JSt:
(h~l.idé)
levie H&bla··.ciileus~
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2.2.3.5. Le Jeejegol
Si le wanlo est un des facteurs essentiels de la sédentarisa-
tion des populations du Fuuta-Tooro, ces dernières ont de préférence
installé leurs villages non seuleoent sur le daande-meayo, mais aussi
et surtout sur le ,jee.iegol. On désigne sous ce nom la zone de contact
entre le jeeri et le waalo , généralement à quelques centaines de
mètres ou à quelqu..s kilonètres des irolaade. Ces villages participent
aussi bien des cultures de décrue que des cultures pluviales. En cas
de crues exceptionnelles, cette frange est submergée et exploitée
comme les chaops du waalo ~ on y fait venir en général des variétés
de hfttives de milou de cultures d'appoint destinées à compléter
l'équilibre alimentaire ftebbe, (nambu. naobuji ou nambeeli) etc. Si
les crues sont moyennes ou faibles, ces terres sont exploitées en
cultures pluviales (nil, cars, etc). Cette zone est par excellence
la zone de par.ours des troupeaux des cornnunautés villageoises.
Les plus ioportants villes et villages du Fuuta-Tooro sont
situés sur le jeejegol : d'acont en aval, nous pouvons citer entre
autres Deobancane, Gassnmbiri, Veendu Bosseyaabe Horkayere, Tulel
Boggel-Fadua, Magheca, Wiinde-Cilude, Gurel Taaga, Daw, Dolol-Siwre
sur la rive droite ~ entre Ymtac et KaYhaYdi il y a Ganabalol ~ Dogo,
Waro-Soogi, Boyinaaji, Habbaaji,Dumga, Dabiya et Kobillo, Cilon,
l'ensemble des Aftaoeeji et Hoorefoonde et sur la rive droite Siwi,
Kundel-Rewo, Jowol qui participent du daande-oaayo et du jeejegol.
Sur 10 vallee du Gorgol, on peut citer sur la rive Nord:
Lexeyba, Ganki, Seyeen, Gurdiuna, et sur la rive Sud: Awoynat, Tucbere
Jiinge, Mareifa, Lojol, tfufondu, Dalhaya, Agrich, NgapPulQ, Lobudu
Barogal.
Entre Kayhaydi et Boghe, nous trouvons sur la rive droite,
Woolum-Atar, Bcgodinn, Mbahe, HameYdat, Garlalol, Abda~la, Wan-Wan,
Foonde Elioaan, Cubalel-Rewo. Babaabe, Hayre Gollere, Hayre Mbar,
Tulde Bussoobe, Bolol-Doggo ; sur la rive r,~uche : Jaaba Mawnde et
Jaaba Dekle, Mboolo Biraan et Mboolo Ali, Galoya, Pete, Mbumbn, Gollere,
Madina Njeecbe, 00101, Dumga-Ciile, Hayre-~~et Booda.
Entre Bogh6 et iodor, on peut citer sur la rive droite :

Fig. N° 7 .YIRLAABE .. HEBBIYAABE ET LAAW
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Ciide, Calgu, Sae, Dubange, Mboon-Jeeri, Saare-Ndoogu ; sur la rive
gauche Dodel, Joomandu, Calaaga, Jammi-Mbayla, Gamaaji, Leraabe ;
mais là, les principaux centres se trouvent sur le marigot du Due"
Entre Podor et Rosso, nous trouvons surtout sur la rive
gauohe : Cawle, Ci 1 e-Hubakar, Jaaftum, Fanay Jeeri, Jammel-Jeeri,
Nj~yirba, Jeeri-Ga~, ~fuilor-Jeeri et Xumma.
2 2 3 6
Les caalli et lesbeeli
• • • •
Les caal1i (sing caangol) sont très nombreux. Ce sont les
défluents du Sénégal empruntés par les crues pour inonder les kolaade.
Au début et à la fin des crues les pêcheurs y font d'abondantes pri-
ses. Ces caalli servent souvent de limitee Antre les pays voisins
entre les provinces et m~me entre les terroirs des villages voisins~
C'est ainsi que le Njorol, en amont de Dembancane sert de frontière
entre le Fuuta et le GajBaja. Le caangol Sakan (Xomak) qui relie le
lac R'Kiz au fleuve sépare le Fuuta du ~~aalo. Ces caa1li alimentent
en eau les beeli (sing weendu) qui constituent d'importantes réserves
en eau et en poisson pour la saison sèche.
Les beeli (sing weendu)
En saison sèche, certaines zones ~articulièrement déprimées
conservent de l'eau, jusqu'à l'arrivée des crues prochaines. Hais en
fin de saison, ces mares ou beeli autour desquelles se regroupent
les ceelle (sing : seedde) ne sont plus que de la boue inconsommable
par les hommes et les bestiaux. Ces beeli sont aussi des réservoirs
de poissons pour saison sèche. Signalons entre autres beeli d'amont
en aval: l'ensemble de mares à l'Ouest de Dembancané et un weendu au
SW de Haadabéré.
Les multiples beeli que l'on trouve dans les kolaade situés
entre le Julol et le fleuve, près de Wawnde et de Waali •
..
Weendu Naadi (sur la rive droite) est exploité par les habi-
tants de Dolol, de Daw, de Wodobere, Bow, Nganno, jusqu'au mois de Ymi.
Patowel et Weendu Kanel (rive gauche) sont exploités égale-
ment par les..ubalbe de Ranel, de Wodobere, Cempeng, Cali et Bow.

HAlAYBEE, TOORO ET DIMAR
Légende
Limites aàministratives
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limites administratives
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Deelaama entre Garli et Maatem (rive droite) ooDserve de l'ea~
jusque tard dans la saison: il fournit l'eau, le poisson et les herba-
ges.
Les beeli situées entre Tiggere et Kundel Rewo (rive droite)
et entre Jammel et Tiggere Subalbe.
Jammel Vidim en face de Suray (rive droite)
Javel Mouhamadu et Javel Jammi vis-à-vis de Kas-Kas et de
Tulde Cila (rive gauohe)
Jaraldu et Awogel au Sud de Dara Ralaybe.
Weendu Edi
Pendant le saison sèche, les paysans vont s'installer dans
les kolaade du wanlo pour surveiller les cultures, et au bord du fleuve
ou des beeli pour profiter de lJabondance de l'eau et du poisson. Ils
sont rejoints par les éleveurs lorsque les pAturages du jeeri sont
épuisés. Les troupeaux y trouvent l'eau et l'herbe nécessaires à leur
survie pendant la soudure de la vie pestorale (entre fin Mai et début
Juillet). Ils glanent aussi sur les champs du vaalo une fois qulils sont
moissonnés et que les récoltes sont gardées (fig 5, 6, 7).
J. EVOLUTION DE L'ENVIRONN'Ei-'lENT ; LE DESSECHE11ljiNT HISTORIQUE (fig .. 8)
Les recherches archéologiques et climatologiques faites dans
le
région nous pernettent de nous faire une idée de l'ampleur du
desséchement historique. On note que l'époque préhistorique a connu deux
pulsations humides (de 11.500 à 8.000 BP, et 6.000 à 3.000 BP) séparée
par une phase sèche l'Ogolien. Dans les régions aujourd'hui considérées
comme de déserts absoluo au Nord de l'Adrar (lfujebAt Koubre, Sebkha de
ChemChame, Oum Araoubn et Niger Oriental), il existait de nombreux lacs
fort étendus à l'Holocène au coeur du tRAB-al-Hajra (dépression de
Khat), sur le Baten de Tichitt entre le Dhar et l'Awker. Ces régions
étaient oouvertes d'un dense réseau hydrographique : lacs, oueds, etc.
C'est ainsi que l'Oued-el-Abiod, qui se perd actuellement dans la mare
d'épandage du Ngabu, "aboutissait alors dans le plaine de Taghae, au
Nord de Moudjeria : au pied du rebord occidentel du Tagent" (Ch. TOUPET,

27
1977, p. 1~6). La Task8B, à l'Est, se raccordait "au Karakoro, qui
lui-m~me entaillait les dunes longitudinales qui encombraient le con-
tour de l'Assaoa et de l'Affolé, se jetait dans le Sénégal"
(Ch. TOUPET,
1977, p. 1~6).
"Les rives des oue~ étaient couvertes de végétation dense
et diversifiée : les abords du lac Oum Arouaba étaient peuplés d'ar-
bustes et ses rives étaient tapissées d'une prairie marécageuse où
dominaient de grands roseaux. Les eaux peuplées de poissons ~t de
reptiles et fréquentées par des Qemmifères (hippopotames, phacochères,
buffles sauvages, boeufs", etc) (
Ch. TOUPET, 1977, p. 1~6). On
note aussi la présence de grands herbivores. Dans la région de Boghé,
les fougères et les kapokiers abondaient, de m~me que les palétuviers.
Cela signifie que l'isohyète 700 rn/m passait par Boghé qui ne reçoit
aujourd'hui que 331,~ rn/m. La période correspondait donc à une reoon-
tée sensible de la Dousson vers le Nord. La moyenne pluviométri~ue
était de l'ordre de 500 à 600 m/ro au 20 0 50' N, qui reçoit actuellement
dix fois moins d'eau (50 à 60 ulm).
Pour reprendre les termes de Hugot, "le baten jouissait par
conséquent d'un climat soudano-sahélien favorable à un paysage de savane
arborée" (Hugot, 1975, p. 32). Il y avait là des plantes qui étaient
exploitées par des populations ie cueilleurs ou d'agriculteurs (mico-
coulier, jujubier, cram-cram, petit milou oil chandelle, andropogo
sorghum, Citrullu6, etc.), toute flore qui selon lui réclame au miniQRm
~OO m/m de pluies.
Selon P. J. lnJNSON, les pluies atteignaient dans la région
200 % de leur total actuel en ~.OOO BP, 175 %en 3.500 BP et 125 %vers
2.600 BP. C'est cette capitalisation en eau de plusieurs millénaires
qui a permis l'installation sur le dhar de plusieurs milliers d'habi-
tants. La faune qui s'y trouvait est celle du climat soudano-sahélien
(poissons, serpents, tortues, crocodiles, en plus des bovidés, ovicapri-
dés, ~ne, rhinocerros, oroc~diles, rippopotame, éléphant, girafe, etc.
(Patrick J. l~~SON, 1980, pp. ~57-~66).
Selon R. Vernet, (1983, t. III, p. 607 et suivantes), le ta-
bleau est clair : "eu~ours GU deuxième millénaire, une population
d'éleveurs d'origine africaine non encore précisée, chassée des plaines

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Fig N°9
LES DEPLACEMENTS DES JSOHYETES ENTRE
9000 BP ET lEPOQUE ACTUELLE
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v Terroirs gongaras
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'sohyltte 400 entre 9000.t 7000 BP

Amas coquillius (IV!au XIVf s.)
2 - - - Isohyit. 350 vers 2500 B P

Sihs anciens du fleuve
3 - I,ohyèt. 350 vers 110,0 BP
eV1 au XI!: •. }
4 ---- Pos ilion actuelle de l'isohyète 400
I,'/I!
Dunes. édifiées ou début d. l'ère
(O't1prrJ
c. SQrluy lU;,
chrétienne

28
du Sahara Central, s'installe sur le dhar Tichitt". Elle y trouve de
l'eau (boisson et vie aquatique),
une eatière première lithique abon-
dante,
des pAturages humides (baten) et de plaines (erg de l'Awker
et de la Majab~t),
des gibiers variés, y compris les grandes espèces
"éthiopiennes coume l'éléphant, la girafe, le rhinocéros et m@me,du
moins au début, l'hippopotane" ; des sites d'habitat défensifs
pour
une installation sédentaire, des possibilités de contacts avec des
populations voisines du Majab~t, Awker, du Tagent, et de l'Azawad.~.
La "clémence" du climat et l'ingéniosité des hOll1J:les ont
percis la construotion de centaines de villages sur le dhar Tichitt,
Walata-Nema. On est loin de les avoir tous retrouvés. Cela représente
certaineeent plusieurs dizaines de nilliers d'habitants, siron plu-
sieurs centaines de milliers, là où aujourd'hui quelques centaines
de sédentaires de Tichitt servent de relais à quelques nilliers de
nomades, tandis que les derniers groupes chasseurs-cueilleurs, les
Necadi disparaissent (R. Vernet, 1983, t III, p. 616).
Dans ln controverse qui oppose les préhistoriens, nous pen-
sons que Munso a raison sur Hugot, quant au problème de l'apparition
de l'agriculture. Indépendamment de la nultiplicité des meules, molet-
tes, houes, b~tons à fouir l'existence de réservoirs-silos à grains
est détercinante pour affirmer que l'agriculture était pratiquée par
les populations du dhar Tichitt-Walata. La végéculture ne s'acconpa-
gne guère de la conservation. Les réserves de Hugot et de Vernet ne
se justifient point à notre sens. A. Holl pense que la biomasse de
6.000 à ~.OOO kgfkn2 du aber Tichitt est celle de la savane sèche à
tendance steppique. L'étude des analyses polliniques et des macro
restes mon~ent que ~O %de la flore était constitué de gram1nees dont
seul mil chandelle (pennisetum) était probablement cultivé, le reste
est exploité en cueillette (celtis integrifolia, canchrus biflorus,
pannicum laetuc).
Les trois types d'habitat (intradunaire, périlacrustre et
tassilien) que distingue IJh. TOUPET, portant les traoès "des pop1lla-
tions à caractères négritiques : agriculteurs, p~cheurs et chasseurs".
Cela a permis à Ch. TOUPET d'affiroer que "l'Adrar est ainsi peuplé
au Néolithique d'une hunanité noire. Ce peuplement devait ~tre fort
étendu" (Ch. TOUPET, 1977, p. 1~6 et suivantes), puisqu'il se retrou-

29
vait jusqu'à la Baie des Levriers par 20° 10' N. "Ces sédentaires noirs
étaient sans doute des agriculteurs", non seulement à cause de l'abon-
dance des meules dornantes et des villages considérables accrochés à
la falaise du dhar et sur le baten, mais surtout, comme le souligne
TUUPET, parce qu'il était iopo~sible d'assurer la subsistance de ces
centaines d'agglomérations par la seule cueillette, à supposer m~me le
lait et la viande entrent pour l'essentiel dans l'alimentation. La
fréquence des meules dormantes qui ont toujours été constamment associées
à l'agriculture en Afrique de l'Ouest, le nombre considérable des hAches
polies à biseau dissymétrique, donc des houes est un argument de poids.
Dans l'Adrar, ooexistaient donc chasseurs-ramasseurs, p8cheurs, pas-
teurs et agrioulteurs.
Nous pouvons dire, avec Ch. TOUPET, qu'à la suite d& l'a8Aé-
chement progressif qui 0 suocédé au Nouakchottien, les peuples se sont
resserrés autour des points d'eau en voie d'assèchement ou ont été
contraints de se retirer progressivement vers le Sud à la suite de
l'eau et des pftturages, au fur et à mesure que la mousson déclinait.
cte.t ainsi que les villages périlacustres du baten de Tichitt se sont
maintenus jusqu'à-une date relativement réoente (Ch. TOUPET, 1977,
p. 1~6 et suivantes). L1évolution de l'art pariétal reflète ce desséche-
ment . t les migrations des populations qui en ont résulté.
La raréfaction des pat~ges à la 3uite du desséchement histo-
rique, a poussé les agriculteurs et les past~rs sahariens à se déplacer
vers des régions plus humides et plus propices à la vie pastorale et
agrioole. La céramique et les objets de pftche ponctuent les déplacece~8
progressifs de ces populations bovidiennes, toujours accompagnées de
p@cheurs, vers le Sud et vers l'Ouest. Les éleveu~3 des grands troupeaux
suivent la migration des isohyètes. LHOTE pense qu'ils sont relayés par
les Equidiens et les Caballiens, sans pour autant 8tre chassés par eux.
Les poteries à décor ondé, les objets de p3che, accompagnent toujo~s
les belles fresques bovidiennes, caractérisées par leur élégance et leur
raffinement.
Pour reprendre l'expression de G. CAMPS, les Equidiens, "ces
cavaliers de race méditerrannéenne, Garacantes et Gétules, domineront
progressivement les Sahariens et garderont leur genre de vie nomade,
alors que les Négrofdes, ne pouvant plus élever leurs immenses troupeaux

30
de boeufs. descendent de plus en plus vers le bas pays du Niger. du
Sénégal et du Tchad. da se cantonnent dans l'espace restreint des rares
oasis. en acceptant la domination des Nomades blancs" (G. CAMPS. Les
civilisations préhistoriques de l'Afrique et du Sahara. 197.l.a:. p. 260
et 3.l.a:7).
Ch. TOUPET et S. Daveau concluent à la manifestation"d'une
importante oscillation climatique négative (de l'ordre d. 200 mm) à
l'époque historique, à la limite Sud du Sahara (prouvée) par l'exis-
tence d'anciens champs de culture sous pluies à quelques 200 km au
Nord de l'actuel limite de ce mode de cultUre- (Ch. TOUPET et Suzane
Daveau, 1963, p. 211). L'abandon de certains sites de montagne du
Nord a été relayé probablement par la mise en valeur de sites méri-
dionaux.
CoJ::U:le l'a si bien montré Charles TOUPET, "la Mauritanie
actuelle à prépondérance du nooadisce pastoral porte encore les en-
preintes des vieilles civilisations sédentaires noires qui ont peuplé
les ri.ages des lacs sahariens néolithiques et qui se sont repliées
progressivement au cours du Moyen Age, créant sur les versants des
plateaux de la Mauritanie Centrale d1innombrables terrasses jusqu'au
Sud de l'Isohyète .l.a:50 m/m, là où la culture sous pluie est de nos
jOUJB
possibl{ et rentable".
Cette cigration des populations noires. agriculteurs séden-
taires et pasteurs. a suivi donc la migration des isohyètes. Elle a
été accentuée, par l'avancée des tribus de langue berbère ou arabe
qui sont également poussés par le "déssèchement historique". Ils vont
dès lors imprimer leur marque à la civilisation de la Mauritanie cen-
trale. caractérisée par une nouvelle foi l'Islam, un nouveau mode de
vie. le nomadisme pastoral, le développement des oasis et une hiérar-
chisation sociale renforçant la dépendance des sédentaires vis-à-vis
des pasteurs.
La modification de la structure raciale des populations de
llAyker se place entre le XIe et le XIIIe siècle. D'une part, les popu-
lations noires sédentarisées sont exterminées par les invasions arabo-
berbères. D'autre part, le milieu ph)'sique se transforme en raison du
déboisement progressif, de la diminution des précipitations, du tarisse-

J1
ment des ressources en eau et la disparition des cours d'eau et de
l'ensablement du pays. Ce dernier phénomène se poursuit encore sous
nos yeux en direction de l'Ouest et du
Sud Ouest. Des dunes mobiles
s'ajoutent à celles qui Bont déjà fixées (Nouackchott, Moudjeria,
Yang-Yang). C'est la progression des dunes qui a provoqué la dispa-
rition des palmeraies de Tichitt et de Hafefra. Dans le baten,
l'Affole et l'Assaba, les dunes vont à l'assaut des grés et atteignent
la falaise (Ch. TOUPET, 1977, p. 21).
A cause du "dessécheIaent historique", le Sahara devient zone
de répulsion démographique au profit des vallées (vallée du S'Dégel,
delta intérieur du Nieer) privilégiées par les crues fécondantes,
génératrices de récoltes plantureuses. Ces vallées deviennent les
greniers à grains de l'ensemble du Sahel ; cela est surtout vrai pour
la vallée du Sénégal où les cultures du weelo deviennent beaucoup
plus importantes que celles du jeeri. C'eat ainsi que le Chéoane
Iaauritanien et le waalo sénégalais fournissent la quasi totalité des
grains exportés vers le Sahara et les autres régions du Sahel. Les
Maures sont les ngents de cetts exportation. Ces vallées fiTent 'e
populeux villages "toucouleurs" et des campements maures sur le jeeri
ou le jeejegol, en dehors des villages du "daande-maayo".
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...,,:{,~~-~ :;f~flU:E;:CES SAHELIENNES DANS LA FORMATiON DU FUUTA-TOORO

32
li-
PEtlPWM§N;t DU FUUTA-TOOao
1.1.- généralités
A l'époque de la oonquOte et de l'organi8ation du Fuuta-
Tooro par Roli Tenella, l'unification culturelle de. élément. ethni-
qUI. qui constituent la population est lelon toute vraisemblance déjà
réalisée.
L'originalité du Puuta-Tooro, au point de vue humain, est
dl~tre un creuset de civilisation, Oa y retrouve les différents élé-
ments ethniques et culturel. de llespace ouest.africain. Ces diffé-
rent. éléments, perceptibles par certain. aspects, se sont générale-
ment fonduo dans le Doule de le fullanité. Les différents apports
ethniques S8 sont fullanisés è un moment qui reste à déterminer.
L'as.imilation oulturelle s' ••t .ans doute faite progres.ivement.
Si pour des raisons de ooomodité de l'exposé, on peut distinguer le.
apports Soninké, Malinke, Sereer, Wolof et Peul, il est difficile
de dissooier ces éléoents dans la durée. D'une f~çon générale, ces
différente éléoents sont arrivés dans la vallée à partir du Nord,
du N-E et du S.E souvent de façon simultanée et non les uns après
les autres. Les grandes vagues migratoires peuvent Itre précédées
ou suivies par des infiltretions insensibles et progressives. Leo
vioissitudes historiques, écologiques ou politiques peuvent entratner
dIs mouvements de retour qui vont dans le sens inverse de la migra~
tien générale. Selon lee oirconstances tel élément ethni~ue ou Bocial
a pu exeroer une h8gémonie, 80it locale, soit gén~rale.(ot til, ~ et 1ft)
Par qpel prooeseus 100 différents élément. qui partioipent
à 1& formation du peuple juutaB!e ont-ils été mis en plaoe ? C'est ce
que :POUl ~11on8 essayer d" expliquer en exaninant pour lQ OQQI;1odité de
l'expo.4, les apports soninke et malinke, les apport. wolof et eereer
et 18s apports de FuIbo, étant entendu que cela n'iQpliq~e aucune
ant4~iorité de It uu ou l'eutre groupe dans l'oo~up6t1ond~ territoire.
Rn effet, lQ prudence s'impose lorsqu'il "agit d'npprécier les ap-
po~t. respectifs de. ditf~rent8 groupes ethniques.

33
1.2. Les données de l'archéologie et de la préhistoire
Avant d'attaquer l'étude ethnie par ethnie, il est indis-
pensable de faire état des données de l'archéologie préhistorique et
protohistorique qui concernent l'ensemble des éléments constitutifs
du peuple fuutanke. Pour ces périodes reculées, on ne peut faire en-
trer en compte que les genres de vie et les modes de subsistance.
On peut valablement supposer que tous les éléments ethniques
de la population de l'Afrique de l'Ouest ont déjà coexisté dans le
Sahara à l'époque préhistorique. En effet, la progression du désart
vers le Sud, le désséchement des grands lacs sahariens à la fin du
Néolithique, ont entratné irrémédiablement le déplacement de ces dif-
férents éléments (pasteurs, p3cheurs) vers les régions plus méridio-
nales qui dans les régions tropicales de l'hémisphère Nord sont géné-
ralement plus arrosées et pLus propices à leurs genres de vie. Nous
ne pensons pas que ce soit le surpAturage qui a entratné la désertifi-
cation, car les facteurs
qui déterminent l'assèchement (recul de
glaciers, réchauffement de l'atmosphère, réagencement des systèmes
de pressions et de le circulation atmosphérique), sont indépendants
de l'importance des troupeaux. Dans ces régions néridionales, les
outils des p3cheurs et ceux des agriculteurs ont coexisté, au noment
où apparatt l'élevage laitier attesté par l'art rupestre (Patrick J.
MUNSON, 1980) du dhar Tichitt entre 2170 + 105 Hp. L'élevage laitier
ou non coexiste conme l'a montré A. Holl avec l'agriculture du petit
mil, la cueillette des céréales sauvages et la p~che (A. Holl, 1983,
pp 186-195).
Nous pensons qu'au début de la formation du royaume et de
l'~ du Ghana, les Fulbe ont dft coexister avec les Soninke, Sereer
et Wolof tandis que ces derniers se livraient à l'agriculture, les
Fulbe, chassés du Sahara par la sécheresse ee sont réfugiés dans le
baten encore riche en herbages. Cette hypothèse qu'il n'est pas encore
possible de démontrer dans l'état actuel de nos connaissances n'én
pas
est/moins vraisemblable, car dans la phase inférieure de la tradition
de Tichitt, Muns~ote la pratique de l'élevage. L'apparition de
l'élevage, en particulier de l'élevage bovin pour la production ùu
lait, doit ~tre contemporaine de l'arrivée massive des Fulbe venus
du Sahara. Les Fulbe transhumaient dans les plaines du baten. Ils
fournissaient aux agriculteurs Soninke et aux p~cheurs (Wolof ou Sereer)

fixés sur les bords des lacs, du lait, du beurre et de la viande, en
échange des grains et du poisson. La tendance notée par A. Holl, dans
le dhar Tichitt, "à la localisation préférentielle des sites les plus
récents vers l'Ouést", semblerait indiquer une oigration des Fulbe
venus du Teroess.
Si l'identification des Phut, Phul et Punt de la Bible avec
les Fulbe s'avère exacte, il n'est peut-~tre pas indifférent de rappro-
cher leur apparition dans l'histoire aux VIle et VIe siècle avant J.C.
engagés dans la lutte contre les envahisseurs venus du Nord et de
l'Est (Assyriens, Lybiene et Perses Achémenides) avec la dernière
période de la tradition de Tichitt correspondant aux invasions libyco-
berbères qui obligent lee populations du dhar à se réfugie.'" sur
les
escarpements montagneux difficiles d'accès. Si les Proto-Soninke séden-
taires ont pu tant bien que mal s'accomoder de la situation, les Fulbe
en revanche, toujours nonades en majorité, ont d~ poursuivre leur
descente vers le Sud, en direction des régions plus huoides et des
vallées plus hospitalières. Mais ils ont dû ~tre précédés dans ces
vallées par les anciennesgroupe~ des p~cheurs néolithiques dont les
activités sont inséparables de l'abondance de l'eau.
La prenière étape de ce déplaceoent méridien a d~ @tre le
Hodh, une boutonnière largeoent ouverte sur le Soudan et limitée à
l'Ouest, au Nord et à l'Est par l'escarpement du dhar de l'Raseira,
de Tichitt, de Walata et de Néoa, sur une longueur de plus de 300 ko.
On retrouve sur le baten de Tichitt, camee dans les dunettes de l'Awker
et la cuvette du Radh des objets préhistoriques et des
re-
présentations prouvant l'ancienn€té
de l'occupation per des chasseurs,
des cultivateurs et des pasteurs. Les techniques resseoblent à celles
qui sont actuelleoent utilisées par les Norrs.
La canpagne du Trab-al-Hajra,est abondamment parsemée de
ruines d'habitats, de greniers et de chanps délinités. Il en résulte
que le peuplement üst de type sédentaire avec l'agriculture comme prin-
cipale activité. Cette civilisation est réputée @tre celle des Bafour
où Noirs et Blancs semblent coexister.
En revanche, toutes les ruines qui jonchent les plateaux du
Tagant, du R'Kiz, de l'Affolé et de l'Assaba sont attribuées aux

Gangara qui seraient les ancatres des Soninke. Malgré la réserve 1e
B. VERNET, les traditions orales soninke et maure ooncordent sur ce
point. On y trouve des constructions ronC'.es, fort simples et rare.:-ent
carrées, avec des mUTS épais, recouvertes par le haut par une cour~le
aplatie coexistant avec des constructions allongées, rectangulair~s,
aUX extrécités arrondies. Les dioensions sont plus grandes que cc:les
des constructions rondes. Les prenières représentent probableoent
les greniers et les seoonda les habitations. L'épaisseur des murv des
greniers et le matériau de cailloux permettent de protéger plus effi-
cacement les réserves contre les rongeurs en particulier les souris.
Les données archéologiques, encore maigres, corroboren~
souvent les àonnées traditionnelles, orales ou littéraires.
1.3. Les données traditionnelles
"Du reste, les traditions indigènes, celles des Meures r.ntam-
cent considèrent les Noirs cor~e étant descendus du Nord. Ils étaient
encore installés à l'époque historique dans le Tiris, l'Inchiri,
l'Adrar, le Tagent et l'Aouker. Ils avaient bAti de grands villages
d'où ils ne furent chassés qu'à partir du XIe siècle.
Pour l'Ao~er notannent, nous savons que toute la contrée
jusqu'à Tichitt faisait partie d'un eillpire noir
du VIlle au XIe Po.
Nous savons que les preniers envahisseurs connus furent des Noirs
(Soninke) et que pendant 1.~OO uns ceux-ci ont toujours forné le fonds
de la population"(CUOQ, 1975, p. 99 § 135). Jusqu'au XIIIe siècle,
les éléments allogènes de race blanche ont été progressivecent absorbée
par la majorité de la population nclre qui, doninée ou dominatricG,
selon les circonstances, s'est maintenue "dans son intégrité" (H.
HUBERT, P. LAFORGUE et G. VJùiELSCHE, 1921, pp. ~33-443).
Cette interprétation est confirnée par les Hassan et les

Berbères eux-c~nes, en ce qu'ile désignent les Nègres en général sous
le noc de kuwer ou kawari (sing : kowri) et la langue des nègres est
appelée !jlan al-kuwar.
Au deneurant, les traditions locales, recueillies par le
lieutenant Colonel Modat, indiquent que les preniers occupants de
l'Adrar eont les agriculteurs Gangara, les Fulaan et les Assouanik

36
(MODAT, B.C.E.H.S.-A.O.F., 1919, pp. 372-392).
L'identification du Ghana des géographes et voyageurs crabes
avec le légendaire royaume Soninke du Wagadu est presque unaninenent
admise, à la suite des travaux de M. Abdoulaye BATHILY (A. BATHILY,
1975, p. 1 à 9~). Ce royaume qui a atteint son apogée du VIlle au
XIe siècle, était centré sur le Sahel, dans la région de Gumbu.Kumbi
Saleh qui était une de ses capitales, tient son nom de la conqu~te
alooravide (fin XIe-début XIIe siècle). Saleh (saint) d'origine arabe,
est accolé au Kumbi, nom local.
A l'époque de sa plus grande expansion, il englobait le
Jafunu, le Kingi ou Jaura, le Baxunu, le Neema, le Soso, 10 Gièinaxa,
le Gijune, le Gajaaga ou Galam ; l'Awker, etc. Il faisait sentir son
influence, s'il ne dODinait effectivenent de Xaftaga, le Koarta, le
Xaaso et le Jooboxo. Il s'est développé à la confluence des routes
transsahariennes et de celles qui desservent les ports des grands
fleuves (Niger et SéD~gal).Il a tenté et réussi à contr81er les routes
de l'or (du Bambuk et au Buré). Or le Sénégal et ses affluents a~aient
une importance stratégique en la matière parce qu'ils constituent les
routes de pénétration vers les pays de l'or. Aussi le Fuuta, llencien
Tekrur était-il conpris dans l'espace vital du Ghana, comme il 10
sera pour les Ecpires gui vont lui succéder à partir du XIIIe siècle.
Le Takrur qui s'étendait jusqu'à l'Adrar et au Rodh était donc dans
l'orbite de l'Enpire des tunka en raison de son importance stratégique
et économique. M. A. Bathily (198~, p. 169) a montré que la najeure
partie des Soninke du Gajaaga, du Bundu, du Xaaso, du Bambuk ont
transité par le Fuute où leur passage et leur séjour ont laissé des
traces dans la toponynie (Sille, Jawara, Galanbo, etc.).
De par sa position géographique, le Fuuta-Tooro ne pouvait
que subir l'influenoe deo Soninke qui sont ses plus proches voisins
du N, du N-E et de l'E. Le Fuuta est limitrophe du Gajaaga et du Gidi-
maxa. Le Bundu lui-n~me renforme une forte communauté Soninke. A ne
croire Abdoulaye Bathily, le Bambuk était avant le XIIIe siècle peuplé
de Soninke (Â. Bathily, 1975, p. 39). Soulignons au passage que le
terme pulaar hayre à la n~me signification que gidi c'est-à-dire
la montagne. Gidinaxa e~t la montagne de ~fuxa. Comme l'a noté A.
Bathily, Maxe est en général le prénom que l'on donne à l'atné chez
les Sunaare chefs traditionnels du Hayre qui passent pour ~tre les pre-

37
miers à venir du Wagadu pour occuper l'Assaba méridional (A. Bathily,
1975. p. 9 et Interview d'El hadj Silamaxa Jawara de Nabbaaji-Siwol,
89 ans le 22/3/1979). Le terme ~ peut par ailleurs désigner, en
pays soninke comme chez certains Fulbe de la vallée, le possesseur,
le martre comme l{.ane Naxa, Ille propriétaire de l'Or ll
- Maxa devient parfois ~mnga.
Il Au XIe siècle, au moment du mouvement almoravide, les
Gangara,étaient donc sur le rebord méridinnal du Tagant, dominant
l'Aouker et le Hodh
(Ch. TOUPET, 1966). Les villages Gangara au sud
du Tagant (Soumas, Nouameline, Gandega) n'ont été abandonnés qu'à
partir de 1716, c'est-à-dire à l'époque où la poussée hassan et maro-

caine se fait plus violente, favorisée par la traite négrière dont
pâtissent de plus en plus les populations noires.
~mis l'arrivée des Soninke dans le Fuuta, doit ~tre repIncée
dans le processus général de la dispersion des peuples noirs du Sahara
méridional sous la poussée des Berbères Sanhaja, et dans le mouvement
général des populations consécutif à la destruction des villes nègres
de la I:aJllll'tJJ:'i~> • Selon al-Idrisi, "il existait autrefois dans la
Eamn~ri~
des villes connues et des résidences remarquables appartenant
aux nègres ; mais les Zaghawa et les Lamtuna qui habitent des deux
c8tés de ce pays (je veux dire de la Eamn~ria ) en entreprirent la
conqu~te, exterminèrent la plupart des habitants et dispersèrent le
restell (Al Idris~ t 1886, pp. 35-36). Cette dispersion a dit se faire
au profit des régions plus méridionales, c'ellt-à-dire du Takrur,
d'Awlil et du Senghana. Les principales villes de la Kamn~ri~ sont,
selon al-Idrisi, Nagbira et Camnouria. Les populations n'avaient pas
de rois et n'obéissaient à aucun roi étranger. Mais "avec le temps,
les instituti6ns politiques disparurent et le discorde prévalut au
milieu d'eux; les incursions des trïbus environnantes désolèrent le
pays ; les habitants s'enfuirent, et cherchèrent refuge dans les mon-
tagnes ou se dispersèrent dans le désert, tombèrent sous le joug de
leurs voisins ou se mirent sous leur protection, en sorte qu'il ne
reste qu'un petit nombre d'individus appartenant aux Camnouriens, et
vivant, dispersés dans ces désert oU sur le rivage" (Al Idrisi, 1886,
pp. 35-36). Après avoir mené une vie errante de persécutés, les Kam-
nuriens vivent au milieu du XIIe siècle tranquilles avec leurs voisins.
Le pays de la :=amn't".!'i~\\
avait des relations sui vies avec Silla et

38
Takrur, auxquels il est relié par des "routes peu fréquentées, d.ont
les tr3c"és et les bornes commencèrent à se perdre" (Al Idrisi, 1886,
pp. 35-36).
La ruée des Berbères et principalement des Lamtuna sur les
villes de ln nh~.Ti~
a entratné le dépeuplement de cette région au
profit des zones riveraines de l'Atlantique, et de Sille et du Takrur.
Le dépeupleoent provoque le déclin des échanges commerciaux qui em-
pruntèrent d'autres routes que celles qui reliaient la Kemnuria
et
le Takrur. Ces Camnouriens introduisirent dans les pays d'accueil,
les pratiques comoercinles
sur lesquelles reposait la prospérité
de leurs villes.
1.~. Les migr~t~ons Boninke
1.~.1. La migration l!e.ee..du
Halpulaar'cn et Soninke sont d'accord pour reconnattre dans
le population du Puuta-Tooro un important apport Soninke~ La mise en
place du fonds soninke est le résultat de plusieurs migrations: c'est
du Wagadu que sont ven~8 les preoiers Soninke qui se sont installés
dans le Fuuta. Sur ce point tous les traditionnistes consultés sont
d'acoord à quelques détails près. Il faut entendre par Wagadu, l'an-
cien royaume du Ghana dominé par les Wage selon A. BATHILY (1975,
p. ~). Fakuru Tandia de Kayhaydi (interview du 31/3/1979) donne plus
de détails en disant que les Tandia de Kayhaydi et de Jowol sont
originaires du Jafunu, tandis que les Jagana viennent du Wagodu.
Selon le m~me traditionniste, les différentes familles exerçaient
le pouvoir à tour de r81e dans le Wagadu. Ce serait sous le règne des
Siise que le royaume fut détruit. En m~me temps que le Fuuta, d'autres
régions bénéficient de la migration du Wagadu. C'est le cas du pays
de Tichitt, de Wadan et de Shinguitti. Selon Mamadu Lamin Tandia de
Kayhaydi (
, 7~ ans, Interview du 31/3/
1979), les Soninke ont précédé dans cette région lesOulad 9idi Mahmnud
et les Id-aw-Ali : des Soninke originaires de Wagadu ont ocuupé Saer,
autour du puits situé entre Atur et Fort Gouraud où des plants d'in-
digo et des t~sJons de poterie de style soudanais témoignent de leur
passage. D'autres Soninke selon Samba Jali Jabate
de Sooring~,(7~ ans Interview du 28/3/1979) ont émigré vers le Burkina
Faso où ils fondèrent Ouagadougou et devinrent des Mossi. Dlautres
se dirigèrent vers le Nig,r où ils se m~lèrent aux Djerma. La migra-
tion dirigée vers le Sud et le Sud Est est à l'origine des Soninke du

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39
Fuuta, du Gidimnxa ou Hayre et du Gajnaga ou Galam. Bon nombre de
Soninke devinrent Halpulaar'en, Wolof et Sereer e Dans ce cas, ces
Soninke ont été culturellement assimilés par d'autrèS ethnies, tandis
que ceux qui sont devenus Bambara ou ~~linke ont conservé leur culture.
A l'origine de la migration Wegadu, la plupart des traditionnistes Den-
tionnent la sécheresse. C'eat selon El Hadj Silamaxa Jawarn de Nabbca-
ji-Siwol (_
, 89 ans
d~ 22/3/1979), àln suite d'une très longue sécheresse que le royaume
du Wagadu s'est effondré et que les populations se sont dispersées
dans toutes les directions. Samba Jali Jabote met cette sécheresse
de sept ans en rapport avec la mort de Bida. Après quoi la famine
s'installe durablement obligeant
hommes et b~tes à se déplacer vers
des terres plus propices
• L'arrivée au pouvoir des
Siise musulmans, qui renoncent aux anciennes croyances et qui tuent
Bida, est considérée comme le point de départ du déclin du Wagadu.
Traditionnellement on met au compte des Almoravides la destruction du
Ghana. L. Moraes de Farias (1967, p. 8~8 et suiv.) démontre qu'il faut
reconsidérer la date de la destruction du Ghana en tenant compte du
retour d'Abu Bakr ibn Umar au désert et de ses activités à 10 t~te
de ltaile méridionale du mouvement almoravide. M~me si la conqu~te
de Ghana n'a pas eu lieu à la date indiquée, et si la conqu~te dtAv-
daghost ne s'accompagne de la destruction de Ghana, (J. Devisse,
Awda~host, III, 1983), il n'en demeure pas moins qu'il faille tenir
compte des indications, d'Ibn Khaldoun (Slane, 185~, vol 2, p. 110)
qui dit que le Ghana était en plein déclin au moment où les Almoravides
en firent la conqu~te. Cette indication semble confirmer les tradi-
tions locales concernant la destruction du royaume du Wagadu et la
dispersion des Soninke.
Où se sont installés et que sont devenus les Soninke venus
du Ghana ? Les Soninke du fergo Wagadu se sont en général éparpillés
principalement dans le NgenaBr, le Bosseya, les Yirlaebe-Rebbiyaabe
et dans les ~:-:elaybe.
Il n'y a pratiquement pas d~
villages où on ne trouve des
familles d'origine soninke : NgaPlugu, Jiinge, Kayhaydi, Silla, Jal,
Siwol, Cilon dans le Booseya ; Jammel, ~~owol, Jowol, Doondu dans le
Ngenaar ; Sincu Bamambe, Hamadi-Humnare, Barkewi, Appe dans le Damga
NguY, Waalalde Wocci, Hoyre dans le Laaw ont de nombreuses familles

d'origines Soninke. Mais on trouve une concentration particulière à
Baroobe-Jekkel dans les Yirlaabe, et aussi dans les Halaybe.
Les principaux patronymes d'origine soninke sont : Baro,
Dukke, Kebbs! Ture, Saexo, Siibi, Gassama-Jnabi, Baccili, Talla,
Tandia, Jagane, Sumaare, Sille, lionte, Ka~ara. Ces patronymes se re-
trouvent dans toutes les catégories socio professionnelles : toorobbe,
sebbe, subalbe, âeeftbe ou artisans. Ils se sont fondus dana la société
dans le fuutanke, et "sont perdus" pour la soninkité. Beaucoup d'ent:re
eux sont devenus des toorobbe, comme les Saexo, les Ture, les 5illu,
les Baro, les Talla, les Dukke, les Kebbe, etc, qui comptent parmi les
plus vieilles dynasties de seerembe ou marabouts. Il y a des Silla,
seerembe comme è. Silla Jonto cornue des Silla, forgerons. Il est possi-
ble que ces Sille forgerons soient à l'origine de la fondation de Silla
dont parlent al-Bakri et al-Idrisi • Sillo Rinjaw avec ses nombreux
vestiges de bas fourneaux, est probablèment fondé par eux. On trouve
aussi des Silla cordo~~iers.
A Gaawol, on trouve des Silla, des Kacara et des Baccili qui
sont devenus toorob~e, aubalbç, ou sebbe. Les Ture peuvent ~tre ~oorobge
ou cordonniers. Les Ketbe sont toorobbe à Cilon et à NguY, lawbe à
Siwol ou subalbe à Jaornel et à NguY. Les Konte sont principalement
subalbe à Doondu et à Jal, tandis que les Ba~cili sont sebbe dans cette
dernière localité.
Parmi les 3umaare, Qn trouve à la fois des sebbe et des
toorobbe. Les Saoxo sont des seerembe à Asso dans lee Halaybe et à Appe,
sebbe Labboyaabe à Barkewi, dont le doyen eot toujours le chef des
sebbe du Ngenaer. On les trouve à Horkayere, à Waali Jantan et à Boruje.
Ils servirent tour à tour les satigi et les alneami dont ila reçurent
de vastes kolaade.
Certaines des familles soninke originaires du Wagsdu ont
connu une destinée exenplaire. C'est le cas des Sumaare de Gumal qui
sont arrivés au Fuuta en compagn
des Saaxo, des Siibi et des Silla.
Avant de s'installer dans le Fuuta, ils ont séjourné tour à tour à
Fanira, à GUIDaI du Sahel, à Sesimakana dons le Hayre, Jokkide dans la
vallée du Gorgol et à Gumalkas. Ce sont eux qui passent pour ~tre les
fondateurs de la dynastie des manna (826-1082).

Les Sumaare du Bayre ont continué ~ jouer un raIe importent
8pr"
l'effondreeent de lour pouvoir vers 1082-8'. Il. oo~tituon~
alor. deux olans fondés ,er deux f~ère8 Birarn Mu.a et Mbaftik Mn.a
Sumaare. Le olen des BiramlaDkoobe fonda Wawnde dont il fournit "ncore
aujourd'hui les ohefs. Le olan cadet de. Mbaftilankoobe .at à l'orig~ne
de la fondation è.• DeobeuoBne. Ce clan a oontraoté de. alliance. Dat~i­
aouiale. avec le fn~illo deenygnke. Ces deux olan., renforoés por
l'arrivée des Siise et des Kamara, lont parvenue à c~.erver leur
culture eoninke en raison peut-fttre de la proximit~ du GaJ8aga et du
Gidimaxa. 118 sont parvenu. à Wawnde et ~ DaobanOBne 8pr~a avoir
transité par Musela, Genabalol, Botokulvi et Wompu.
Les Talla, 1&8 Ture et les Baro ont été totaleme~t fondu.
dan. le nou~·de le fullanité et .ont devenu. de. tooro~b. qui ont
joué un grand rele den! l'histoire du Fuuta. C'est ainsi que les Talla
forment deux clans t oe~ de Ngappugu et oeus de JiiDge, deux looalité •
• ituées .u~ le vell'e ~u Gorgol. Jiinge OU Tumbere JiiDle pa•• e pour
avoir été la oapit~l. de la plupart des dyna.tie. q.i oDt régné .ur
le Puuta, à part les Jaogo et les fernesB. Soua la dynastie des Manna
(826-1082), ils ~taiellt le. Beerembe (ou marabouts) de. roi •• Sous la
dynastie dei laac-rerQPS, (1122-1~56) ils ont oontinué à
~tre les
marabouts des rois et de. Bontorbe Dal80elli qui oonstituaient le
oan.eil électoral (Ngak, rasl, Sel, Duk). Ils oohabitaient avec d'au-
tre. familles d'origine soninke (Suoaare, Kamare et MaaRlo) tradition-
Bellement dendireab9 ~e8 Bah et de8 Jah.
Oe8 ~awakoob! étaient encadrés au plan rllilieux par les
talla. Aprb8 la oonquftto deenyanke, (1526) les Talla ont repris du
service aupràs das satigi. Ils ont alors écigré sur la rive lauche et
ver. l'Est sous l~ pre.sion de. Maures & partir de la fin du XVIIe
8i.ole. Le petit file de Sire Lamin Biraan émigra à Aaftam Goli, puis
Borkayere eupr~o du Satig1 qui lui ooncéda des terres à B~aaji. Le
-olan" de
Ngappugu s'installa à Sincu-Bamambe où il tut aGeaeill!
par les Pulbe Jaawbe de Parawol, tandis que le "olan" de Jiinge choi-
.it 4e s'installer è Hamadi-Hunaare plus à l'E.t. Une partie de la
f-.illa resta à Aaftao-Goli, une autre émigr~ l Hayre-Laev. Un des
Uem~re8 de la ~ooille s'installa à MbaaA, épousa UAe femme ou\\allo et
10 progéuiture en dGvenant ploheurs, prit la DQg de 8,. L•• Talla ont
4t' oonfirm'8 dano leurs pr'rogativoB par les D.e~ankooo. qui le.

dotèrent richement en terres de waalo. Ils participérent à la révolu-
tion maraboutique qui B abouti à la déchéance des Deenyankoobe au
profit des seerembe. La famille Talla du "clan" Ngappugu a fourni au
Fuuta-Tooro deux al.aami en la personne de Abdul Sire Lamin plt~s connu
.ous
le nom de Moxtaar Kudeeje (1805-1806) et Raasin Selli (1851-
1853 et 1856-1857). La cère du premier est de la puissante famille
dQS 8illa de Jonto et oelle du second est une Lih de Cilon. Seerembe
de tradition, les Talla ont conservé le titre de ceerno Ngappugu à
Sincu-Bamambe et de c~erno Jiinge à Hamadi-Hunaare, titre qui leur
vient de Jiinge et de Ngappugu où ils s'étaient établis et où ils
ont acquis leur notoriété. Ils sont apparentés aux plus notables fami·l-
les maraboutiques du Fuuta.
La destinée des Baro de HaYre n'est pas moins brillante que
celle des Talla. Ils sont apparentés à ceux de Baroobe-Jakkel dans
lee Yirlaabe, aux Wan de ~Thumba, aux Lih de Jaaba et de Pete, aux
Baal de Boode, de Cilon et de Gollera. Ile ont fourni aussi deux
almaami en la personne de Njaay Ramat Baro de Hayre (1863) connu aussi
sous le nom de Alhassan Mariam et de almaami Njaay de Jaaba (1875-
1876
et 1879-1880) (Oumar BA - NouveJle contribution à l'histoire..J1ll
Fauta-Tooro, manuscrit inédit, s.d.).
Le Tarikh es-Sudan (196~, p. 212) et le Fettach (1981, p.
11~) font remonter les origines d'El hadj askia Mohammed au Fuuta··
Tooro. Selon le Fettach son père appartenait au clan des Silla origi-
naire au Fuuta. Saadi dit que son père Abu-Bakr, surnommé Bàr est
Silenki selon les uns et Thouranki selon les autres. La tradition
retient que le clan auquel il appartient est celui des Silbe, émigrés
du Wagadu, et inst&llés d'abord dans le Demge et ensuite dans le Tooro.
Les Ture de Wocci prétendent que askia Mohammed est iS8a,
de leur
famille. Quoi qu'il en soit, les Ture, installés à Tulde Wocci
à
f
l'Est de Waalalde ont grandi sous l'aide des farba de cette dernière
localité avant de leur oontester le pouvoir dans le district compris
entre Njum et Mboolo. La famille des Ture de Wocci a essaimé vers
l'Est
on trouve dans le Laaw à Hayre, dans le Bonseya à Kayhaydi et
à Cilon et dans le Damga à Hamadi-Humaare. Elle a fourni un almaami
du Fuuta en la personne de Sire Hassan de Rayre-Laaw (1822-1823).
Les Aa de Gaawol seraient également venus du Wagadu
leur

patronyme originel serait Tambadu ou Tambura. Ils s'y sont installés
après avoir transité par le Mande. Leur titre de elfeki, est un siane
de leur islamisation. Une tradition prétend qu'ils sont arrivés au
Fuuta dans la suite de Koli, donc entre 1512 et 1526, comme marabouts.
Avant de s'installer définitivement à Gaawol, auprès des subalbe
(Saar, Caam, Cubb) et des sebbe originaires du Bajar et du Jolof
(Njaay, Fofana) ils ont habité Gede dans le Tooro et Janjooli dans le
Ngenaar où les satigi leur ont concédé des terres de vaalo. (A Ngiji-
Ion, les Darelnaobe (Siise, Kont oy, Ture et Caam) d'origine soninke
se sont installés aux c3tés des sebbe kolyaabe.
Joyol, sur la rive droite, aurait été fondé par les Soninke
originaires du Kaarta dont le chef portait le patronyme de Jaako.
Cette fondation se placerait au début du IXe siècle. De Jovol, ils
ont émigré au Bundu d'où ils reviennent pour s'installer à Boki-Jawe
auprès des débris du peuplement Jaago. Après la chute de la dynastie
des ~-Termess, leur chef farba Salli Biraam a reçu en partage
l'administration du Ngenaar, tandis que farmbaal de
Kayhaydi recevait
le BoC'seya, farbe Waalalde se voyait confier le Laaw et ~-Tooro
Ali Eli Bana gardait le Tooro. M~rne si Ibn Battuta nous parle de farba
Husayn-Farba en 1352-1353 (in Cuoq, 1975, p. 294) à Iwàlàtàn, il nous
est difficile de dire que oe titre est le résultat de la domination
du Mali sur le Fuuta. Nous pensons que le titre a été introduit par
l'intermédiaire de la conqu~te manna d'abord à partir de 826, et il a
été généralisé par la conqu~te du Jolo! vers 1455-1460. Le titre est
tant6t faren. tant8t ferba, tantôt 1.E:!. Il se peut que les Soninke
du Jawara et du Hayre, comme le Solof ~i ont été conquis par les
empereurs du Mali aient reçu le titre du Mansa qui y envoyait des
gouverneurs, qui étaient eD m3me temps des chefs militaires. Au Fuuta-
Tooro, le titre est généralement porté par les chefs des différentes
communautés des Sebhe qui étaient des soldats paysans. Koli Tenella,
après la conqu~te, a récupéré l'institution en agrégeant les Sebbe à
son armée et en conservant à leurs chefs une partie de leurs anciennes
prérogatives.
1.4.2. L'Assimilation des Soninkc_ du Wagadu : nouvelle approche chrono-
logique du peuplement du Fuuta
Si les Soninke de la migration Wagadu ont été assimilés par
les Fulbe au point de ?erdre leur langue et leur culture tout en con-

servant leuro patronymes, il n'en a pas été de m~me poœ les Soninke
des migrations postérieures.
Ces populations de commerçants, déjà en relation avec
Takrur et Silla, sont fondues en purtie dans le fond Gaog~eb,~~~jon
probablement à cette immigration que correspond l'arrivée au Fuuta
des onze familles Ture, Baro, Kebbe, Dukke, Koreera, Gassama-Jaabi,
Siibi, Saaxo, Sumaare, Silla et Talla. Ces familles ont transité par
le Hayre et par la vcllée du Gorgol, en particulier par Ngappugu
et Jiinge pour Talla.
Ce sont les Soninke du Hayre, eux-m~mes originaires du
Wagadu, qui ont conquis le Fuuta aux dépens des ronjoq/et fondé en
826 la dynastie des Banna dont la tradition n'a retenu que le promier
et le dernier souverains, Uar:,ulu Sumaare et Cengaan Sumaare. CeG
Soninke avant leur arrivée au Fuuta étaient en contact avec les com-
merçants du monde
'l.rabo-berbère islamisé. Ils ont servi d'interI'ilé-
diaires entre ces derniers et les populations du Sud, en particulier
celles des vallées du Sénégal et du Niger. Ils étaient donc des
"Jula" , très t8t acquis à l'Islam. Bon nombre d'entre eux étaient
alors islamisés avant le règne de War Jaabi (Al
Bakri, in Cuoq, 1975,
P. 99, § 135).
Avunt 826, le Takrur était probablement une dépendance du
Ghana. A ce titre, il était fréquenté par les "Jula" Gangara, qu~
servaient de relais entre les grands centres du commerce trans-
saharien et les mines d'or du Bure et du Bambuk. Ils ont atteint
la vallée du Sfnécal riobe de son agriculture et des produits d.e son
élevage et de B • p~che. Ils sont de ceux qui ont contribué à faire
des berbères Salli~aja des consommateurs de mil, (Al Bakri, 1965, p.
316).
L'hypot~èse de la conqu~te du Fuuta par les Soninke du
Hayre interdit d'envisager leur assimilation par les Fulbe à cette
époque, d'autant que les détenteurs du pouvoir politique imposent
généralement leur lungue, m~me s'ils sont minoritaires. C'est donc
après la chute de la dynastie des manna qu'il convient d'envisager
l'assimilation de ceux qui n'ont pas émigré vers le Gajaaga. A
Bathily envisage cet~n hypothèse postérieurement au XIVe siècle, tan-

die qu'il feudrait ln faire remonter plus haut, avec la conqu~te du
Fuuta par les Jaawbe du Termess à partir de 1122.
L'existenoe des Fulbe dans le Fuuta déjà au milieu du XIe
siècle autorise d'envisager l'hypothèse d'une infiltration progressive
des Soninke, car l'c,ssimilation des individus est plus facile que
celle des groupes. G'il s'agit d'une infiltration, on imagine aiaé-
nent que les individus isolés adoptent la langue et la culture de
leurs hates et que les enfants nés dans le pays d'accueil en arrivent
à oublier le langUe de leurs pères. Les nouveaux venus peuvent soit
gardor leur profeosion d'origine, soit changer de profession en adop-
tant celle de leur h8te. C'est ce qui explique que l'on retrouve les
patronymes Soninke dans toutes les catégories Bocio-professionnelles.
La typologie Etat-forgeron, Etat-coaqerçant et Etat-guerrier,
qui est plaquée eux dynasties Jaogo, Manna et Tonjon ne correspond
pas à la réalité (Abdourahmane BA, 1983). Si les Jaogo sont des Faddu-
be, c'est-à-dire des parens, comme on le croit traditionnellement,
a
l'Etat Jaogo a d~ cesser d'exister lorsque le Takrur/adhéré à l'Islam
avec le conversion de War-Jaabi.
Nous ne voyons pas en quoi l'Etat Tonjon est plus "guerrier"
que l'Etat "commerçant" des Manna, compte tenu des activités guerrières
de War-Jaabi, de l~ participation de Laoa aux conflits qui opposent
tribus Saabaja, de l'alliance positive entre Almoravides et Takrur
contre le Ghana, et de la participation des Sùdàn probablement
Takruriens, à l'équip6e de Yusuf ibn Tashfin. Au demeurant, rien n'est
moins s~ que l'identification de Tonjon aux esclaves de la couronne
de l'Empire du Mali. Rien dans les traditions ne dit que les Tonjon
sont des Malinke, meis toutes sont d'accord pour en faire des Sereer.
Les correspondan~es entre les patronymes malinke, bambara et ceux des
Sereer et des wolof sont relativement récentes. Elles datent de la
fin du XIXe siècle et du d~but du XXe siècle avec l'avènement du che-
min de fer. Les malinke ou bambara qui arrivent au Sénégal prennent
les noms de leur h8te ou njaatigi.
Le triomphe de l'élément fullanisant dans la culture fuutanke~
ne peut se justifier dans le cadre de la chronologie traditionnelle
des dynasties. L1assioilaticn des éléments soninke, wolof et sereer
exige une autre approche chronologique qui tienne compte des données

jusqu'alora négligées ou inconnues et de certaines évidences qui dé-
coulent de la oLronologie traditionnelle.
Si l'on se fonde sur la chronologie traditionnelle, il est
évident que les 30 à ~o ans de règne des laam-Termess ne suffisent
pas pour remettr~ en cause les apporte culturels Jaogo, Soninke,
Sereer ou wolof qui ont été mis en place par des siècles de présence
et de domination. Il faut donc envisager une séquence temporelle
beaucoup plus longue pour la domination des Fulbe depuis le laam-
Termess. Le conqu@te de Koli ne fera que parachever celle des Jaawbe
du Termess qui, m~ne s'ils ont été évincés du waalo par les farba à
la suite de la conqu@te du Jolo!, ont continué à ~tre martres du
Jeeri Puuta et de Eayre Ngaal. Ce sont les plus redoutables adversai-
res ~ue Koli a dt affronter.
La chronologie traditionnelle mérite dt~tre revue compte
tenu des indications que nous avons sur le Takrur. Nous savons par
al-Bakri que War J~ebi, roi du Takrur, mort en 1040-1041, s'est
converti à l'Islam qui a fait des progrès significatifs dans son ro-
yaume ; c'est de son temps que les gens de Silla sont devenus musul-
mans et ont fait la ~erre à ceux de Kalanbu (Galambo) (Al Bakri, in
Cuoq, 1975, p. 96)0 Nous savons par la m~me source que son fils Laba
(Labi ou Lebi) a combattu aux c8tés de Yahya ibn Umar Lamtuni contre
les Jodalle è la ba~~ille Tabfarilla en 1056. (Al Bakri, in Cuoq,
1975, p. 90). Far ailleurs, nous savons par Steff (1912, pp. 5-8)
qu'Abu Bakr, après con retour au Sahara, a conquis en 1082 l'Adrar
ct le Tagant d'où il a chassé les Nègres et les Fullani qui ont trouvé
refuge dans le Fuute. Il se peut que le roi des Sùdàn, Rà'i, b. Rà'i,
dont parle le Rudùd el.'Alam soit le père Qe War Jaabi b. Ràbis
(Hud~d al 'Alam, in Cuo~, 1975, p. 59). On a peut ~tre tort de ne pas
prondre en considération certaines traditions qui, selon Sire Abbas
Soh, prétendent que les To~jon sont plus anciens que les Menna. S'il
en est ainsi, l'ordre de succession des dynasties qui ont régné s~r le
Fuuta serait le suivant: JaoBo, Tonjon, l1anna, ~-Taaga, ~_
TermesB. Les traditions du Fuuta sont unanimes pour faire des Laam-
Taaga des Lamtuna. Dans ce cas, la dynastie des Laam-Taaga se serait
installée au pouvoir en 1082 après la conqu~te du pays par Abu Bakr
ibn Umar Lamtuni qui n'e pas da épargner l'allié de Tabfarilla dans son
expansion vers le Sud.

47
La dynastie a pu se maintenir pendant une génération encore
après la mort dlAbu Bakr en 1087. CJeat pour cette raison que nous
pensons que War Jaabi et Lsba sont des rois de le dynastie des lfunna
qui aurait été fondé par Mamadu Sumeare, u.~ Soninke du Hayre. Le
dernier roi de cette dynastie se nomme Cengaan Sumaare~ Il passe
pour le plus snnguinaire des tyrans quele~lluta ait connu. Il aurait
été alors renversé par une frection des Lamtuna d'Abu Bakr qui avait
pu se maintenir dano le Litaema après la nort de ce dernier. Ils
avaient pour ca?itale Taaga, au ~ieè d'une colline située entre
Kumballi (actuelle Maehans) et Daw.
La dyneatie de Leailltaaga a été renversée à son tour par
les Fulbe originairee du Termess. Contrairement à la tradition Eéné-
ralement admise, nous pensons que les Fulbe du Termess ont régné
suffisamment lon8~emps pour donner au ~uuta 90n cachet culturel.
Les autres éléments et~niques qui les ont précédés sur le terrain
ont été profondément fullanis~s en adoptant le Pulsar CODme laneue,
m~De s'ils parviennent à conserver leurs enthroponymes. En fait,
la domination politique des Fulbe n'a fait que renforcer l'élément
pullo qui existait déjà sous les dynasties précédentes. On devine
leur présence au j[Ie siècle à partir des indices que l'on trouve
dana l'oeuvre d'al Bakri : les termes utilisés pour désigner l'hippo-
potame (kafu) et les Goninke (knlanbu) sont de toute évidence des
transcriptions du Pulaar n 0abu et Ealambo. Cheikh Moussa Kamara
affirme dans le Zlwur al-3asatin que les Jeogc, mattres du Naomandiru
comptaient paroi leurs sujets des Fal~e. Il signale souvent que les
wodaaQe ont cohatité avp.c les Faddube Jaogo ou leur ont succédé dans
des localités corone Boyinaaji, Jokijawe, Aa1sm Gode.
C'est l'Iancienneté du régime de ~aam-Termess dans le Fuuta
qui seule peut expliquer l'assimilation des 30ninke originaires du
Wagadu et du Bayre. si l'on oonnett l'attachement des Soninke à leur
langue et à lêur o~lture.
C'est pourquoi nous faisons partir la dynastie du Termess,
de le chute des L~J-Tae&at en 1122. Contrairement à la tradition
générale~ent admise qui donne aux Termess ~O ans de règne, nous pen-
sons que le pouvoir des Laem-Termess s'est poursuivi jusqu'aa milieu
du XVe aièclc plus exactement jusqu'à 1~56-1~60, date probable de la

48
conquIt. du Fouta par ~li Njiklaan (Alvise de 11osta, 1890, pp.
~77-'78 ; Don.lha, 1977, pp. 130-131). Il 8St po••ible que la tradition
n'ait retenu que 10 règne du successeur do 110 Yaladi, Gaja KaAata
qui aurait régné ~~ ans dont 22 dans le Baxunu ou oelui de Bohu !1akam
qui a régD~ 33 Bna (Fon~s Goden, Cahier nO 10). Seule cette hypothèse
permet d'expliquer le trionphe de l'élémont pullo .~ le. autres
oomposantes de la oulture fuutanke.
Ce que la tradition au Puuta nie pas reteDu, o'est ln con-
qulte du Pa.ute. par le l:urba du Jolof Cukki Njikloan vers 11i56. En re-
vanohe, le tarikh es-Sùdàn de Seldi oentionne la dépendance du Fuuta
vis-à-vis du Jolo! (Sn'di, 196~, p. 128), le Jolof lui oftce étant sur
1" "territoire du Hell!". Cette donination du Jolof se manifeste l'or
le pertnge du terri".1re du Fuute entre 198 forba dont les plus puis-
sant. sont farba Jouol, farbo Waalelde, Icmbesl, farbe Eren, ~­
Tooro. Le Puuta eot alors adoiniatré par le8 farbo au non du burba
auquel ils envoient nnnuellecent une part du tribut levé sur les
Fulbe, gardant le reste pour eux. Cette situation a duré jusqu'en
1506 date à partir de laquelle, le rel!cheoent de l'autorité des
burba a engendré le guerre entre los farbn dont a profit~ Kali Tenello
pour onnquérir le pays et assGoir ft1outorité. L'anarohie à
10 guerre
dei farba e duré da 1506 à 1526.
En résuné le chronolo~ie des dynasties du Fuuta s'établit
OOCJl& suit
t
- Jaoeo t 5û8-720
- Tonjon • 720-826
~ MAnna • 09.6-1082
- Laon-Terneos t 1122-1~56
- Période Q'anorohie : 1'06-1'26
(guerre déS forba)
" 1526 t fin dé le oonqu8te dê Koli oorn~enpée à p~rtir de

~9
1.~~3~ La oigration dabornlilie
Depuis 1790, le peuple fuutanke coopte en son sein une
ninorité de Soninke qu'il n'a janais réussi à assioiler culturelle-
ment. Il s'agit des Soninke de l'innigration daboranke.
L'iooigration daboranke au Fuuta-Tooro se rattache,
selon
toutes les traditions aux év~neDents politiques qui sont survenus
dans le Sahel, le Jaare ou Kingi en particulier, à la fin du XVIIIe
siècle, il s'agit du confltt qui a opposé le clan de SAGONE à celui
des DABORA~3)
Mais à l'issue d'une guerre fraticide qui dura quntre nns
les Daborankoobe vaincus,
se dispersèrent dans toutes les directions
vers le Baxunu nu Nord,
et le roynune de Segu à l'Est; mais le
flot le plus inportant prit la direction de l'Ouest, pour chercher
refuge dans le Fuuta-Tooro,
en transitant par Nooro eV:Fooboxo où
ils ont séjourné penènnt trois ans. Le Fuuta, à l'apogée de sa puis-
sance, sous le règne d'aloaaDi Abdul Qadiry, était particulièrenent
indiqué pour leur offrir la sécurité et peut-~tre l'aide indispen-
sable à la reconqu~te de leur pays. Ces évènenents se placent entre
1791 et 1797, car à leur arrivée au Fuuta, venant du Jonboxo, l'~­
meani était encore absent du Fuuta, prisonnier du daQel Anary Ngone
Ndele à la suite du désastre de Bungowi.
Les Daborankoobe sont accueillis conne des frères en
l'Islan ; Dais sur leur deoande, ils conservent leurs coutunes
Qoriege, cas d'illégitioité, adultère. Ils conservent leur langue,
et leurs oarabouts. Ils refusent de se 8~ler aux gens du Fuuta,
pœrce qu'ilS se consid~rent conne des "réfugiés politiques" appelés
à retourner dans leur pays, les aroes à la nnins, à plus ou nains
long teru.e.
Aloanni Abdul en profita pour utiliser les services de ces
redoutables guerriers qui portent encore des tresses attachées sous
le Denton,
des boucles d'oroilles et des bracelets en or. Ils accep-
tent de participer aux guerres d'alnauoi,
co!~e contingent à part,
utilisant leurs propres chevaux, fusils et ounitions à conditions
de g&~der en totalité le butin qu'ils sont appelés à faire eux-o~Des.

5D
En outre, ils refusent j'accepter tout ce qui peut leur. laire perdre
leur soninkité et le souvenir de leur pays, en particulier les chaops
du waalo qui occupent une pInce essentielle dans la vie des Fuutan-
solidement
koobe en 100
a.ttnchant 1 au terroir.
Une fois le pacte conclu avec nlnaani, ils reçoivEnt l'auto-
ri&ation de s'installer où ils veulent dans le Fuutn. Il est vrai
qu'ils se sont installés dans des endroits naturellement privilégiés,
aux côtés des Fuutankoobe qu'ils aident à se défendre en cas d'atta-
que extérieure. C'e~t
à partir du Fuuto que ces Soninke ont atteint
le BunQu et la Goobie. Ils se sont installés à Wuro-Mbulel, Bokilnji,
Fajar, Haonodi-Hunc~re, Foora-Jawnra, Sooringo, Dogo, Cannkon, Wuro-
Soogi, Ticgere, Nabbaaji-Siwol, Bokijawe, Jowol, Kayhaydi, Madina-
Njaacbe, Edi, Janonl, Gollere NjUM et Jawara (fig.12).
Ces Soninke nouveaux sont différents de ceux du Hayre et du
Gajaaga qui sont de l'inoigration Wagadu. Ils se sont refusés à se
o~ler aux Halpulaarfen
pour échapper nu sort des Soninke du Wagadu
qui sont devenus Toorobbe, Sebbe eu Subalbe dans la société fuutanke.
Les Soninke Daborankoobe en s'installant dans le Fuuta ont
souvent créé soit ùes quartiers spéciaux,obéi89ant au nêne chef de
village fuutanrre que les autres quartiers, soit des villages autonooes
avec leurs propres chefs. Dans ce dernier cas, le village soninke
est jucelé avec celui des Fuutankoobe. C'est le cas de Sooringo Sebbe
fondé par les Sobankoobe venus de Boboya sous le direction de Manadi
Jaba Konate et les Jalvoranlwobe dirigés par Sign Banj.ugu Jawara et
Massembetu-Hare Jawara. Fajar a été fondé par Ganda Wnali Jawaru, et
Foora Kiffa Jawara. A ICayhnyùi le prenier inmigrant Soninke est Menùi-
gata Pendu Jagann (Snnba Jali JABATE : de Sooringo, 74 ans. Interview
du 28/3/1979). A Nabbaji-Siwol c'est sur la denande d'~ finnadi
Falel Ba, qu'alonuDi Abdul
lui a envoyé le redoutable guerrier qu'é-
A
tait Silarnaxa Jawarq pour faire ,ièce au sebbe Nang particulièrement
rebelles à l'nutorit5 Ge l'~. Selon El Hadj Silaoaxa Jawara, les
Soninke de Madina sont partis de Caankon, tandis que ceux de Gollera
viennent en partie de Gunjuru et en partie ùe Jagile. Les derniers
Soninke arrivés viendraient de Duga.

'1
Pour El Hadj 3ilacnxa Jowara, le conflit entre Dabora et
Sagone Qst né de la renise en cause dos instituti~~s traditionnelles
et du droit 8UCCGISOr~1, et non de ~ivalitéB pour la possession d'une
fenne, thèse qùi a été introduite par le biais des plaisanteries
entre cousins. En effet Sagone 9.t plus !gé que Dabora qui est son
oncle. Au n013 de l'âGe, il a refusé le pouvoir à 80n jeune onole.
Le conflit s'~st tor8iné par la défaite du clan »abora qui a trouvé
le salut dans l'exil.
Meis les Soniuhe d~ oette oigration sont constitués de deux
groupe. 1 les euerriers et lé8 oarebouts. Mais le8 uns et les autres
sont des agriculteurs. Les guerriers Jawaronkoobe sont des coobet-
tant. ornés de fusils faisant des
razzia et rapportant du butine
III entreprennent souvent des expéditions où ils peuvent perdre 10
vie, voire la liberté. Leurs oornbouts, Sillo, les encadrent ou pGint
de vue religieux.
Selon Mnoadu Lacin TOndia de Kayhaydi, leD nouveaux venus,
pour ne pas se foire absorber par les populations locales conne leurs
prédéceleeurs du courant de Wagodu, Be sont installés dans des qU~r­
tiers séparés dons différents villages, cooue Njuo, Honadi Hunaare,
Sooringo, Hayhoydi, etc. Ils sout venus avec leurs chefs les Jaworon-
koobe (Fofone, Ronate, Jnwora) qui se tressoientles cheveux et leurs
marabouts (Jagane, Roite, Mogassuba, Tondie, Mareega, Joabi, Seaxo).
A Kayhaydi, où ils ont fait le sercent de ne pas se laisser ossini-
1er en lançant une ilJpréootio~ sur tout nariage cixte, ils ont été
accueillis par ceerno i~olle waalo. Ils obéissaient aux dignitaires
qu'ils avaient trouv0S sur place, sebbe et subalbe portant les titres
de torcbaal, tee~, et farbo, auxq.els ils versaient les redevances
traditionnelles pour les terres qu'ils cultivaient,
Selon Rew Nene Fofone de Foora Jaware, les Sagone ne doivent
leur victoire dans la euerre contre les Doboro qu'en faisant appel
à des forces ~trone~r8s. Les Doboro contraints à l'exil, ont partout
joué le r~lê de nercencires nu service des prince•• Alceaei Abdul
en les accueillent au Fuuta a profité de leurs services.
L'arrivée Ge l'iQoigration deboranke n'a pas nodifié la

52
physionooie de la société fuutanke qui s'était renodelée au profit
des narnbouts qui avaient pris le pouvoir deux décennies avant qu'ils
ne s'installassent au Fuuta. Dans le Croupe toorodo qui vient de se
hisser au prenier plan de 10 société en se saisissant de l'autorité
politique, les ressortissants des anciens Goninke innigrés du Wogadu
jouent un r8le capital.
1.5. Les influences culturelles des Soninke sur la société fuutanke
Au plan toponynique, beaucoup ùe villages portent des nons
typiquenent Soninlre conne Silla, Ngappugu, Firgille, Jiinge, Jawara
ou Njawar, Foora, Wawnde, Wonpu, etc. Au deneuront, bon nonbre de
"clans" sont originnires des villac;es du pays Soninke : les Duganaabe,
les Neeganaabe, les Ganugunaabe viennent rœpectivenent de Duga,
Neega et Ganugu. On retrouve à Cilon des quartiers qui portent ces
nons. Dans ces clans, on retrouve tous les groupes sOCio-pIofession-
nels du Fuuta-Tooro.
Soninke et Ful~e ont cohabité dans les royaunes du Jnfunu
dès le XIIe siècle, GU Jaara ou Kin~i et du Baxunu entre le XIIIe
et le XIVe siècle. Aussi trouve-t-on dnns le Gejaar,a, le Bundu ,
le
Gidinaxa et le HayrQ, ùes clans de Fulbe appelé Bnxununaabe et
Jafunu' en. r'.inka:J., le Dre:::lÎEr laonterness ou 1 e prenier ~ Jaawbe
a régné nu Baxunu
• La preuve ùe cette coexistence peut
égalenent ~tre trouvée dans l'existence dans ces royamles soninke
des toponynes à connotation peul (Joa~)a, Ja.::u:1Ï-e Bokki 9 GUl7lal, Neerw,
Walata, Ganld, Hgeenar Ii'elingara à c8té des toponynes Soninke (Snnba
Kanji, Njajibinne, GandeGa, Buanze) ou Sereer (Kunba Ndaw).
De nos jours, on peut citer paroi de nombreux villages entiè-
renent ou partiellenent soninke : Wonpu, Tulel, Kayhaydi
, sur la
rive droite, Gollere, filldina Njnncbe, Jnwara, Njun ; dnns le dép ar-
tenent de Pndor ? Denbnnkani, Hoadabere, werna. Bokilaji, Lobaali,
Wawnde, Gunal, DOGo, Hannadi-Hunare, Soorineo, Na~aaji, Mbooloyel,
Boki-Jawe dans le départeoent de Yillatan. La quasi totalité de ces
comounoutés soniru~e se sont installés entre 1790 et 1807 (fig12).
lilalgré l'in]?ortance (le la toponynie peul, l'élément hunnin
Soninke donine surtout dans le Sud-Ouest du Hayre. La partie supérieu-

53
re ùu bassin est typiqueocnt soninke, o~oe nu plon de ln toponyoie.
Mais la région reste un cûrrefour en raison des facilités de circu-
lation offertes par l'aEencenent du réseau hydrographique.
Kolinbiné, KarkDro, ont plus pnrticulièreoent été suivies
par les popul~tions Soninke et les influences culturelles qu'elles
ont véhiculées. Le Knnrta dODiné par les Banbara et par les Jaawanbe,
le Bnxunu, le Jawara (ou Jaara), le Kingi, le Gijune et le Giùinaxa
sont toutes des rù:;ions où les Soninke ont joué un rôle fondanental
D~oe s'ils n'ont pas été les seuls à les peupler. C'est ainsi qu'ils
y ont coexisté avec les Fulbe.(fig. 11)
C'est par ces rivières et leurs affluents que l'influence
de l'Empire du Ghana 0 pu s'exercer sur le Fuuta. Les Soninke du
Ghana, pour des raisons diverses, se eont insinués dans la vallée du
Sénégal au peupleoent duquel ils ont contribué, Ils sont venus à lu
fois conne coooerç~nts (jula), coo~e narabouts qui ont apporté dans
la région 1'18100 bien avant que les Berbères et les Arabes aient
atteint la vallée du fleuve. A l'appui de cette thèse, nous pouvons
évoquer les ternes c10nt 011 se sert pour désigner les Elusuloans et
les narabouts. Les Dusulncns sont appelés .luIte (sine. julc1o) qui
dérive de jula con~erçcnt. Le terne Goodi (le o~rabout) dérive c1e
E2!i soninke. Les Fulbe utilisent le terne Godibbo ou ceerno. Ils
ont été les interoéùinires obligés entre les coonerçants naghrébins
qui faisaient relnche è Awdoghost (avant sa conqu~te en 1056 par
les Alocrovides) et le pays ùes Norrs qui fournissaient à ln fois
l'or et les esclcves ••• Valatn visité 9ar Ibn Battuta en 1353 et
Neeoa ont été aussi ùes relais du conmrrce transsaharien après le
déclin des villes du Ghana.
Dons 10 ICin[:;i, (:ans le Baxunu, Fulbe et Boninke cohabitent,
mtme si l'équilibre est parfois ronpu ou profit de l'une ou de l'au-
tre ethnie. Ici conne nilleurs, les routes de ~iGrntions ou d'inva-
sions ont été utilisées dens les deux sens. Des Soninke sont des-
cendus du Dhnr Tichi tt-I'Jalnta et des villes du Ghana dans la vallée
du Sénégal où ils ont introduit les pre~ières fornes d'organisation
politique ù'Etat dès le début du Ve siècle, (Thilnans et Ravisé,
1981) ou nu détut du VIe siècle, si l'on ajoute foi aux données
corri,gées de la trc(:i tion locale.

D'abord, 10- tradition que la dynnstie des in.anna a été la
seconde à exercer une autorité sur le Fuutn, en chassant les Jnogo
est une bonne indication. Ce ~anna serait-il le Tnnkaninfn (ou
Tunka-Mentl:l) nentionné par LI Bakri, à la fois neveu utérin et suc-
cesseur de Tunlm Bassi (Al BJJffiI, in Cuoq, 1975, § 133, pp 98-99).
Il semble plutat que ce soient les Sunaare du Hayre qui ont fondé
la dynastie des manna. Le dernier Donna s'appelait Cengnan Sumaare.
Nous la plaçons on troioièue position après celle des Tonjon •
...
Une tradition a retenu que ce fut une branche des Naxate du
Jaara qui a renversé la dynastie des Jaogo vers la fin du Xe siècle.
Elle aurait fondé la dynastie des nanna qui aurait régné sur l'en-
semble du Fuuta-Tooro d'abord, avant de céder la place aux Tonjon.
M~ne après son effondrenent, les Soninke ont continué à ~tre Dartres
du Fuutn-ori entaI, c' ellt-à-dire de
Rold.~c.1'Je à la frontière avec le
Gajaasa, jusqu'à le conqu~te du pnys par Koli Tenella.
Selon CheH:h Houssa Ka~ara, la dynastie des manna, a été
fondée par un descenc1ant de Hannoaxa Niaxaté chassé du Jaara par un
roi Bambara du non de Fatuoaxa, qui installa à sa place Mahmudu
Daman Gille Jawara. De Iianaxa descendent Sillan Bukari Jukunte et
Niafu. Ce dernier apr~s s'~tre installé h Gadel d'abord, alla s'ins-
taller à Daw, d'o~ il chassa les FuIte Ronaaüe. C'est lui qui cons-
truisit le ~ (fortifications) de Dow. L partir de là, il opérait
des razzia
sur les Fulbe. Ce sont les Deenyalli{oobe, qui ont détruit
le ~, incendié la ville et ruiné la puissance soninke dans la
région. Les ùébris de cette populatinn scninke de Daw-Tata se trouvent
aujourd'hui à KucO- dans le Bundu.
Sans pouvoir l'affirmer, il se peut que War Jaabi, ce ~rince
musulman Dort en 1040, soit Sonin!{e ou Raolpulaar d'origine soninke.
Il est probable que l'expérience politique du Ghano a dû ~tre oise
à profit par les rois du Takrur.
La technolOGie du textile, en porticulier le tissage et la
teinture, a été probn1Jler.1ent vulgarisée por eux. Il en est de oêEle
de la technolOGie du cuir. Le Jafunu est le poys de l'indigo et de la
teinture.

55
Au ~lan culturel, les contes populaires font toujo~rs
intervenir un certain personnage, du non de Haru3adi Manna,
synbole
du roi autocrate, très dur pour le menu peuple en raison de ses
exactions et de sa conduite arbitraire et insensée. Ce roi a eu
maille à partir avec une résistance populaire syobolisée par les
aventures de Sanba Kecce Bondo (Sanba le nouvais garnenent).
Par ailleurs, s ' i l est vrai que le clan Wage a été celui
qui a exercé le prenier le pouvoir, au point de donner le non ùe
Wagadu è son pays (L. Bathily, 1975, p. 8) le :roi était le prenier
et le principal ~ratre de ln religion traditicnnelle. Il avait le
don de faire le ~luie conne Dina et de prévoir l'avenir. Il était
devin; i l avait le ùon de se nétamorphoser en aninaux de toutes
sortes, de couvrir ùes distances énornes en quelques fractions de
seconde et i l avait aussi le don d'ubiquité. Aussi le terne wa 0 e
est passé en pulaar ~our désigner l'honne inspiré, versé dans les
connaissances occultes, et faiseur de miracles et oracles. Toutes
ces qualités ont été héritées par les preniers silatigi Fulùe. En
cela silatiGi et wace sont héritiers des tunka,
et par delà., des
pharaons de l'EL~pte ancienne. Ce sont donc ce que Marc Bloch appelle
les "rois thaurow:turges".
Lu plan culturel et lincuistique, le Pulaer et le Sonirrhe
ont bon nonbre de terr:1eD canouns :
c'est ainsi que le ~ e:oninke
et le Mbara pulacr, désignent le ~me réalité, ln Grande tente ou
véranda qui est cŒDstruite pour abriter les circoncis, regroupés
hors du village pendant près d'un Dois,
jusqu'à la guérison de leur
opération. Le ~ soninke signifie tout ou le~, comme le fof
ou le fo-fof pulnar. Le tnnbour de Guerre se dit Taballe en Soniru~e
et Tabalde en pulncr. Le ~ dans les deux langues désigne une for-
tification. Les rtclpular'en ont pris le terne aux Soninke. Les deux
peuples utilisent le n~ne terne pour désigner la parenté contrac-
tuelle ou l'alliance sous sernent, c'est le Jongu. En pulaar, ce
terme désiGne aussi les relations qui résultent du voisinage direct.
Yoncuade, c'est passer la t~te par dessus
un nur ~itoyen ou
une
haie mitoyenne pour PQrler à son voisin ou échanger quelque chose.
L'allié contractuel, se nonne jongidiido. Le tenme ~ùésigne dans
les deux lanGues l'oncle naternel, nais les ternes désignant neveu

56
sont différente (onadirnado en pula~r et Kaw-lemme en soninke). Mais
dans les deu~ langues, on retrouve le m~me terme pour désigner les
cousins utérins (leome en soninke et remoe en pulaar). Mais les rele-
tions entre cousins (enfants des frères et des soeurs) obéissent aux
rn~oe règles ùe Du00rdination. En Pulaar, ce sont les enfants de l'on-
cle qui sont les "nnîtres" et ceux de lé1 soeur, les "esclaves". Mais
ln si tuntion est rigoureuseoent inverse pour les Soninke, ce qui re-
flète che~ ces derniers ln réoiniscence du mntrilinéat originel (A.
_.
Bnthilv, 1975, p. ~1).
Signalons aussi le cousinage par plaisanterie entre Soninke
et Fulbe, dont on trouve quelques traces dans le Fettach (M. ~,
Tarikh el-Fettnch, 1981, p. 71). En particulier, chacune de ces
ethniQs ta,:e l ' autre
de couardise et de l~cheté devant le danger.
Ces influences culturelles des Soninke dans le Fuuta ùoivent
être imputées, ûux prenières inmigrntions venant du Wagndu. Ces
Soninke ont probablement introduit dans le Takrur l'Islam et les
techniques co~aerciales. Ils ont contribué à faire des ports du
Sénégal, des prospères métropoles comoerciales, à la suite du recul
temporaire de GiGjilmassa, d'Awdaghost, d'Arawan et Wodan après leur
prise en charge pnr les Almoravides (J. DEVISSE 1983). C'est parce
que ces Soninke se sont fondus dans les populations indigènes qu'ils
ont pu incorporer leurs apports dons ln langue et la culture du pays.
Aussi l'influence c1e ces Soninke "perdus" a-t-elle été plus gronde
que celle de ceux qui sont venus beaucoup plus tard, et qui ont
refusé de sc ~~ler par peur d'@tre assinilés.
2. LES APPORT;:; I.JJ.r.0ING
Lprès s'~tre éoancipé de la tutelle du Ghana, le Takrur est
devenu à ln fin du XIe siècle un Etnt puissant et respecté de ses
voisins. !, ln suite du repli de l'Empire du Ghana, le Takrur est
devenu une princi,nuté dépendante du royaume Soso avant d'être intégré
à l'Enpire du linli, bien que cette intégration ne soit pas établi e avec
certitude. L1influence nalienne se nesure particulièrement à la survi-
vance des inDtiiutions politiques et surtout des titulatures q~r·1~~f/

57
mandingues, D~ne après l'0sancipation. L'agencement du réseau hydro-
graphique entre pour une part déterminante dans la formation du peu-
plement du Fuuta-Tooro et dans le modelage de sa culture. Le Bafine,
le Bakoy et la Faléné a~portent du Fuuta-Jallon les eaux qui ferti-
lisent les terres du waalo-Fuuta
en n~ne temps ces rivières sont
empruntées par l'or ùu Banbuk et du Bure, et par les influences
ethniques et culturelles du plateau mande. Le Fuuta a été une des
routes de l'or et n ce titre a toujours été convoité par les puissan-
ces politiques qui se sont édifiées dans le Soudan Occidental. Ln
maîtrise des routes ùe l'or explique bien des comportements des mo-
narques du Ghan['"
du Uali, et du Songhoy vis-à-vis du Takrur, du
royaume des Yoalalbe du Fuuta-Kingi, du Fuuto-Jallon et de la Gan~)ie.
Ces rivières traversent le plateau mande, le Bure, le Gadugu, le
Gangaran, le FuladuGu et le Xaaso. Toutes ces régions sont à prédo-
minance mandingue. Elles ont été empruntées par les jula qui étaient
les intermédiaires obliCés entre les régions aurifères et le monde
extérieur. Ces routes naturelles ont été suivies dans les deux sens.
Elles relient les régions traversées aux trois Fuuta : Fuuta-Jallon,
Fuuta-Kingi et Fuuta-Tcoro e
Dans ces régions traversées, les éléments fulhe et malinke
sont inextricablement liés. L'équilibre entre les différents éléments
est pour le moins instable. Selon 10 conjoncture l'un ou l'autre
élément joue un rôle ~réJoninant. C'egt ainsi que les Fulbe du
Wassulu, du Fuladugu ont été plus ou moins fortement mandinguisés.
En revanche, dans le Fuuta-Jallon, le Bojar et le Fuladu, les in-
fluences malinke (Jallonlie, Tanda, Caapi) ont reculé devant les
Fulbe. Dans le Xaaso, les rois d'origine }ulbe ont adopté la langue
de leur peuple, le malirute. Le triomphe des influences mandingues
au plan culturel et politique est lié au prestige incontestable, à
la grandeur de l'empire du Mali et au rayonnement de ses monarques
(Sunjata, Mansa Ule, Manso Musa, etc.) non seulement dans le Soudan
occidental, mais aussi dans le monde arabo-nusulman. Ne prétend-on
pas à tort que Koli Tenella est fils de Sunjata ? Les Fulbe de l'Est,
ont conservé le souvenir de leur migretio.n (lu Fuuta à l'époque où le
Fuuta faisait partie de l'Empire du Mali (chronique de l'écir de
Douentz8 , Fonds Gaden). Cette influence se retrouve au plan institu-
tionnel.

58
M'ne a~rès ln fin de l'hégémonie po1itique malinke; l'héri-
tage iristitutionnei est de~euré. Il a été assumé par lee ethnies qui
ont pris le pouvoir. La persistance des titres conDe Batigi OU
llilatig!. ferLa. lar el!! , ~; ,jaagarot •.126o.din. mane,a ou narsse. est
révélatrioe. Si le Sotia! a fini par désigner le chef suprftme, Bon
SUccesseur désisne le tYlI:w.linku, signifia letils arM_ Le régime
patrilinéaire en vieueur dans l'Empire mnlinhe. a été adopté au Fuuta
sans 10 moindre conoession ou régime natriiin~aire d'origine eoniw'.ei
Cette influence est liée nu fait que l'ensemble de la Sén3-
gambie a été intéGrée à la Douvance de Mand! Manso par la crnqu~te
du Jolof par Tiromax~ Traoré ou Biraea Birete (Arcin,1911. Sékéné
Mody Cissoko, 1969, p. 325 et suive
). Cette conquate se @Qtéria-
lise par la oise en tutelle du Jolof, du Fuuta; et par la création
de royaumes malirure le long de la Gambie et de la Casamance, Les Fulbe
ont vécu pendant lonctemps sous la dépendance des princes nalinke i
...
non seulement dans le Fuuta et le Jolof, unis aussi dans le Naani, le
Wuli, le Fuladu, le Bcja~. Des métissages plus ou ~oins intenses ont
pu se produire entre Fulbe et l.fal:l.nkoobe. Ln aère de !2!!; Nana Keytn
est mOlinke, ce
qui fnit dire aux Deenyankoobe qu'il est le fils de
Sunjoto et non do
'l'enelln. Le séjour ou Bojar des Deenyankoobe n
rent.orcé les liens entre les deux peuples. Xoli
était donc à 10 fois
chef des Fulbo et des l-inliIllie dans le Bajar.
j . LA PLACE DES \\'/OLGF ET DES SEREER DANS LI. FORl'IATION DU PEUPLE FUTAN-
lm
-
3.1. Les apporis wolof
Les ~nthroponymes d'origine wolof sont extr~mement nombreux,
La plupart d'entre eu~ se retrouve dons les groupes socio-prefessionnels
de. Subnlbe ou p~oheurs et Sebhe ou guerriers, GAY, FAAL, JOOB, l·iBOOJ,
...
GEr, JAAG, JEEY, NJJJG, WADD, oonstituent la majorité des Subalbe,
alors que les nons d'oriGine soninke (Konto, Boceili, Sumaare) et
peul (Bah, Soh, Sal, Cene) sont très rares. Les anthroponymes Sereer
(Saur, Njaay, Neon, Cuo, Juuf, 'l'iin) sont aU88i très nombreux paroi
les Subelbe. Au dedeurnnt, oe sont les Saer qui fournisseat toujours
les doyens des Subalbe. Lee titres portés par leurs dignitaires sont
.JAlai3.b~, ,w4, ~UfPel, J,ef,o,din.

59
La majorité des groupes des Sebbe sont d'origine wolof,
en
particulier,
ceux du Ngenaar : Nang, Faal, Joob, Jaak, Njaay, Jeng.
La plupart des grands farba du Fuuta (farmbaal, farba Waalalde, farba
Erem, farba Njum,
etc) sont des wolof d'origine.
Parmi les Sebbe les plus notables du Fuuta, nous pouvons
citer les farba de iJaalalde descendant de Birom Mhafti comme ln plu-
part des Jeng du Jolof,
du Kajoor et du Fuuta. Ses descendants sont
les chefs du Laaw avec le titre de jaalaw à Sanre Ndoogu dans le
Jeeri des Halaybe ~ Sammaël Birom Mbani, avec le titre de jaafando
a le privilège d'accorder l'asile politique à tous les réfugiés et
à tous les persécutés. C'est de lui que descendent aussi les Wan
de Mbumba, de Kanel et de Wan-Wan et les Jeng de Saadel qui sont
devenus des Torobbe (Fonds Gaden, IFAN F.T cahier nO 9 ; Remarques
sur des Jaogo et sur certains titres). L'expansion de l'Islam a
favorisé la "toorodisation"
de bon nombre de ces populations d'origine
wolof, m~me si la majorité est restée cuballo ou ceddo.
L'influence des Wolof est importante dans la mesure où ils
sont des voisins occidentaux et méridionaux du Fuuta-Tooro. Ils ont
vécu pendant longtemps au contact des Sereer et des Fulbe, d'abord
au sein de l'Empire du Ghana. Ce sont eux qui sans doute peuplaient
Senghana et Awlil au j~Ie siècle. Ils étaient les voisins les plus
proches des Jodalle. I1nlgré ln pression berbère et Hassan, qui ~s a
refoulés plus vers le Sud, leur impact sur le terrain se traduit par
la multiplicité des toponymes commençant par (ten, tin (le puits)(~)
et par Wa (ceux de)
~ comme dans Ten-Gumbe, Tenkara, Tentan dans
l'Awker, N'Wadgni, Tindngh-Madjak, Ten-Bam, Ten-Mohamed, Ten-Wa-
Gharmil, Tingadoum et Tin-Bouyali dans l'Amechtil ; Tendegh-Ma-Djek-
Tahl, Tendegemi, Tendeg-Fadma dans l'Iguidi,
etc (Etudes Mauritanien-
nes, 1953, pp. 36 à 55).
Si l'arc hydrographique Guiers-Tawe-Khomak et R'Kiz consti-
tue la limite théorique entre Fulbe et Wolof, i l va sans dire qu'elle
a été franchie de part et d'autre par les deux peuples. C's.t ainsi
que le milieu du }[Ve siècle est marqué par l'expansion du Jolo! aux
dépens du Fuuta, du Nnmmadiru oU Njarmew et du Saalum. Ce fut l'oeuvre
de Cukli Njiklaan. Il a partagé le Fuuta entre les farba qui adminis-

60
traient les différentroprorinces au nom du burba et prélevaient sur
les populations un tribut en bestiaux ou en mil. Cette politique
n'est assurément pas ~trangère aux migrations des Fulbe du Fuuta
vers le sud et le Sahel au milieu du XVe siècle.
A la suite de la conqu~te du Fuuta par Koli sur les faren
et les farba, ces derniers ont ~té associés à nouveau au pouvoir
deenvanke qui mit nu profit leur force militaire non négligeable.
La conqu~te deenyanke qui a beaucoup contribué au processus
de dislocation du Jolof, a fourni au satigi l'occasion de prendre
sa revanche sur le burba, grâce à son intervention dans le conflit
qui oppose le burba au damel (Donelha, 1977, pp q9-50 et A. Alvarès
d'Almada, 184~ p. 4). Il a m~me donn~ asile à une branche de la
famille royale du Jolof chassée du pouvoir. Il l'a installée à Hoore-
foonde où elle fournit les chefs de village avec le titre de bumuy
ou bummudi et où elle gère de vastes kolaade du waalo.
Etudiant l'ethnie wolof, Faidherbe va jusqu'à écrire ceci
"ce qui est certain, c'e~t que les Wolofs occupèrent d'abord la plus
grande partie du Fuuta et un vaste territoire sur la rive droite
(GANAR). Le Cayor étnit alors occupé par les Soce (Malinke) 9 l'in-
vasion peule fit refluer les Wolofs du Fuuta vers l'Ouest. L'invasion
berbère et arabe repoussa ceux du Ganer vers le Sud, de sorte qu'à
leur tour, les Wolofs repoussèrent les Sérères et les Socé vers la
Ga~bie et occupèrent définitivement le pays qu'ils habitent encore
aujourd'hui" (L. Faidherbe: Hommes et tribus du Sénégal in Moniteur
du Sénégal nO 1, du 5 avril 1859, cité par Gaden, Fonds Gaden,
cahier nO 12, p. 32).
Les indications fournies par Al Bakri sur les croyances
religieuses des Takruriens avant la conversion de War-Janbi nous
laisse supposer ln présence des Wolof dans le Tekrur. En effet, Al
Bakri nous dit que les gens du Takrur adoraient des idoles, appelées
dekakir (Al Bakri, in Cuoq, 1975, § 126 p. 96 et Vincent Monteil,
1968, pp. 68 et 100). Or le terme dekakir en wolof sert à désigner
l'ébenier, dont le bois sert à fabriquer les
idoles. Ce terme wolof
deknkir correspond en pulaar au jalambaani, c'e~t-&-dire l'arbre à
partir duquel on fabrique les jalnn, c'est-à-dire les idoles.

61
Au plan culturel, on peut supposer que ce sont les Wolof
et lei Sereèr qui ont tra.nsmis aU peuple fuutanke les techniques de
le p8ehe et rn~rle l'agriculture. En effet, Ibn el-Fakih, traitent des
genres de vie des populations du Ghana, note qu'elles "se nourrissent
de mil (dhurra) et de doligues. Ils appellent le mil 'fiukhn" (Ibn al
~AKIB, 19~9, cité pnr Cuoq, 1975, pp. 51-52, § 27 et 30). Dukhn nous
fait penser au dugup wolof qui désigne le mil en général, tandis que
le. doliques pourraient désigner les aebbe. Les Wolof, vivant au
contoct avec les Fulbe, leur ont légué entre outres choses des ter~es
relatifs à l'agriculture beyaat (= sarclage ou deuxième culture) et
ngoo~nan (outil à noissonner) et à la p~che oomme oboel (épervier),
mbakal, s8ekit...
En outre la rn8j~ure partie du groupe des Subalbe
ou p~cheurs porte ~es pctronymes wolof et Sereer.
Au plan lineuistique, les études faites par Yoro Sylla et
d'autrQs lingui8te~
concordent pour rattacher le Puloar au groupe
de. langues ouest"atlontiques. Le Wolof u ~~ %de racines communes
avec le Pulanr. Il est seulement dépassé por le Sereer qui 8 avec le
Pulsar 37 %de racinos oOQmunes. Ces trois longues ont donc coexisté
pendant des siècles sinon des millénaires dons la m~me aire culturelle.
Lea affinités sont donc très iMportantes. D'ailleurs, le Pulonr du
Tooro et du Dir~r est très fortement influencé par le Wolof, On le
4
A
A
constate à NQ~Ga lleendar, Podor, Nonga-Edi et Nanga-Njum et Lugge-
Sebba. En revanche, le wolof de Liw, Coareen, Coambe, Mogo, donc celui
des Sebbe-Jeeri couporte une très forte dose de vocabulaire pulaar.
3.2. Apports Sereer
Au plan culturel, les affinités sont encore plus grandes
entre Sercer et tlaalpulnnr'en appelés "Toucouleurs". Non seulement,
16 parenté linrruistique est évidAnte pour qui 80it écouter attentive-
CGpt, mais encore le cousinage par plaisanterie prouve que ln commu-
nauté d'origine est réelle et vécue comme telle par les deux peuples.
Sereor et Holpulear'en sont d'accord pour dire que l'essen-
tiel du peuple
Sereer est parti du Fuuta. Bon nombre de Sereer ont
gardé le souvenir de leur village d'origine, dans le Takrur. Encore
de no. jours, on mont~9 partout dans le Fuuta oentral les sites aban-

62
donnés que l'on appelle villages sereer. Ch. Becker et V. Martin en
ont fait un recensement très poussé, sans pour autant les découvrir
tous. Les collines au IJord de la vallée du GorGol fourmillent de
toponymes sereer, de m~me que l'Assaba (Kumba Ndaw et Kossas). Maatam
et Dagan~ Gont des toponymes sereer.
La présence des mbanar qu'on retrouve jusque dans l'Adrar
mauritanien, montre que les Sereer ont occupé une très grande étendue
des terres du Nord. Ils ~ ont cohabité avec les Fulbe. Ils ont dû
émigrer comme les
K~l~uriens sous la pression des Berbères et sous
l'influence du desséchement. Selon Yoro Bali DYAO, ils ont été assu-
jettis par les Fulbe, m~is s'en sont émancipés bien avant l'avène-
ment de Njajaan Njaay au XIIIe siècle. Il leur a fallu livrer des
guerres meurtrières conire les Fulbe, à l'époque où ces derniers
étaient les martres ùe Darnde et de Waalalde. Ces conflits les for-
cèrent à traverser le fleuve lorsque laamtooro a conquis Darnde.
Ils auraient émigré pour s'installer au S.E. de la vallée du Ferla,
alors peuplé par les Faddube sous la domination du clan Ndaw. Bon
nombre ont poursuivi leur route vers le Siin et le Saelurn, avant que
les Faddube du Njarne\\i ne se dispersent à travers le Tooro, le
Kajoor, le Dimar, le Jolof, et le Bundu, lorsque le royaume fut dé-
truit au milieu du }~e siècle par Cukli Njiklaan.
Le pekaan, folklore des Subalbe du Fuuta-Tooro, ressemble
à s'y méprendre au folklore ser~er. La phrase musicale est à peu près
la m~me chez les Subalbe et chez les Sereer. C'est probablement des
Sereer que les Subalbe ont gardé la croyance aux génies du fleuve
munuji (sing ~) auxquels il faut faire des libations dens certaines
circonst~ces. Les Fulbe pour traverser le fleuve avec leurs troupeaux
sont soumis à ce r i t e : ils versent du lait dans le fleuve avant de
recevoir l'autorisation du jaltaabe ou du~. L'ouverture de la
p~che dans certaines parties du fleuve exiGe les mêmes rites que
A
l'on rencontre encore de nos jours chez les Noominka.
3.3. Les Faddube
Les Faddube sont plus connus sous le nom de Jaogo. Toutes
les traditions s'accordent à les considérer sinon comme les introduc-
teurs du moins comme les vulgarisateurs de la métallurgie du fer dans

63
le pays. De la mane fa~on que Surnaoro Kant6, le roi forgeron a donin~
le plateau mande avant Dunjata Keyta aussi les forgerons Jaogo ont
eu le mérite d'avoir fondé la première dynastie dont on a
gardé la
mémoire ~u Fuuta.
Certains en font des Fulbe Jaawbe : le terne Jaogo signifiant
alors le prenier Jaawo. Leur nom patronymique serait Joh dont descen-
drait le clan des Ba~delnaabe de Cilon, les plus grands propri~taires
de la région. D'autres en revanche pensent que les Baadelnaabe, sebbe
fix~B sur les collines de Ngeelom entre Cilon et Barga sont d'anciens
sujets des Jacgo qui ont abandonn~ le nétier de forgeron (Fonds
BREVIE, IFAN, F.T. cahier nO 2q).
Mais ln tradition la plus couraoment admise est que le terme
Jaogo est le titre porté par le roi des Feddube. Il signifierait le
maître du minerai (aga). Il détenait le monopole et le secret de ln
transformation du minerai (latérite, hématite) en métal et celui de
la fabrication des outils de base (enclumes, tenailles, marteaux,
ciseaux). Les autres forGûrons transformaient le cétal qu'ils extra-
yaient sur leur autorisation.
On les représente comme des étrangers da grande taille,
venus du N.E., portant d'énormes outres. On trouve les traces de leurs
fourneaux partout où l'on trouve de la lat~rite ou de l'h~matite en
abondance.
Leur dynastie qui n'a régné que 130 ou 170 ans sur le Fuuta
a vu se succéder au pouvoir trois rois qui ont joui d'une longévité
exemplaire: Kunba Voli
(30 ans), Demba Njom ou Ndoom (6q ans) et
Waali Njaw (56 ans).
Selon Cheikh Moussa Kamara, "les Jaogo snnt des sebbe wuran-
koobe. Ils auraient d'obord habité le Nammandira ou Nanmanira situé
entre le Jolof et le Ferlo. Selon d'autres, ils habitaient le Ferlo
et c'était de leur ré~idence qu'ils gouvernaient le Fuuta. Ils coha-
bitaient avec des Fulbe qui étaient leurs sujets. En ce temps là le
Fuuta n'était habité que par les sebbe Wurankoobe et les Fulbe, les
Toorobbe n'existant pna"(Ch. Moussa Ramera, Cahier nO 7, Trad Hadrame

64
Mamoudou DIA et O. KANE, inédit, p. 47).
D'autres placent le Nammandiru entre le Jolof et le Saalum.
"Il serait limit6 au N.O. par le Niani et le Jolof, à l'Ouest par
le Soalun, eu Sud par le Niani et à l'Est par le Ferlo" (id- et ibid).
Le Nacmandiru doit donc ~tre identifié avec le pays de "Geremeo"
(Njarme\\i), si tué à l'est du Ferla, aux cnnfins du Fuuta ; il a été
conquis par les rois du Jolof vers le milieu du XVe siècle si l'on
en croit Alvarès d'Llmoda et l'Anonyme 1600 publié par Teixeira da
Mota.
Les patronynes les plus fréquents chez las Faddube, sont
Njany, Ndaw, Seboor, Gooy, Ndooc, Kobboor, Lakkoor, Sujjaan, Mangann,
Ndemaan, Gey, Njanoor, IrDac, Mbaay, ~TheniGa, Urgo, Ndibilaan, Sam,
Bekken, Concaan, Fal, etc. Les dominants sont les Ndoom, Waali, Njaw,
~fuoh, Caaro et Cuun.
Ces patronymDo o~ r~trouvent en grand nombre dans le Jolof,
en partie dans le Gnalwà. Certains sont typiquement Sereer ou le sont
devenus (Ndaw, Njaay) d'autres sont Wolof et appartiennent à la caté-
gorie des fteeao. Au Fuuta, seul le groupe des sebbe Wurankoobe a
conservé un souvenir relativement clair du Nanmandiru. On en trouve
A
A
A
dans le Tooro (Nanca-Nsendaar, Nanga-Njun, Nanga-Edi), dans les
Yirleabe-Hebbiyaabo (Joaba et Cikitte), dans le Booseya (Hoorefoonde,
Godo, Codday,Barga), dans le Ngennar (Wuri-Soogi, Boki-Jawe, Giray,
Boyinaoji, Nabbaaji), dans le Damga (Fumihara-Joobbe), et dans le
Ferlo et le Bundu où ils sont encore appelés Faddube (Dude-Bagge ,
A
Dendudi-Caalli, Jiya et Naakon). Certains prétendent que les Faddube
Jaogo seraient des Uoloi ou des Soose. Certains avancent mftme qu'ils
seraient des Joola Baïnuk.
Le fait qu'ils soient nombreux dans le Jolof conduit Cheikh
Moussa Kamara à dire qu'ils sont tous oriGinaires de ce pays. A en
croire le m~me auteur, ils ont non pas introduit la métallurgie du
fer, mais plut8t la technique de ramassage et de réduction du minerai
(l'hématite principalement) ramassé à l'air libre. Ce procédé a contri-
bué à faire abandonner celui de l'extraction et de la réduction de la
latérite beaucoup plus dur, m~me s'il était plus savant.

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65
Quoiqu'il en ooit, leur apport est capital dans la cons-
titution du peu~le fuutacl~e at dans ln diffusion des techniques ué-
talliques à pnrti~ de cette reg10n, Ils ont dooiné le Fuutn et ont
intt'oduit une hiernrchisetion à l'intérieur B~ne des artisans nétaux,
à l'époque où le travail du nétol
donc 10 forge, était le plus noble
f
d~ tous les nétiers, ce sont leD forgerons qui ont été la classe
dominante au Fuutn~Tooro conBa ils le sont dans d'nutres parties de
l'Afrique,
A propos de 10 dispersion dee Feddube, il y a quatre trl',-
ditious contrndictci~Qs r la prenière inpute uux Soninke ~8 ln èynos-
tie des Niuxcte lu destruction du Narnoaàiru
la seconde ~eut que
ce Soient Maures qui en soient respons~bles
la troisième, dont rn
trouve les échos chez les Portugais (Alvarès d'Alnada,Cnelho, Donelha)
attribue la destruction du Njarmew aux b\\4...ga du Jolof ; enfin on pré-
tend que Koli, après avoir conquis le Neani et le Wuli, a détruit
le Nommadiru et provoqué de la sorte la dispersion de ses ha.itants(S).
En réelit6, toutes ces traditicns ne sont pas aussi contra-
dictoires qu'elles le paraissent. Les fouilles de Oogo et de Sineu-
Bara replacent le. culture de ces sites entre SOO et 1050 ap. J. C.
(Thilmnns et Ravisé, 1980). Cette culture correepondrait en partie
au royaume Jaogo qui recouvrait non seulement le Ferlo, mais aussi
l'ensemble du TaIrrur. L'''invosion'' des Soninll:e de ln dynastie ~es
"Niaxnté" que Delofosse place vers la fin du Xe siècle (980) substi-
tue à IlhégéQonie JaoGo sur le Fuuta (appelé Nammnndiru) celle des
Manna (6). Le noyau du royoune Jaogo persistera comme une simple
dépendance des Mauna. La poussée de llaile méridionale du mouvement
almoravide avec Lùu Bakr Ibn Omar Lactuni entre 1072 et 1087 détruit
une seconde fois ce qui restait du NDmmandiru, ou coeur du Ferlo,
entraînant une seconde dispersion. Au XIIe
siècle le Nammandiru se
serait reconstitué seus le nom de NJarmew intégré à le mouvance
malienne au XIIIe siècle. Le Njarmew serait alors dirigé par les
Ndaw venus du Nord (de Kumba Ndaw dans lIAssabo). Le fonds Jeogo est
alors renforcé par des éléments Sereer et Wolof, et
~~oe Soninke
descendus du Nord avec les clans des Ndaw. Le royaume a gardé son
indépendance jusqu1au Bilieu du XVe siècle, date à laquelle Cukli
Njiklaan aurait détruit 10 monarchie des Bëlëp et annexé le royaume

66
à.l'Empire. Sa direction serai~ alors cnnfiée à un deI membres de la
famille .royale. L'ancienne famille' régnante se serait alors dispersée
en conservent partout où elle s'est installée le titre de bHlëp
au Jolof, au Bundu et ou Saelne, dans le Ndukuma8n.
Le passoge de Kali, dans la réeion n lieu au moinl 3/~ de
.iècle après la conqu~te du Njarnew par les burbn. Cette oonqu~te
est contecporaine ùe la wigrntion de Tenella vers le Kingi (Donelhn,
1977, p. 159).
C'est ln conqu~te et 18 domination du Fuutn par les Fulbe
d'abord et lesT~robbe ensuite qui n été à l'origine d'une idéolOGie
qui a dévalorisé la profeesion et sas pratiquante devenus plus dépen-
donts des agriculteurs, des paeteurs et des p~eheur8.
Le Fuuta a bénéfioié en outre de l'apport des populations
du Kuwnr, en partioulier de la petite et opulente cité de Jaawnn
dont les "habitants sont riches et font de fréquents yoyages à l'é-
tranger pour le coooerce" (Al Idris:' , 1886, 2e ohicat, Je section,
p. ~5). Noua eO~Je6 tenté de voir dens la ville de Jaawan, ln patrie
de ce groupe social que l'on appelle les Ja~wanbe (sing. Jaawnndo)
qui ont très souvent cohabité avec les Fulbe avec lesquels ils ont
noué des relations très étroites allant jusqu'au mariage. Il ya entre
Fulbe et Jaawenbe une parenté contractuelle que l'on appelle jongu.
Les Jaawanbe sont d'ha~ilcs coooerçants et de fins politiquee. Leur
finesse d'esprit tend mftoe è la rouerie. Ils sont dane le monde des
PUlbe des conseillors politiques avertis pour les princes. Au Maasina
mIme, leur influence est telle, que toutes les transactions sur les
bestiaux des Fulbe sont faites obligatoirement par eux. Ils ont joué
un r8le déterminent duns l'éclatement de certa!•• conflits ou dans
la conclusion de ln paix (Kati, 1981, P. 1~6).
,. LES APPORTS ARABO-BERBERES
Le Fuuta était également en relation avec la ville d'Azoggn
ou Azzughi, appartenant aux Berbères Messufa et Lamta. Cette ville
appelée "Coucedan" duns la langue de Guinée, était une étapê obligée

67
'pour qui voulait se rendre à Ghana, à Takrur et à Silla entre le
Xe et le XIe siècle (LI Idrisi , 1886, p. (9). La présence de la
communauté des Al Fanan (.hl Bakri ,~rad. Slane, Il· 335) dans
Silla,
prouve l'importance des relations entre les Takruriens et les Arabo-
berbères. La plupart de ceux qui se fixent définitivement dans la
région finissent p~r se fondre ethniquement dans le groupe dominant,
même s'ils sc prétendent Lantuna, arabes ou chérifs. Nous pensons
néanmoins que les Takruriens résultant GU métissage entre arabo-
berbères et nèsres sont très réduits en nombre, malgré la prétention
de beaucoup de1oorobbe qui font remonter leur origine aux arabes
du Yemen, de Syrie ou
d'Egypte (7).

68
c. LES FULBE DAl'm LE FUUTA
On est obliaé d'adoettre que les Fulbe ont constitué l'élé-
cent le plus i~portnnt dans 10 fornation du peuple fuutanke. Tous
les eutres éléuenta ethniques ont été fondus dons le coule de ln
fullanité èès le début de l'époque historique.
1. ;Plaçe de lI61é:](mt pulle dons la fornntion du peuple fw..tanJ(-,,2,
1.1. Leurs oriGinea
L'origine des Fulbe a été le erond problène de l'ethnologie
et de l'anthropoloGie physique du début du siècle. Les arrière-pensées
racistes ot colonialistes ont obscurci le problème de l'origine des
Fulbe et leur influence politique et oulturelle en Afrique. Une terni-
nologie mal cottrisée tente de faire la distinction entre Fulbe et
"Toucouleurs" •
Lea th6orios les plus tnvrnisoublables ont été avancées à
propos do l'origine dos Fulbe. On trouve les échos dans les travCLUX
de Delafoese (191~). Teuxier (1937, p. 103-104) a fait une critique
exhauetive de toutes ces théories. M. Thierno DIALLO (1972, p. 121-
193) 0 fait DUr ln question une mise nu point remarquable qui pertlet
fe V01r un peu ~luo clair dons une liitérnture aussi abondante qu~
confuse. Nous noua contenterons d'évoquer ici les données de l'archéo-
logie préhistori~uo et protohistorique.
Il oot LO ~lus en plus aduis que le Sahara a été le centre
de 10. àonesticntion du "bos africanus", ou point qu'on lie abusive-
ment la désertifiootion du Sahara au surpaturege. "La domestication
du boeuf était acquise au Sahara Central avnnt le IVe millénaire
puisque dao stations rupestres qui furent occupées par les Bovidiens
sont dotéoa ùe ).550 av. J. C. à Jabbcren, de 3.070 av. J. C. à
Safer. F. ~ORI fait renonter les débuts de l'ère pastorale au nilieu
du VIe millénairo. Lo phase ancienne de l'Aoacus s'étendrait du
milieu du VIe oill4àoire jusqu'au début du IVe. Le Bovidien final
a donné le plus &rand nonbre de dotations; ell$8 ~a 8~tueQt tout~s
dans 10 preoière noitié du Ille millénaire soit entre 2.910 et 2.610
av. J. C. (G. 01J':".)3, 1974, p. 245).

69
A. Ymzzolini (1983) met en doute la notion de donestica-
tion telle qu'elle est employée à propos de l'auroch de Nabta
Flaya, dès le 7e et €le
laillénaire av. J. C. "Seule, dit-il, une
domestication du boeuf vers 5200 B.C., contemporaine de l'introduc-
tion des vicaprinés, vous paraIt certaine". (P. 521). Il met en doute
aussi la plupart des dates proposées, en particulier la douzaine de
dates (de 45.000 à 1.500 B.C.) retenues pour les "gisements du
Tassili et de l'Acacus situés au pied ou à proximité des peintures,
car la liaison entre les uns et les autres n'est pas prouvée".
(P. 522 ). Il pense que la donesticatinn a pu ~tre effective au IVe
millénaire dans l'Acncus, comme le prouve le gisement de Tin-n-Thora
(entre 3600 et 330C av J.C.). Au total, il y a plus de présomptions
que de certitudes ~ propos de la domestication du boeuf au Sahara
central au IVe millénaire. En celn, il est d'accord avec Huard pour
rejeter la chronoloGie longue proposée par Mori. D'une façon géné-
rale, A. Muzzolini, dans une critique serrée, pense que la thèse
diffusionniste à partir de la vallée du Nil n'apporte guère des
preuves à l'appui de ses affirmations tant en ce qui concerne le
"bos brachyceros" que les nigrations "protopeules" (A. Muzzolini,
ibid., pp. 531-534 et 539 et suiv.).
Pour sa part, H. LHOTE parle d'une "civilisation de pes-
teurs"qui a fleuri entre 2500 et 1000 av. J.C. "Pendant cette pé-
riode appelée "bcviclie!:me", le thème favori des "artistes" de
l'époque est le boeuf, reproduit par milliers d'exemplaires sur les
parois des crottes le plus souvent en grends troupeaux conduits
par des berges. Ces boeufs sont d'une remarquable qualité artistique,
inspirés directenent de le nature, avec un souci très poussé des
détails, en particulier pour les cornes, les oreilles, les sabots
et la queue. Les forDes du corps, très harmonieuses, sont parfai-
tement observées et les tBches marquées par une teinte différente
généralement le blanc (H. LHOTE, 1958, ch. V, p. 71).
Le type plus fréquent est la b~te bicolore : "fauve et
blanc, noir et blanc
parfois trois couleurs, brun, blanc et noir
sont associés sur la m~me robe" (G. CAMPS, 1974, p. 246). Ces b8tes
correspondent rigoureuscnent à ce qu'on appelle les "na! pulfuli,
les vaches des Fulbe par opposition aux "Caparoo,ii" ou boeufs des

70
Maures. Ces troupeaux conduits par des bergers sont tellement beaux
qü f ils feraient 10 fierté de n'importe quai pesteur du Fuuta à notre
époque. L'artiste traite aveè un soin particu1i@r les cornes, les
oretl10 •• les sabote ét la qu~ue. Lê ~odt du détail dé l'trtiste
traduit l~ Sètl8 aigu de l'oblèl"Vation des l"ulbe pasteur. qui Bavent
dtes,er une carte d' ic1ent1t~ pour chacune de leurs b~tlS, quelqu'en
soft le no~bre. Certaines notations sont les t~.oins de le permanence
culturelle du monde des Fulbe • habitats de huttes à formes coniques,
utilisation du boeuf porteur pour transporter le mobilier, les femmes
et les enfants, (H. LIiOTE, 19'8, ch. V, p. 71) J tirs à l'arc contr~
les animaux sauvaces qui s'attaquent aux troupeaux et oombate 8en~
glents opposent croupes rivaux pour la possession de. troupeaux ;
parcs à bestiaux, veaux attachés à la patte pOl" une longue corde
commune, service d'eau, colliers de clochettes attocbé~ au cou des
boeufs en particulier ùes boeufs-directeurs des troupeaux, coiffures
en cimier des fem~es, couleur aombre et barbichettes dG. homme.,
Il n'est pas jusqu'à la diversité des types ethniques qui
ne trouve une confirnation dans le tradition orale des Fulbe, selon
l~quelle les Blanca (Pulbe) ont été précédés dons les octi.ités pas-
torales par les Noirs (Lawbe),
Toutes ces i~dications ont fini par convnincre Amad~H~mpaté
BA de la continuité entre les Fulbe préhistoriques et les Fulbe d'au-
Jourd'hUi, Il 0 pu reconnnftre dans cert~ines représentations les
.ymboles que l'on retrouve dons les récits initiatiqu_des Fulbe.
C'est ùans le Sahara que s'est for~é l'univers culturel
auxquel partioipe le voIlée du Nil. L'importance partioulière des
meules et des nolettes prouvent que les Bovidiens consonmatent du
grain, eueilli ou cultivé. Les populations bovfdie~es ont laissé
des traces de leur transhumance entre les vallées et les plaines
voisines 1 sculptures en ronde
bOise représentant bovidés, ovica-
pridél, ronge.ra et statuettes anthropomorphes dl~e faeturp adnirable
(O. CAMPS, 1974, P. 2~7). La brill~n~8 oylture t~né~t.~nP', C9~tempp~
~~tn8 du bovidten, nontre l'unité &V~ty.el1e d. &~b"a ~~olttÀiqy~
.t d~ la V~11é. ~u Nil, 0& Q~' 8t~~1. ~Qnftrmt' lt~IIQQtat~Qp ~~
"lit! C:\\" bc;>,"f ~t ~q. çulto '9t~h'9 d,~~.. ~~~la~t\\tf ,~p,'~@'J,lt~·HqAf. 1

71
disque solaire placé entre les cornes du boeuf, barque égyptienne,
croyance au dieu serpent (Camaaba) rites de fécondité et magie ayant
trait à la vie pastorale.
Huard et Leclant (1980) ont décelé dans ln culture des
chasseurs du Nil et du Sahara ce qu'ils aDpellent les préliminaires
de la domestication. Ln vallée du Nil et ln Libye Orientale semhlent
~tre, selon eux, les premiers foyers de domestication des espèces qui
ont gagné les autrœ
foyers du Sahara central par les routes au Nord
et au Sud de l'ErG libyque. L'éclosion ùe l'art des pasteurs-peintres
a rencontré des conditions particulièrement favorables dans le Tassili,
bien que "la valeur nrtistique des fresques décro1t nettement de
l'Ouest à l'Est, au ccntrnire de la trajectoire migratrice globale
des bovidiens" (Abbé Breuil, 1954). La migration des pasteurs éleveurs
du boeuf africain à partir de la vallée du Nil, s'est accompagnée de
la "diffusion jusqu'au Sénégal du mot Nag, qui dans l'Egypte ancienne,
désigne le troupeau de boeuf" (Huard, 1959) (3).
Nous somnes portés à croire que c'est à r~rtir des lacs
sahariens que s'est onérée la dispersion des populations en direction
des lacs plus méridionaux, de la vallée du Nil et des montagnes plus
arrosées de l'Afrique du Nord (9).
Le peuplement de l'Afrique de l'Ouest résulte donc d'un
long processus qui, ~ la suite de la désertification du Sahara, a
conduit les populati0ns de végéculteurs, de pêcheurs et de pasteurs
Vers le Suè où ils suivent la migration de l'isohyète 400 min. L'étape
suivante fut l'occupation du Dhar et du Baten de Tichitt.
Patrick J. I/ilniSON(10) montre dans ses différents travaux que
l'élevage était pratiqué au Dhar Tichitt à toutes les périoèes depuis
1400 av. J.C. jusqu'à l'invasion libyco-berbère, vers VIlle siècle
av~ J. C. Mais c'est à la phase de SEBKHA que l'élevage laitier a
été très important, car dans l'art rupestre, les vaches sont toujours
représentées à cette époque avec des mamelles énormes. Ces détails
sont des signes de l'iuportance du lait dans l'alimentation, au moment
où l'agriculture prend une port de plus en plus inportante dans
la
tradition de Tichitt, tondis que la pêche diminue et finit par dis-
parattre à mesure que les lacs du baten se desséchent.

72
Autour des lacs de l'Awker et du Sud dominés par l'escar-
pement des dhars Tichitt-Walata, comme autour des lacs sahariens,
agriculteurs, p~cheurs et pasteurs ont coexisté. La complémentarité
de leurs acti~rités a favorisé la sédentarisation des populations et
une certaine urbanisation. Il est impossible qu'une telle concentra-
tion de population, dans des dizaines, voire des centaines de villages
fortifiés au débouché des passes, puisse subsister uniquement des
activités de prédation (cueillette, chasse, pêche, végéculture).
A en croire P. J. Munson, les anciens sites se trouvent en
bordure de la zone IncLstre du baten. Ils ont été d'abord occupés
par des populations pastorales et agricoles sans souci poliorceutique.
Ces habitations datent de le deuxième ooitié du deuxième millénaire
avant J. C. (entre 1500 et 1150). Ces "populations cultivaient le
mil dont les grains se sont parfois fixés dans la pâte des poteries
avant cuisson" (G. CiJ1PS, 197q, p. 256). Les sites fortifiés qui
leur font suite, logés dans des infractuosit6s de la roche, s'éche-
lonnent entre 1150 et 850 av. J. C. ; d 1 autres plus petits (entre
650 et 380 av. J. C.) sont les témoins des périodes d'insécurité:
aggravation des conditions naturelles et déprédations des nomades.
Cela explique l'aménacenent des escaliers entre la falaise et le
baten. Les fortifications sent toutes vers le Nord. Les villages for-
tifiés du Dhar Tichitt-Walata sont l'oeuvre de "batisseurs de race
noire" qui cultivaient le petit mil et élevaient le gros bétail, le
mouton et le chiën (2. J. MUNSON, 1971, cité par Ibnou DIAGNE, thèse
Paris, 1978, p. 23).
Mais A. Holl, dans une démonstration convaincante a montré
la solidarité des sites des vallées et du platenu avec ceux du buten,
dans le cadre de l'ezploitation globale du milieu qui" comporte
toutes les stratégies d'occupation de l'espnce ; le déploiement selon
le rythme saisonnier et les techniques de prélèvement nécessaire à la
vie des communautés occupant cet espace : chasse, pêche, cueillette,
et l'élevage qui nobilise tout un savoir technique matérialisé par
différentes classes de vestiges archéologiques" (A. Holl, 1983, p.
290).
Sans aller jusqu'à affirmer nvec P. J. Munson que les villa-

73
ges du dhar-Tichitt constituent les premiers linéaments de l'Empire
du Ghana, il n'est pas exagéré de noter avec A. Holl que "l'intégra-
tinn à l'environnement s' eff ectue d.ans un cadre géographique de plus
en plus large", ùe l'enclos au N.T.S. en passant par la communauté
de sites et l'unité régionale (A. Holl, 1983, p. 290). On retrouve
dans ce cadre les modes de vie qui, avec la division du travail,
seront à la base de la snructuration sociale et m~me politique de
toutes les ethnies de ln région.
C'est à partir de là que le "dess~chement hist~rique",
couplé avec la poussée :)erbère, a fait refluer plus vers le Sud
encore les populations du Sahara Takrurien (Modh, Awker, Tagant,
partie de l'Adrar, Lffole, lnchiri) presque entièrement formées de
noirs qui ont absorbé presque totalement ceux que Vanelsche, Laforgue
et Hubert appellent les "Blancs importés" depuis l'invasion libyco-
berbère (H. Hubert, P. Laforgue et G. Vanelsche, 1921, pp. q33-qq3).
Si les sédentaires, accrochés à leurs fortifications, ont
pu résister aux invasions libyco-berbères, les nomades formés sans
doute en majorité de Fulbe ont pu descendre vers le Sud bien avant
les populations sédentarisées du Dhar.
1.2. Les données historiques et traditionnelles JUSqu'à la fin du
XVe siècle
M. Delnfosse, un des pionniers du diffusionisme, identifie
de façon péremptoire les Fulbe aux Put ou Phut dont on parle dans la
Genèse (10,6), dnns les Chroniques (l, 8) et chez les Prophètes
(lsare, 66, 19 9 Jérémie q6, 9 ; Ezechiel 27, 10 ; 30, 6 et 38, 5
Nahum 3, 9). Le nom de Put ou Fut est souvent associé à celui de
Laud oU de Loudil;}. Ils sont représentés Col'JlJ.e des peuples voisins
des Ethiopiens et des Libyens, participant aux conflits locaux et
régionaux, et impliqués dans le systèl'J.e des alliances.
On peut dire que l'hypothèse de M. Delafosse n'est pas
absurde en soi, m~lJ.e si nous ne la partageons telle qu'elle est for-
mulée. En effet, on trouve encore de nos jours des Fulbe dans toute
la savane de l'Atlantique au Soudan méridional et à la Haute
Egypte.

Ces Fulbe prétendent venir de l'Uuest. En outre l'alternance conson-
nanti que pIF est très fréquente : Pullo au singulier donne Fulbe au
pluriel. Ln lan[;Ucdes Fulbe est appelée Pulanr à l'Ouest et Fulfulde
à l'Est.
lsare (LZVI, 19) nentionne le "peuple des FouI parmi les
nat10ns éloienées du côté du Sud et de l'Occident". Ptolemée (IV, 1,
2 p. 578) et yline (Histoire Naturelle V, 13 Edit Belles Lettres,
1ère pertie trnduction J. Desanges p. 132 note 3) mentionnent aussi
Phut ou ~.
ReIJrenant les termes de la table des Nations, Flavius
Josephe (37-100) parlant de Phut, fils de Cham, ajout e que "Phute
peupla aussi le Libye et nomma ces peuples de son nom Phuté.ns. Il
y 0 encore aujourd'hui dans la Mauretanie un fleuve qui porte ce
nom" (11).
SouliGnons au passage que le localisation plus précise donnée
par Isare et par Flavius Josèphe, nous rapproche ~vantage de la
savane soudano-sahélienne, traditionnellenent parcourue par les tribus
des pasteurs Fulbe. Ce qui est surtout intéressant, c'est la partici-
pation des FlŒbo dans les conflits art1és du VIe siècle av. J. C.,
peut-~trQ COl;lne contingents de mercenaire s pr~ts à donner leur appui
au plus offrant. Ci déjà, les Fulbe recrutés comme archers et arnés
de boucliers étaient déjà très appréciés sur les champs de batailles
de l'Ethiopic, de l'Egypte et du Proche Orient, leur participation
plus tard dans l'ornée nlmoravide opérant en Espagne au XIe siècle
(in Cuoq, 1975, ~. 197, § 327) ne doit pas nous étonner outre mesure
m~me si les motivations sont différentes.
Dès le dernier tiers du VIle et le premier tiers du VIlle
siècle, des 3erJères avaient opéré leurs premières incursions guer-
rières dans le I~auar (666) et dnns le Soudan Occidental (734) (R.
MAUNY, 1961, p. 5?O-528). Une tradition rapportée par le Capitaine
STEFF, se fait l'écho de la présence dons le Kawar, d'une branche des
OmmgyadQs par laquelle les Soninke de Biru-Biru auraient été touchés
par l'Islnn pour la première fois (Steff, 1913, p. 5, F. 8, Cahiers
1 à 7).

75
Dès le milieu du IVe siècle, la sécurité des. Fulbe, cor::me
celle des populations avec lesquelles ils cohabitent a été sérieuse-
ment menacée par la poussée des Berbères, en particulier celle des
Lamtuna. Selon Ibn ~ilinldoun : "quand les Lemtouna eurent soumis les
régions du désert, ils portèrent la g~erre chez les nations nègres
pour les contraindre à devenir musulmans. Une grande partie des Noirs
adopte alors l'Islam, nais le reste s'en dispensa en payant capita-
tion" (IBN KHALDOU1~, Trad. SLANE, Alger, 185~t p. 65). On pourrait
ajouter à cette assertion d'Ibn Khaldoun que ceux qui ne voulaient
ni embrasser l'Islan, ni payer tribut avaient le choix entre le
servitude, la mort ou la fuite. Bon nombre dé
"nations
nègres" trouva
le
salut dans la fuite. Les premiers nègres
qui furent islamisés sont ceux du désert. Ils le furent sous le
règne de Tiloutan (mort en 837), d'Iletan (mort en 900) et de Temin
(mort en 918-919). C'est après plus d'un siècle de confusion et
d'anarchie, pendant lequel bon nombre de nations retournèrent aux
cultes traditionnels, que le flambeau du "jihad" fut repris par J~bu
Abdallah Ibn Tifouat et par son genre Yahya Ibn Ibrahim al-Gedali,
auxquels succédèrent Yahya Ibn Oeer et Abu Bakr Ibn Omar Lamtouni,
tous deux petits fils de Telagagin.
C'est cette poussée violente des Berbères qui est, selon
toute vraisemblance, à l'origine de la migration vers le Sud des
populations du Rodh et du Tiris.
Dans le Tableau historique de Cheikh Sidya traduit par p.
MARTY, on peut lire ceci : "Les pays de la Mauritanie du Sud (Al
Guibla) avant l'arrivée des tribus Lemtouna, qui vinrent l'occuper
et avant Abou Bakr Ibn Omar, étaient habités par des Noirs, depuis
l'Adrar jusqu'au Tacant, jusqu'au rivage de l'océan atlantique,
jusqu'à la rive du fleuve d'eau douce, appe~de nos joars ~bdyak
(Sénégal). Ces Noirs avaient alors b&ti de grande villages dans tous
les pays précités, aussi bien ceux qui sont maintenant habités que
ceux qui sont abandonnés. Ils avaient creusé des puits profonds dans
le Sahara, comme en témoigne et le prouve incontestablement.l'exis-
tence des ruines de leurs constructions , aussi bien la partie habitée
que dans les régions désertiques et duns la brousse. Ces traces fort
anciennes de leur existence et les débris qui en subsistent sont des

76
preuves certaines. On trouve aussi parfois des objets enfouis en
terre".
"Pour revenir ~ certaines traditions d'Abou Bakr ibn Omar,
quelques chroniqueurs racontent qu'il se mit donc à chasser les Noirs.
Il s'employa sans tr~ve à refouler tous ceux qU'il atteignit, à ren-
verser leurs controuctions, à chasser tous ceux qui étaient là, avant
lui. Aussi le plus Grand nOQbre pnssa-t-il le fleuve (Sénégal) ou
bien s'établit-il dans les terrains cultivés qui forment le Cha8ama
en deçà du fleuve, dans les broussailles et les grandes dunes de
cette contrée. Ces débris en déroute constituaient un nombre co~~idé­
rable impossible 3 évaluer" (P. Narty, B.C.E.R.S.-AOF, 1921, p. 71 et
78, 81-82).
Par nature, les Fulbe sont dLS nooades. Mais leurs déplace-
ments, en temps norlùal, se réduisent à une simple transhumance dans
une aire géographique réduite. Ils balancent selon les saisons, entre
les vallées et les hautes terres. Mois la raréfaction des herbages
oblige ces pasteurs à chercher toujours, plus vers le Sud ou vers
l'Est, les paturages nécessaires à la survie de leurs troupeaux. Ils
s'installent dès lors là où ils trouvent les conditions biogéographi-
ques favorables ù leur activité.
Les déplacements des Fulbe sont rendus plus
faciles pa~
leur mode de vie en particulier par l'absence d'un habitat sédentaire
conséquent qui d'une façon générale s'accompagne de la pratique de
l'agriculture. L'habitat des Fulbe n'est en fait que des campements
temporaires que l'on construit très facilement à partir du bois, de
la paille et des épines d'arbres. Le mobilier rudimentaire est aisé-
ment transportable par les boeufs porteurs.
Tant que les p8turages existent encore dans le Sahel, le
seul
Qotif
de déplacement de grande amplitude et des migrations
définitives
. l'insécurité: vexations des princes, conflits vio-
lents avec les acriculteurs, persécutions et surtout invasions. Il
faut y ajouter que les Fulbe fuient toujours les régions de forte
mortalité pour les bestiaux.

77
C'est ainsi qu'après le déclenchement du nouvmment Alnora-
vide et les expéditions de Abu Bakr Ibn Omar Lantuni dans l'Adrar,
le Tiris, et le Hodh, les Fulbe furent obligés de s'installer plus
au Sud, dans le Jeeri-Fuuta, ou encore Jeeri-Lonbiri à l'O.S.O. de
Hayre Ngenl ou hssnbn. Cette montaGne orientée NW-SE est le limite
théorique du Fuuto. Les Fulbe Jaawbe et Sayboobe y vécurent près de
3 siècles en poix (F. G. l FAN, Cahier nO 81). Ils passaient l'hiver-
nage dans le Jeeri et, pendant la saison
sèche, ils descendaient
dans la vallée du fleuve. Il est probable qu'à leur arrivée, ils ont
da repousser plus vers le Sud les habitants Sereer et Wolof, ou
cohabiter avec eux COLme ils l'avaient feit dans le Tiris, l'Adrar
et le Hodh. Les descendants de Bodewal ~mkhaoa ont augmenté en nonbre
et en puissance. Ils ont repoussé les invasions Maures, Lantuna,
eontr81e
Jodalle et des LaoQtago e. s'aS8~rnnt le Ides passes de l'Assaba.
Ils ont n~me à un noment donné tenté de conquérir le Fuuta et le
Nammendiru. A la suite des conflits intervenus dans le groupe des
Fulbe, un des clans fut contraint d'émigrer vers l'Est.
Certains indices nous permettent de supposer que les Fulbe
sont déjà dans le Ta~trur El l'époque (1068) où Al Bakri écrit son
routier. Le terne nncbu (Rafu) qui désiBne l'hippopotame est incon-
testablement pulnor. Il en est de m~me èu terne Galambo (Kalanbu)
dont les Fulbe se servent pour désigner les Soninke en général. Ces
S~inke ont probablement d'abord hebité Galacbo, au NE de Silla,
avant d'émigrer vers l'Est dans le Gajaaga sous des pressions diver-
ses. Selon A. BATHILY, bon nombre de villages du Gajaaga ont été
fondés à partir des villages du Fuuta. C'est le ces en particulier
de Jawara.
Al Bakri distingue deux types dans les populations du
Tekrur : les sédentaires et les nomades. Les sédentaires fixées dans
les vallées vivent de la culture du mil et de la p3che dans les eaux
fluviales très riches en poissons "épais" qui leur fournissent 11 e s-
sentiel des protéines. Nous voyons volontiers les Fulbe dans les
populations nomades qui changent d'établissements au gré des saisons
et des aléas politiques. Ces pasteurs, en contact avec les agricul-
teurs et les p~cheurs ont tendance à se sédentariser, tout en conser-
vant lee techniques ,pastorales. En se livrant à l'agriculture, ils

78
contribuent à la sédentarisation relative de l'élevage bovin qui
normalement, ne s'épanouit que dans le nonadisne. L'élevage ovin et
caprin était probablement plus populaire chez les agriculteurs sé-
dentaires , ~ùlbe ou non. Le rythme de reproduction du cheptel des
ovicaprinés lui pernet de supporter, au contraire de l'élevage
bovin, un prélèvement plus important à des fins alimentaires bien
que les f~uilles de Sincu Bara amènent à conclure à une importante
consommation de viande de boeuf. Les ovicaprinés étaient souvent
utilisés dans les sacrifices cultuels (G. Thilnans et A. Ravisé,
1980, t. II, p. 119).
En revanche, l'élevage bovin fournit davantage le lait, le
beurre pour la consonnation des populations, et subsidiairement des
peaux. Dl effet, la tradition populaire veut que "le lait de vache
soi t un médicament, tandis que sn viande est un poisson".
1.3. L'émergence du Termess
La poussée arabo-berbère et le "desséchement" ont donc
accentué l'arrivée des diverses populations, les Fulbe compris,
dans la vallée du fleuve Sénégal et dans le delta intérieur du Nicer
à partir du dhnr Tichitt-\\ilalata et du baten qui étaient le proto-
Maasina et le proto-Fuuta. En énigrant vers le Sud et vers l'Est,
les Fulbe, plus portés au nonadisme pour des raisons d'ordre écono-
mique et climatologique ont davantage margué de leur sceau les popu-
lations des principales vallées et de leur~
affluents. La fullani-
sation de la région a cOBDencé sans doute bien avant l'énergence du
Takrur, mais a d~ se renforcer au fur et 3 nesure que le desséche-
ment progresse dens le Sud. Ce faisant ils ont donné à leur patrie
le nom de leur ancien habitat. Le Maasina du Dhar Tichitt a donné
son non au delta intérieur du Niger, tandis que le Fuutn du Sahel
a donné le sien au Fuuta-Tooro d'abord et plus tard au Fuuta-Jellon.
Si l'on veut dater l'occupation du Maasinn nigérien par les Fulbe,
on doit reconter au XIII-XIVe siècle, si toutefois on ajoute foi à
la trBdition véhiculée par le Tarikh-es-Sudan, reprise par la tradi-
tion des émirs de Douentza, de Ray Bubba et de lola (Sa 'di, 196~,
p. 281-288).

79
Au XIVe siècle, Al Makrizi atteste la présence des Fulbe
dans le Soudan Occidental, c'est-à-dire dans l'Empire du Mali où ils
commencent à jouer un raIe important. Les Fulbe de l'Est (Adanaw8,
Dori) prétendgnt eux-D~nes venir de l'Ouest du Mali, plus précisé-
ment (M. DELAFOSSE, 1913, ch IV, p. 21) du Fuuta (Termess et Maka)
après avoir transité par le Maasina nigérien. Une certitude demeure,
c'est l'existence des Fulbe en tant que force sociale et marne poli-
tique au XIIIe et surtout au XIVe siècle, n~me après l'intégration
plus ou moins conplète de leur pays à la mouvance soninke d'abord
et malinke ensuite.
Dans une note publiée en 1913, Colonbani se fait l'écho
des traditions des Maures concernant l'arrivée des Berbères en Mauri-
tanie, sous la pression des tribus hilaliennes. Ces traditions sont
de la m~rne veine que celles qu·on retrouve dans le Tableau historique
de Cheikh Sidiya en ce .qu'elles rnentionnent la présence des Fulbe
dans le bilad Shinguitti à l'époque alnoravide.
....
.......
H. Barth (1858, t. V, p. 511) signale en outre que dans le
Baghena (Baxunu), les Fulbe sont appelés Kuwar ou Kottr, ce qui n'est
pas sans faire penser au terme Kowri par lequel les Hassan désignent
les populations de la vallée du Sénégal, et les "Toucouleurs" en
particulier. Le pulaar étant appelé "kilarn al-kuwar".(lla)
Si ROHLFG se contente d'écrire que la population de Touat
tout entière est fort n~lée de sang soudanais ~1b~ "Barth est plus
précis en disent: "il y a au Touat, des familles nègres établies
là depuis longtemps. Elles appartiennent principalement à la race
Poullo"(BARTH : 1858, t. l Edition Allenande p. 275
cité par Gaden
ibid p. 21.) (1. i 0 )
"D'après 10 trodition arabe, écrit Léon Rocher, les Pelleta
formaient une petite tribu qui, chassée du Tell par la misère, se
réfugia au Soudan. La supériorité de leur race et de leur intelligence
leur donna un tel ascendant sur la population de la négritie qu'ils
en con~ertissent à l'Islam un grand nombre, combattirent les autres
avec leurs néophytes parviennent à fonder des enpires dont ils devien-
nent les chefs" (F. G. 1FliN , Cahier nO 12, p. 21).

80
Si on admet que les expéditions d'Abu Bakr ibn Onar sont
une des raisons najeures de l'émigration des peuples noirs vers le
sud, la mort de Abu Bakr ibn Omar Lantuni narque sans aucun doute
une pause dans le nouveuent nigratoire. Les populations noires, en
majorité réfugiées entre l'Assaba et la vallée du Sénég~l, se sont
alors organisées pour nieux résister à la pression neure. C'est
essentiellenent dans le Terness que l'organisation fut la plus poussée,
avec l'émergence d'une dynast~e, des Lûantermess. C'est la raison
pour laquelle H. GhDEN a pu écrire à Vieillard ceci : "Les Peuls du
Macina sont ori~incires de Ternès, c'est entendu. Mais ceux du Ternes
venaient-ils du Nord oU du Fuutû ? Jlai idée que cela doit pouvoir
se débrouiller au Sahel. Vous an~ez que l'ancien, véritable Fuuta
devait s'étendre au Nord jusqu'nu Tagant, à l'Est jusqu'à l'Assaba,
au Sud jusqu'au fleuve S6négnl ; le Dieri-Fouta était le haut pays
sablonneux à l'Est de l'Assaba. Et tous les ans aux pluies, les Peuls
de7aient conne aujourd'hui les Maures quitter cette plaine, bonne en
saison sèche, et traverser l'Assabo pour conduire leurs troupeaux
dans le Dieri-Fouta plus sain. Ils se trouvaient alors tout près du
Termess qui est au N.E, de l'Affola" (F. V, IFAN, Cahier nO 62).
Comnent concilier les différents Termess qUe nous connaissons
par différentes sources, H. Barth signale l'existence de Turmessi
dans le Tiris
qu~ selon Gaden, fait partie du Fuuta. Terness figure
sur une carte de Barth à l'ouest de Kassambara dans le Baghena (Baxunu)
région située entre Nioro et Gombu, anciennement habitée par les
Fulbe.
De son caté Sa'di, dans le Tarikh-es-Sudan, écrit que les
"rois du Maasina sont originaires de Koma, non d'une localité de
Qayaka qu'on appelle encore To'o et Tirnissi. Il y avait là un sultan
nommé Djadji ben Sadi qui avait deux frères germains Maghan et Yoko ••• "
(SAIDI : Tarikh-es-Sudan, 1981, ch~ XXVII, pp. 281 à 283).
Ahnadu Ebbcr~e, émir de Douentza, reprend la m~me tradition,
avec cette différence que la patrie des ~ du Maasina, seraient
Moka et Khona qu'il place dans une région du Qayaka appelée To'o et
Tirmisi.

81
Le Capitaine STEFF, dons son Histoire du Fuuta-Tooro, parle
de l'arrivée des Fulbe Joawbe à Hayre Ngonl, ou lac Tammourt en
Nadge (Laaci Weendu) près de Moudjéria. Le chef de ces JccKbe s'appe-
lait laamierness, et avait pour capitale Ksar-al-Barka à 50 ka de
Moudjéria. Il aurait repoussé l'invasion de laantaêg~,avant de le
battre et de conquérir le Taaga et le Naomndiru (STEFF (Le Capitaine),
1913, pp. 5-8).
Les différentes traditions sur le Terness ne sont pas incon-
ciliables surtout si l'on tient compte du fait que les nomades Fulbe,
dans leurs déplacements, ont toujours tendance à donner à leur nou-
velle résidence, le non de leur ancienne patrie. Il est possible que
le proto-Terness, se situe dans le Tiris. A la suite de la pression
des Alnoravides, les Joawbe vinrent s'installer dans le Tooro qu'ils
appelèrent Terness. Ils f.ondèrent Khoma (ou Xumna) et Maka, tous
situés à la lisière du Fuuta et du Waalo. Cette région devait être à
cette époque une dépendance du Gajaaga (Qayaka).
~ la Dort de Cokko (Yaku), la brouille intervenue entre
Juaye Sadiea et son frère Mokhan poussa se dernier à chercher refuge
dans le Baxunu (Baghnna)ouprès des tanneurs soninke, les Gergankoobe.
Il aurait fondé alors dans cette région un nouveau Termess. C'e~t de
là que ses descendants gagneront le Burgu, dans le delta intérieur
du Maasina, à travers la urouée
de SOKolo. C'eët de Makhan que des-
cendent les ~ du hoasinn.
Ce sont les nécessités de la lutte contre les berbères
Lamtuna (Laantaaaa) qui les ont anenés à s'installer à Laaci-Weendu,
dans le Tammourt en Nnaj, au Sud Tagant, pour contr81er directement
les passes de l'Assabo. Avec leurs guerriers, les Hontorbe (Ngat,
Taal, SaI, Nduk), les Jaawbe et leur ardo ont su résister victorieuse-
ment aux Maures du Biru (Walata) qui venaient les piller fréquemment.
Leur détermination dans la lutte contre les Maures était renforcée
par la conscience qu'ils avaient de l'enjeu: la liberté ou la servi-
tude.
A partir de Laaci-Weendu, conquis sur les Lamtuna, ils ont
rayonné sur l'ensemble du Fuuta et du Jeeri-Fuuta. Ils conquirent la

82
plaine du Fori et la capitale traditionnelle Tunbere-Jiinge. A partir
de là, ils conquirent le Nammandiru, situé B l'Est du Ferlo. Ils
devinrent de ln sorte les martres de l'ensenble de la région œ. Hayre
Ngaal (Assebo) eu Namnondiru (Hnut Ferlo). L'ensemble du pays prit
le nom de Termess, remplaçant donc le Naooandiru.
Le capitole resta toujours Laadi-Weendu (Ksar"al-Barka)
le reste du territoire étant administré par des émissaires appelés
Hoolaabe (oing. hoolando).
Le looDter~ess le plus connu est Joaye Sadiga qui n'Bst
autre que Djadji ben-Sadi du Tnrikh-es-Suden. Les Jeawbe du Terness
cohabitaient égalenent avec les Soninke surtout dans le Hayre en
et
particulier des Sumaare, des Ranara,
des Naango / des Fenl.
ParDi les rois du Termess, on cite aussi les laanter~ess
Moodi, son fils Begore 1100di et son petit fils Bubu Begera. LeaDteroess
~agara est icroortalisé par une colline qui porte son nOD dans la
vallée du Gorgol, eutre SeYY~h et Lugge Sayboobe (Leks~a).
C'est avec Bubu Bagnra que prend fin le règne des laon-
termess sur l'ensemble du Fuuta-Tooro. Leur dynastie tombe à la suite
de l'insurrection
des grands notflbles ùu Nommandiru excédés par
les vexations des hoolaabe de leamtermess. Les Jaawbe sont réduits
à leurs seules principautés de la rive droite. Ce sont celles-là
que Koli détruira définitivement. Mais avent le conqu~te de Koli, le
Jolof avait fait reconnettre son autorité sur les anciens dignitaires
survivant du Neanmendiru qui avaient la direction des affaires sous
le forme d'une confédération de principautés (turba Jowool chef du
Ngenaar, ~armbeel de Hoyre Mbeal, chef du Boôseya, farba walalde chef
du Laaw et Laentooro chef du Tooro).
2. LA FO~ffiTION DES GaJJIDES LEYYI FULBE
C'est pro~ablenent sous la dynastie du Terness que se sont
formées les grendes leyyi entre lesquelles se répartissent tous les
Fulbe, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest. C'est aussi au cours de
cette
période quo les Fulbe ont narqué de leur empreinte indélébile

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Fig. N° 13
LA DISPERSION DES JAAWBE
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83
ie territoire; en particulier. 10 val1ée du Gorgol ou Sud du Tagent
et à i'Ouest do i1tsanba, d'autant que c'était Une région extranement
tiëhe èn p~tu~~dès'
On distingue Généralement cinq erandes
leyyi t NJAAW, UR,
NJALAAL, MBODA. NGIRIL. BOLMRO~ NJENGEL.
NJAA~ groupe l'ensecble des Jaawbe. Ctest apparemment le
groupe le plus nocbreuxi De 1ui dérivent de nombreuses frr.ctlons,
sous~f~actlon8 èt clans, Comme la plupart des Fulbe. ils prétendent
descendre de Juaye Sadico qui eut entre outres enfants Joomen Jaaye
dont ie fils Njobbo Joonent instailé à Kumbaili; est l'anc8tre de
Yero Dide, l'adversaire de Koli. Sawadi Jaaye, Yaladi Jaoye, Dembnka
Jaaye, Darome Jaaye, 11gia Jaaye sont aussi les enfants de Jaaye Sudiga.
On retrouve leur descendance dans toutes les parties du Fuuta. Maints
~ du Loow des Yirlaobe-Hebbiyaabe, du Tooro et du Xaato prétendent
descendre de lui. Certains de leurs descendants s'installèrent à
Godo et à GiI;1i.
a) La dispersion des Joawbe
Les Jam"be sont très notlbreux ci très dispersés dans le
Fuuta, où ils ont occupé une pInce préé~inente avant la conqu8te
deenyanke. Il existe une tradition d'inspiration maraboutique sans
doute, qui les fait venir du Yecen. Avant d'arriver au Fuuta, ils
auraient transité par l'Egypte, et par le Wagadu, le ~mosina Tichitt,
Gimi près d'Alec et TIoore-Weendu. Certains font de la Tamourt-en-
Noej, eu Sud du TaGent, appelée Hoore-Weendu, le principal centre de
leur rayonnement. ~lle
est alinentée par les oueds Bourage et Kra
Naga dont les Qaux se perdent dens la cere d'épandage du Gabou qui
reçoit égolecent les eaux de l'Oued el Abiod~ C'est là qu'ils ont
fixé leur capitale, Laoci-Weendu, qui deviendra Ksar al-Barka. Une de
leur fraction, les Jnavbe Dalli (12), fixés sur les rives des oueds
1 pratiquaient l'agriculture de décrue et le pftche.
C'est de là qu'ilS seraient descendus vers le Sud et l'Ouest
et auraient fondé la ville de ~, près d'LIee qui fut plus tard le

chef lieu de leur confédération. Ce sont eux que les Hassan, leurs

voisins Qu Nor~ appellent les Idny-dje (c'est-à-dire les descendants
de Juaye). L l'époque de 10 conqu~te de Kali, leur ~ serait Yero
Diide fils ùe ~ Njobbo Joomen. Non loin d'Aleg, les Kideyat Ardou-
~, (Les petites Llonteg:nes d'Ardoubnn) seraient ainsi appelés d'après
le non d'un ùe leur ~ Mbnna (13). Les Idny-dje vivaient en compa-
gnie des Idae-DjcDolla qui prétendent être apparentés aux Fulbe. Ce
seraient des Jeallanbe et des Maabube (tisserands devenns maures. Ils
seraient probaJlement originaires de la cité de Jawan dans le Kuwar
(Al Idrisi, 1086, p. ~5). Jaawanbe, Fulbe et Mabube ont toujours
vécus ensemble, au point que les Maabube sont les griots des Fulbe
et des Jaawanbe n la fois. Certains font descendre du m~me anc~tre
Jaawbe ei Januanbe, tant le .iongu (parenté contractuelle) entre les
deux groupes est fort.
C'eot également du Hayre que seraient venus la plupart des
Jaawbe éparpillés dans le Fuuta.
Leur autorité s'étendait
à
la
reg~on oomprise entre Daaam et Mbooloyel. C'est ainsi qu'nn groupe
s'est installé à Jokkide, dans la vallée du Gorgol où ils furent
rejoints par Bayronkoobe. Il y a là dos terres de culture (kolaade)
appelées 1..E:E!. qu'un certain ~ Birama aurait concédées à ses compa-
~nons, bien avant la conqu~te de Koli. Cet ~ Birema habitait à
Kumballi (le. future Haghama), toujours en compagnie des Jsawanbe.
Njobbo Joomeen Jaaye, père Yero Diide, a été ~ Jaawbe
à Kumballi. C'cst à l'li que le Janlnlo Samba Malign avec l'aide de
sm cousin Eoli, c.urait pris sa femme Bambi Saraadu, après l'avoir
finalenent
battu à la suite
de nombreux échecs. Après la défaite
de ~ Njobbo Joomen, les Jaawbe se seraient dispersés vers le Kajoor,
le Jolof et le Bundu.
Lprès ln défaite de son père, Yero Diide, alors à Gimi,
serait venu se fixcr à Lobaali, sur la rivo droite à c8té des Snninke,
Sumaare, oriŒinaires du Hayre, pour faire face aux Yaalnlbe auxquels
Koli avait dor~~ l'ensemble de la région de Giray au Gajaaga. C'est
à Lobaali qu'il tua Samba Maliga qui nvùit traversé le fleuve. Il
récupéra sa mère. Il s'ensuivit ln guerre entre Yaalalbe et Jnawbe
qui se termin~ er~oe à la médiation de Koli. C'est probablement aux

85
jaawbe dirigés par Njobbo Joomeen que rattache~t les Jaawbe de
G~jowel, de Luggerc Pooli Bodeeji sur la rive droite, de Kanel, de
Jarawol (Sinc~ B3mambé), de Poolel et de Garli sur la rive gauche
sur le Je~ees;ol,
Après ln mort de Sa~ba Maliga (appelé Sa~a) Yero Diide
regagna Gimi Koli, avrès plusieurs attaques infructueuses contre la
ville, eut raison du ~ Jaawbe en soudoyant sa première femme
Jeewo Njaaw, contre promesse de mariage, Après la défaite de Yero
Diide, et la destruction de Gimi eut lieu la grande dispersion des
Jaawbe (14:),
Les Jnavlbe-Dalli
sont al.KJaa"/be~Jeeri
ce que les
Waalwaalbe sont aux Fulbe Jeeri, Les Jaawbe Jeepi qui sont des éle-
veurs nomades suiven\\ avec leurs troupeuux de moutons
la migration
1
des paturages, Ils font partie de ceux qu'on appell~ ~n. g~néral les
Fulbe Jeeri, On en trouve à Wuro Nganri près de Kirire et à JaaAum f
Une première tradition fait dériver le nom de clan de
Jaawbe Dalli, d'une localité du Hayre, appelée Dallt où ils y f1.Vf.':'::>nr
trouvé refuge auprès dos Soninke du Gangara, après leur défaite
contre les Wolarbe au Ilaosina. Leur ~ d'alors s 'appelait Mak~
}iala Ndaw.
Une seconde tradition
lie leur nom à
d.alli,(pluriel de dallolXcf. l~,terme utilisé pour désigner des ri-
vière. marécageuses, très poissonneuses et peuplées de crocodiles~
Le fait qu'ils habitaient de préférence ces régio~ amphibies en a
fait les dépositeires des secrets de la p~ohe, bien avant le~ Subalbe
qu'ill:! auraient initiés à cette activité; c'étaient des magiciens
et "féticheurs ll adr.linistrateurs du culte aux génies de l'eau (mun'!,ii,
~ing 1 munu). Ils pouvaient transformer les poissons e~ crapauds
~t entraver les activités de ceux qui ne prenaient pas l.ur attache
avant de p~cher. De nos jours encore, ils ont la p,éséanc~ &~r les
S~oalbe pour toutes activités relatives à l'exploitation d&8 e~ux
c~ntinentales. Ils sont probablement les descendants des pa.teur$
p@eheurs du dhar Tichitt.

86
On rencontre des Jaawbe à Siyuma, à Gede Gallat, à Jamn-
Alwaali, à 00101 Jaawbe près de Dumga Ciile où ils cohabitent avec
de nombreux Jaawanbe. Certains se sont installés à Pete (rive droite)
avant d'émigrer à Kobillo dans le B06B€ya,
à Peté et à Perl el
(Yirlaabe). On les trouve aussi à Lungel dans les Halaybe tandis que
les Jaawbe San-San se fixèrent à Lidiri (actuellement abandonné)
dans le Laaw.
Les Jaavbe que l'on trouve à Jolol seraient originaires
de Teneku (Maasina). Ils y seraient arrivés après s'~tre installés
tour à tour à Jaabi-J~ara et Luggere Pooli Bodeeji sur la rive droite,
Garli sur la rive gauche, Lungel dans les Halaylbe d'où ils furent
chassés par ~ Edi, Dumga-Ciile, Kobillo et Kiirire. Ils sont re-
joints à Jolol par une fraction des Yaalalbe qui prétend aussi venir
du Maasina.
Il est bon de souligner qu'on rencontre souvent des Jaawbe
organisés en clan à l'intérieur des autres
leyyi Fulbe : c'est le
cas chez les Ur-Urbe et les Jengelbe et les Lacce. En revanche, ce
sont des Jaewbe qui sont issus de deux importantes fractions : les
Ranaabe et les Cutinkoobe.
2.1.~.
Les Rnnaabe
Les Ranaabe seraient, selon une certaine tradition, or1g1-
naires de Gandeega, dans le pays Jaara. C'est là que serait enterré
110 Yaladi. C'est à partir de là que les Raneebe se seraient disper-
sés. Certains clans sont devenus des Maures intégrés aux Ahel Hemounat,
aux Mechdouf et aux Ahel Sidi Mahmoud. Les plus nombreux vivent dans
le Jomboxo,
le Eayre
et dans la voIlée du Karakoro et
dans le Litame. Ils seraient les fondateurs de Daw, d'où ils auraient
rejoint les Jaawbe à Kumballi, après la destruction de leur centre
par le Soninke Niafu. De là, ils se fixèrent dans les villages du
daandemaayo et du jeejegol : Cali, Ranel, Nganno, Tinaali, Bappalel,
Seeno-Paalel, Sooringo, FuI anku , Wuro Hammaat et Tulel Tuppe (ces 3
villages n'existent plus). Ce sont là les Rananbe waulo avec leurs
quatre kinde (Kobbinkoobe, Soowankoobe, Biddinkoobe, Joomurankoobe).
Ils possèdent des terres entre Haadaare et Cemmalal. Le groupe des

87
Ranoobe-Jeeri, plus important numériqueoent se retrouve à Andi Yari,
Kellol, 1.Jdendoori Knaye • Il est constitué aussi de quatre kinde
Fulankoobe, Koaycnkoobe, Koddinkoobe et Idankoobe. Il y a par~i eux
un petit hinùc de Ururbe (Bah), tandis que la majorité portant le
patronyne J~llon.
Les Rnn~abe ont cohabité avec les Modi Nalla à Kumballi
~
et plus tard à lJool:lel et dans Karakoro, en particulier à Jammie-
Bokki appelé plus tard Daru-Salam, et enfin à Daw, Dolol, Salka-
Dagano, etc.
G'est du Hayre que certaines d'entre eux passent sur la
rive gauche du Sénégal où ils s'installent principalement dans le
Lowre jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. De là, des groupes partent
pour le Bundu, le Fuuta Jall~n, et le Fuuta Tooro où ils fondent plu-
sieurs villages. Dans la fraction des Ranoabe, on trouve six clans
Jameronkoobe, ~olinkoobe, Saarankoobû, Lahinkoobe, Lerankoobe et
Yirlaabe. C'est ce dernier clan qui fournit le ~. Telle ces clans
tirent leur non de leur lieu de résidence habituelle. Il y a une
forte coonunau-té de Ranaabe à Kellol, à Pnrawol Sincu-Bamambe et à
Wennoodi.
2.1.3. ~os Cutinkoobe
Les Cutinkoobe seraient une fraction dissidente des
Ranoabe dont ils se sont séparés depuis qu'ils résidaient dans le
Mansinn, à ln suite d'une dispute. De là, ils vinrent s'installer
dans le Ho.yrc IJc;ao.l (Assoba). Ensuite, ils éoigrèrent pour le FORI
et se fixèrent pendant fort longtemps autour d'une mare appelée
~. C'est ùe cette mare qu'ils tiennent leur nom Cutinkoobe, les
gens de Cu ti. Ils fondèrent ensui te Sarakura Cutinkoobe ai" ils con-
tinuèrent ~ former un groupe unique.
Lprès l~ conquête deenyonile , ils suivirent les satigi à
Horkoyere, JonGton et à Kobillo. De là, les Cutinkoobe émigrèrent
dans le Bundu et s'installèrent à Fis~
et à Gabu. Ce sont précisément
les Cutilùroobe ùe Gabu qui auraient fondé Walel soua le règne de
satigi SuIe Njaoy. Dans l~ o~nflit qui opposa Deenyonkoobe et Koli-

88
yaabe à la suite du passage de Sileymann Baal, ils prirent le parti
de ces derniers et émigrèrent avec eux à Janjaoli. Ils se dispersèrent
entre Lotoke(lS), Wuro-Ali et Wassaakodde après ~tre passœà Tulel
Moodi Ali. Un groupe retourna à Sarakura et un autre à Walel. Ceux
de Kedelle sont venus de \\1alel. En dehors de ces colonies, on en
trouve au Bundu (à Girangore). Beaucoup d'entre eux ont suivi Cheikh
Umar Taal dans son ferBo. Dans le Fuuta m~ue, les Cutinkoobe coha-
bitent avec les ~oliYQabe aKxquels les liait une parenté contrac-
tuelle (jongu). Les principaux clans des Cutinkoobe sont les Jaganaa-
be (Jallo), les Dembube (Deh), les Ferejbe (Soh), les Barinaabe (Bari)
les Babaabe (Bah) et les Sayboobe (qui sont des Yirlaabe-Jallube).
A Walel ce sont les Sayboobe qui fournissent le ~, tandis que
dans les autres localités, le commandement est assuré par les Jaga-
naabe ou, à défaut, par le plus ~gé des autres clans. l,'imanat ucs
mosquées est toujours assuré par les Dembube.
Aussi bien sous la dynastie deenyanke que sous l'alnamyat,
les Cutinkoobe ont toujours joui de la protection de l'autorité
politique qui leur a donné des terres de culture et des terres de
parcours pour leurs bestiaux.
Ce qui frappe dans le monde des Fulbe, c'est l' emiette-
ment extraordinaire et le foisonnement des fractions et des kinde
formés à partir des principales leyyi.
C'est ainsi qu'une fraction des Jaawbe, installée à Mbone
(boowal Mbooe, Wiinde ~fuorne), dans le bassin du Gorgol, entre t~out
et le fleuve, a donné naissance au groupe 11bomeyaabe, dont on re-
trouve des éléments à 11arsa et à Wuro Ahmadu dans le Bundu, à Hulde,
à Yella, à Maghama, à Gangel Makka Moodi, à Sane-Loobaali, à
Luggere Pooli Bodeeji
dans le Damga, à Wiinde Dow près de Nabaaji
Siwol et à Caankon dons le Ngenaar. Ils sont étroitement apparentés
aux KANE de Robillo e~ aux Neganaabe (O. BA, B. IFAN, t 30, nO q,
a
1971, p. 7q7-75q) et/d'autres familles Fulbe et Toorobbe et aux
almaarni du Bundu. Leur ~ est choisi dans la famille des Jah par
les Fittoobe (Bari). Les terres des Mbomeyaabe à Jammel, Benke et
Kundel seront plus tard confisqués par les Yaalalbe de Maatam. Ce
sont eux égaleoent qui étaient les chefs des Wuro Jammel, de Lukluke

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Fig. N° 14 LES FULBE DANS LE FUUTA
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89
entre Jamnel et Tiggere. On les trouve aussi à Bekikele et Mujjo
dans le Bundu , à Ja~ael, à Boyineaji et à Guriki Hammodi Sadio, près
de Bappalel.
Ur est le nom générique utilisé pour désigner tous les
Fulbe qui se disent Ur-Urbe, où qu'ils se trouvent t Fuuta-Tooro,
Jolof, Kajoor, Sanlum, Mauritanie, da~s le Sahel, Fuuta-Jallon,
Niger, Liptnko, J.da.mmm.. On 1 es retrouve à traver stout le monde
peul, au gré des migrntions sous le nom de Ur-Urbe, Burure, BQrooji
ou Bororo'en.
Dons un article publié en 1952
le Marquis de TRESSAN
,
écrit: "une des plus anciennes et des importantes tribus peules de
l'ouest est celle d'Ur dent les membres sont dits Ur-Urbe (sing. ur-
ur-o) du clan BAH. J'aurais tendance à les rapprocher dea Borooji
de l'Est, parce que, nulle part on ne trouve à la fois Ur-Urbe et
Borooji et qu'ils sont également nomades et animistes. Le radical
signifie vivre, et nourrir (Wur-Urbe negge : ceux qui vivent de la
vache). Dans l'Ouest ;iur-Urbe (sing. b'llr-uro) devient Ur-urbe (sing.
ur-ur-o). A l'Est l;1ur-urbe (sing. bur-uro) serait devenu bororo qui
fi
donné bororooji et Bororo'en. On trouve des Borooji de clan BAH,
mois la notion de tribu et de clan semble s'~tre estompée à l'Est
derrière celle de famille ou de provenance. Les Wur-Urbe sont une
des famillos Ur-urbe descendant d'un anc~tre éponyme Bodi Buwar ori-
ginaire du Soudan, ayant fait souche au Fuuta Sénégalais avec une
feJ!lJ!le Jaewo" (Uarquis de Tressan, B. IFAN, 1952, nO li, p. 155
- 1559).
Dans le m~oe ordre d'idée, Delafosse admet d'emblée que
Bororo est le singulier de Vr~Urbe. En Guinée, on rencontre des Fulbe
Burure. Les Ur-urbe, Uururbe, ou Wororbe (sing : Bolaro, Boli, Bororo,
ou Burudo et Baroro) ont pour nom de clan Boli (pour les Walarbe) et
BAH (pour les Uwarbe) devenus Diakité ou Diakate au Fuladugu. Ile
seraient toua desoendants de Raarabu (F. V. IFAN, Cahier nO 43).
Cette approche linguistique de l'origine des Ur-urbe est
séduisante à première vue~ S'il est vrai qu'il y fi encore des nomades

90
parmi les'Vr-urbe, il n'en de~eure pas moins que de nombreuses fnnil-
les se sont sédentarisées depuis longte~ps et constituent un des
élé~ents les plus stcbles de la population du Tooro. Par ailleurs,
il est inexact de dire que partout les Ur-Urbe sont "animistes".
Certaines branches sont n~~e devenues des Toorobbe en particulier
les Balbe du Boode.
Les BAH ùe Heyre-Laaw sont originaires de Mbantu. Et mane
Tapsiru Haoadi Ibra ùe rlliantu était au XVIIIe siècle un des oattres
de l'Ecole de Pire Son assassinat sur ordre du damel Amari Ngone
Ndella a été le casus belli entre le Fuuta et le Kajoor.
Dans son traité sur les castes au Fuuta-Tooro, Cheikh f.loussa
KAMARA affirne que les Ur-Urbe constituent une des fractions, au de-
meurant importante, de le grande tribu des Jaawbe, au m~me titre que
les Yirlaabe, les Feroybe, les Deenyankoobe4aalalbe, les Ranaabe,
etc. Il se fait l'écho d'une tradition qui a cours chez certains
Fulbe Ur-Urbe selon laquelle ils seraient originaires du Maasina
"ils auraient quitté le Haasina (je dis: il s'agit du l1aasina de
Tichitt) et se seraient installés au E2!i où ils étaient restés un
certain temps en continuant la lutte contre les Maures. Le Chef des
Ourourbe alors rrOUDOU" (F. H. K. IFAN, Trad. Touradou Ramara).
Ces Ur-Uroe qui viendraient donc du dhar de Tichitt, ado-
raient une chèvre nommée DAKA (= cou rouge et noir et reste du corps
blanc) qui donnait du lcit en toute saison, dont se servaient les
Ur-urbe quand ils allaient en guerre et qui leur assurait la victoire
sur leurs ennenis. C'est pourquoi, les Maures leurs ennemis leur
volèrent DAIDi et la firent disparattre. Dès lors, les Ur-urbe aban-
donnèrent le Fori pour descendre les uns sur le fleuve Sénégal, tandis
que d'autres continuèrent à nomadiser en liauritanie et furent fina-
lement assimilés par les Maures. Ils deviennent donc des Maures, en
l'espèce des T'Ul'IO,bir, guerriers et éleveurs de moutons. Entre autres
coutumes, les jeunes circoncis Ur-urbe se tressaient les cheveux en
cimier du front è la nuque. Cette tresse principale complétée par de
petites tresses de part et d'autres du cinier, était conservée pendant
trois ans.

91
Poursuivant son étude sur les Fulbe Ur-urbe, Cheikh Moussa
IAMARA écrit : "Dans le Sahara, existent des régions dont la tota-
lité ou la majorité des noms sont de notre langue (c'est-à-dire le
pulaar) ; parmi ces noms, il en existe q~ sont identiques à ceux
de nos villages d'aujourd'hui, des noms de personnes et des noms de
tribus. Il est probable que c'étaient là où ils habitaient primitive-
ment, et ces régions sont nombreuses. Il existe en pays Maure un en-
droit appelé Gangel". Je dis que les Fulbe Gangel tirent leur nom
de cet endroit, nom qu'ils ont conservé jusqu'à nos jours.
Les Ur-urbe tirent leur nom de l'endroit où ils habitaient
au Sahara mauritanien qui s'appelle BURA. Et cela avant qu'ils s'é-
tablissent sur les rivos du Sénégal. On pense que ce sont eux qui
ont chassé les Noirs (Sebbe) du Sahara mauritanien vers le Sénégal"
(F. M. K., ibid.). Seuls sont restés ceux qui n'ont pas pu fuir et
qui ont dÜ accepter leur hégémonie.
Cette tradition recoupe celle qui est rapportée dans le
TaLleau de Cheikh Sidya, selon
laquelle le Sahara Takruri (Adrar,
Tagant, Bodh, Tiris, Awker, Affole, etc) était peuplé par des Fulani
(Fulbe) qui cohabitaient avec les Soninke (Assouanik). Ils en ont
été chassés par les Berbères Sanhaja, en particulier par l'action
de Abou Bakr ibn Omar Lamtuni. Les traditions recueillies par le
Lieutenant Colonel Modat dans l'Adrar vont dans le m~me sens (Modat
Lt Col. B.C.B.H.S. LOF, 1919, p. 372-392).
Le Tarikh-es-Sudan mentionne les Ur-urbe. Parlant des
dém~lés entre Askia Nohamed et Tenella à propos du Jaara, Es-Sadi
précise que les Fulbe sont originaires du Jolof, une province du
Mali, qu'ils quittèrent pour s'installer dans le Kaniaga. Parmi les
compagnons de Tenelln silatigi Yaalalbe (Tayenda Salta, Yalalba) il
cite ~~, Silatigi Ur-urbe (Nima-Salta Ourarbi), ~
saltigi
Feroybe (~, salta Firouhi),Gata, silatigi Wallarbe (Kada, salta-
Oularbi) (SA'DI : 196~, pp. 126 et 223). Et Sadi cite parmi les chefs
parens qui mettent à feu et à sang l'empire Songhay "Salta Samba Kisi,
le Peul, à la t~te de la tribu des Ourourbi et Salta-Yorobara, père
de Bamda Soulo, le Peul, à la t~te de la tribu des Djalobi, établis
du côté de Foroman" (SA 'DI : ibid.).

92
M. DELAFOSSE précise que Samba RISI était ardo des Ur-
urbe du BendaHu et du Siladugu. Leurs activités se placent à la fin
du XVIe siècle. Alors que le Tarikh-es-Sudan laisse entendre de
N~m~ silatigi Ur-urbe e!t de la génération de Tenella, Delafosse
affirme que "Nima Boli" est un compagnon de Koli Tenella. Il embotte
le pas à la tradition de la légende de Kali en cours au Fuuta-Tooro
qui attribue souvent au fils ce qui revient au père. Ce Niima est
un guerrier redoutabl·e, dont les flèches ne rtttent jamais leur cible
"Saa yii Niicra, Niima Warma"
"Niima Yii-ma, Niima War-ma"
Ce redoutable était doublé d'un terrible magicien dont les
sortillèges venaient à bout des adversairœ les plus dangereux. La
tradition en fait un des anc~tres des guerriers Sayboobe. Il s'agit
de Niima Jeeri Jibriru qu'il ne faut confondre avec Niima Tenella
(Sally Seck, interview du 15 octobre 1985).
Nous pouvons rapprocher le Koudou (Kodo), ~ de Ur-urbe
de Cheikh Houssa KAliA.HJ... et le '~, SaI tn Oularbi" du Tarikh es-
Sudan. N'y a-t-il pas confusion entre les deux personnages ? Sont-
ils ou non superposables? Les Wollarbe (Oularbi) que Es-Sadi dis-
dans
tingue des Ur-urbe (Ourourbi), ne sont-ils pas confondus /
l'esprit
de celui qui a informé Cheikh Mousn KAMARA ? Quel crédit faut-il
accorder à la tradition qui fait venir les Ur-urbe avec Koli Tenella?
(FONDS Gaden, IFAN, Dakar, Cahier nO 6 : F. 3 recto).
Pour trouver la réponse, il faudrait se tourner vers les
Ur-urbe du Fuuta-Jallon. Selon Paul ~~RTY, les Ur-urbe constituent
une des plus grandes
leyyi que l'on rencontre dans tout le monde
peul. Les Pulli du Fuuta-Jallon seraient les vestiges d'une première
invasion des Fulbe Ur-urbe qui remonte "très avant dans la nuit
du Moyen Age. Les frèrQs des Pulli subsistent encore à l'heure
actuelle, à l'état pur, dans le Ferlo sénégalais et dans tout le
Sud du Fuuta-Tooro sous le nom de Fulbe-Jeeri" (F. G. l FAN , Cahier
nO 81). Ces Fulbe-Jeeri portent le nom de Fulaebe ou de Haaboobe
au Bundu et en Casamance. Ils seraient arrivés au Fuuta-Jallon plus
da 2~O ans av~nt la conqu~te de Koli, donc à la fin du XIIIe ou au

93
début du XIVe siècle (1300-1312).
Mai s ou Fuutn-Jallon, il exi ste
.en dehors des Pulli, un
lenol des Ur-urbe qui regroupe une dizaine de clans : Nduyebe, Balbe,
Kulunnaabe, Laliaabe, Eleyuobe, Dembeleyoabe, Buluyaabe, Sudoabe.
Ces Ur-urbe sont distribués dans les cercles de Labe, de Pita, de
Mali et de Ditin (F. V., IFAN, Cahier nO 5, p. 5).
Notons que certaines de ces familles ou fractions se re-
trouvent telles quelles au Fuuta-Tooro (Baalbe, Nduetbe, Yaalalbe,
Dembube
). Les Baalbe désignent cette frQction des Fulbe que l'on
retrouve dons le Tooro et à laquelle appartient ceerno
Sileymaan
Baal, le fondateur de la théocratie musulmane au Fuuta-Tooro. Ces
Baalbe sont la plupart du temps devenus des Toorobbe. Ils avaient
à l'origine BAH comme patronyme et l'auraient abandonné pour se
démarquer des Fulbe Ur-urbe non ou peu islamisés. Les Lnliaabe ne
seraient-ils pns descendants de Loli Dulo Soggo, dont Labat parle
dans la Nouvelle Relation (1728, t
II, ch. XI, p. 196) et qui était
un des grands du roya~~e du Fuuta à la fin du XVIIe et au début du
XVIIIe siècle. C'est ùe ce Lali Dulo Hoggo que descend la fraction
des Ur-urbe appelée Jakesnaabe. Du reste, le misside où l'on trouve
une partie des Nduyebe fait penser à Mbantu, dont le ardo, chef des
Jakesnaabe est précisément descendant de Loli Dulo Hoggo.
Au Tooro comme au Fuuta-Jallon, il y a parmi les Ur-urbe
un clan de Yaalalbe. Ce clan jaal~lo (pl. Yaalalbe) est une fraction
de la grande leftol des Yaalalbe, qui fi été agrégée aux Ur-urbe.
Ailleurs, les Yaalalbe occupent une position dominante dans l'Etat
deenyanke.
Parlant des Modiyaabe, Ge VIEILLARD dit qu'ils étaient des
Ur-urbe (Diakité) venus de Faso (Fez) au Wagadu (Ghana), de là nu
Manden (Mande), du Manden nu .Tafunu, puis au Fuuta-Jallon (F. V.
IFAN, Cahier nO 12, p. 62-65). Ils sont néanmoins considérés comme
des Ur-urbe, en raison de leur alliance avec les Ngidoyaabe.
G. VIEILLARD note que l'on trouve des Ur-urbe entre GombQu
et Nooro QU ~chel. Les Ur-urbe, avec les Wallarbe et le Feroobe, se

9li
sont installés à Nl?funké avnnt d'eller au 1iptoko. Certains d'entre
èuX aùtaient accompagné Kali denij Son mouvement de ~onqu~te. Les
Gabere. partis dü Fuuta; 8et~ient les de.tendant. des Ur~urbe du
Maasîna (F. V, IFhI~. Oehîst hO 7. ~iietinn de Barth).
Quant aux Ur-urhe du S~n~gai, on les trouve un peu partout
sur le territoire nnt!onn1 • FUùto, Kajoer. Joiof, Saa1Um, etc.
Selon Amidou ~ (F, G. lFAN, Cahier nO 1). 1eR Ur-urbe
descendent de Y.Su ordg Cacbulel. Les foo.iles da ardo-Mbantu et de
etdo-G~~é descendent respectivement de Lali Dulo et de Moodi Dulo,
-toUs fils dê Dulo-Roggo Seedu~Yugu~Cambulelf Ce ~ Cambtilel fils
A
~
de Birabio.a Nookor. est le premier ttrdo de Babnabè Loot! dans le Laaw..
.
.
,"
Des familles de ~ Edi, descend Sabolln-HinBa - Yugu-
ardo Cambulel. De Bulkel Yugu sont issus les Ur-urbe du Jolof et du
Ferla, actuellemen~ intégrés au leftol des Lacee.
De Mbayaldi Yugu est issue une partie des Ur~urbe du Jolof
et du Kajoor.
Lo foo.ille des ordo-Manger (Kolongal situé prèe de Edi)
est issue de Sacbere Yugu.
On trouve à Cubalel-Loow, les rejetons de Biroowo Yugu.
Les Ur-urbo-Jeeri, c'est.à-dire les Ur-urbe Ng~sBam8 et
Mbacoor, très nocbreux du reste, descendent de Joalol Yugu et de
A1jimane Yugu. Onms retrouve à la fois au Fuuta et au Kajoor.
On trouve aussi des Ur-urbe dans le Saolum qui seraient
les descendants de Loliri Yugu.
Quant aux Ur-urbe Degu, ils tiennent leur statut ur-uro de
Dalle, mère de Daga-Deuba Goyo-Mnhmudu Tenella. A l'origine, ils
.eraient des Yaalolbe par leur père.

95
Moniteur du Sénégal du 1er/3) dit que le principal chef des Ur-urbe
se trouve à Gédé. Ln famille BAH exerce l'autorité héréditaire avec
le titre de crdo Gede, sur tous les Ur-urbe du Tooro (F. G. l FAN ,
nO 13, p. 35). ComDe dans le Fuuta-Jallon, on compte une dizaine
de fractions de fanilles dans ln l~ des Ur-urbe du Tooro :
Sowane.n~e Botol
Jakesnnabe dont le chef est ordo l'llinntu. Des Jaawbe, res-
sortissant du NJA1~VI, du Fuuta Central, leur ~ont agrégés.
Leraabe dont le chef était ~ Cooyri
Ynalalbe sont une fraction NJJillLAL, agrégée aux Ur-urbe
leur chef était ~ Snoba
- Ngajaknaabe, dont le chef porte le titre de satigi Ngajak,
près de Njum. C'est une des fractions des Sayboobe, anciennement
installés à Godo, qui possède un kolnngal appelé Ngajok, situé entre
Giray et Gaawol, dans le Ngenaar.
Ejinnabe 9
Darndenaabe, dont le chef
porte le titre de JOOD
Darnde. Ils seraient originellement installés dans la région de
Wealalde dans le Lnnw s bien nvnnt la domination des farbaWaalalde et
des laamtooro. Selon Yorc Dyno, ils avaient à l'origine un régime
matrilinéaire (F. G. IFAN, Cahier nO 62) comparable à celui des
Sereer, avec lesquels ils ont sans doute cohabité dans l'Empire du
Ghana.
- Bnwta-ngolnaabe, dont le chef portait le titre de jooo
Bewtangol est un kolnngal près de Cile-Bubnkar.
A l'Est, il existe aussi des Ur-urbe BAH qui prétendent
venir du "Nallé", c'est-à-dire du Fuuta, autrefois province de l'Em-
pire du Mali (FOIJDS Goden, IFAN, F. T. Cahier nO 39). Les autres
lcyyi
Fulbe de l'Est (Feroybe, Jallube, Fittoobe) se réclament de
le mêm~ origine.
Il Y a une fraction de Ur-urbe dans le Halaybe à Yennaake
et à Gurel Ur-urbe, deux locnlités situées entre Sincu-Dande et Dnra-
Haleybe.
Partout, les Ur-urbe sont des guerriers et des éleveurs.

96
Stils ne sont pas paiens, ils sont dœ
Busulnans tiédos. Cela n'a
pas empêché que plusieurs de leurs branches en rompant avec le noma-
disme,
soient devenues les plus zé12s des toorobbe.
2.3. Giril ou Les Yirlnabe
Les Yirlanbe constituent ~des leyyi les plus importantes
du Bonde des FuIte. hu Tchad,
dans le Bornou, nu Nord Cameroun et
dans l'AdaBnwa, au rŒ du Nigéria et dnns ln vallée de la Benue, on
les rencontre sous le naD de Yillngn ou de Yilaabe. Ce sont cODBe
ceux du Xanao et du Fuuta-Tooro des Jnllube (16).
Les Yirl.anbe de l'Est,
en particulier ceux de l'Adaoawa, se
disent originaires du Fuuta-Tooro, qui était au noment de leur éni-
gration, province de l'Enpire du Mali. Ils ont transité par le
Mansina nigérien. Ici girlnnjo est synonyne de noble guerrier.
De leur c$té, les Yirlaabe de l'Ouest, c'~R~-à-dire ceux
du Fuuta-Tooro et du Xaaso prétendent venir du Maasinn. Il s'agit
probablement comne pour les Jnawbe, du Mansina du dhar Tichitt-
Walntn.
Partout les Yirlaabe Jallube ont pour chef un~. Ils
descendent tous de Denbaka Jaaye Sadiga, qui le premier a porté le
titre de ~ Ngiril. Sn prenière résidence est Hnyre Ngiril, sur
la rive droite qui,
sur la carte d'Adanson de 17~9, est figurée à
l'Ouest de Foonùe-Elinaan. Les Yirlaabe du Fuuta-Tooro descendent
de Biraama Dembaka, prenier ardo Jallube ; ceux du Xaaso descendent
..........
de Samba Denbaka.
L'inportance des Yirlaabe Jallube dans le peuplement du
Fuuta-Tooro se nnnifeste, nu plan géopolitique, par l'existence
d'une province qui porte leur nom, celle des Yirlnabe-Hebbiyaabe~
A partir de là, ils ont essaimé dans tout le pays,
en particulier
dans le Damga, dans le N&enaar et dans le Lanw.
La province des Yirlnabe e~t un territoire à cheval sur le
fleuve. La communauté des Yirlaabe s'est subdivisée en quatre groupe-

97
ments : Yirlanbe Jeeri, Yirlnahe Alayidi, Yirlaabe Pate et Yirlaabe
Fendajur.
Les Yirlanbe Pete regroupent deux clans : les Yirlaube
Rumde et Yirlaabe de Hayre Ciln. Les premiers seraient une fraction
des Yaalalbe Jnllube émigrée du Mansinn. Ils se sont installés à Pété
après avoir transit0 par Cikitte, à une époque où tous les autre~
habitaient nu Nord du fleuve. C'est un des leurs, Abdulay Ali, qui
s'est installé à Wuro-30ogi. A leur clan se rattachent ceux qui se
sont établis à Tebe~ut (Salde) et ~)otto. A Pete même, ils s'adjoi-
gnirent les Lih Fadalla, les SaI de Gede, les Caam de Jami2i ~lliayla
et les Njaay (Manganaabe) venus de Dooji.
Les Jallube de Hayre-Cila ont été les premiers à identifier
le site de Pétp, alors ùépendance d'~ Galoya qui a~ait autorisé
les Njaay de Dooji de s'y installer et leur avait concédé le kolangal
de Manga. Mais la région, avant eux, était occupée par Sayboobe
Sawadi Jaaye et par les Gajoobe Haada Ha~e, contre lesquels les
Yirlaabe eurent à soutenir de nombreuses guerres. Dans leur lutte
contre les 3ayboobe, ils eurent pour alliés Fafnabe et Yaalalbe.
Pété finit par devenir la grande métropole des Yirlaabe
avec ses douze quartiers, ses sept mosquées et ses trois cimetières.
Vinrent s'y établir des Fulbe Jnawbe originaires de Soturna Jaawo,
des maabube dirigés par Gorel Maram Naango, des toorobbe diriGés par
Jam Lih venu de Njawar, des toorobbe Aan avec les deux clans (Wodeebe
et Baleebe), vaillants guerriers dirigés par les descendants de
Birass Samba et fondateurs de Sorimale, Sincu-Mbotto, Ciln sur la
rive droite et lJaasetaake sur la rive gauche.
De Pété partirent plusieurs migrations: certains s'instal-
lèrent dans le Damge (~nnel, Sincu-Bamambe), dans le Lauw à Babaabe
Looti sur la rive droite.
La province des Yirlaabe compte, en dehors de Pete, de très
nombreux villages de part et d'autre du fleuve Sénégal. Sur la rive
gauche, on peut citer Walla, Jaarangel, Gurel Samba Gawlo, Waasse-
taake, Baroobe Jakkel, Tebegut (Salde), Soring Galoyaabe, Sam-Bowte,

98
Gurel Samba Abdul, lilinaft-Worgo, Doongnl, Sakeeji, Sincu
Âmadu
Mariam. Sur la rive droite, on trouve Tecaan, Hundaal, Cooj Nguli,
Sorimale,
Congelel, ('fendine, Nukke, Dabbe, Hbaan, Dawalel.
La plupart de ces villages sont habités par des Fulbe et
par les autres catégories sacia-professionnelles dont nous aurons
à parler plus aQplenent. Parmi les villages où les Fulbe sont domi-
nants, il y a Galoya, Lugge, Bokke Jallube, Bokke Salsalbe et Bokke
Fafaabe, Perlel, Gaajoobe, Cile-Batu, Weendu rfuaay. Mais tous ces
Fulbe ne sont pas des Yirlaabe (Hadrame Manoudou DIA, Visage du
Fouta nO J p. 1-39).
Il existe dans le Ngenaar, une puissante communauté de
Yirlaabe à Boyinaaji et à Wuro-Soogi. Avant de s'y implanter avec
ses deux clans rivaux (Runde et Sincu), ils séjournèrent tour à tour
à Maal, Mbolo Ali 8idi, Anan Godo et Ranel. A Boyinaaji, ils ont
réoccupé un site autrefois habité par les Faddube Jaogo, les Wodaabe
et les Toorabbe. Les terres qu'ils exploitent appartiennent à ~
Ngiril.
2.4. Mboda ou les Pulùe Wodaabe
Les l'/odac.be fornent une comnunauté extrêmement nonbreuse
et dispersée. On en re~contre un grand nombre du Niger au Tchad
Dallol Dosse, Adamawe, Bornou, au Bauchi, Cobir et au Katsena
(Filingue, Maradi, Tessema) où ils portent le non de Bororo'en,
Boroji ou Abore (Marquis de Tressan, i
V. 1FAN, Cahier nO 42).1ls
sont nomades ou seni nomndes. La majorité d'entre eux est peu isla-
misée. Le groupe Boraro ou A10re du Bornou voue un culte au feu,
à la vache et au soleil. De moeurs sexnelles très libres, ils sont
réputés être de reclauté'.l)les "sorciers'; pouvant se I!létmaorphoser en
vautours, en hyènes ou en lions. Nomades, ils s'appellent eux-mênes
Jafunu'en, par opposition aux Wolarbe sédentaires et islamisés.
Leur origine serait le Jafunu, contrairement à ce que pense Palmer
qui les fait venir de la région de Kano (F. V. 1FAN, cahier nO 1,
f. 1 à 5).
A l'Ouest, on nrouve des Wodaabe ùans les misside de Bundu

99
Muwnde et Do601 Baali au Puuta-Jallon où ils sont chefs de tekkun.
Au Fuuta-Tooro, les Wodnabe avecleu~ 100 kinde sont très dispersés,
de Bakel au Waalo, nu Jolof et au Njambur. On en trouve à Asnde
Balla, à Bokki-Jawe, Boyinaaji, Duôga-Wuro-Ceerno. Ce sont eux qui
auraient fondé \\1uro-0oogi (Fonds Gaden IFAN-Dakar
F.
A
T. Cahier nO 9).
Mais ils sont particulièrement concentrés ùans le Tooro, le Di~ar
et le Waalo où ils foroent une iôportante communauté avec
Njanyeen
pour capitale
opirituelle. Ils habitent Bokki-Sabbundu, Hayre
Penaka dans le district de Dodel, Loodoowi près de Njaaft, Keur Moay
entre Njaayeen et Richard-Toll, Njaayeen, Tareeji, Cewle, Keur MOBar
Saur, Ngendaar, Jaaya, Kaayon, Koti, Jaboobe, Naôarel, Morlere, Guddi
Maabo, Degungel, Lobudu (A. Faliu, 1978, p. 63). Dans cette région,
ordo Wodaabe diriGe la co~nunauté formée de cinq kinde ayant chacun
son chef ou mawdo
Sunanuab2, Jussarnaabe, Torjinaabe, Jalloobe,
Sonaabe-Boniok.
Les Wodaabe du Waalo sont une fraction des Sonaabe-Boniok,
tandis que ceux du Njanbur et à~ Jolof dérivent des Jassarnaabe
(Faidherbe, 1859, in F. G., Cahier 13, p. 35).
Ardo
/Njaaye0n est élu et couronné à Njaayeen par les q grands élec-
teurs : joom Njnayeen, joon Jembu, joom ou oawdo Berngel et mawdo
Jassnrnaabe.
2.q.l. Origine des Wodnebe
Quant à l'or.igine du terme Mboùa et Wodaabe, nous pensons
qu'il faut rejeter les étymologies faciles genre Wodaabe
descendants
de Bodewal Makûmn ou wodnaoe = gens qu'il est interdit de toucher,
dérivant de ~, tabou porte malheur.
En effet, dans le premier cas, tous les Fulbe sont donc des
Wodaabe dans la mesure où tous prétendent descendre de Bodewal Makama,
en particulier de Juaye Sadign : Ngia Junye serait l'ancêtre des
Woodaabe, Yaladi Jûûye et Sodaake Juaye ceux des Jaawbe ; Dembakn
Jaaye, celui des Yirlaabe du Puuta, du Xaaso, du Fuuta Jallon et du
Mansina ; Jalign Bodeval Makama celui des l'funalbe, des Hurnaynaabe et
des ~i0awel, des Sannoraabe du Puuta et du Jolof, des Fereybe Hawre

100
et des Leeraabe ; Hednlde Bodewal Makana, celui des Deenyankoobe,
des Yoalalbe et des Sayboobe Bubu Awdi (Sire Abbas son, 1913 et
A. ARCIN, 1911).
Dans le second cas, on pense à une sorte de malédiction
qui pèse sur ce groupe, le marginalise et en fait une sorte de Groupe
de parias ou d'intouchables indiens. C'est ainsi que G. Vieillard,
note qu'à l'Est, "une bonne parti e des Wodnabe ne sont pas co nsi-
dérés comne des Fulbe par leurs pnrents Feuls. Ils ne se considèrent
pas comme tels quoiqu'ayant un parler peul" (F. V. IFAN, Cahier
nO 62, Lettre du 15-11-1932, p. 5). Ces croupes aux moeurs curieu-·
ses, se rŒncantrent du Niger au Tchad, et du DallaI Dosso à l'Ada-
mawa, sont appelés Bororo'en, Borooji ou Abere. A quoi H. Gaden
répond fort justement: "il y a dans l'Ouest, au Sénégal de nombreux
Wodaabe, mais je ne crois pas, sans pouvoir l'affirmer, qu'ils se
distinguent par des usages spéciaux. Le sens de tabou, ceux qu'on
évite ne correspond dans l'Ouest, à aucune prévention particulière
à l'égard de ces Peuls (F. V. IFAN, ibid.). Il faut noter cependant
que ces Wodaabe peu islamisés sont très craints non seulement par
leurs redoutables pratiques de magie et de sorcellerie, mais aussi
parce qu'ils dégainent facilement le poignard et tuent sans sour-
ciller.
Il nous selilble qu'il faut voir dans le mboda une organisa-
tion de défense conclue entre divers groupes Fulbe pour résister
à leurs ennemis et à leurs voisins. Dans une lettre à G. Vieillard,
H. Gaden écrit : "J'ai causé tout dernièretlent avec un Peul Bodaa.io
du cercle de Degana. Il a dit qu'à une époque qu'il ne connaît
pas mais postérieure à leur arrivée au Fuuta, donc vers le XVIe
siècle, des t~i0US dont les Wo4~rbe qui auraient pris l'initiative
se groupèrent et décièèrent de forner une nouvelle tribu à laquelle
ils donnèrent le nom Hboda., se nommant dès lors Wodaabe, "ceux qu'on
s'interdit, qu'on évite" pour marquer ainsi qu'ils s'unissaient
pour être plus forts et se foire respecter de ceux probablement
Toucouleurs et l'Jalois, qui les mangeaient" de façon insupportable"
(F. V. IFAN, Cahier nO 62, lettre du 3-4-1937, p. 3). Il s'agit
donc d'une confédération pour résister à l'oppression. Le terme
"manger" signifie bien évidemment exploiter férocement, pressurer

101
en opérant dtintolérables prélèveoents sur les beatiaux et les
~écoltes. Noug pensons gue leur présence dans la région est fort
antérieure au XVIe siècle, dans la cesure où ils ont trouvé sur
piace les Worea~oobe, cieet-à-dire les Faddube Jeogo! Il faudrait
piutSi piacer leur o~rivée au Fuutn aux XIIe-XIIIe siècle.
Cette confédération_ ou ce pacte de défense, initiée par
les Wolarbe regroupait probablement les Ur-urbe et dtautres groupes
plus oU ~oins inportants. C'est peut-~tre ainsi qutil faudrait ~OD­
prendre la tradition ~uivante recueillie par Alain Foliu :
"Le f1bodaan0u est vaste ; il Y a des Wodoebe dans le ce~cle
d~ Mauritanie, dnns le district de Dodel
ils sont aussi nonbreu~
que ceux d'ici. Il n'y a pas de leyyi aussi étendues que celle d"l
Mbodaangu parni les Fulbe, Dons tout ce territoire, c'est le
Mbodaangu qui est le plus étendu. Pnr~i les principaux étaient ~
Jnboobe, ~ Wodanbe, ~ Edi et ardo Gede" (A. Feliu, 1978, p.
120).
Si l'on considère que ~ Gede est le chef de tous 18 0
Ururbe, on peut donc nffiroer que ces derniers étaient partie ?re-
nante dans le nboda, au sens de pacte de défense. Cette défense
était dirigée contre tous leurs ennenis, depuis les Alnoravides
jusqu'aux burbn du Jolof et aux barek du Waalo, en passant par les
Soninke~ Dans le nbodc étaient inclus égalenent Leeraabe, Feresbe,
Wodaabe de Njaaye~n, ceux du Jolof et du Njanbur.
Il f~udroit lier à l'essor dénogrephique, à la dispersion
géographique et à l'i~pntience de certains jeunes d'accéder au pou-
voir, l'affoiblissenent de la cohésion du nboda originel. En conclu-
sion 4e 80 lettre, S. Goden ~crit : "Les Wodaabe sont actuellement
tr~s nombreux, par suite tr~s dispersés et n'ont plus la cohésion
qu'i~8 auraient eue à un monent donné. Ainsi les Wodaabe du Fuuta
proviendraient d'une confédération créée dans le pays mêne où ils
sont encore aujourd'hui dans un but de sécurité. Vos Wodaabe de
l'Est auraient-ils une origine analogue et seraient-ils ainsi sans
relation avec ceux d'ici" (F. V. IFAN, Cahier nO 62, Lettre du 3-4-
1937, p. 3).

102
Nous dirons, pour conclure, que tous les Wodaabe de l'Est,
de l'Ouest conne du Fuuta-Jallon, ont une origine corùmune, par le
fait que tous viennent du Sahel, en particulier du Baxunu et du
Jafunu. Les V/odaabe,nonades de l'Est s'appellent eux-m~nes Jafunu'
èn. Il existe aussi parni les Fulaabe ou Ranboobe du Bundu un hinde
appelé Baxununaabe. hU Fuuta-Jallon, dans les misside de Bundu
Mawba et Doaol Baali, existent les tekkun de Jafuna et de Wolar,
sans compter le topon:rIJ.e Jiynde Balla qu'on retrouve au Fuuta-Tooro.
Partout aussi les i"lodnnbe vivent au voisinage des Ur-urbe. Cette dis-
persion des Hodanbe, CODue des Ur-urbe, à partir du Sahel, serait
liée non seulement à la pression des Maures, ~ais aussi au desséche-
ment qui les pousse à aller chercher vers l'Est et vers le Sud les
p~turages. Généralenent nonades, ils vivent souvent sous la dépen-
dance des sédentnires, tant qu'ils jouissent de la liberté à la-
quelle ils tiennent autnnt qu'à leurs troupeaux. C'est ce qui a
fait écrire à Faidherbe ceci : "étrangers aux contrées occidentales
qu'ils habitent, ces Pouls reconnaissent toujours parmi les chefs
un protecteur de leurs terrains de parcours, achètent sa protection
par des présents" (Faidherbe, Moniteur du Sénégal, Mai 1859). Cette
affirmation n'est vraie que là où ils sont ninoritaires, isolés
parmi les Wolof ou les Toorobbe.
2.4.2. La dispersion Wodaabe
Selon la plupa.rt des traditions, les Wodaabe se sont dis-
persés en n~me tenps que les autres Fulbe, à partir du Sahel où
ils portaient le non de Wolarbe (F. G. IFM'J, Cahier nO 43) • Certains
..
les fo.nt venir du Massina, et d'autres du Bnxunu en neme temps
que les SnndarnaGbe (F. G. IFAN, Noms de villaLes et de famille du
Fuuta-Tooro).
La plupart des traditions s'accordent égalenent pour dire
qu'ils sont les prm:licrs de tOu.s les Fulbe à s'installEr au Fuuta-
Tooro, avec les Ur-urbe. Après avoir été chassés du Sahel par les
Maures (Berbères), ils se sont installés à Jaaw, puis à Hayre Dooo,
sur la rive droite avant de gagner Asnde Balla et le district des
Lanam dans le Booseya. De là, ils ont été chassés par les satiGi
de Godo, ce qui les c conduits à Samba TlliùU, Dumga Wuro Ceerno,

Féf;\\f1ffj 12 GENEALOGIE DE,.S SAt"Boo13E
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Kundo : But.>!!
Bubu
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Paate Kundo
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Bubu
1
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Samba
Paaté
Paate
Jom
1
1
.
MaUck
Samba
Demba
Paotê
1
1
Idi Matick
Amodi Demba

"

Fig. N° 12 (S,lite 2)
I[ 6@t1éalogie des Sot/gui ,rvlbofo descendants de Jaaye Sodiga
i'Jropriétaire des Hari lV/bolo.lls portaient le nom d~? Soh
f) Ardo Jaaye S(:;diga
....-----I---~--"·"··· ..·-
N .,I~Vj"j -_••_-....._.,,--~-_ ...._-~. P 0 i' (j m ~~
• !
1
1
1 ..
Garbo
A.Wdi
~ 1
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1
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1
J(ftn
Demba
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Bubu
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I['e ------.---'".--.-.-.-.-....---.-~-.-~
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1.
Ire
U t' (So.tlgi 0 JOGD(J(;clI)D",)
Mod!
. . '
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;'{ofi Motii <:ft- JoaôJ Lidub1"

103
Bokki-JoWé et Boy!neojf où ile ont aménagé auprès des F6ddube Jaogo
(Fonds Gaden. IFkN. Dakar, F. T, Càhiera nO 1 et 11). Un des leurs
aUrait fondé Wuro Gooei et un autre Wuro Molo.
Ils ont été les mettres de le province des Yirlaabe-
Hebbiyaobe bien r.vani la conq113tt du Koli, l'arrivée des Yirlno1Je
et lfén~rgence des Sayboobe. En effet, Dènba Jorn, descendant de
Jaaye Sadiga. est considér~ comne premie~ ?rdo Wodaobe dans cette
province. 11 n distribué entre ses enfants les terres et les coonan-
demente, Golo Denba, ,renier p.rdo Gal0r.0 a reçu les ~>?laade et les
~oode exploitées par les comnunoutés villageoises de Galoyo, Wending,
Tufnde~ Gande, Gengel, Pété, Salde, it'oassetooke contre les redevt"'n-
ces ordinaires (nioldi, bootigu, Q••&%a1f dawoL).
C'est à ln suite d'une èrnuille ovec les sotigi, sous le
régime deenyanke, qu'une partie de ces terres leur fut enlevée nu
profit des Lih S8wako~du.
Bubu Noawo, un outre fila de Denba Jan, avec le titre de
8atigi Mboolo gère le ~olangal de Boari ~llioolo exploité par les ho-
bitants de Doob, Dabbe et Joaba-Lidube contre redevances ordinaires
par l'interoédiaire d'un jaasaraf.
C'est sur les Wodoabe que satigi Sanba Bubu Boli, chef des
Hebbiyaobe a confisqué les kolaade Balinayo Acetaabe, Baari Freybe,
Folo Lobudu, Peldi Sincunaabe, §olangal Beeli-Cowi, exploité~ par
les habitants de Caskon et de Sincu Aoadi fiariae,
Ce sont les Uoclaobe qui ont concédé à .jaltoabe Sincu de
MbaaA les kolaede DUBCe, Bellel, partie de LODudu-MbaaA, Tulal et
les pole de Bolnl, Cele, Beeli et Mnayel Dunde. Après l'éviction
des Wodeabe, cette donation a été confirnée par les satigi et les
almaami.
tyulunde Deroba, ,ÎOOtl Lugge
est, uvec son frère Peate Denba,
le mettre des ~olaade dè Lowal, Wodoss et/~:ii Kebbeebe entre Fondu
et Nguy.

Fig. Nt> 72-' (JEi\\/EALOGIE DES SAYBOOi9E DE G.4LD DEMBA .JAM
a) G.,io Demba Jom
lÛGalo D~~mba jam
C JG Clio D~mbQ .lOin
~-'--r---'-
-------···1-··--·-----·..-
-'--,---'-
Bomba Galo
Bomba Galo
Bomba
1
1
. t
Jom lSamba
Jorn Bamba
.Ji.lm
1
GeiClQ/J Jom
f:
.1 .
Ge/aaja Jorn
vl!laOjO
1
1
1
Saballa Gelaojo
Sabatla Gelaajo
Sambalta
r----......J......-.--..!
1
t
t
Jaoft 1Saballa
Sin.' SaboUo
Jaaye
Sire
AmadJ
1
.
1
1
Jooft:!
Demba $Irt
Amadu
Dtmba
1
1
1
Al iu
l'lmacu
Saada Oemba u-ordc.
Atiu
Saadç; u-o
1
1
!
Amad'u Aliu ordo >?-o ~S1O
Amadu ordo ~n 1910

Yarga Yero Decba Jarn, joom Ngarcar a autorité sur les
kolaade de Reedu-Ngar, Neore, Jaaye-Ali, ~fuolo Wallere et foonde
Ngargarnaabe. Ces terres sont exploitées par les populations de
Pete, de Baroobe-Jnkkel, de Salde et de Waasetaake.
En revanche, ce sont les descendants de Sawadi Juaye qui,
avec le titre joon Jallube, sont les Daitres des kolaade de Junugal,
Reedu Mbabba, Ndoonèi et d'uue partie de Woùos et de Guni, exploitées
par l es populations de Bokke-Jallube, de Fete, de CH:ki te et de
Nguy. ~ Jnllu~e est Glu par les Fereybe
et les Gajoobe de
Bokke-Jallube.
Les Gajoobe,seraient des Woduabe originaires du Fori
qui
ont changé leur patronyne Soh en Gaajo. Avec les descendants de
Sawadi Juaye, ils ont fondé Bokke-Jallube où ils auraient cohabité
avec des Soreer et des Faddu~e Jaogo.
D'une façon générale, la province des YJrlaabe-Hebbiy.aa:ue
étai t
docinée par les \\'Jodaabe. A la sui te de la conquête du Fuutn
par Koli Tenella, qui a concédé la province aux Sayboobe Nüm~ ils
ont été bousculés par les derniers qui sont devenus satigi Hebbiyaabe.
Ceux des descendants de Denba Jac qui ont pu résister ont grossi
le rang des Sayboobe. Les autres ont énigré alors vers l'Ouest (F. G.
IFAN, Cahier nO 1, Histoire du Fouta Toro de Harnidou KANE, p. 6-7).
Si les Wodaabe du Fuutn central et oriental sont devenus
dépendants à la suite de la conquête de Koli, ceux de l'Ouest ont
probablement consolidé leur pouvoir en formant un mboda avec les
~r-urbe. C'est ce qui explique qu'ils soient restés les ~ar~res des
terres, du Dimer, du Tooro et du Waalo. Ils ont su nnintenir leur
cohésion en conservant leurs principales traditions, bien qu'à un
mocent donné, des conflits ont entratné le fractionnecent du mboda
en Leeraabe, Felesoe, Wodaobe-Njaayeen, Wodaabe du Njambur et Wodaabe
du Jolof. Malgré l'éclatement lié sans doute à l'essor démographique
et aux difficultés de maintenir intacts les principes de dévolution
du pouvoir, les Wodaabe où qu'ils se trouvent reconnaissent le nagis-
tère de ardo-Wodaabe, élu et couronné à Njaayeen.

105
Dans leur ensemble, les Wodaabe du Fuuta~Tooro Bont rertés
nomades. se déplaçant, ordinairement entre leur établissement G~
jeeri (rumaan2) et leur établissement du Waalo (seedde oU seedo).
LeU~ iérritoire dans le Tooro et le Dimar s'étend de tulde Dimatt
Jeeri ~t de Njaayeen Wodaabe-Koti à Xumma. Du c8ié du Waalo, ils
sont dans If11e à Morphil entre le Ngalanka et le fleuve, et dans
Ïa zone du RIKiz sur la rive dr~ite. Du c8té du jeeri, ils contr61ent
Iteftsemble de la zone sylvo-pastorale entre la route du jeeri et la
ligne des forages du Ferlo (A. FALlU, 1978, p. 60).
2.5. Njengel et Lacce
Dans le Joloi, on trouve principalement deux communautés
de Fulbe : le Njengel et le Lacee. Le Njengel regroupe trois frac-
tions : Geeli, PanaI et Namas. Ils portent pour la plupart le patro-
nyme Kah et appBrtiennent à la m~me famille que les Fulbe Joobbe
du Fuuta"Tooro. Malgré cela les Jengelbe prétendent descendre de
Afo Njajaan, tandis que le burba est issu de Saare Njajaan. C'e~t
pourquoi leur ~ partage avec le burba du Jolof le privilège du
bain rituel en njasseew. L'~ est élu par des notables Fulbe qui
lui sont apparentés. Il est
cou~onné à Warxox selon un rituel
conservé en présence du farba Njengel au cri de "Jaaso mawdo aynn~be,
yo laamu jigma". Le couronnement est suivi de réjouissances et de
danses ou "folo".
Le Lacee e$t plus composite encore que le Njengel. Il eat
composé de neuf kinde dont certains sont issus des grandes leyyi
Ur, Njaalal, Njaaw et tandis que d'autres sont d'envergure plus
restreinte
Bis, Bakkar, Ribia, Mbey, Hayre, Pafa et Cannoor. ~
Cannoor était un des plus influents du groupement Lacee: il était
élu par des notables sandaraabe et confirmé par le burba, sana pour
autant ~tre aoumie au Njosseew. Farba Cannoor servait d'intermédiaire
entre lui et le burba.
Atdo Njenge1, comme ~ Cannoor et ~ Jaawbe, choisis
par leurs jembureebe, étaient toujours couronnés à Warxox, où ils
subissaient la cérélnonie du tas de sable, à l'image de ce qui ae
pa'se deus le. pay~ 'iolof pour le oourQnnement des àatli du Wnalo,

106
des dammel et des ~ du Kajoor et du Bawol. Seul ~ Njengel
était soumis au bain rituel du Njusseew (O. BA, B. IFAN, 1975,
t. 37, nO 1, p. 117-136).
Ln plupart des cérémonies relatives au couronnement des
ardo sont empruntées au cérémnnial des Wolof dont ils sont les voisins
et les sujets. Le fait que les ardo Njengel prétendent descendre
de Njajaan Njaay procède de la même idéologie qui fait descendre
Koli de Sunjata et bon nombre de marabouts du Fuuta et du Njambur
des Qnreyehitts ou des Yéménites,
etc.
L'étude de ü. BA (B. IFAN, t . 37, nO 1975, p. 457-462) sur
les Fulbe du Tooro illustre avec éclat l'émiettement des grandes
ley;i en plusieurs kinde. C'est ainsi qu'à la grande famille des Ur-
urbe se r.attachent Edi, Gamaaji, Jegess, Kiray, Mangay, Mbaccor,
~Thantu, Ngassama, lfuoroobe, Samanaabe et S.vanaabe Botol. A la famil-
le des Wodaabe,
se rattachent Dekole Tareeji, Dekole Njaay Njaga,
Feresbe et Leeraabe. Aux Sayboobe se rattachent Doongo et Ngajak.
On trouve aussi dans le Tooro un hinde Jaawo et un hinde Jaalalo,
intégrés aux Ur-urbe.
Tout cela montre la complexité des mouvements migratoires
des Fulbe. Certaines fractions détachées pour des raisons diverses
de grandes leyyi, dominantes ailleurs,
deviennent des kinde minori-
taires englobées dans d'autres grandes leyyi, tout en gardant leur
appellation et leurs titres. Un hinde des Jaawbe ou de Yanlalbe
agrégé à Locce, à ~ilioda ou à Ur garde cependant son ~ ou son joom.
Il ressort des di~erses traditions que la plupart des
grandes leyyi sont arrivées au Fuuta-Tooro vers la même époque,
venant du Sahel. Ce déplacement nord-sud est en gronde partie le
résultat de l'évolution de l'écologie, marquée par un desséchement
progressif. Ce focteur naturel est renforcé dans ses conséquences,
par la pression continue des Berbères à partir du VIlle siècle de
l'ère chrétienne et qui culmine avec le mouvement almoravide dont
l'aile méridionale,
sous la direction d'Abu Bakr ibn Omar Lamtuni
a mis le pays des Nègres en coupe réglée. Dans leur âéplacement vers
le Sud, les Fulbe ont emprunté les axes hydrographiques du Karakoro,

107
du Garfn et surtout du Gorgol, par les passes de l'Assaba. Ils ont
dès lors occupé l'ensewole de l'espace situé nu Sud du Tngant,
entTo
l'Assabn et le fleuve Sénégnl. La plupart des grandes leyyi
a
transité par le Fori qui est devenu le centre politique de la région
dès :le XIe siècle. C'est de là qu'elles se sont dispersées en
occupant le jeeri peu peuplé et le waalo plus densément occupé par
des populations
de pêcheurs et d'agriculteurs.
Une distribution géographique s'est ainsi faite entre les
principales leyyi : l'Jounnbe et Ur-urbe ont occupé l'Ouest (Tooro et
Dimnr principnleoent)
en cordnnt sur le Wnnlo et l'Ouest ~u Jolof.
Le Jaawbe sont plus n08breux dans le Fuutn Central en particulier
sur la rive droite,
cou~nnttout l'espace entre le Sud du Tagant
(Tammourt-en-Naaj) et le fleuve Sénégal,
et progIessant vers
l'Est.
Les Yaalalbe ont occupé la portie orientale du Fuuta-Tooro,
et plus
spécialement le Ngennar et le Danga. Dans cette dernière province
ils sont intimement n81és avec les fractions des Jaawbe,
Cutinkoobe,
Mbomeyaabe, Rananbe installés dans le Jeeri principalement, tandis
que les Ynnlalbe se localisent sur le dannde caayo :
c'est ce qui
justifie le dicton "pullo ,jeeri,
,jaalalo wanlo".Les Yaalalbe sont
donc plus sédentarisés que les autres Fulbe.
Dans le Jolof, le Njengel et le Lncce se sont orgonis~s nu
tour de la vallée du ?erlo et de ses affluents. Le Lacce par sn com-
position, rend coopte Ge ln compléxité des leyyi fulbe,
et de leur
coexistence. On y retrouve des ~ issus des grnndes leyyi dominan-
tes ailleurs.
3. "LA FULLANIS1"TIGiJ" DES POF"l.T.::û/rION3 DU FUUTA-TOORO
Le résultat le plu3 évident de cette migration ~es Fulbe
vers le Sud est ln iullnnisntion de l'ensenble de la région située
entre le Sud du Taennt et l'Assnba d'une part et la vcllée du Ferlo
d'autre part.
Cette fullanisation s'inscrit dans la toponymie.
Jusqu'à ln latitude de Mbout et d'Aleg toute la région est

108
profondément marquée par la présence ou le passage des Fulbe, qui
se voit à la topon~ie : les rivières, les lacs, les vallées sèches,
les collines portent des noms typiquement peuls : caangol Gellowar,
beelel Gawdi, havre N~al, havre Dekle, havre Ngiril, havre Golleera,
hayre Boose, havre Gonde (11). Bon nombre de ces collines ont donné
leur nom à des leyyi, kinde et cuudi de Fulbe. C'est ainsi que Ngiril
a donné son nom aux Yirlnabe ~ le haVre Dekle de Mauritanie est
l'ancienne résidence des Sayboobe Dekle que l'on retrouve à Ja.1.ba.
Lukseybn est une contraction de Lugge-Sayboobe.
L'arrivée massive des Arabes Banu Magil aux XIV-XVe siècle
fait triompher l'élénent arnbo-berbère sur l'élément négra-africain,
au plan politique et culturel tout au noins. Malgré tout, comme l'a
montré Oumar BA, les nouveaux venus n'ont pas pu oblitérer les
trct"es des anciens occupants noirs de la région. En effet, dans le
Tagant et le Hodh, nombre de toponymes sont incontestablement
soninke, peul, wolof ou sereer. De nos jours encore, les populations
Hassan ne saisissent plus la signification des toponymes que l'on
rencontre le long de l'Oued Ketchi comme Aska-Norwa (= Ngaska
Norwa = terrier du Caïman), Gelle-Ngéré (Galle Ngaari = enclos du
taureau), Lekki mbabba (l'arbre de l'âne) et Jokke Tuuba (prolonge-
ment du pantalon) dans les Argueillat ; on trouve Beyla-muaro (Beeli-
maaro = rizières) entre Hal et Naft dans le Tagant, et Caafal-Kosom
(jet de lait qu'on trait)
9 la ville de Gimi est une déformation de
~ (acacia decidua). Gimi était semble-t-il le chef lieu de la
confédération des Fulbe Jaawbe, que les Hassans désignent sous le

nom d'Iday-dje, (les descendants de Jaaye).
Non loin d'Lleg, on trouve les Kideyat l'Ardouban (= les
petites montaenes d'Ardouban) ou encore les petites montagnes d'Ardo
Mbana (18). La ville de Mardo dans le Brakna a son pendant dans le
Tooro au Sénégal. Neega, Duga, Jaabal Gandega, Gangel, Jaaba, Jongi
Njuf sont autant de noms de villages en Hauritanie qui ont été trans-
portés parfois tgls quels au Sénégal par les Fulbe qui ont été
obligés d'abandonner la rive droite. En particulier, on rencontre
dans le Fuuta-Tooro des kinde des Negananbe et des Duganaabe,
Njufnaabe qui tirent leur origine des localnés ci-dessus mentionnées.
Dans ces kinde se retrouvent l'ensemble des catégories socio-

109
professionnelles qui composent la société fuutanke.
Le Tammourt-en-Nnaj et l'oue~ Kra-Naga qui correspondent
en Pulaar à weendu Uay (la mare aux vaches) et cuangol-Nagge (voIlée
de la vache) témoignent incontestablement de la présence des Fulbe
et de l'importance de l'élevage bovin dans la région (Nagge, la
vache en Pulaar fait au pluriel Nay). Il en est de même de la mare
de Gabou (19).
Dans le Qnssin du Gorgol, les toponynles pulnar sont parti-
culièrement nombreux et l'emportent sur les toponynes soninke,
sereer ou wolof. Ces toponynles désignent tantôt des arbres, avec
usage fréquent
des dilainutifs et des aue~entatifs : Gunal, Barkewol,
Dubbel-Batha, Murtocal Gaar, Tammourt-Koyle, Jaabi-Wiinde, Ganki,
Jammi et Bokki ou ùes formations végétales où domine telle ou telle
espèce (Sanre, Nammarde) 9 soit des formes de relief (Tulel-Baali,
Tulde-Mbaroodi, Heendu-Zarekare, Weendu-Gellevar, Weendu-Koyle)
Rayre ~lliaar, Hayre Gomde, soit des formations pédologiques (Seeno
Dalhaya, Seeno Libboyr~), soit d'anciens sites abandonnées (Wiinde-
Jammi, Wiinde-Jaabi), soit des aménagements récents après défriche-
ments (sincu, ~), etc.
CONCLUSION :
Les Fulbe étaient vers 2000 BP concentrés dans le Sahara
Occidental, en particulier dans le Tagant, l'Adrar, le Rodh, l'Affolé,
le Tiris et l'Inchiri. Avec les desséchement de cette région et
sous la pression des Berbères Sanhaja à pertir du VIlle siècle, ils
ont émigré et se sont disséminés à travers tout le Sahel. Du dhar
de Tichitt où se trouvait le Maasina originel ils se sont dispersés
en direction des grands fleuves à la recherche des herbages. Ils
aboutirent dans la vallée du Gorgol ou Fori, puis dans la vallée
du fleuve Sénégal qu'ils ont descendu pour s'installer en masse
dans le Tocro. Certains d!entre eux ont occupé le Ferla et le Jolof
et d'autres sont partis s!installer dans les montnrrnes du Fuuta-
Jallon. Partout, ils ont conservé leurs structures et leurs croyances.
A partir du Mausina nigérien, certaines kinde ont continué vers
l'Est jusqu'au Liptoko. Ils conservent parfois jusqu'à leurs noos de
lenol, de hinde et d'habitat. Ils ont cohabité dans leurs nouveaux
établissements avec les kinde des autres leyyi (Njanlal, Ngiril,
Njaaw, Mboda).

110
D. LES LtUPJWOBE ET LA FORJIlATION DU ROYAUME DEENYANKE
On désigne sous le nom de Lawakoobe les Fulbe de la lance,
en particulier ln clesse politique qui 0 émergé à partir du XVe t
Yaalalbe, Deenyankoobe, Se.yboobe et Samoankoobe,. Ils dom.inent l 'his-
toire de la région séœ sambienne entre le /;:/e et le XVIIIe siècle.
Leur importance tient moins è leur poids démogrnph~equ'à leur rôle
historique.
1. LES YAALALBE
Les Ynolnlbe, selon une certaine tradition tiennent leur.
non de leur onc~tre Ynladi Janye Sadiga. A l'est, ils portent le no~
de Yalabe et prétendent descendre de Ruhrubn, fils d'Ugba. Ils ou-
raient habité FulluBa avec les Wolarbe, lesFeresbe et le9 Fittoobe
avant d'émigrer pour le Fuuta-Tooro (Ft M. K. IFAN, Cahier n· 7).
CQla revient donc à faire des Yoalalbe une fraction des Ur~urbe (20).
Les uns et les outres portent le patronyoe Bah. Au demeurant, parmi
lea Ururbe du Tooro, on trouve un clon Jaalala.
Lo trodition faisant dériver le ter~e de Yaalalbe des topo-
..
nyoes Nealal, ou NjnulaI, est plus conforme à la règle générale de la
formation des noms Ge leeol ou de hinde des Fulbe et les Holpulaor'en •
..
Nualal dons le Jolo! serait le berceau des Yaalalbe, leur ancien
établissement qui se trouve dons le prolongement direct de Meri vers
..
le Sud (F. M. K. IFJJT, Manuscrit nO 7, p, 25). Le terme Naalal-neabe
A
(pluriel de Nnc.lell1nnjo) au.rait donné Yaololbe, Ils ont conservé leur
..
nom m'me après ovoir quitté Naalal. Pour d'autres, les Ynalalbe tien~
nent leur nom de la oore de Njaalal, également située dans le Jolof
où le groupement u séjourné pendant longtemps. Cette version est
d'autant ph-s vrcisemblalJle que les Fulbe éleveurs ont tendance à
s'installer à proximité des points d'eau qui portent en pulaar le nom
de beQli, pete, lUBse, lumbi, pluriel respectivement de Ylendu, teto,
lu%gere et luchol. Ces points d'eau sont très recherchés par les éle-
veurs à cause des multiples avantages qu'ils présentent pour les ac-
tivités pastorales.
Ce qui renforce cette hypothèse, c'est ln présence parmi les

111
~8cce du hinde Njaalal. L'essor démographique et l'évolution des
conditions politiques ou écolo~iques ont poussé certaines fractions
des Yaulalbe à émigrer, conformément à leurs genres de vie. Ils trans-
hument à travers la savane, comme le font habituellement les Fulbe.
C'est ce qui explique qu'on les retrouve parmi les Ur-urbe dans le
Tooro, dans le Baxunu, dans le Bajar et le Rade, à Telinele, à
Dalaba et à Mali au Fuuta Jallon. Les Yaalalbe sont surtout nombreux
de nos jours dans le Fuuta Oriental dans le Ngenaar, DamgG et jus-
qu'au Xaaso. Ils cohabitent avec les sebbe liurankoobe, Koliyaabe,
Laboyaabe et Ducanaabe à Berkewi, Pndalal, Gurli, Matarn, Kundel,
Bapalel, Horndolde, Bor;o et Heri. Leur chef porte le titre de ,jooo
,.
Njaalal ou jooo Naalal. Leur installation définitive dans cette
région et leur sédentarisation sont probablement postérieures à
la conqu~te du Fuuta par Koli Tenella, à ln suite du partage du Fuutn-
Tooro opéré par ce dernier (F. B. IFAN-Dak~r, Histoire du Foutn-
Tocro par Steff, 1912). On les retrouve éGalement dans le Bundu parmi
les Fulbe ~lliaal où ils sont restés véritablement des Fulbe-Jeeri,
éleveurs et guerriers vivant de razzia comme les Fulaabe, les Jengelbe
et les Mbalbalbe.
Le plus célèbre des Yaalalbe eBt incontestablement Tenella
Gedal, chef de guerre, fondateur du royaume Janlalo au milieu du
XVe siècle et père de Koli Tenella le fondateur de l'empire deenyanke.
Si les descendants ùe Tenella sont devenus Deenyankoobe et Sayboobe,
ceux de son~ère halir;a Gedal sont re~tés Yaalalbe tout en partici-
pant au pouvoir ~e~pyûnke. Ses enfants Mooli Malign, Samba Maliga
et Ali Maliga ont été les compagnons de Kali Tenella qu'ils ont puis-
samment secondé dans ln conqu~te du Fuuta-Tooro. Cela leur a valu
de recevoir le commanèement de la région qui s'étend de Giray au
Xaaso : à Mooliet à Samba Maliga échut le canton de Grray à Wodobere,
et à Ali Maliga le canton de Cali à Padalal. Leurs descendants fon-
dèrent Garli et Maatam.
2. LA FORMATION DU ROYAUHE JAALA.LO DU KING! PAR TENELLA
2.1. Présentation de Tenella
Tenella est un personnage célèbre dans le Soudan octidental.
Les chroniqueurs soudnniens l'appellent Tanyidda ou Tayenda. Il est

112
1
connu des Bacbara, des Fulbe du Brigo et du Wassulu sous le nom de
1
Tenkella. Il est si célèbre que les Hassan qui
appellent les Deenyan-
.
1
.
!
koohe, Awlad Tenkelln, Les Portugais du XVe siècle le désigne sous
!
le no~ de TemoIn ou de Temnlado.
t
Au Fuuta-Tooro, Tenella Gedal Deeny le Jaalalo, ne serait
que le père nourricier de Kali, et non son véritable géniteur. Cette
tradition est véhiculée par les Deenyonkoobe (Sire Abbas SOHo 1913),
qui se veulent différents des Yaalalbe. Cheikh Moussa KAMARA n contré
avec pertinence qu'il n'en est rien et que Tenellu est bel et bien
œe père de Kali Tenello (F. M. K. IFAN, Zuhur al Basntin et Cahier
nO 7).
A. Arcin, dnns son Histoire de la Guinée Française, parle
de Koli, com.me le fils de Tenella Juaye, chef d'une "confédération
des Wassulunke" (A~ ARCIN, 1911, p. 60 et suiv.), qui s'est
consti-
tuée au Soudan pour résister à l'oppression des Malinke du Nord.
M. Delufosse, se basant sur HE données fournies par
Sa'di et Kati, écrit que "vers 1510, un descendant de Diâdié nOIillùé
Tindo-Galadio, chef des Yal~bé, prêche la révclte au Bakhounou contre
l'Empereur de Gao El Hadji Mohaned (le premier Askia), qui était
devenu martre de ln najeure partie des anciennes dépendances du Mali.
El Hadji Mohamed entreprit en 1511-1512, une expédition contre Tindo
qu'il défit et tua à Diorn, près et au Nord de Nioro" (Delafosse,
1912, t. 1, p. 229, note infropaginale).
L. Tauxier (1937) fait une sinple allusion à Tenelln, à
propos de "Kali Tenguella, fils d'un chef Peul battu et tué dans le
cercle de Nioro en 1512, par les armées du second Empire Songhoy".
Arcin, Delafasse et Tauxier ont visiblement puisé à ln même
source, le Tarikh-es-Sudan principalement. Les deux premiers auteurs
ne sont pas d'accord sur la filiation de Tenella. Arcin en parle
comme le chef d'une confédération wassulunke tandis que Delafosse
en fait un ehéf des Yoalalbe installés au Baxunu. Dans tous les cas
Tenella est impliqué clans cles conflits contre les "Malinke du Nord"
selon Arcin et contre llempire du Songh5y. Ces conflits se sont fina-

113
lement sold~s par ln Dori de Tenella, et la destruction de l'Etat
fond~ par lui. On ne connart rien des ori~inûs de Tenelln, dû ses
activit~s nnt~rieures et de ses aotivations.
Tenell~ VGul~it-il s'6manciper de la tutelle de ses grsnds
voisins ou nencçcit-il leurs intérêts et leur héŒ,énonie par ses oe-
nées subversives et 1Dr l'o.ttraction qu'il exerçait sur les Full)",
de la réGion? L'o.nûlyse des chroniqueurs soudaniens pourra donner
sans doute quelques 61~~ents de r6ponse •
. Sa'di nous fournit ùavanta~e de détails sur Tenella
qu'il appelle Tayendc:.. "Pendant la dix-huitiètte nnnée (3 1 nars 1511-
20 Mars 1512) écrit-il, Askin EI-Hndji Mohnoeù entreprit son expédi-
tion contre le enudit, le faux proph~te Tayenda et le tun à
Z8ra".
En observation, Sa'di ù.onne les précisions suivantes:
"Tayendn-
Snlta-Yalalba, Nina-Galta-Ourarbi, Dok~-Salta-Firouhi . t Kado-Salta
Oularbi, originaires de la tribu des Djolf,
située dans le territoire
de Melli, quittèrent leur pays et all~rent s'établir sur le terri-
toire de Qaynka. Lorsque Askin-EI-Hadji Mohaomed eut tué le naudit,
ils émiGrèrent tous dans le Foute et s'y fixèrent.
Ils y sont encore
aujourd'hui" (SJ.'DI, 1964:, pp. 127-129).
Hnhnoucl Kati,
de son côté,
écrit que "c'est en 918 (19 nars
1512-8 oars 1513) que fut tué l'inposteur, c'est-à-dire Tenieddn,
qui prétendait être ~rophète et envoyé de Dieu (la malédiction divine
soit sur lui). C'est le Ranf8ri Amar-Kondiâgo qui le tua,
sans que
l'Askia lui eat donné l'ordre et sans que ce prince en ait eu connais-
sance ; partant de Tendirna, Anar marcha sur Teniedda et Dieu lui
accorda la victoire: étant donné que son adversaire avait des troupes
plus nombreu~es, plus fortes et plus résistantes que les siennes, le
Kanf~ri Amar ne put arriver à le vaincre que grâce à la protection
divine".
nCe Téniedè.Cl était chef du Foûta appelé Foûta-Kingui
c'était un prince ~uissnnt, vnleureux, brave, doué d'énergie et enclin
à la révolte. Ayant quitté le Foûta, il était venu au Kingui, s'y
était installé et s'y étnit fait proclaoer roi"
(Mahrnoud KATI, 1981,
ch. VI, pp. 14:5-1~ô).

Sa'di et hL~I, qui ont puisé 8~ns doute aux m~mes sources,
sont d'accord sur un certain nombre de points: Tenella est originaire
du Fuuta qu'il El quitté pour s'établir sur le territoire du Qayaga
ou Xaniaga. Sa'di dit qu'il est de la "tribu des Djolf"
; i l faudrait
entendre par là qu'il appartient au groupe des Fulbe du Jolof ; et
comme tel, il est dépendant du burba. Cette remarque nous fait penser
au "Fulofolofo", cité ~armi les royaumes et les peuples sujets du
"Gran Fulo"dans l'anonyme de 1600. Ce sont donc des Fulbe-jeeri, éle-
veurs et guerriers, par opposition aux Fulbe-Saare, sédentarisés.
Les deux auteurs sont d'accord sur l'importance de Tenella.
Il est flsal ta-Yalnlbf\\'~ c' est-à.-dire silatigi Yaalalbe, donc chef de
guerre, chef politi~ue et même chef religieux. Selon Cheikh Mousaa
Kamara,
silatigi est le titre que porte le chef de l'armée des Fulbe-
Jeeri qui sont des ~uerriers qui razzient les troupeaux d'autres
peuples ou d'autres groupes fulbe_ Silatigi sert à désigner le doyen
d'âge des Fulbe, qu'il soit ou non chef d'armée. C'e~t un titre que
les Fulbe donnent traditionnellement à leurs chefs. Au milieu du
XVe siècle, Tenella était à la fois doyen d'âge et chef des Yaalalbe.
Il a même pu faire reconnattre son autorité aux silatigi des autres
leyyi fulbe,
qui l'ont élu roi pour son courage et son prestige. La
description que Kati fait de Tenella constitue le plus bel hommage
que l'on puisse renùre à un prince. Il était particulièrement jaloux
de sa liberté et de son indépendance, ce qui rend sa cohabitation
difficile avec ses puissants voisins.
Dans Roumen, i.• H. Bâ décrit le silatigi comme "celui qui
a la connaissance initiatique des choses pastorales et des mystères
de la brousse" (L. R. BA et G. DIETERLEN ; KOUHEN, 1961, pp. 21 à
30). Il est le "prêtre de la communauté". Comme tel, il ne doit point
commettre
'adultère, ni mentir, ni faire un faux t~moignage même
en faveur de ses proches. Il est le maître de tout ce qui a trait
aux animaux (santé,
fécondité,
transhumance,
règle de la vie pastora-
le). Il est le gérant des animaux donnés en offrandes aux jalan. Il
fait le sacrifice à ces derniers au nom de la collectivité. Il effec-
tue des rites réguliers, quotidiens, mensuels ou annuels. Il fait
des incantations au lever et au concher du soleil,
et trois fois par
lune. Il préside annuellement à la distribution des prix pour les

115
boeufs les plus gras. Il récite des litunies rituelles à l'intent~on
des génies et des esprits gardiens des animaux. Il connatt i'ensem"'Jle
de la flore et classe les végétaux selon leurs propriétés thérapwI-
tiques ou utilitaires. Il est le "maître des plantes"$ Devin, i~
interprète les positions des animaux dans le parc en relation avec
leur robe pour prévoir les phénomènes météorologiques ou naturels,
et fixer les dates de la transhumance.
Tout pullo r~ve d'être silatigi, stade supr~me de l' LÜ tia-
tion. Tenella n Gravi tous les échelons: d'aga à celui de si:at~gi.
L'accession nu titre silatigi exige donc une initiation lr'.x sei ences
religieuses. Une fois initié, il est investi par les anc~tres, par
les génies et les ~tres invisibles, par le dieu GENO ou Dundari,
et par ses hypostases CAAt~BA, KOU}ŒN et FOROFORONDU. C'est le
silatigi qui initie les chefs temporels ~ et Laamido-jeeri à leur
métier de commandement, qui exige des connaissances occultes~ Le
hasard a voulu que Tenella, silatigi Yaalalbe a 4té élu par ses co~­
pagnons de la charge de laamido jaeri, "t~te du peuple", dont le
rôle est de commander et de diriger son peuple comme le taureau chef
et t~te du troupeau (A. R. BA, Layatéré RodaI, 1962, introduction
p. 12, note 5).
C'est probablement à cause de sa fonction religieuse que
Tenella, silatigi Ynalolbe a été qualifié de "maudit, faux prophète"
(SA 'DI, 196~, pp. 127-1?9) et d'imposteur, qui prétendait ~tre pro-
phète et envoyé de Dieu (Mahmoud KATI, 1981, ch. VI, pp. 1~5-1~6).
On peut suppos~ aussi que chez Tenella, il y a eu une espèce d'amal-
game entre croyances islamiques et croyances traditionnelles.
Silatigi Tenella interprête de la volonté de Geno ou Dundari, n'a
pas été compri~ par les populations et les Ulama qui l'ont traité
d'imposteur. Sa'di et Kati se sont évertués à présenter l~s entre-
prises guerrières d'Ls~ia Mohammed avec une coloration de jihad.
L'influence d'Al flaghili sur l'Askia ne doit pas être négligée dans
l'appréciation religieuse sur le personnage de Tenella. Il se peut
aussi que Tenella soit nusulman, mais qutil se soit considéré comme
un Mahdi, appelé à foire triompher ln justice, à redresser les torts;
à préparer l'avènement de la vérité.

116
Le peu d'nccomodement qu'il manifeste à l'égard du pouvoir
politique et de l'ordre établi porte à le croire. Il a pu être con-
sidéré comme tel par les Fulbe. Ni Kati ni Sa'di de iisent que
c'est un paien ou un "animiste". Ils le traitent d'imposteur. Alvarès
d'Almade dit de lui qu'il est "le fléau de ces parens, qu'il est
fourbe et cruel". Dans la région soudano-sahélienne, on traite sou-
vent l'adversaire de "maudit" : c'e~t donc une façon d'insulter
l'ennemi et l'adversaire.
2.2. Les causes ùe l'6nif,ration de Tenellû
Cepenél::mi, IT::::.ti et Sa'di ne nous disent pas comment et
quand Tenella, silatiBi Yanlalbe et les autres l~ fulbe sont
arrivés au Kingi. Sous ce rapport, les autp.um européens peuvent
nous fournir d'utiles indications.
Un des premiers repères chronologiques nous est fourni par
Alvise da Mosta qui écrit: "Du temps que j'arrivai en ces parties
là, le roi de Sénéco se nommait Zucholin qui pouvait avoir atte~nt
la vingt-deuxième ûnnée de son âge ••• " (TEj>:IFOML. Navigations
d'Alouys de Cademoste, 1890, pp. 377-378).
De son côté, Denelha, parlant des aventures de Dulo DeQba
écrit: "J'ai entendu dire par mon père, que Dieu garde ! et par
beaucoup d'anciens, ei aussi par beaucoup de vieillords Fulos jadis
venus de Guinée dnns cette île
que, à l'époque où celle-ci fut
découverte par Antonio de Nolle, un Gênois, sur l'ordre de Dom
Henrique, c'est-à-dire que en l'an du Christ 1~60 - l'année même où
mourut l'Infant - ou peu d'années avant, un roi des Fulos, très
belliqueux, sortit de Futa
avec une grande armée
et que, arrivant
à une de ses villes
du nom de Bucol, aussi importante que Futa,
il grossit encore son armée et décida de conquérir la plus grande
partie de la Guinée". "Il traversa le rio Sanaga dans des almadies
et, pénétrant dans les terres des Jalofos, il eut avec eux des heurts
et des escarmoù..ches dont il sortit victorieux" (Donelha, 1977, p.
157-159) (21).
A propos du régime successoral chez les wolof, Donelha

117
écrit encore:
"Il y eut, peu ovant ou à l'époque m~ne de la dé-
couverte de cette rIe,
qui eut lieu en l'an 1460, un roi de ln
lignée des Jonais si ambitieux et si belliqueux que,
dès qu'il se
vit roi des Jalofos,
décida d'accroître la renomuée de son royalli~e
et chercha une occasion pour faire la guerre aux rois voisins ••• La
première guerre qu'entreprit ce roi Jonai fut contre Borlubo, roi
de Geremoo, royaume qui se trouve à l'Est dans l'intérieur et confine
à celui des Jalofos ••• Après l'avoir pacifié, il revint se reposer
dans son royanne,
dans ln grande bourgade de Lanbai, avec l'inten-
tion de faire ln eucrre aux Barbesiis et aux Fulos" (A. Donelha,
1977, pp. 131-133).
Il est intéressant de noter le synchronisme entre la po-
litique expansionniste de Cukli Njiklaan et la grande migration des
Fulbe au XVe siècle. Le jeuhe burba, né vers 1433, selon Alvise da
Mosto, ne cachait pns son ambition de conquérir les pays voisins e
Il commença par le Njaroew qui fut annexé. La prochnine étape,
selon Donelhn, étnit le Siin et le pays des Fulbe, c'est-à-dire le
Ferlo et le Fuuta. Si nous n'avons pas d'indications sur la guerre
contre le Siin et contre le Saalum, tout laisse penser que ses
entreprises en direction du Fuuta ont réussi.
Ce qui importe le plus, c'est moins l'échec ou le succès
des migrations des Ful~e, que les raisons de ces migrations. Une
des raisons qui appareoment pourraient être invoquées, c'est l'op-
pression politique. Les Fulbe, nomades habitués à vivre libres, se
déplacent chaque fois que leur liberté et la sécurité de leurs
troupenaxsoni menacées. Les conqu~tes de Cukli Njiklaan, accompagnées
d'une occupation effective du pays par les farba sebbe ont été
sans doute déterminantes. En effet, les farba,
au nombre de vingt
quatre, tous sebbe, administraient au nom du burba les diverses
provinces du Fuuta, ils contrôlaient telle lenol ou telle hinde
en prélevant sur les conllunautés des Fulbe, le tribut annuel,
en
bestiaux principalement. Ils retenaient pour eux une partie de ce
tribut. Parmi les farba les plus puissants, on peut citer farbe
Jowol, farba Wealalde, farba Erem, farba l'Thaal de Kayhaydi, farb~
Njum, farbe Awgal,
etc. Ils portent sans exception des patronymes
de Wolof (Jeng, Joop, Jaako,
etc).

118
L'attachenent général des Fulbe à la liberté et la reche~
che de la sécurité, ont été renforcés par le t~mpéra~ent mêne de
Tenella, qui selon :Cc.ti, Atait naturellenent "doué d'énergie et
enclin à la révolte"e Il est en cela, le digne représentant de son
peuple que Dieu a doté d'un tempéranent généreux qui inspire ~~-:
;:i~U~~Iles actions et une conduite digne d'éloges" pour reprendre
l'expression de Sa'di (S.h 1'DI, 1964, pp. 127-129).
L'épisode de Dulo Denba s'inscrit dans le nême mouveo8nt
migratoire. C'est entre 1455 et 1460, selon Donelha, que se place
la migration de Dulo Denba. Parti du Fuuta, donc de la rive droite,
i l traversa le fleuve sur des "almadies", nais plus vraisemblable-
laent sur des rndeaux appelés "tillere" (pl. tille). Il force le
paSS8Qe à travers le Jolof, les principautés mandingues et tr~verse
le fleuve G.811bie au "passo des Fulos", avant d'échouer contre la
coalition des princes (fanena) des Beafares. Le désastre de l'ex-
pédition de Dulo Deuba s'explique en partie par le nonbre considé-
rable des non coobattants, les troupeaux et par les"il!lpedi~enta"
divers et par le milieu qui se prête à la guerri11~. En effet 1
André Alvarès d'hlnada écrit:
"ils comblèrent le fleuve et to~te
l'armée passa ainsi que sa suite qui était très grande car ils ame-
naient beaucoup de cavaliers , beaucoup de cha~eaux, d'anes et un0
grande quantité de vuches
avec lesqUêlles ils narchaient et parDi
lesquelles allaient les archers lançant des flèches. Ils portaient
des essains d'abeilles qu'ils lançaient contre les ennemis quand
le vent soufflait contre ceux-ci. Cette arnée épouvantable, jamais
on n'avait vu une telle troupe parmi ces nations, alla en détrujsant
et dévastant tout, passa par le territoire des Mandingues, des
Cassangas, des Banhm:ls et des Buranes soit plus de 150 lieues tra-
versant tout jusqu'à atteindre le Rio Grande pays des Beefares où
les Fulos furent vaincus et nis en déroute"
(A. Alvarès ;' 'Alnada
1841
TratatoBreve,/ch. V, p. 33).
Âppareonent, i l ne s'agit pas d'une sinple expédition mili-
taire destinée à aGrandir le territoire des Fulbe. Il ne s'a'~1:t pas
non plus d'une simule nigration saisonnière, donc d'une transhunance,
conforne à la vie des Fulbe. Il s'agit plutôt d'une migration à
longue distance presque définitive, pour tout dire d'un ferao,
~ui

119
devait aboutir à l'établissement de Dulo Deroba et de ses hommes
dans une terre plus propice. S'il s'agissait d'une expédition de
conqu~te, Dulo Dembe aurait occupé le Jolof et les principautés
mandingues à travers lesquels il s'est frayé le passage par la
force. Vne émigration aussi importante, soulève toujours des inquié-
tudes dans les pays traversés. Ce qui explique la tentative du burba
P/~~i barrer la route, d'autant que cette émigr~tion des Fulbe
n'est rien moins qU'llile perte importante au plan économique, si
toutefois le burba a conquis le Fuuta.
2.3. Signification de l'émigration de Tenella
L'émi~rntion de Tenella est une véritable sécession car
Mahmoud Kati dit textuellement "s'étant séparé du roi du Fuuta".
Tenella est donc un dissident, un contestataire de l'autorité poli-
tique des burba qui avaient conquis le Fuuta. Le fergo de Tenella,
est un mouvement massif qui a entratné vers le Sahel (Xafiaga) à
la fois les Yaalalbe, les Ur-urbe avec Niima, les WolBrbe et les
Feroobe, avec leurs familles, leurs biens et leurs troupeaux.
Tenella, investi de l'autorité politique dans le cadre d'une confé-
dération, s'est dirieé vers le Nord, en traversant le fleuve Sénégal
vers Bakel, et en empruntant la vallée du Karakoro ou du Kolimbine.
Il a emprunté une direction inverse à celle de Dulo Demba. Appa-
remment, les deux mouvements se ?lacent à la D~ne époque. Si le
mouvement de Dulo, chef des Wodaabe ou des Jengelbe a légèrement
précédé celui de Tenella, il se peut que son échec ait déterminé
Tenella à emprunter une autre voie.Ce qui est certain, c'e~t que
les deux mouvements migratoires ont eu un sort différent. Celui du
Dulo Demba s'est soldé par un désastre, et celui de Tenella par
la fondation du roynune Jaalalo du Kingi. L'un et l'autre ont eI'1-
prunté de vieilles routes, très anciennement connues et suivies
par des mouvements migratoires des Fulbe dans tous les sens. Dulo
Demba, parti vers le Gud-Est, était probablement attiré par les
riches p~turages du Fuuta Jallon mais il a été obligé de traverser
des pays habités par des peuples hostiles aux Fulbe pasteurs nomades.
La région Nord-Est est très anciennement peuplée par les Fulbe,
peut-~tre bien avant le Fuuta-Tooro. Les Fulbe du Baxunu, du Kingi
constituent d'importantes communautés voisines des Soninke. Ces

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A. FAYE
Fig. N°16
fORMATION DE L'EMPiRE DEENYANKE A PARTIR DU SAHEL

120
Fulbe,
souvent persécutés par leurs voisins, ont da accueillir les
nouveaux Tenus et pariiciper à la constitution d'un puissant royauôe
qui ne tarde pas à se révéler fort dangereux pour les hégémonies
traditionnelles du Sahel (Jaara, Nande,
et Songhoy).
D'nutres ~lé~ents peuvent entrer en coôpte dans les ôi-
grations des Fulbe nu j~Ve siècle. L'essor démographi~ue, difficile-
ment mesurable nnis perceptible par l'éclate~ent des grandes leyyi
eL kinœ et cuudi souvent forcés au départ par l'exiguïté du terri-
toire et des terres dos parcours. Généralenent,
chez les Fulbe éle-
veurs,
lor~qu'une fnuille devient particulièrement nombreuse, les
enfants se séparent en plusieurs groupes:
chacun d'eux,conprenant
un homme accompagné d'un ou de deux de ses cadets, part pour s'éta-
blir en un endroit dont i l finit par prendre le non. C'e$t le cas
des Fulbe Nhaal qui descendent tous de San1Ja Nodan dont les vingt-
cinq enfants (dix sept garçons et huit filles),
tous aussi proli-
fiques les UllS que les autres ont essaimé à travers le Bundu à
partir de Buyaaje, Sincu-Dubbel, Nelbi et Raneeru pour forner les
différents kinde (Nabbnnaabe, Lewanaabe, Uaadiyaabe, Dikanaabe,
Sudinaabe, Samayaabe, Gidanaabe, Bulanaabe, Nobalbe), ln succession
se fait de frère à frère en cas de décès.
Entre autres élénents qui poussent les Fulbe au départ il
y a la sécheresse et la nortalité des bestiaux. En cns de sécheresse
et de diminution des herbages,
les Fulbe se déplacent toujours à La
poursuite des herbages, Généralement plus abondants vers le Sud dans
cette région soudano-sahélienne. Aussi le Sud s'appelle "Roore Fudo"
(la tête de l'horbe). Los Fulbe abandonnent souvent les lieux où
élev~
ils
ont perdu
~n nonbre anornale~nt Ide tetœde bétail, pour
chercher des lieux plus fastes. Les Fulbe fuient donc souvent les
épizooties. Ce déplac!~lents peut les conduire très loin. Ils s' éloi-
gnent également des régions où ils sont victines des razzia et de
la part des autorités politiques.
2.4. La constitution du royaume du Kingi et ses conséquences
La conséquence
la plus importante de la migration des
Fulbe au XVe siècle est la fornation du royaume Jaalalo dans le

121
Kingi. C008e nous l'avons souligné plus haut,
ln Migration de
Tenella, a pris ln direction du Nord-Est. Siré Abbas Soh le fait
partir non du Fuuta, nnis du Bajar,
en n~me temps que son fils Koli
(Sire Abuss SOR, 191), PD. 21-28). Selon lui c'est aux monts Koran
que Koli et Tenella se sont séparés. Le premier a longé la rive
sud du Sénégal pour conquérir le Fuuta-Tooro, le second a traversé
pour aller au Jaara il sera final~ment battu et tué. De toute
évidence, ici comme nilleurs, Sire Abbas confond les faits et gestes
de Koli avec ceux de Tenelln. Les deux migrations se sont produites
à trois quart de siècle d'intervalle. S'il y a eu une séparation,
du mouvement migratoire des Fulbe en deux ailes, i l s'agit sans
doute de celle Dulo Demba qui a pris la direction du S.E. et de
celle de Tenella qui s'est dirigé vers le Nord-Est. Il s'est trouvé
que le premier a échoué et le second a réussi. Il s'agit là d'une
simple hypothèse, car rien n'indique que les deux nigrations n'en
constituaient qu'une au départ. Sa'di et Kati ne mentionnent pa~
le nom de Dulo Denba et on ne sait àque~ leaol des Fulbe le ratta-
cher. Il se peut qu'il soit un neveu de Tenella,
étant fils de Denbu
Jaaye, mais rien n'est sûr. En revanche, Donelha ne mentionne pas
les noms de Tenella, Niina, Gatta et Doko. Le trajet suivi par Dulo
se trouve beaucoup trop à l'ouest,
et ne semble pas reoouper celui
suivi par Tenella.
Le succès de Tenella et la constitution du royaume Jaalalo
du Fuuta-Kingi ont sans nul doute fortement inpressionné ses contem-
porains, à une époque où les communautés des Fulbe étaient partout
traquées dans le Mali, comne dans l'Empire Songhoy en pleine as-
cension. Tenella a exercé une attraction irrésistible sur les Fulbe
du Sahel
en général, du ~axunu, du Jafunu, du Fuladugu et du Wassulu
en particulier. Il n aEi sur ces groupes comme Othman Fodya Dem et
Ahmndu Bello le feront au XIXe siècle sur les Fulbe de l'Est. Il a
dû intervenir partout où les Fulbe étaient traqués et persécutés,
comme au Wassulu, Fuuta-Jallon, au Kade, au Bajor, etc. Il a sans
doute libéré les Fulbe du Baxunu de la tutelle des Soninke du Jaara.
Une fois le royaume du Kingi constitué, i l a dû envoyer vers le sud,
son fils
arné Koli qui fera ses preuves en organisant les Fulbe
jusqu'alors doninés et exploités par les Malinke et les Mandingo-
phones. Koli a été d'autant mieux accepté par ces populations que
sa mère Nana Keyta serait elle-nêne mandingue ressortissant de cette

122
région.
C'est le succ~s ll~lle de Tenella qui a été à l'origine de
Ba pertQ. Ses conqu~tcs dans le Sohel et le rossecblenent BOUS son
égide de tous les Fulbe, autrefois sujets, ont été ressentis conne
une grave nenace pour "l'establishment" politique de la région.
Le royaume soninke du Joara s'est aenti nenacé dans .on existence
nlce. Jusqu'alors les Fulbe ét~ient dei sujets très néprisés par
leB gens du Xaaanc;n CD.r pour eux, "Les plus vils et l~u. pluli pisé-
rables des honnes sont les Peuls, un .eul honne de ce pays l'empor-
terait sur dix Peuls" (H. KATI, 1981, ch. III, p. 71). Aprè$ ln
fondation du royouce JonlnelQ du Fuuto-Ktngi, le. ~opportB des forcee
avaient changé au profit des Fulbe. Les conflits de voisinage Ile
Bont exacerbée. "C~ assure aussi.
écrit ~ati. qu'à la Buite de
froissement, de querelle et de vives discussions sur~enuee entre
le roi de Kani!ee et Teniedda, roi du Fodta, ce dernier avait juré
de ruiner la capitnle de Bon adversaire et d'en faire un désert;
et, comme Teniéddo dis?o~ait de forcee plus nombreuses en bonnes
et en chevaux, le K~ni~6n-fnren avait appelé à son aide le Kanfâri
Al1ar et c'est lJour oeln que celui-ei fit son expédition" (Kati,
1981. cb. III, p. 73).
C'est donc sur l'invitation du roi du Xaftnage que le
Songh8y intervient contre Tenella. L'expédition contre Tenelln est
sur la droite liene de l'expédition et des r~zzia de Sonni ! l i
contre le tribu des Fulbe Sonfontir (les Daebe) en ~~70-71 (SA 'DI,
~96~, p. 109) et contre les Fulbe et le~ Jonwanbe du Guron l'année
mene de sn nort, noveobre 1492 (SA 'DI, 1964, p. 126), Les F~lbe
~ppn'aiBsent de plus en plus eOI~e un éléoent révolutionnaire et de
deetnbiliBation dons le rér,ion. Aakia Mohn~lled en 1498-99 8 fn~t
le guerre au roi du Bcxunu OTHMAN et a tué le Denbn Dombi (SA 'DI,
196~, P. 124). Plue tord, è l'ccce.ion de l'invasion oaroC3~ne,
Sa~be Lando, 10 silotisi Ururbe, Sanba Ki~.i et le !ileti~ JQllube,
Yo.o Bare sont peroi les prinoipaux chefs de guerre qui nettent en
coupe r~glée le Sonehoy, comne pour se venger des avanies qu'ils
ont subies par le passé.
L'autre aspect du danger que constitue fenella, e'e.t la

123
menace qu'il fait peser sur le commerce et les connerçants. Le pas-
sage suivant de Xati le suggère:
" ••• plus tard, une personne bien
infornée de ces événenents a raconté que, si le Xourmina-fari Amar
avait fait une expédition contre Téniéddn, c'est qu'un Zaghrâni ha-
bitant le Songhar allcit chaque année au Fo~tQ pour y faire du con-
merce et que Teniedda, ayant entendu parler de cet honne, voulut le
~ettre à Dort après lui avoir enlevé violeûoent et injustenent tous
ses biens. Le Zaghrani réussit à s'enfuir auprès du Kournina fâri
Anar et essaya de
Juire à Tenieddn dans son esprit en le calomniant
et en insinuant qu'il parlait avec népris ùu Rounina-fâri. Ces pro-
pos firent impression sur le Kc~nina-fâri qui entra dans une violen-
te colère et entreprit son expédition" (H. KATI, 1981, p. 73).
Au-delà du rôle souvent joué par les Jaawanbe dans l'écla-
tenent et le. dénoueoent des conflits, on peut retenir que la liberté
de circulation et des échanges était oenacée par la présence des
Fulbe et du royaume du Fuuta-Kingi dirigé par Tenella. Cela est un
casus belli suffisant pour un peuple chez qui le connerce est essen-
tiel parce qu'il sous-tend l'activité éccnouique et culturelle. Que
deviendraient Jenne, Tel1bouctou et Gao sans comnerce ? Les askin se
sentaient une vocation de protéger le connerce et les commerçants.
La présence de Tenelle dans la région et les guerres con-
tinuelles qu'il soutient contre le Mandi-Mansn et ses dépendants 80nt
perçues par les PortuGais comme une menace sérieuse pour leurs inté-
r~ts concerciaux dans la région. Nous pensons que c'est dans cette
perspective qu'il faut conprendre les missions diplonatiqu~dont
se fait l'écho Janô de Barros dans le texte suivant:
"Parce que cette fois-là,
i l dépêcha Pero d'EVORA et
GONCALVES auprès du roi de Tucurol et du roi de Tongubutu et d'autres
fois, il les envoya par 10 voie du fleuve C~NTOR chez le Mandi Manso,
un des princes les plus puissants de ces contrées du pays mandingue".
(Joaô de Barros,
Asia, 1ère décade, live II, ch. 8, p. 231-223 et
ch. 12 p. 255-256).
D'une prenière anbassade de huit personnes "le seul rescapé
fut Pero Reinel erend connaisseur de ces régions, les autres furent

124
victimes de oaladiee, lorsque le Mandi ~~nsn entre Eln guQrre contre
le roi des Foulahs, Tenalado. Ainsi de cette oio.ion et d'outres
que le roi du xortucnl y envoya, naquit une li grande ooitié entre
les n8tres et ce Hc.ndi l·lansa".
Cette mission est différente de oelle que Joao de Barras
norn~é Adoinistrateur e6néral des Comptoirs 49 Guinée envoya en 1534
au naD. dG D. JOJ...C III. "dans ce royaume du Mendi". Comoentant la
prenl1ere, Joeo c:e BorrBs éorit : "Et non seulenent, le Roi avait
envoyé des cadeaux ~or l'internédieire de 09S neseager., et par
Pero d'AVOiU., nais encore il en eDvoya par l'entrebi.e d'un certain
Mm1ROYS, écuyer do votre Altesse, Poro DE ASTUNIGA, son co~pagnon,
quelques cadeaux eu Roi de Tonbouctou ainsi qu'à TEMALA on personne,
que l'on appelait Roi des Foulos. Ce T~·~LA Dena une guerre incen-
diaire dans ces ré3ions, en ce. temps-là, se soule9ant dans le sud,
une région nounéo Foute, avec un si grand noobre de gens qu'ils
séchaient tout un fleuve à leur arrivée. Il était le fléau de ces
pa!ens : fourbe et cruel, il dévastait tout sur son passage. It
cornee cette férocité causait de greves pr6judices à ses amis, les
serviteurs du roi, surtout ou roi de Tomgubutu, Mandi Manso, Ulli
Monsa, il lui envoya des cadeaux cocrne eoges d'ocitié et d'outres
présents pour conncftre les raisons de cette guerre qu'il menait
contre les outres. Il envoya, dons le nftne temps par l'intermédiaire
d'un abyssin du nCD Ge Lucas, une lettre ou roi des Moses : ee
prinoe était alors en Guerre avec le Mandi Monsa (Joao de Barros,
ibid.).
lui-ma..e
A propos de ln wission q~lil n enYoyée jen 1534, JaSa de
Barras rappolle oeIl cs ~ui furent envoyées par le roi JoAo II
(1481-1_95) aux èifférents princes de la région. D'une mission
forte de huit ~ersonnes envoyée auprès de l'Empereur du Hali (Mendi
Monee), alors "en c;uerre oontre le roi des Foulos, Temalado", il
ne survéout qu'une pereonné Pero Reinel. D'autres missions avaient
fortifié l'anitié, entendons les bonnes relations comnerciales,
entre le Mali et le Portugal. Dons la réGion, le Roi du Portugal
n'avait paé ~eilleur ~artenoire conmercial. Des aobassades avaient
égalemént été envoyées nu roi de Tombouctou, dono à lfEQpereur du
Songhoy, qui aVait déjà soumis cette ville, ~ais aussi à Temale en

125
personne, que l'on appelait roi des Foulas. Ce Temala mena une guer-
re incendiaire dans ces régions •••
Par Pero Evora, Mem Roys et Pero de Astuniga, le roi du
Portugal Joao II,
envoya à Temala des cadeaux comme eages ~'amitié
et d'autres présents pour connaître les raisons de cette guerre qu'il
menait contre les autres.
Il apparaît évident que le Portugal est surtout préoccupé
par la sauvegarde de ges intérêts commerciaux. Ses meilleurs amiR de
la région, donc ses neilleuL~ client.s, ce sont les rois mandingues.
La diplomatie du Portugal consiste à contrecarrer l'action de Tenella
dans la ré~ion. Le roi des Foulas n'est pas très sympathique aux
Portugais. Il se peut que l'action de Joao II vise à susciter une
coalition contre Tenella dont les dévastations et la férocité com-
promettent ses intér~ts parce qu'ils causent de "graves préjudices
à ees amis, les servitG~rs du roi, surtout au Temizubutu, Mandi Mansa,
Ulli Mansa ••• ". Le roi du Portugal est
particulièrement intér~ssé
par les problèmes africains :
c'e~t en effet l'époque où il soutient
l'aventure du prince Wolof Bemoi Gilen (1488). De la m~me façon,
il pousse ses amis à la résistance.
Cependant, l'allié privilégié du roi du Portugal, Mandi
Mansa, n'était pas seulement victime des guerres de Tenella. Il
était également en guerre contre le roi du Mossi qui s'en prenait à
ses provinces orientales, tandis que le Soughay menaçait le Nord-
Est de son pays. Toutes ces attaques conjuguées sont les signes du
déclin de l'Empire du llûli. Les principautés dépendantes du Mali,
A
sur la Gambie,
comme le Wuli et le Naani,
sont également victimes
des agressiLns des hommes de Tenella.
Tout se passe comme si le déclin du Mali déclenche une
série d'invasions venues de toutes parts. Parmi les plus violentes,
il y a celle des Fulbe. Tenella, qui était déjà roi du Fuuta, a pris
véritablement l'offensive en direction des provinces méridionales
se.
contrôlées par le roi du Mandé et/1Qpendants
C'est pourquoi nous
pensons que l'expression "se soulevant dans le Sud", doit &tre rem-
placé0 par "s'ébranlant en direction du Sud". Il s'allie avec les

126
Fulbe du Fulndugu, du Birgo, du Beledugu, et du Wassulu. Il a dû
confier cette action à son fils aîné Kali, qui agit en son no~ dans
cette région. 3i CG dernier était déjà né entre 1450 et 1455, au
moment du départ, des Fulbe du Jolof, il devait donc avoir entre
20 et 30 ans,
sous le rèGne de JoSo II. C'est à partir d'une princi-
pauté organisée sur le versant occidental du Fuuta Jullon, que les
attaques sont lancées contre le Wuli. Il est aussi possible que la
guerre contre le Mandi Mansu et le Wuli soit faite pour le contrôle
de la route de l'or èu Bure et du Banbuk. Le Bure est menacé à partir
du Wassulu et le B2D0Uk à partir du Fuuta-Jullon.
Le déclin évident du Mali a stimulé les ambitions du Sonchny
qui entend prendre la relève partout où cela est possible. Il entend
intégrer à sa mouvance le Xanaaga et les pays de l'or, ou du moins
en contrôler les routes. Les ambitions sont stimulées par les revers
subis par le Mali contre Tenella et contre les Mossi, tandis que déjà
Sonni-Ali nvo~rnis en déroute et poursuivi jusque dans ses terres
le roi des Mossi en 1483 (SA'D! : 1964, p. 115). En 1500-1'01, après
une expédition infructueuse d'Amar
~omdiaGo,Askiu El Hadj Mohammed
avait lui-m~me b~ttu le fils de l'Empereur du Mali Qâma-Fiti-Qalli,
saccagé sa ville, pillé son palais Tenfiren et amené en captivité
des membres de sa famille dont "Meryem Dabo, la mère de Ismaël,
fils d'Askia El Hadj ilohanmed. Après être resté quelques temps duns
cette contrée afin dtanéliorer la situation du pays et l'organiser
snr des bases nouvelles, le prince revint sur ses pas" (SArD!, 1964,
p. 125).
Compte tenu de ses succès militaires et politiques depuis
le régne de Sonni Ali, le Songhoy d'askin El-Hadj Mohammed ne pouvait
guère tolérer la constitution sur les ruines du Mali d'un royaune
qui lui contestercit l'hégémonie dan a la région. Il supportait Doins
encore que ce royaune contrôlat les régions aurifères du Bure et
du Bambuk, et gêner alors les transactions commerciales. Tout cela
pousse askia El-Hadj Iloharnmed à faire échec au jeune royaume fondé
par Tenella, considéré sinon comme un païen du moins comme un impos-
teur. Cela donnait à son entreprise une coloration de Jihad, comme
s'évertuent à le faire croire les auteurs des tarikh soudaniens pour
toutes ses expéditions guerrières.

127
En conclusion. toutes ces migrations ont été faites sous
in pression des burbn du Jolof. Habitués à vivre libres, les Fulbe
-
sont partis chercher la liberté et aussi de gras pAturages vers le
Sud. Ils ont fini Vûr eller au Sahel, terre qui a déjà été habitée
par leurs anc~tres, et qufils appelaiQQt "Fuuta kiindi"_ le Fuuta
ancien, le vieux }'uuta. Ils y avaient cohabité avec les Soninke;
comne au Bnxunu o~ un siècle plus tôt; un clan dissident des Fulbe
s'était installG. Cette fois-ci, les Fulbe étaient venus pour durer
accompagnés de leurs familles, de leurs troupeaux. Ils ont dû ~tre
renforcés par leurs parents installés au Baxunu et au Mansina qui
étaient égaleoent victines des sonni et des askia. Ils ont constitué
alors dans le Sahel (Kiindi ou Ringi) un rOYauoe bien organisé.
Leur dynamisme s'est développé aux dépens du royaume Jaara. Les con-
flits de voisinar;e ntont pas munqué de se produire avec les Soninke
du Jaara. En D~ne temps des expéditions étaient organisées contre
les pays voisins; eénéralenent peuplés de Fulbe, au Fuuta-Jallon,
aux dépens de ce qui restait de l'espire du ~illli, déjà très rudement
éprouvé par l'expansion de l'empire Songhoy et pur les Mossi. Le
roi du Portugal ne s'e~t-il pas senti une vocation de protecteur ~eB
princes Malinke de Gambie et du Mande qui étaient ses ltamis" et ses
meilleurs pourvoyeurs en or et en esclaves. N'est-il pas intervenu
auprès du Grand Fulo, roi des Fulos Galahos, en d'autres termes èes
Fulbe Yaalalbe, pour lui deoander de ménager ses nnis et pour ouv~ir
également sans doute de nouvelles relations commerciales,
L'exnansion des Fu1be était telle qu'elle avait tendance
à contrôler les routes de l'or (Banbuk et Bure). C'est probablenent
la crainte de voir s'établir sur les routes de l'or et dans le Sahel,
une puissance dangereuse pour son hégémonie qu'aakin Mohammed inter-
vient dans le conflit opposant ~ Jaura et le Kiindi. Il envoya alors
une armée soua le cOD:.lG.ndêment de son frère Onar
Kom1iago, le
Kurucina-fari, pour conbnttre aux eStés du roi de Jaara qu'il considé-
raitdfores et déjà conne tributaire (11. IU~TI, 1981, p. 73). La vic-
toire du Songhoy sur les Yaalalbe provoqua une nouvelle é~igrationt
un retour vers leur pays d'ori~ine, le Fuuta-Tooro ; mais cette fois-
ëi le nouvement est conduit par Koli qui prend en charge les débris
de ]-armée de son père. Le fils de Tenella le Jaalalo fonde la dynastie
deeV9nJse.

128
E.
LES DEENYANKOOBE
On dési~uG sauS le n08 de Deenyankoobe les descendants ùe
Koli Tenella. C'est la fauille dans lnquelle ont été choisis les
satigi du Fuuta. jusgu'~ la chute du régine en 1776. Dans ce qui va
suivre, nous étudierons les origines du nor.1, les conqu~tes de Kali
et la naissance de la dynastie deenyanke et teroinerons sur l'orga-
nisation politique et la dévolution du pouvoir.
1. L'ORIGINE DU TEIiiill DEENYANliOOBE (sinG. D:EENYil.NKE)
Elle est aussi controversée que le personnage de Koli lui-
r:l~Qe. De nOi:lbreuses hy?othèses ont été avancées pour expliquer l'o-
rigine du nom dynastique Wdeenyanke". Ces hypothèses peuvent ~tre
regroupées en trois cntégorieo :
1.1. Les hypothèses en présence
La prenière hypothèse est avancée par H. Gnden qui suppose
que deenyonke seroit une déforLlation de Gaynanke, le bouvier, pro-
fession qu'a exercé Koli quand il est arrivé au Fuuta avec sa mère
qui était une pnudo. Il a légué ce nom à sn famille (F. G. IFAN,
Cahier nO 7).
Yoro Bali Dyno dit aussi que Koli a exercé le nétier
de berger pour son père ou pour un autre, ce qui est possible pour
tout jeune pullo. Il allait faire pattre les troupeaux avec les aga
de son âge, qui le portèrent à leur t~te à cause de son expérience
et de son autorité (ibid). Mais cette explication est associée A
l'hypothèse toponymique conne dans la version qui veut que Koli ait
été berger du burbn Qu ~olof (F. M. K., IFlù~, Cahier nO 7).
L'hypothèse anthroponynique est avoncée par M. Delafosse
et Arcin. Ils font dériver le terme deenyanke de D~nia, l'anc~tre
éponyr!1e ~e ln frmille réGnante des Fulbe du Fuuta-Tooro (M. Delafosse,
1912, et A. Arciu, 1911).
D'autre
part, Tenella père de Koli, est appelé Tenella
Gedal Deeny. Gedal Deeny serait le père de Tenella et donc le ~rand
père de Koli. Or, aussi bien les Yaalalbe que les Deenyankoobe pré-

129
tendent descendre de Gedal Deeny. Seulenent les Deenyankoobe pré-
tendent que Gedal Deeny n'est que le crnnè-père Qaternel de Koli et
non le grand père p~ternel ~ tandis que les Yaolalbe descenùent de
Gedal Deeny par leur père. Cela parait invraisemblable. Au mieux
Deeny pourrait désigner la mère de Gedal et non son père ~ car
selon la g~néaloGie la plus courannent adnise, Gedal serait le fils
de Liige Hedelde Bodevel Mekana. Cette nace Généalogie fait de
Gedal, le père de Tenella (anc$.tre des Deenyankoobe et des Sayboobe)
et de Maaliga, ancatre dès Yaalalbe. Il reste seulement que les
Yaalalbe ont conservé leur appellation oriGinelle, tandis que les
enfants de Tenella ont chang6 de nom de hinde.
La troisiène hypothèse fait dériver deenyanke de Deeny.
Il existe de nouoreuses versions à ce sujet pour autant que l'accord
se fasse sur la localisation de ce Deeny. Deenyanke signifie l'houme
de Deeny, le ressortissant de Deeny. Pour certains Deeny, est une
grande mare située dans le Bajar. C'est autour de cette mare que
Koli et ses compagnons se sont installés Itrsqu'ils ont e01Gré du
Mande. Cette tradition est retenue par S]re Abbas SOR (1913).
Une autre version fait dériver les deenyanke
d'une Dare
A
du Naani qui porterait ce nom. Koli et ses conpagnons auraient habité
là avant la conquate du Fuuta (FONDS GADEN, Cahier na 9).
Mais pour la grande majorité des sources traditionnelles,
le Deeny, patrie des Deenyankoobe, n'est autre que Deeny Birom Ndow,
localité située dans le Jander, sur le marigot ~Thidjem au nord de
Rufisque, près de Gebixotann. Steff, Yoro Boli Dyao, Cheikh Moussa
Kamara principalenent sont les tenants de cette tradition.
Selon la version recueillie par le capitaine Steff, Koli,
dans sa marche vers l'Ouest, aurait battu et tué tour à tour,
Sebitun Musa, l~akan le roi de Yolln, le roi du Saalum et le roi du
Bnewol avant de faire rel~che , lui et ses armées, pendant un an à
Deenyo C'est ù partir de là qu'il entame sa narche sur le Fuuta,
à travers le Kajoor et le Jolof (STEFF, 1913, p. 12, in F. B. IFAN,
Cahier na 1).
Selon Yoro Bali Dyao, Koli le bouvier a été engagé par ses

130
cacarades aganj{ à p~endre la t~te d'une expédition contre farang
Samba Ngime, roi du Ilonding.~ Koli battu à plusieurs reprises ne
trouva son salut qufen se réfugiant à Deeny, villar,e situé près de
Rüfisqu~. Koli et ses conpagnons furent par 10 suite désignés sous
le nom de Deenyonkoobe. Kcli contre-attaque le farang Samba Nr,ime
qui s'était installé ê Flsel capitale du 1lb~adaan, une des provinces
du
Bewol (F. G. IF1J~, Cohier nO 7). Pour cette tradition, l'instal-
lation de Koli au Bajar est postérieure à son séjour à Daeny, alors
que toutes les autres traditions laissent entendre que l'installation
à Daeny est une étape ùans la ~nrche de Aoli ùu Bojar au Fuutn.
Dans une lonGue dissertation portant sur les Deenyankoobe
Cheikh Moussa RaDara dénonce la prétention de ces derniers de descen-
dre de Sunjata Keyta tout sinplement parce qulilB se veulent diffé-
rents de, autres Fulbe et des Yaalalbe en particulier (F. M. K. IFAN,
Cahier nO 7). Sa critique porte d'abord sur l'analyse du terme
deenyanke qui est relativement récent. Les Deenyankoobe étaient à
l'origine des Yaalclbe. Le terme de deenyanke vient de Deeny, dési-
gnant une série de localités qui sont situées à gauche de Bar~ny
de
si on pari/Rufisque en direction de l'Est. Au moment où ils n'étaient
que des Fulbe-Jeeri, ils habitaient le district de Deeny. Ils y
vivaient avec l.~rs troupeaux. Comme la plu?Ort des fractione des
Fulbe, ils ont fini par prendre le nom de leur lieu d'habitat,
daenyanke sisnifiant l'hommê de Deeny, conne Cuutinke est l'houme de


Cuuti, Bnjaranke est l'homne de B~jar, Nooranke est l'homme de Nooro
etc,
Cette version semble confirmer l'itinéraire SE-NO emprunté
..
pal" Koli à partir du Bnjar, par le Fuledu et le Jooladu, le Neani, le
Siin, le BaawDl. puis le Jolof et le Fuuta.
Une autre version fait de Koli un enfant à qui on révèle
que Tenella n'est pas son père, et qui par ce fait e.t exclu à la foi8
d~ l'héritace de Tenelln et de SunjBtb
par ses deMi frères Malinke
et Fulbe. Par dépit. il s'exile et se net eu service du lirtbadu Jolof
qui lui confie la earde de sas troupeaux. Il passa longtemps n~près
du 1'wa"ln. se fit des partisans jusque dans eom.entourage.
A.près
avoir par traitrise bu le lait de la vSche ciraculée q~i devait ren_
forcer le pouvoir ùu burbn, il eut à 80utenir victorieusement la
guerre contre ce dernier, Il en sortit victorieu~. On en fit un roi

131
qui régna sur les Sereer pendant une trentaine d'années. Pendant ce
tenps, i l résidait à Deeny,
entre Rufisque et Bargny, d'où viendr~it
le non de Deenyankoobe donné à ses descendants (F. [L. K.,
IFAN,
cahier nO 7, tra~. H. h. Dio et O. Kane, p. 32-3~).
Une autre version dit que Koli n régné pendant longtemps
sur les Sereer et les ~cola. Il avait acquis une très grande renon-
mée. C'est alors que les enfants de Tenelln le Janlalo, ses demi-
frères de nère, quittèrent le Fuuta pour se rendre auprès de lui
à Deeny
et devinrent
ses guerriers. Mais Koli apprit par eux
que le Fuuta était llil pays riche en eou et en herbages et que la
terre était propice à l'habitat 9 il décida d'aller s'y installer.
Il invita ses parents Yaalalbe à l'y suivre. Certains d'entre eux
acceptèrent de l'y suivre (cc furent les Koliyaabe) et d'autres
refusèrent et préférèrent rester à Deeny. 11ais les uns et les autres
se disent fils de Tenella (F. M. K. IFAN, ibid).
La pren1ere des hypothèses qui fait dériver le non dynas-
tique (deenvanke de la profession de Koli, ne mérite pas,
selon
nous,
d'~tre retenue. Le passage de Guynanke ou Ge1~anko à Deenyanke
ne se~ble pas évident. Iroli est un pullo, certes; on l'appelle
m~me Koli Pulli
au Fuuta Jullon,
et par là u~me, il est intéeré
aux Fulbe éleveurs uonades de la première génération des imnigrés
possesseurs de troupeaux, i l a pu apprendre dans sa jeunesse le
métier de bouvier. C08pte tenu de ses oriGines, il est plus vraisen-
blable qu'il engaGe, parce qu'il en e les noyens,
des bouviers pour
le garde de ses troupeaux. Fils de Tenella, silatigi Yaalalbe, i l
se peut qu'il soit parfaitenent au fait des techniques, des pratiques
et des secrets de la vie pastorale. Par ailleurs, il est générale-
ment a&lis que Xoli est venu du Bajar (Fuuta-Jallon), comme guerrier
à la t~te de ses arnées. Contrairement à Yoro Boli Dyaô, nous ne
croyons pas que son séjour à Deeny, à supposer qu'il y soit janais
passé, soit antérieur 3 son installation au Bajar.
n propos de l'hypothèse anthro~YDique, aucune des tradi-
tions en cours au Fuuta-Tooro ne nentionne le nom de Dania. Aucune
généalogie ne fcit renonter Koli à Dénia, cet hypothétique anc~tre
éponyme de la dynastie deenyanke qui n'existe que dans l'inagination

132
de M. Delafosse et d'huCré Arcin. Leurs déductions souvent hBtives
ont obscurci beaucoup de points d'histoire. Tenella est tantôt
appelé Tenella Juaye, tantat Tenella Gedal Deeny. Les descendants
de Gednl Deeny, nu preDier rnn~ desquels se trouvent Tenelln et son
frère Maaliga SBllt des Ynnlnlbe. Pourquoi les descendants de î·iaaliga
sont restés des Yaclnlbe tandis que seu~ des descendants de Tenelln,
Koli et ses frères Lobe et Samba sont des Deenyankoobe. Enfin, il
est rare que chez les ~1l1be, les noos de leBol et hinde se ferment
à partir d'un individu. C'est généralement d'après les toponymes
des établissements où ils ont duré, que les Fulbe forment leurs
noms de leyyi et ue ~inde.
Dans la foroution des noms de leyyi et de kinde des Fulbe,
l'origine territoriale est plLS fréquente que l'origine biologique
et idéolOGique. C'est ainsi que le nom de deenyanke du toponyme
Deeny et non de l'anthroponyne Deenia. Celui de Kolyaaja (pl.
Kolyaabe) dérive ùe ~olia et non de li2!i. Lnboyaajo vient de Labe
et non de Labbn. Il arrive parfois que dans le développement du
lignage, apparaissent des personnages qui donnent leur nom à leur
clan : parmi les descendants de Harnet Juldo IvlNE, certains lignages
ou kinde tirent leur nOD d'un toponyme (Duganaabe, Neeganaabe et
Cihrelnanbe, fiwolonaCl.IJe et Nbol tonnaabe, tcndi s qu'un groupe dérive
d'un anthroponyne : c'est celui des Helmoodinallankoobe. Dans
celui-ci on trouve un hinde des l-Iodinkoobe (anthroponyme) un des
Deejinkoobe (topon~e).
Lfi
dernière hypothèse semble plus proche de ln réalité,
marne si l'accord ne se fait pas sur la localisation de Deeny.
Deenyanke, c'est le ressortissant de Deeny, que Deeny soit au Jander,
A
A
au Noani ou nu Bojar. hU Nanni et nu Bajar, la localisation n'est
pas aussi précise qu'nu Jander.
1.2. Critique des hypothèses ct proposition de solution
Le fcit que l'histoire des Deenynnkoobe est inséparable de
celle des Koliyaabe, nous amène à éliminer le Deeny du Jander. Si
les localités hppeléet'l
D6eny jaloiment 1<:. vall-.Çe du Mbijjem, il
n'existe pas dans la réGion une localité qui répJnde au non de Kooli

133
o~ de inolia, n~~e si une é~ymologie facile pe~t f~~re dériver
koliynabe de l'arbre kooli (mitraGinn inerats) sou~ l~quel n
campé un des corps de ~'arE1ée de KolL,
~
Restent alors en lice les DeenY du Bajar
et du Naani,
Nous pensons que ce èernier est trop loin de la va~lée du Rio Geba
et de la vallée de Koli. Koli ~enelln n'a fuit que passer dans le
•~aani, situé sur le route qui devait le condui~e au Jolof et au
Fuuta, En revanche, nous pensons avec Arcin que ~oli a organi~é
"un vaste royauDe SUl;' le plateau de liabe, sounettant les Bnga e+'
les liandouma en s'alliant à eux, Toute ~a toponynie de ce lieu
rappelle le royoune des :.Ioliobe" (A. A.lWIN, :L9~~, pp, 60 et l'J~iv.).
Au Fuuta.Tooro, on dit que Koli est parti du Bojar, Il a laissé
des traces dons le Bojar, dans le l&de, le liabé, le ~itin et le
~laU, et 1:10 capitale nu·roi tété (JueDe S~ngan (J~, ARCIN, ibid.),
Dans cette région et dona le Ngabu, on trouve en abondance toponytles
et anthroponyoes foroés à parti~ de Koli, Des fa~illes Bah p~étendent
lui
~tre apparentées!
C'est vers une autre direction qu'il faud~ait s~orienter
pour trouver l 'ori[3ine du terme 4eeqy.an~~ et !,QJiJ:8&JO. En effet
t
peeex;8nkoobe et TI:oliyaaq,e sont étroi tepent associés da·ns 1 ~histoira
du hutu depuis la. Clollqu~te jusqu'à l'effondrem~nt du réc;irne fondé
par Kali Tenelln. Ln clé du problème poqrrait nous ~t~e donnée par
l'étude des Fulbe àu Fuuta~Jallon. Il est à pe~ p~èa établi que
les F\\llbe du Fuutc....Jallon sont venus du Hoesina, Il s'agit non du
Measina nigérien, nais du Maastnn du Sahel, au~ environs du dhar de
Tiehitt et de Walate, Cfest de là qu'ilS sont arrivés au Fu~t8~
Jalloa par vagues successives, Lo première vUgRe date e~viron de
la f~n du XIIIe ou début du XIVe. C'est celle des Pulli (1290-1312)
qUia) J,laul Narty
(2Q) coq..siclère cotlce le prel!lie·rl'amenu d.es Ururbe.
La seoonde vogue dcterait de la deuxiène Qoitié du XVe ; elle sernit
probablement contenporoine de la migration de Tenella, Nitna, Gnt.8
et 1>1110 DeLlbn (23). Ce serait cette vague qui aurait ,conduit une
partie des Ururbe avec ou sans NU.r:lé~, nu Fuutn""JnU.on, Ces UruFbe,
avec d'autres l~U~ et ~~nd~. avaient J!1eIJforcé te pré.senoe d~s ;Fulbe
dans le Fuuta~allon cu détrim~nt de~ Jallonke, Les Fulbe sont venus
à la fols cooné pasteurs nonaàes à la r~oherche des alpages de la

134
montagne et conne nissionnaires faisant progresser l'Islao dans la
région ou tout siuplenent conne éoigrés fuyant les persécutions.
M~me si ces Fulbe viennent de l'Awker, ùu Hodh, du Tagant, de
l'Affolé, ou du Jeeri-Puuta, ils ont transité par Jafunu, le Baxunu
par le Fuuta-Tooro. yortout où ils sont passés, ils ont d~ laisser
quelques-unes de leurs fractions, plus ou nains dépendantes des
martres des lieux. C'e~t ainsi que Sédi et Seri, les ancltres ùes
tombeurs de la nonarchie jallonké seraient pnrtis du Hodh pour
aboutir uu Labe et Q Tinto, après avoir passé par le Fuuta-Tooro et
le Bundu (F. V. IFLlJ, cahier nO 32, p. 29-31).
Pour revenir aux Ururbe àu Fuuta-Jullon, G. VIEILLARD
souligne qu'ils reGroupaient une dizaine de kinde : Nduyebe, Belbe,
Kulunnaabe, Laliaabe, Eleyaobe, Deobeloyaabe, Buluyaabe, Yaalalbe,
Denbube et Sudaabe. Ces Ur-urbe sont distribués dans les cercles de
Labe, Pita,
Leli et
Di tin (24).
Ce qui esi curieux, c'e~t que nous retrouvons certaines
de ces !~ telles quelles nu Fuuta-Tooro ~ Balbe, Nduyobe, Yanlalbe,
Decbube. Les Balbe désignent cette fractian à laquelle se rattache
Ceerno Sileynaan Baal, le fondateur de la théocratie Dusulnane. Les
Baalbe sont devenus pour la plupart des Toorobbe. Ils ont troqué
leur ancien non Bah contre Baal pour se déoarquer du reste des
Fulbe Ururbe peu ou ~as islanisés. Il ne faudrait pas les confondre
avec les Fulbe :Hbaal ou llbalbalhe surtout noobreux dans le Bundu.
Les Laliaabe pourraient Itre rattachés à Lnli Dulo Hoggo, dont les
descendants fournissent ~ Gede et ~ ~lliantu,le~ deux plus pres-
tigieux chefs des Ur-urbe du Tooro (les Jakesnaabe). Ces deux ardo
faisaient partie du conseil du Fuuta, à la fin du XVIIe et au debut
du XVIIIe siècle. Labat (1728, t. 2, ch 11, p. 196) parle du village
de Loli dont le prince était gendre du satisi Sire Sawa Laaou. Le.
hinde des Fulbe IJùuetbe se retrouve au Fuuto-Tooro, plus particuliè-
re~nt à Guddude-Nduetbe, dans le départenent de Maatan au Jeeri
de Boki-Jnwe, à Wasso~odde et à Konye Pawe dans le Booseya.
Au Fuuta-Tooro, comme au Fuuta-Jallon, on retrouve une
hinde des Yaalalbe agrecœaux Ururbe, quoique ressortissant d'une
leflol plus grande,le IJjaalnl. On retrouve aussi Ur-l:rbe et Yf\\aIalbe

135
dans le Lacce ou le NjenGel nu Jolof. Les Ycnlnlbe, descendants de
Tenelln occupent 1L~e 'Jlcce doninante dans l'Etat deenyanke fondé
par Kali nu début du J~vle siècle, à la suite de l'effondrenent de
l'Etat Jenlalo du RinCi, fondé par Tenell~ et détruit par Omar
Kondinco fr~rc d'nskin ~oh~Ded, dont il nennçnit l'h6g~nonie dans
la région.
Il est ~rès siGnificatif de noter les n~nes toponynes au
Fuuta-Tooro et nu Fuutû-Jallon. Ainsi Aynue ilûllû au Fuutn-Jallon,
correspond au Lsnde 3011n la province du BG~seya au Fuuta-Tooro. On
trouve dans les deux Fuuta, ln fraction ou hinde de Denbube. Les
Deobube de Jaoû-klwacli et de FuBiharn au Fuutû sont le noyau dloù
seraient partis ceux du Fuuta-Jallon et du Sokntn • Le chef des
Dembube, anc~tre de otru~an Fodiyû Dem portait le titre d'alwaali,
le m~me porté pnr le chef de Jama-Alwaali.
Il est intéressant de rapprocher le toponyne ~lliantu, r~si­
dence de ~ ~iliantu, chef des Jakesnaabe (Bante sur la carte de
Delisledu XVIIIe siècle) avec Banti, un des laisside du Fuuta-Jallon
où l'on trouve une partie des Nduyebe.
Plus intéressant pour ce qui nous concerne eet le nOD de
deux misside du Fuuta-Jallon où résident les Nduyebe, à savoir D~na
et Koolia. Il est instructif de faire le rapprochement entre ces
noos de misside et les nons de kinde Deenyankoobe (sing. Deenyanke)
et Koliyaabe (sine. Zoliyaa~, inséparables dans l'histoire du
Fuuta-Tooro du ]~Ie au j~Vllle siècle. C'est leur coopération q~i a
permis à Koli Tenella de faire la conqu~te du Fuuta-Tooro. Les
Deenyankoobe et les ~oliyaabe sernient donc les ressortissants de
D~na et de Kooliâ, tant il est vrai que les nens de leyyi et de
~~ des Fulbe se forment à partir de leur lieu d'origine ou de
résidence. Koli le Dtatlyanke serait oriGinaire de Dêna. Il aurait
recruté ses homnes les plus valeureux parmi les habitants de Koolin,
les Koliyaabe. Cette hypothèse ne semble/g~~~ptable que celle qui
fait venir les Deenynru{oobe de Deeny Biran Ndaw, localité située
entre Bargny et S6ti~otûne, parce que ln durée de leur s~jour ici
(un à trois nns) ne peut guère justifier le changement de leur non
de clan.

136
Si les Zoliynnbe ont été en effet les compagnons de Koli
Tenelln, ce n'est pourtant pas de ce dernier qu'il~ tiennent leur
nom. De la n~De façon on peut nvnncer que les Laboyanbe tirent leur
non de ~inde, non de Lnbb~ Tenelln, nais de Labé leur résidence
d'origine. S'il est vrai que Koli a été roi du Bajar, et que la con-
qu~te du Fuutn-Tocro est pnrtie de là, le non des kinde qui snnt
à l'origine de cotte conqu~te{Deenyankoo1Je, Koliyaabe ·)t Lnboye.a.be)
doit être cherchu ùJns cette récion,
et non ailleurs.
kinsi Tenelln, silntigi des Ynalalbe, a pu conduire victo-
rieusement, en conpélc;nie de Niina,
ses honDes vers le Kin[;i où il a
fondé un roynuoe. Ses guerres contre les princes Malinke de Ganbie
et des rivières du Sud ont conduit ses troupes jusqu'au Fuutn-Jallon,
au Bajar en pnrticulier. Les troupes de Koli parties du Kingi ont
dû traverser Fuladucu,
le BirBo, le Gangaran et le Beledugu, avant
de parvenir dans le Mandé. Repoussé
finalement par les Malinke,
Koli n dû se diric;er vers le Sud Ouest pour conquérir le Wassulu et
le Fuutn-Jallon : KOIN, LABE, BAJAR. L'arrivée de IColi a dû renforcer
l'hégéDonie des Fulbe dans la région aux dépens des Jallonke qui
dominaient les Pulli installés depuis plus de deux siècles. Le centre
du pouvoir de Keli était le Lube. Koli,
fils aîné de Tenelln~ avait
parmi ses troupes à.es contingents prélevés parmi les diverses levi
(lu fergo de Tenelln (Yaalnlbe, Ururbe, Wnllarbe, Uwarbe, Feroybe,
Yirlaabe, etc). Ces ~eyyi étuient composées de kinde qui en se sé-
dentarisant avaient constitué les principaux tekun de ce qui
devien-
dra les misside. Koli le Janlulo en s'établissant sans doute à Dêna
est devenu de ln sorte le Deenyanke,
les autres Fulbe et leurs
clients s'installent à Lobe, Banti, Koolia. Ces fractions ont séjourné
assez longtemps ùans ces oisside au point de former leurs nons de
~!nde à partir de ces oisside. Koli et les habitants de D~na ont
pris le nom de Deenyankoobe et ceux de Kooli et le Lobe se sont appe-
lés
~oliyaabe et Laboyaabe. Koliyaabe, Laboyaabe et Deenyunkoobe
sous la direction de l~oli le Deenyanke ont constitué le gros de la
troupe après la mort de Tenella et l'effondrement dQ royaume de
Kingi.
Pour expliquer donc le terme Deenyanke, point n'est besoin
de spéculer sur un hypothétique séjour de Roli à Deeny Biram Ndaw ou

137
sur un non noins hypothétique Dénia; seule ln coexistence dans
une m~ne région (le Fuuta-Jallon) de Detiâ Koolia et Labe, rend
conpte à ln fois de l'oriBine des ternes Deenyanke, Koliyaajo,
Laboyaajo et du nouvenent qui a abouti à la conqu~te du Fuutn-Tooro
par Koli. De la n~ue Danière, on n'a pas besoin de l~pisode de la
perruche (Sire Lbbas SOil, 1913) pour connaître le Fuuta-Tooro et
les avantages écononiques qu'il présentait. Depuis des siècles,
avant le mouvenent de ~oli, des relations ont existé entre les
deux Fuuta. Les échanBes étaient fréquents entre les deux régions.
La nénoire de la nicrntion de Tenella n'est d'ailleurs pas très
loin,
car elle ne dcte pas d'un siècle au nouent où le fils aîné
du Jaalnlo a amorcé le nouvenent inverse de celui qui avait conduit
son père du Fuuta au Kingi. Le Bajar, roynune tributaire du Kingi
était le trait d'union entre le Fuuta-Tooro et le Fuuta-Jallon et
participe des cleux p81es de la "fullanité" occidentale (F. V.
IFAN, Cahier nO 90, p. 1-16) (25).
2. KOLI TENELLA
L 'HOI·J.'IE, SES CONQUETES ET LA FORMATION DE LA
DYNASTIE
Koli Tenella est un personnage légendaire, autour duquel
ont été brodées cl'innoubrables traditions. C'est une gageure de
vouloir retrouver le personnaee historique,
car ln personnalité de
Koli t: st si envahissante qu' e11 e s ' est appropriée jusqu'aux actions
de son père.
Kali est ~résenté nu Fuuta-Tooro coone le fils de Sunjata
Keyta,
l'enpereur du 1~li (Sire Abbas SOR, 1913, p.
). Sa nère
Mali
s' appell ~rait 1 Tuti, une paddo donc Wolof ou Soose (26). Tenella
n'est, dit-on,
que son père nourricier. Cette tradition que l'on
retrouve chez Sire Abbas SOU /~tez Haôidou liANE, est enccre tenue
pour vraie par tous les Deenyankoobe et perpétuée par les tianbube
sudu-Paate, leurs griots.
D'autre part, Xoli Tenelln est,
selon Arcin, le fils
TenellB Jaaye ou de Tindo Gnlndio selon N. Delnfosse. Le premier
fait remonter ses origi:les aux "Tadjakant de l'Oued Draa", le second
le rattache avec les cmtres Fulbe aux "Judeo-Syriens" (A. ARCIN,

138
1911, pp~ 60 et suiv.).
Sa'di et ~ati sont d'accord pour faire de Koli, le fils
de Teniedda ou Tayende, roi des Fulbe du Kingi battu par le frère
d'askia Mohenneè, Ounr
KoDrliago (SA 'DI, 196~, p. 109 et KATI, 1981,
pp. 71-7~).
Jo~o ùe Barras parle de Tenella et jauais de Koli, à pro-
pos des aobassades que le roi du Portugal Jo~o II (1~81-1495) a en-
voyées aux rois de Guinée.
On ne sait finalement pas à quel ~atigi les écrivains por-
tugais font précisément allusion en parlant du "GrAo Fulo". Il est
cependant certain que Koli a dd 3tre le premier à porter ce titre.
C'est à lui que fait sans doute allusion A. Alvarès d'Almada en
parlant du grand Fulo qui s'est assujetti le roi du Jolof et dont les
frÈtas pr~taient main forte à des princes amis" (A. Alvarès dfAlmada,
Tratato3reve,ch. I, 181.l:1, p. 11).
Nous n'avons aucune mention directe de Koli chez Donelha,
Francisco Lemos de Coelho, le P. Barreira. Seul l'anonyme de 1600,
tradui t et commenté :.Jar A. Teixeira da l'lota, mentionne nommément
KOLI dans le passage suivant: "de ce royaume de GraulFulo fut 1'0i
Tem Ala qui régna pacifiquement ~8 ans. Il eut entre d'autres fils,
trois qui régnèrent après lui, et le plus grand fut Koli, le second
Lava, et le troisiè~e Tamba Lamo. Koli fils aîné hérita le dit ro-
yaume et régna ~5 ans pacifiquement ••• " (h. Teixeira da Mota, 1969,
p. 830).
Sur Koli Tenella, les fables sont abondantes et les faits
précis rares. Cheikh 1funssaKamara fi réfuté avec vigueur, dans ses
ouvrages les prétentions de supériorité des Deenyankoobe sur les
Yaalalbe et les autres Fulbe.
Il trouve absurde de faire de Koli, le fils de Sunjata
Keyta, car il y a au moins deux siècles et demi entre les deux per-
sonnages. Si son père était un manding, ce serait chez les Malinke
qu'il
chercherait refuge en cas de difficultés. Il semble au contrai-

139
re que Tenella a combettu les Malinke et a été combattu par eux,
parce que le royeume ~anlnlo, en s'étendant vers le sud s'est cons-
titué à leurs dépens. ~oli, fils aîné de Tenella, a reçu la mission
de conquérir et d'organiser ce que A... Àrcin appelle la "confédération
wassulunke". Koli est bel et bien fils de Tenella, m~me si sa mère
est paddo, c'est-à-dire ceddo, donc wolof,
800se, ou malinke. M~me
si la mère de Kali,
n'eot pas malinke, Koli a fait ses
premières armes en milieu malinke, il a gouverné les Malinke du
Bajar, du Kade et du NEnou. En d'autres ternles, Koli, fils de Tenella,
est un jaalaalo, com~e le confirm~tl'anonyme de 1600, analysé et
commenté par A... Teixeira da Nota,
et
le Tarikh-es-Sudcn. Koli est
donc le second roi des "Fulos Gal&lhos" ou Gegos, c'ent-à-dire des
Fulbe Yaalalbe. Il est possible que le nom dynastique dG Deenyanke
soit apparu après sa mort,
sous le règne de son frère Labha.Cheikh
Moussa Kamara a donc raison de dire que les Deenyankoobe ne sont qua
la branche des YaalaloQ qui a réussi à conserver le pouvoir politlque
pendant plus de deux siècles ct demi. Cette thèse est confirmée par
D. A. Manuel e Vasconcelos qui désigne la famille régnante sous le
nom de "Tenhalas". Au demeurant,
les Yanlalbe et les Sajboobe sont
étroitement nssociés au pouvoir. La r'alité de ln pnrenté entre
Yaalalbe et Dennyankoobe se mesure au fait qu'ils descendent du m~me
anc~tre Gedal Deeny,
père
de Tenella Gednl et de Maaliga Gedal~
En outre, Cheikh Moussa Aamnrn souligne la fréquence des relations
matrimoniales entre les deux groupes. Leurs relations de parenté et
d'nlliances sont inextricables. S'il arrive à l'homme deenranke de
prendre femme où il veut, il n'en est pas de même de la fille
deenranke qui ne ~eut ~tre donnée en mariage qu'à un Lawake (Jaalaalo
ou Caybowo) ou à défaut à un toorodo (marabout) de grand renom, mais
jamais à un ceddo ou à un fteeno, En d'autres termes,
la prétention
des Deenyankoobe d'atre différents des autres lawakoobe ne repose que
sur la volonté du eroupe dominant de se rattacher à un ascelldant illus-
tre
les Deenyankoobe se rattachent délibérément à Sunjata K~ta,
comme les Fulbe du Njen~el à Njajaan Njany et certains Toorobbe et
Fulbe islamisés aux compagnons du Prophète Mohammed (P. S. L.) ou à
des arabes Yéménites ou Syriens,
etc. Les maabube-sudu-Paate perpé-
tuent ces prét~ntions, soit en toute bonne conscience, soit parce
qu'ils ont perr de déranger les croyances de ceux dont ils dépendent.

14:0
La volonté des écrivains coloniaux
de rattacher les Fulbe
aux "Tatl.jnkant" ou aux "Judeo-Syriens"
repose en partie sur des
considérations somatiques, car comme le rennrque "Alvares dtAlmada
"ces Fulos sont des hor.1lnes robustes, bien proportionnés; ils ont
un teint de mul~tre, des cheveux longs, quelque peu crépus et ils
portent une barbe épc.isse" (A. Alvarès dtAlrw.da, 18/ü, ch l, p. 11).
Hais c'est surtout pour des raisons d'ordre idéologique qu'ils in-
sistent sur l'ori~ine blGnche des Fulbe qui, par leur race, ont
vocation de connc.l'lder aux peuples nègres qu'ils ont "régénérés" pour
utiliser le terme de L. Tauxier.
Cette préoccupation idéologique se retrouve chez Arcin,
Delafosse et Equilbec~ (A. Arcin, 1911, M. Delafosse, 1912), surtout
dans l'opposition c:ufils font entre Peuls et "Toucouleurs", snns se
rendre coopte que les Peuls sont aussi des "Toucouleurs", parce
qu'habitants du Tekrour. Âlvarès d'Almada a pu écrire à juste titre
ceci : "il y a une caste de Fulos noirs pnrni les Jaldoa appelés
Tacurores ; par ailleurs, les Fulos Galnlhos sont leurs voisins ll
(A. Alvarès dfAlmndn, 1841, ch. l, p. 7).
Si Koli est bien le fils de Tenella, son oeuvre et celle de
son père sont souvent confondues. On lui attribue souvent des hauts
faits qui sont imputables à son père. Cette confusion se retrouve
chez de nombreux auteurs. En particulier les migrations et les con-
quêtes des deux hOQmes, sont souvent confondues.
Examinons tour à tour les thèses des traditionnistes, des
écrivains coloniaux, avant de tirer des conclusions à la lunière des
données nouvelles.
2.1. Thèses des traditionnistes et des écrivains coloniaux
Sir~ Abbas
SOn associe dans ln m~me migration de Koli et
Tenella. Le père et le fils se seraient séparés vers la confluence
de la Falene et du Sénégal, le premier allant vers le Kingi et le
second vers le Fuuta-Tooro. Mais tous sont partis en m~me temps du
Bajar (Siré Abbas SO~, 191}, pp. 21-26). Mais ils ont émigré du
Manden.

141
Selon Arcin,"ce fut un fils de Tenela Yaye qui paraît être
venu de l'Ouest du Ouassoulou qui sut grouper toutes les énergies
mises en mouvement. Koli Ténéln ou Tengrella était de cette fanille
des B~ qui dOr.1inni t au ~'lnssulu, conne les Sankhare vers le Futa
Diâlo actuel et les Dialo dans le Nord". Plus loin, i l écrit: "Les
Quassoulounke étaient appelés par leurs frères de l'Ouest, et c'est
ce qui explique ln Dorche de leur invasion. Koli Ténélé avait réussi
à acquérir une solide ornée à laquelle il a joint des auxiliaires
pris paroi les primitifs du Sud et notammeni les Koniagui et Bassari •••
Il s'avança vers le Fulndu, mais n'entra pas dans le Mnnding. Soutenu
par tous les Soso de l'Est répandus dnns les vallées du Tinkisso et
du Bafing, il entra dans le massif montagneux du Fouta-Dialo et s'é-
tablit à l'Ouest dans le Kébou où il fonda sa capitale Gueme Sanga •••
Il rejetait vers le littoral les tribus réfractairos entre autres
des Kassabo du Kankadou. Distribuant les terres à ses honmes, notam-
ment à ses farouches auxiliaires Tenda et aux Sadioko Malinke. Il
organisait un vaste royanne sur le plateau de Labe, soumettant les
Baga et les Landouna oU s'alliant à eux" •
••• "IColi concentra ses forces à Ibno (Badiaye) et attaqua
la puissanne conféd0~ntian (Sereer-Joola) dont ses guerriers eurent
raison ••• Cependant, le conquérant traita avec les Sérères-Sine et
devint leur roi •• $ Un nouveau Fuladugu fut fondé dans le Ngabou,
composé de Xangaya, du ~ourada, et du Pakessi •••
"Koli se prépara alors à attaquer les royaumes du Nord,
appelé par ses frères qui vivaient en nonades dans tout le Bas Sénégal
ou qui avaient forDé des Etats tels que celui du Khasso, soumis à la
tyrannie des enpereurs Ilnlinke ou Songhoy ••• Koli traversa le Ferlo
à la sortie d'une perruche et attaqua les Soce qui dominaient le
Danga, et le Bondou, peuplés de nombreux Foulas. Ils furent battus
et contraints de se réfugier vers la Basse Ganbie. Les Yolofs se sou-
mettent en masse, les réfractaires étant rejetés vers l'Ouest, dans
la région maritime. Bient8t Koli se trouva à la tête d'un immense
empire qui s'étendait du Haut Niger au Bas Sénégal. Ce fut l'empire
Dénianké ou des Koliabé"." La fanill e royel e prit au Sénégal le nom
de Saïbobo, dont certains membres conservent celui de Garme (Garama).
Les Denyanke se retrouvèrent alors en présence de leurs frères du Nord-

Est, les musulmans fnna.tiques du Takrour et du Songhoy ••• "
Voici connent de son côté M. Delafosse voit le mouveMent
de Koli Tenella : "ll:oli fils de Tindo prit alors le commandement des
Peuls du Bakhounou réfra.ctnires aux souverains du Gao et accompagné
de Goro ou Garn, chef des Ounlnrbé, de Dicko chef des Ourourbé, il
émigra au Fouta-Toro qui, ainsi que tout l'ancien Tékrour, obéissait
à l'empereur du Diolof. Ce Kali, aidé po.r les Sérères et par le
clan Toucouleur aurnit réussi à tUèr l'empereur du Diolof, à affr~n­
chir les Toucouleurs de ln suzeraineté des Ouolofs à fonder au
Tekrour, un nouvel enpire indépendant dont il fut le premier souve-
rain. Ses descendants régna.ient encore au Fouta vers le milieu du
XVIIe siècle, d'nprès le tél:lOignage de Saadi" (H. Delafosse 1912,
t. II, pp. 200 et suivantes).
Tauxier, parlnnt des Fulakunda écrit qu'ils "sont venus du
Nord au Sud en 153~ avec Koli Tenguella f~ls d'un chef Peul battu
et tué dans le cercle de Nioro en 1512 par les arnées du second
Empire Songhoy. Son fils se rejeta ~r le Fouta-Toro où il établit
sa domination, puis descendant jusqu'en Guinée Française et la Haute-
Gambie où il établit ses contineents Peuls. Ce sont là les Toucou-
leurs Foulakondn, plus cultivateurs que les Peuls de l'invasion du
Macina".
"Ceci est exact et c'est ce m~me Kali qui, en 153~, des-
cendit avec des fortes colonnes peulhes sur la Haute Gambie et y
établit des "Foulacound6". Il entratna n@me dans sa migration des
Sérères, semble-t-il, et ceux-ci semblent avoir donné naissanee aux
Nègres Koniagui" (L. Ti.UXIER, 1937, p. 70).
2.2. Critique des thèses des écrivains coloniaux
Arcin, Delcfosse et Tnuxier ont eu accès aux meilleurAs
sources de la tradition orale. Delafosse a tout simplement repris
les données dœTarikh sou~aniens : Tauxier en revanche, reprend et
interpr@te de façon erronée les indications fournies par Jo8o de
Barros, qui à aucun noment ne mentionne le non de Koli Tenella. Ce
q~e Barros raconte se rn~porte davantage aux activités de Tenella

dont il parle au passé. Ni Delafosse ni Tauxier ne nous pernet
d'appréhender la Di~r~tion et les conquêtes de Koli.
Sans citer ses 8ources, L. Tauxier parle de l'arrivée de
Koli avec ses troupes en 1534 au Fuladu, venant du Fuuta-Tooro, ce
qui serait à l'origine des }ulakunda. Il senble que Tauxier ait
inversé l'ordre des évènenents. Il est plus communément admis que
le mouvement de Koli soit parti du SE (le Bojar) vers le NO (Fuuta-
Tooro).
Delafosse n'indique même pas de façon explicite la àirection
de Koli, bien qu'inplicitement il laisse entendre que Koli est parti
directement du 3axunu vers le Fuuta-Tooro, procédant à ln conquête
du Fuuta-Tooro aux dé~)ens du Jolof. Là aussi, les compagnons qu'il
donne à Koli sont présentés dans le Tarikh-es-Sudun conme ceux de
Tenella, lors de sa ni~rntion du Fuuta au Kingi fuyant l'oppression
des rois du Jolof. Delaxasse, conme Tauxier, est en controdretionavec
la tradition généralenent ndQise, qui fait partir la conquête de
Koli du Bajar.
Ce que la trQ~ition n'a pas retenu, c'e~t l'aide que, selon
Delafosse, Koli aureit reçu des "Sereer" et des "Toucouleurs".
Tauxier va jusqu'à dire qu'il a entraîné dans sa migration des Sérè-
res qui "semblent avoir donné naissance aux nègres Koniagui" (27).
Cela suppose qU'GU début du XVIe siècle, il y ait eu encore au Fuuta
Tooro de fortes cOQnu~cutés de Sereer, ce qui n'e~ pas encore établi.
On peut tout sinpleneni retenir la tradition concernant l'arrivée
de Fulbe du Bûxunu qui sont devenus par la suite des Toorobbe.
A. Arcin, plus 1ue Tauxier et Delafosse, a puisé aux neil-
leures sources traditionnelles du Fuuta-Jallon. On peut retracer l ' i -
tinéraire de :Kali du \\'Jassulu occidental au Fuuta-Tooro et au Kingi,
en passant par le Fulndugu et par le plateau de Lube devenu centre
du pouvoir politique avec Guene Sangan conne capitale. Le royaume
s'annexe les pays du Bojar, du Kade, des Copi et du Ngabu. Ce royaume
a servi de plate-forme pour la conquête du Fuladu (Haute Casamance et
'"
Haute Gambie), du 1'Juli, du Naani, du Ferlo, du Tooro, du Dange et du

144
Bundu. De là, il repart pour le Kingi où il sera face à face avec le
SonghoY. Une fois le ]uutn conquis, Koli est à la t~te d'un innense
empire d'un seul tenant allant "du Haut Niger au Bas-Sénégal".
Pour toutes les conquêtes, A. Arcin laisse entendre claire-
ment que Kali a ré90ndu à l'appel de ses frères opprinés : ceux du
Fuuta-Jallon "opprin2s par les Keita" qui avaient conquis les pays
de la Haute Faléoé et de la Doyenne Ganbie ~ partout les Fulbe étaient
persécutés, exteruinés n~ne. Après avoir vaincu ln confédération
Sereer-Joola, "Koli se prépara à attaquer les royaunes du Nord,
appelé par ses frères qui vivaient en nonades dans tout le Bas-
Sénégal, ou qui avaient faroé des Etats tels gue celui du Khasso,
sourds à la tyrannie des enpires nalinké ou SonghoY ••• " Il attaqua
le Soose qui doninaient les Fulbe du Bundu et du DaI:lga. Les Wolof
sont soumis ou refoulés à l'Ouest, et les Fulbe du Ferlo sont affran-
chis de leur tutelle. Tout se passe CODne si Kali nène une guerre
de libération de ln nation pullo où qu'ell€
se trouve. Il est possible
que Kali ait été Buidé par un certain nationalisoe, ce qui était
incontestablenent le cnn pour son père. Sa guer~e contre les SonGhoy,
le Mali et les principautés nandingues de la Ganbie a rev~tu un carac-
tère politique, Dais aussi économique, visant à contrôler les rontes
de l'or, tout en libérant les Fulbe de la tutelle des tyrans. ~fuis
il n'est pas sûr que Kali ait toujours été appelé, car dans le Fuuta,
il a combattu les Fulbe.
Dans ses conquêtps, Koli a toujours pris soin d'associer
des minorités non Fulbe, Koniagui et Bassnri, Soso de l'Est, Tenda
et Sadioko Malinke, Baca et Lnndounn, et o~De Sereer et Joola après
sa victoire sur leur confédération. Cette affirI:lation seoble rejoindre
les traditions du Fuuta-Tooro d'après lesquelles Kali épousait tou-
jours les filles ou les veuves de ses victines. Cette conciliation
vis-à-vis des populntions conquises rend noins lo~de ln domination
des Fulbe, et fait participer effectiveITent ou pouvoir les vaincus
par l'intermédiaire de leur enrôlement dans les armées. C'est sans
doute l'origine de la force de Roli. En effet, généralement, les
Fulbe nOITades vivaient pacifiquenent à côté des autochtones, mais se
n~laient rarement à eux. C'est seuleoent apr~s la sédentarisation et
l'islamisation que les alliances et échanges J:lotriElOniaux ont


145
être plus fréquents.
D'une autre ~art, la haine que les Fulbe ~t les Sosn se
vouent mutuellement, haine qui a résisté durablement aux siè~les,
permet de. douter de l'affirmation selon laquelle les Fulbe aient été
accueillis amicalement par les Baga et les Soso". C'est le souvenir
d'une ancienne invasion, accompagnée de spoliations qui en est la
cause,
car les pasteurs fulbe ne sont pas aussi pacifiques que le
voudrait foire croire Arcin. Les Soso,
les Baga comme les Landuma ne
~e sont pas toujours laissés faire. L'extermination de la colonne
de Dulo Demba vers 1460 par les Beafades du Rio Grande, proches pa-
rents des S080 et des Baga,
en est un exemple frappant. Nulle part,
dans les traditions en cours au Fuuta-Tooro, on ne fait allusion
aux auxiliaires Koniagui et Bassari dont Koli aurait utilisé les
services. La tradition orale donne la part belle aux vaillants archers
fulbe de Koli, montés sur des boeufs porteurs. Les Portugais parlent
des Fulbe comme d'adroits archers, voltigeant au milieu des troupeaux,
alors que "Koli Pulli" n'est jamais montré avec ses armées de Fulbe.
Tout se passe comme si la conquête et l'organisation d'un royaume
centré sur le plateau de Labe, ont été faites au bénéfice des Fulbe,
mais sans eux et grnce aux populations autochtones elles-mêmes,
sou-
vent qualifiées de primitives.
En outre,
dans la tradition du Ngabu, rien n'indique que
la région a été conquise par Koli Tenella. Il existe certes des Fulbe
au Ngabu, mais il ne semble pas qu'ils aient dominé le pays avant
Kansala au XIXe siècle. Âu contraire, la tradition a retenu la re-
tentissante défaite des Fulbe conduits par Dulo Demba au milieu du
XVe siècle. Ngabu est une région peuplée par les Beafades, dodt le
chef est le farim
Ngabu auquel obéissent d'autres farim de moindres
importances.
Koli a-t-il fait la guerre à la confédération Sereer-
Joola ? On peut tout au ~lus supposer qu'il a achevé de ruiner ce
qui restait du Nammandiru où coexistaient Fulbe, ~ereer et Soose,
ces derniers ~tant souvent appelés Joola. C'est
ce qui est à l'ori-
gine de la parenté par plaisanterie de ces trois ethnies qui,
selon
la tradition,
sont issuœde trois frères. La localisation actuelle

1~
des Sereer et des Joola senble remonter plus loin dans le passé. Les
Sereer en tout cas étaient en pInce dans le Siin et le Saalum au
moment du passage de Xoli : les témoignages de voyageu»s occidentaux
sont formels. ManSa
jaali Joon est bien antérieur à Koli. Le fait
qu'il ait combattu le ~ du Saalun et épousé sa fille Mboose est
une preuve que le royaw~e du Sualun existait déjà.
Arcin n'est apparemment pns g~né par ses propres contradic-
tions lorsqu'il fait des Gellewar le produit de l'union de Koli avec
la famille du mad/aï~n ~lors qu'auparavant, il en faisait une caste
guerrière,
d'origine ~nlinke, issue des guerriers venus avec le li~u­
tenant de Sunjata Keyta, Sire Birama Birete.
Il se dégage de la tradition véhiculée par Arcin que Koli
a combattu les Sebbe,en particulier les Malinke dans le Wassulu et le
Fuuta-Jallon, les Sereer et Jooln, les Wolof dans le Ferlo et
le
Bas Sénégal, les Soose dans le Damga et le Bundu ,
les Soninke et les
Songhoy. Cette tradition est généralement conforme avec celle qui est
en cours au Fuuta-Tooro, car i l a eu comme adversaires les mansa du
A
Wuli et du Naani, les farim dans le Damga, le bur~a m-Jolof et ses
~u
farba au Fuuta-Tooro, le mad/~aalum conme le danel du Kajoor. Mais
il a eu à combattre également dee Fulbe comme Inamtooro Gede,
et
surtout le chef des Fulbe Jaawbe, ~ Yero Diide. Mais, il n préféré
s'allier à certains Sebbe pour consolider son pouvoir, tout en évitant
des guerres inutiles.
Tous les pays conquis ou traver~és ont généralement de fortes
A
minorités de Fulbe 1 l~eabu, Firdu, Wuli, Naani, Jolof et Bundu. La
rapidité relative de son expansion et de sa conquête résulte du mécon-
tentement des populations des Fulbe très durement exploitées par les
Sebbe (Malinke, Soose, Wolof, Soninke). Il ya donc eu une espèce de
complicité entre les Fulbe et Koli, m~ne si ce dernier n'a pas été
expressément appelé par eux. Il ne faut jamais perdre de vue que la
conqu~te de Koli est en quelque sorte un retour au berceau des Fulbe.
Après le fergo de Tenella au milieu du XVe siècle, Koli a opéré une
sorte de contre-fergo. Son passage à travers le Jolof ébranle l'Empire
des burba. Avec Kali, la puisaance des Fulbe atteint son apogée. Le
Fuuta-Tooro conquis et unifié sera un réservoir d'hommes qui lui per-

mettra d'élargir ses conqu~tes en direction du Nord et du Nord-Est.
Koli Tenella réalise c08plètenent le rave de son père, en retournant
au Kingi après le conqu8te et l'organisation du Fuuta.
Conment concilier la tradition du Fuuta-Tooro qui dit que
Koli a émigré du llnndinr; pour s'installer uu Bajar et celle d'Arcin
qui affirme que Keli, p~rti du Wassulu occidental, s'est avancé vers
le Fuladu, sans entrer dans le Manding. Le désaccord est selon nous
idéologique. Au Fuuta-~oora,
on tient à naintenir l'origine Malinke
de Koli. En revanche, la tradition du Fuuta-Jullon, véhiculée pur
Arcin, rattûche l'cction de Koli à celle de Tenella. Arcin confond
vraisaoblablement l'action propre de Kali, avec celle de son père. En
effet, nous avons vu que Tenella, entre 1~81-1~95, s'est attaqué
au Manding et aux royaUL1es vassaux, ce qui a provoqué l'intervention
du roi du Portugal D. JoBo II.
Il se peut que par une vigoureuse réaction, le Mnndinansu
ait persécuté les Fulbc installés au Mande. Certains d'entre eux, avec
Koli seraient partis directenent dans le Fuuta Jallon, tandis que
au;raienj;
d'autres/
trouve refuge dans le Wassulu peuplé de Fulbe, quoique
dépendant du Mande. Il se peut aussi, bien avant la guerre du Songhoy
contre Tenella, que Kali, devenu chef de guerre de son père, ait
attaqué le Mande. Repoussé par le Mandioansa, il aurait pris la direc-
tion du Wassulu, qui n'a été finalenent qu'une étape, dans la conqu~te
du Fuuta-Jallon et l'organisation du royaune du Bajar. Le royaune du
Bajar devait ~tre déjà organisé bien avant les évènements de 1512.
L'effondrenent ùu pouvoir de Tenella dans le Kingi, a entr.ainé la
dispersion des survivants. Certains d'entre eux ont pu rejoindre
directement le Fuuta-Tooro. D'autres ont pu ~tre récupérés par Koli
installé au Bajar. De toutes les façons, la défaite de Tenella devant
les Songhoy a dont'"lé au Ilanclinnnsa l'occasion de chasser les Fulbe
du Wassulu occidental et de reprendre le contr81e des routes de l'or.
Son action n'a pas dû s'arrater là. Il a, selon toute vraisemblance,
en accord avec le Sonchoy et les Portugais, décidé de chasser Koli
de la région. Il pouvait être très dangereux pour les relations commer-
ciales, et pour les routes de l'or.
Le vaste royoune organisé par Kali sur le plateau de Lube

148
correspond sans doute nu roynume du Bajnr dont on perle ou Fuuta-
Tooro • Arcin précise ~u'il soumet les Baga et les Lenduma ou s'allie
avec eux. Nous avons vu en son temps que tous ne se sont pas soumis.
Ceux qui l'ont fait sont ceux du Nord-Est. Il reste que Koli a régné
sur la région. Il a eu ùes relations plus ou moins normales avec les
Caapi, les Bajarcnke, les Tenda et les Sadio~c. Mais il a eu à com-
battre les Kassabo du Zo..nkadu. Siré Abba9
SOB: dit qu'il "habitntt
le pays appelé 3ac:yar" (Siré Abbas SOR, 1913,_pp. 21-26). STEFF,
quant à lui, dit que ":[oli '.L'enelln était de 3.'\\diara" (STEFF, 1913,
p. 11).
Le royaume ÙU Bajnr est une étape sur la route qui unit le
Fuuta-Jollon au Fuuta-Tooro, comme le souligne G. Vieillard. En effet,
les Fulbe du Baj~r sont intermédinires entre les Fulbe du Fuuta-Tooro
et ceux du Fuutn-Jallon. Dans leur dialecte la nasalisation est af-
faiblie et il y a peu de consonnes géminées. Mais les ptJnoms des
hommes et des femaes sont les m~nes qu'au Fuutn-Tooro : Geloajo,
Samba, Demba, Yero, Paate, Njoobo, et Koli pour les hommes ; Jajo,
Kumba, Jabu (Njabu-Penda GU Fuuta-Tooro), Takko, Daado, Demmo et Sebo
pour les fenmes. Si Loli est le septième par ordre de naissance dans
la famille bajarnnke, il est synonyme de Demba, donc troisième par
ordre de naiscance nu Fuuta-Tooro. Les Bajnranke ont à peu près le
m~me genre de vie que les gens du Fuuta-Tooro. Le Bajar cornne le Jeeri
Fuuta est une vaste plnine sablonneuse, avec des rôniers bordant les
rivières. On y cultive le riz, le ~3rgho, et le mil 9 le riz flotté
du Fuuta Tooro aurait été introduit par eux (le maaro). Les villages
sont fixes comme ceux du Ngaabu et du Fuuta 9 le bétail est abondant
et souvent gardé par des bergers communaux. Ils y cohabitent avec les
Sebbe. D'ailleurs ceux du Bajar et du Pakessi ne sont peut-~tre pns
sans rapports avec onux du Fuuta-Tooro (F. V. IFAN Dakar, F. D. -
Cahier nO 98, pp. 1 à 16), à cette nuance qu'au Bajar, le terme ceddo
désigne généralement les Soose.
2.3. Les raisons de la migration de Koli. du Bajor vers le Fuuta
Elles ne sont pas évidentes, mais on peut en discerner un
certain nombre.

149
2.3.1.
Les co.uses politiques et nilitaires sont essentielles.
Si au Fuuta-Tooro, on ne f~it que signaler le fait brut, chez
Sa'di, au contraire, on lie le départ de Koli à la défaite et à la
oort de Tenellél. "Les circonstances voulurent que, à ce l':lOClent, Kalo,
le fils aîné de Tayendn, fat en exp6dition et absent de l'arnée de
son père. Quand il npprit ce qui venait d'arriver à son père, le nau-
dit, il s'enfuit avec les troupes qu'il avait et se réfugia dans le
Fauta, non d'un pays voisin de l'Océan Atlnntique et appartenant au
sultan de Djolfo"(Sk'DI, 1964, p. 27).
Koli était donc "en expédition" au Doment de ln mort de son
père.
Sa 'di ne dit pas ,lepuis combien de temps il étai tubsent. Il
,
parle
de royaur:1e
la. t~te duquel se tro lirVerai t Kali. Tout se
ne
pas
a
passe comme si, dans l'esprit de
Sa'di, l'o.bsence de Kali n'était
que temporaire. L'expédition suggère qu'il 0. une mission de pacifica-
tion. On ne nous indique pas non plus où Kali est parti en expédition.
La réaction de Kali c donc été de prendre la fuite vers le Fuutn pro-
bablement parce que le désastre était complet. Lorsque Delafosse dit
que "Koli prit le commanc1eoent des Peuls Bakhounou, et émigra vers
le Fouta Toro", il interpr~te à sn façon les indications du Tarikh-
es-Sudan.
Le véritable problène, c'est de savoir pourquoi Kali, à la
t~te d'un puissant royaume du Futa-Jallon n'a eu d'autre réflexe que
de s'enfuir vers le Fuuta-Tooro. Etait-il menacé dans son royaume?
Si oui, par qui l'était-il? Ya-t-il d'autres raisons qui l'ont poussé
à quitter le Bnjer pour 10 Fuutn-Tooro ? Ne s'est-il pas passé un
certain tenps entre ln Dort de Tenella et la nigration de Kali ?
Il est difficile de répondre à toutes ces questions. Mais
d'ores et déjà, nous pensons que les événenents de 1481-1495 rapportés
par Joêo de Bnrros concernent uniquement Tenella et non Koli. Tout
au plus peut-on supposer que Kali est dans la région, mais agit pour
le compte de son père. Tenella qui a consolidé son pouvoir au Kingi
vers 1464, tente d'élargir son royauoe vers le Sud et vers l'Est. Il
envoie des expéditions qui suscitent beaucoup d'inquiétudes. Il mène
une "guerre incendia.ire" contre les Hnlinke et les Songhoy. Il inquiète
par ses activités les Portugais. Evidenment ces derniers encouragent

150
leurs clients à ln résistance contre Tenelln. Il y a donc conjugaison
des efforts des Songhoy, des Mnlinke et des Portugais pour faire
échouer'~'iDpérialis~d'desFulbe Yaalalbe. En raison de l'étendue
de son champ d'action, les forces des Yaalalbe sont dispersées. Les
efforts de ses enneois portent leurs fruit~. Sous le couvert d'une
guerre sainte contre un ioposteur, qui se dit "envoyé par Dieu",
Tenella est écrasé, sa tentative est brisée. Cette défaite redonne
du courage au Mandiounsn qui prend lloffensive dans son secteur con-
tre ce qui reste des forces des Fulbe. Devant la montée générale
des périls, Koli juge nécess,aire de partir, de quitter cet environ-
nenent hostile, C' e st pour cela que nous ne pensons pas, contraire-
ment à. Teixeira da Ilota (~8), que la Iiligration de Koli soit antérieure
à la guerre de Tenella contre le Mande, le Wuli et le Songhoy. Ciest
plut8t l'issue des ~uerres de Tenella qui entratne cette migration.
La description riche en détails dtAlvares d'AlIilada ne
concerne évidennent pas la nieration de Roli, comne le laisserait
croiœ~. Boulèeue (J. Boulègue, 1972, p. 185), nais bien celles de la
génération de ses pères. C'eBt
tout un peuple en déplaceDent qui
cherche un endroit propice. Il y a bien des sinilitudes entre les
deux mouvenents qui sont tous consécutifs à des événements politi-
ques : l'impérialiane QU Solof vers 1q55-1q60 et l'impérialisme
songhoy sous le rèCàe d'nskiu Mohanmed conjuguée uvee la réaction
du Hali.
Couses éconooiques
D'autres considérations
entrent en compte pour expliquer
le mouvenent de Kali. Les préoccupations éconooiques sont de prenière
inportance dans la tradition recueillie par STEFF, qui écrit "Koli
Tengella, roi de Bndiara, guerrier
par essence
fatigué de vivre
dans un pays où personne ne lui cherchait querelle et où les terrains
devenus vieux produisaient nal, après avoir exercé vigoureusement
ses guerriers, se décida à quitter son royaune pour en chercher un
plus prospère" (STEFF, 1913, p. 11).
Selon les traditions des Fulbe ~Thaal du Bundu, centrées sur les
exploits de Sanba Modac, pregier ~ Mbnal, la faDine désolait tout

151
le pays du Manden au Firdu et au Ferlo. A cette époq~e, on ne Qon-
geait que de la vinnàe, et des fruits sauvages. Le nil manquait au
point qu'on n'avait D~ne plus de semences. Ce serait Snoba Modan,
qui aurait suivi la perruche qui l'a conduit au Fuuto d'où il rappor-
ta en échantillons de toutes les culturœ
(Dil, nais, aebbe, patates,
coton, pastéques). Ganba tlodau est contenporain de Koli Tenelln (29).
On trouve des indications analogues dans Anne Raffenel et
dans Sire Abbas SOD (A. RilFFENEL, 1846, pp. 317-318 ~ Sire Abbas
SOR, 1913, p. 12). L'ép~sode de la perruche et les exploits de Jaubel
Ali qui l'a suivie jusqu'au uJalo de J~ncto Bontre l'inportnnce
des causes écononiques de l'émigration de I[oli du Bajer et la conquê-
te du Fuuta. Jacbel Lli n suivi la vallée du Pute: c'est nne terre
bénie qu'il décou~re, une terre qui ignore la fain et la soif grace
à ses plantureuses récoltes, gr~ce à son fleuve aux eaux fécondes
et poissonneuses, une terre propice à l'élevage grâce à ses riches
pâturages (STEFF, 1913, p. 13). Mais pour STEFF, c'est à partir du
Jolof, donc du Ferlo que Kali découvrit la richesse du Fuuta. L'envie
était gronde de se rendre naître de ces riches terres, qui ne vieil-
lissent point, qui portent des récoltes abondantes pendant la saison
de l'année où dans le Jeeri, balayé par le nbooy (haruattan), tout
n'est que désolation, C'est une terre de providence. On retrouve
les oênes indications dans Cheikh Moussa Racara.
Donc, dans l'énigration de Koli et la conquête du Fuuta-
Tooro, les événenents politiques
oonsécutifs à la Dort de Tenella
et les contraintes écononiques, ont cunulé leurs effets. Au deDeurant,
les relations entre les deux Fuuta étaient très suivies. Les routes
étaient bien connues. Des nigrations pacifiques et Doins pacifiques
ont toujours enprunté ces routes danslê~ :deux sens. Il y a Doins
we
de trois quar~de siècle/~enella, Dulo Denba, Niima, Gata, etc, ont
enp~nté ces routes en direction du SE et du NE. L'épisode de la
perruche n'est donc pas nécessaire pour connaît're le Fuuta-Tooro et
ses possibilités écononiques. Le Fuuta est resté dons l'esprit de
tous ceux qui snnt partis vers l'Est, le pay. des ancêtres, qu'on
a quitté parfois sous la contrainte, mais le pays auquel on rêve.
Le nouvenent de Koli est donc un Qouvement de retour au puys des
ancêtres subju@Épar les Sebbe du Jolof ou du Jnwara. C'est le pays

- - - - - - -
FUUTA
( K 1/ N.G 1 )
.. 1·.
~.
·';Jaara ••••••
• Nooro
L E G E N D E
1 •
Koli s@lon nous m~m@
_ - . . Oulo Oemba selon Oonelha
.
. ".__ •
Oulo Oembo selon Teixeira
.......
"zcc' Koli et Te')ello selo n Siré
····
__"I.~ Koli selon Arcin
. :

Koli
selon So'dï,O.Iofo55
.
... ·
,;JI,---.~ Koli selon Steft
.
.. '.
Koli selon Teixeiro do Moto
. .
.. .····
A. FA'E

152
à reconquérir et à libérer.
En conclusion on peut dire qu'à l'origine de la fondation
du royaume il y a trois Ï8its politiques najeurs :
_ c'est d'abord l'expansion du Jolof qui a poussé au départ
Ururbe, Wolarbe, Feroobe et Ynalalbe. La colonne de Dulo DeQba dirigée
vers le SE est finnlenent externinée au Rio Geba. Ln colonne plus
inportante sous la conduite de Tenello a pris la direction du Nord-
Est, et a abouti à l~ fondation du royaume janlal~
du Kingi vers
1~6~ (30)
Tenellü, roi du Kingi, a développé son nssise territoriale
en attirant à lui tous les Fulbe persécutés dans le Songhoy. Il a en-
trepris des expéditious contre le Mali, surtout dans ses provinces
occidentalAs peuplées de Fulbe (Birgo, Wassulu, Fuuta-Jallon, Wul1
principalecent). Par cette activité, il n nenacé l'hégénonie ou
Songhoy en pleine expansion, et du Mali en déclin, en exerçant un
contrôle effectif sur les routes de l'or. Kali, agissant pour le
compte de Tenello a constitué un royaume sur le versant occidental
du Fuutn-Jallon. La nennce peul se précise :
- la réaction du Songhoy qui vole au secours des Soninke
du Jaara, aboutit à l'écroseoent des ornées de Tenello, à la disper-
sion de ce qui en reste. Kali, centré au Sud, détient la seule force
organisée du Bonde peul. La défaite de Tenella 0 favorisé 10 réaction
du Mali, en accord avec le Songhoy et les Portugais. Il ne s'agit
rien moins que de chasser Kali de cette région vitale pour les échan-
ges internationaux, et pour le trafic de l'or. La faQine fait le reste
et Koli s'ébranle avec ses troupes vers la terre de ses areux, le
Fuuta-Tooro.
2.~. L'itinérnire de Koli et les différentes étcpes de la con9u~te(fig.
15)
Itinéraires et étapes de la conqu8te de Koli sont différents
selon les auteurs. Il existe généraleDent trois principales versions
sur l'itinéraire de =oli :

153
~.0.1.
Selon Tauxier et Delafosse
La première version est celle GU Tarikh-es-Sudan, reprise
par Delafosse et Tauxier. Selon ces auteurs, Koli est parti directe-
ment se réfuGier nu Fuuta. Alors que Sa'di affirme que Koli était
"absent de l'nrc6e de son p~re", sans davantage de précision, Dela-
fosse et Tauxier semblent insinuer qu'il est venu directement du
Kingi nu Fuuta, en suivant la route traditionnelle, c'est-à-dire
l'une des grandes vallées affluentes du Sénégal, le Karakoro ou le
Gorgol. Selon Delafosse, il a soulevé le Fuuta et fait la guerre au
~urbadu Jolof avec l'aide des "Ser~res" et des "Toucouleurs". Une
fois le~~du Jolof vaincu et tué, il fonda le royaume deenyanke.
Koli était accompagné des Ur-urbe et des l·/olarbe. Tnuxier dit plus
clairement ~ Koli e~t venu du Nord au Sud, apr~s que sou p~re
Tenella eût été battu et tué en 1512 dans le cercle de Nioro. Koli
établit nlorA sa domino.tion sur le Fuuta-Tooro, puis descend "jusqu'en
Guinée frnnçaise et en Haute-Gambie où il établit ses contingents
Peuls. Ce sont là les Toucculeurs Foulnkondn, plus cultivateurs que
les Peuls de l'invE'.sioll du Hacina" (L. TAUXIER, 1937, p. 70). Tauxier
dote cette invasion de 15~} inspiré de toute évidence par Jo8o de
Barros. Cet itinéraire est celui qui est rapporté par Yoro Bali
Dyao qui met au conpte de Kali, la destruction du Nnmmadiru. Il
n dû être influencé par Delafosse.
Selon Arcin et Steff
Cet itinéraire septentrional est en contradiction fragrante
avec celui qui est indiqué par A. Arcin. Rapportant et interprétant
les meilleures traditions du Fuutn-Jallon, Arcin fait partir Koli
du Wassulu occidental, où il était à la t~te d'une confédération
de Fulbe
de lè il rentre dans Fuladu. L'étape suivante est consti-
tuée par le plateau de Lobe, où il constitue un vaste royaume, av~c
pour capitale Guene Gangnn qu'il fortifie. Il collabore avec
certaines populations (rroniagui, Bassari, Goso de l'Est, Sadioko et
Tenda), mais persécute les cinorités réfractaires. Cette persécution
rev~t le caract~re d'un génocide (Kassabo). Dans ce royaume sont
intégrés les Bajarnnke, et les Caapi du Kude. Koli noue des relations
matrimoniales avec les ~opulations malinke. C'est du Bujur, à partir
de Mano (Maro) qu'il prend l'offensive contre la confédération

154.
Sereer-Joola.. Après sn victoire, il fonde un "nouveau Fuladougou"
dans le Ngnabu (Kangnya, rnuroda Pnkessi) avec Bassi pour capitale
(A. Arcin, 1911, p. 6~). De là, il traverse victorieusement le Ferlo
do~iné par les Wolof et chasse les SOGse du Do~ga et du Bundu qui se
réfugi ent en Bosse Gambie. Les Wolof, dit-il, "se soumettent en
masse", sauf les réfractaires qui sont "rejet8s vers l'Ouest, dnns
la région maritine. Bient8t Koli se trouva à la t~te d'un ianense
enpire qui s'étendit du Haut Niger au Bos-Sénégal. Ce fut l'empire
dénianke ou des Koliobe" (.t..• Arcin, 1911, p. 65).
Dès lors, il se trouva face à face à l'empire Songhoy :
Koli a-t-il poursuivi sa nnrche à partir du Fuutn-Tooro, conquis
et organisé? Arcin ne le dit pas, ~~me si l'on sent qu'un conflit
est possible entre les deux géants du Soudan Occidental dans cette
première moitié du AVIe siècle.
Comme on le voit, Koli part du S.E. pour se diriger vers
le N.O. Dans cette marche, il y a une étape essentielle, c'est celle
du Fuuta-Jallon. Selon toute vraisemblance, la conqu~te du Fulodugu
et du Fuuta-Jallon et l'organisation du royauoe autour du plateau
de Labe sont antérieures à la mort de Tenella, donc à 1512. Mais à
ce moment, entre 14.90 environ et 1512, Koli agissait pour le compte
de son père dont il est le fils arné, et par conséquent l'héritier.
Rien dans les traditions ne montre un conflit entre lui et Tenella.
Son armée devait comporter les élénents peul venus du Kingi, du
Wassulu et du FuladuGu, renforcés par les Sebbe des pays conquis,
et qui servent d'auxiliaires comQe les Kollyaabe. L'offensive en
direction du Fuutc par le Ngaabu et le Jolof, est probablement pos-
térieure à la mort de Tenella, en 1512, lorsque la situation géné-
rale, se détériore pour les Yaalalbe comne nous l'avons indiqué ci-
haut.
Ce qui senble confirmer cette hypothèse, c'ewt la version
de STEFF. Reflétant les traditions du Fuuta-Tooro, STEFF fait dé-
buter la migration de Koli vers le N.O. par la défaite du roi de
Yolla, Makan dont il épouse 10 fille Njam. Il s'agit selon nous, du
roi des Joolo ou du Jooladu, étant entendu qu'il ne peut s'agir de
Yole dans l'Adamawa coopte tenu de l'éloignement géographique. Cela

155
recoupe ce que Arcin appelle la confédération Sereer-Joola, dont la
capitale Tchogue est re~?locée par Bassi. Tour à tour, selon STEFF,
sont battus les rois du Sauluo, du&nwol, du Kajoor et du Jolof.
Après la défaite de ce dernier, Koli et ses troupes s'enfoncent dans
la vallée du Pute ~our aboutir dans le woalo de Jongto, en pleine
Boosea soumis après 10 défnite de son principal chef farebaal ; le
Ngenaor subit le D~me sort après ln défaite de forba Jowol, suivi
du Laaw après la défcite de farba W~lde, et enfin de Tooro de Ali
Eli Bana et la confédération des Jaawbe du TaBant après la mort de
~ Yero Diide. Le Fuutn une fois conquis et organisé, Koli ayant
une nouvelle base, part à la conqu~te de l'Est, du Kingi probablement.
Il meurt à Laobedu.
Cette version des guerres de Koli est plus conforme aux
autres sources traditionnelles qui font cns des réactions des prin-
ces
de la Sénégambie devant le flot migratoire dirigé par Koli. A
cela se greffe la tentative de justifier l'nppellation "deenyanke"
que prend Koli, appellation qui passe à ses successeurs. C'est la
raison pour laquelle on fait de Koli tant8t le berger de burba Jolof,
tant8t un chef des aGa qui finit par régner sur les Sereer, et nener
une guerre victorieuse contre le roi du Jolof avant de conquérir le
Fuuta.
2.4.3. Selon Siré Abbas SOR
Le troisiène itinéraire est celui qui est indiqué par Sire
Abbas SOH. Sire Abbas GOR est d'accord avec les auteurs précédents
en ce qu'il fait partir 301i du Bajar. Mais selon lui, au départ du
Bajar, la migration de ~oli vers le Fuuta ne fait qu'une avec celle
de Tenella vers le KinGi. Partis du Bajar, Koli et Tenella pénètrent
A
dans le Naani. De là, ils continuent leur uarche avec les étapes
A
suivantes: Badon, Nol~olo-Kooba, Parako, Bulel, Cippi, S~tuta, Raparta;
à partir de là, ils se dirigent vers le Nord-Est par Kusan-Tunka,
Gambi, Nammarde, Guran, puis Golmi et Yaafera. A Yaafeera, Tenella
traverse le fleuve et s'enfonce dans la vallée du Karakoro en direction
du Kingi, tandis que Koli longe la vallée du fleuve et poursuit sa
marche vers l'Ouest par Gurel-Harre, Jekulaani, Gawde-Boofe, Fajar,
Foora, Nabbaaji, Bokki-Jawe, Aafiam-Godo, Cilon-Eren, Jowol, Hoorefoonde

156
Njurn, Wt,Qlalde, Gede et Gim.e.
Dans cet itinér~ire rien ne laisse prévoir une guerre contre
le Jolof, les Sereer et les Soninl~e. Ces puissances ne sont concer-
nées par le nouvenent de Koli que par l'intermédiaire de leurs dé-
pendants. Jusqu'à God~, la région est apparenment dominée par les
faren, dépendant du Jawara, tandis que de Godo à Gede, les diffé-
rents farba sont des dépendants du burba. Les Jaawbe de Gime semblent
être indépendants. Aucune réaction des puissances tutrices du Fuuta
n'est perceptible. Tout se passe comme si leur "hégémonie"
n'était
que nominale.
Ln version de Sire Abbâs Soh sem.ble rejoindre celle de
STEFF en ce qui conserne ln situation du Fuuta. Le Fuuta était dé-
chiré par les divisions et les guerres intestines, en particulier
celles qui ont opposé farba Jowol et farebaal. Les principaux diGni-
taires qui ont pris en nain les destinées du pays après la chute de
laamtercess ne s'entendaient rlus. La conqu~te de Koli les met tous
d'accord.
Pour Sire hbbas Soh, le Bundu et le Fuuta oriental sont
conquis avec le Fuutc central. En cela, il est d'accord avec Arcin
qui dit que Koli a travGrsé le Ferlo pour conquérir le Bundu et le
Damga peuplés, en ~rand nombre, par des Fulbe, mais dominés par les
Soose selon Arcin ou per les faren Jawaranke selon Sire Abbâs-Soh.
Dans Staff au contraire, la conquête du Fuuta proprement
dit comcence par le 300sea et se poursuit vers l'aval. On ne voit
pas apparaître le DaB~a et le Bundu. C'est le Fuuta central et occi-
dental qui est le plus riche en terres de vanlo qui attire d'abord
Koli. Ce n'e.t que dans le partage qu'on veit apparaître la partie
orientale, par le biais du ctmmandem9ut des Vaalalbe.
2.5. Les résistances à la conquête et les méthodes de Koli
La conquête a en outre été longue, compte tenu des résis-
tances, malgré la division des notables, qui "par orgueil et méfiance,
ne voulaient pas s'unir contre l'ennemi conmUl1 qui voulait s'établir

157
dans leur pays", ce "er2.ud euerrier qui prételldcit ~tre martre de
tout" (STEFF, 1913, p. lq). Malgré cette èivision des notables du
Fuuta, face à l'impressionnante force de Xoli, avec ses 9999 homnes
bien entrctnés, la r3sistance n'en est pas moins farouche et déter-
minée, cor les farba attendent les événements, "résolus à se battre
jusqu'à la mort plut8t que de se rendre à ce nouveau chef". Farbo
Jowol avec les hommes ùu Neenaur furent tués
jusqu'au dernier,
les femmes qui "encournseaient les Guerriers de leurs chants pre-
naient la place de leurs maris et armées de la lance combattaient
vigoureusement l'ennemi" (STEFF, 1913, p. 1q). Bokki-Jowol est fina-
lement pris. Koli n'hésite pas à utiliser les méthodes les plus
contestables pour venir à bout de ses ennemis. C'est ainsi qu'il
soumet le Booseyo en faisant assassiner farnbaal Beni-Legetin grBce
à la trahison
de son frère et rival Kerkunbel ; il ne vient à bout
de ~ Yero de Gime qu'en le faisant trahir par sa femme Mali Demba
Mali. C'est vraiment par chance que Koli vint à bout de farbo Wwùal-
de. Il a perdu huit batailles sur les neuf qu'il eut à livrer à ce
dernier. La mort du faroa est suivi du suicide de tous les membres
de sa famille. I~o1i avait perdu les 2/3 de ses effectifs ou noment
où il entrait en canpaene pour conquérir le Tooro. C'eBt pourquoi il
fit assassiner le laamtooro dix nois après avoir signé avec lui un
traité de paix qu'il avait lui-m~me proposé.
?.5.1. Les continrents auxiliaires dans l'armée de Roli
Les troupes de l(oli étaient très importantes et "vigoureu-
sement entratnées". Elles avaient du nétier car, depuis près de 20
ans, elles étnient en guerre dans les provinces occidentales du
Mali. Pour Arcin, Koli a largement utilisé le service des troupes
auxiliaires recrutées paroi "les primitifs du Sud et notamment les
Koniagui et Bossari" (L. hRCIN, 1911, p. 63), les Tenda, les Sadioko
Malinke", les BaGa et les Landuna. Arcin parle de l'empire des
"Koliabé" fondé pnr Roli entre le Haut Nie~r et le Bas-Sénégal. Il
précise que "la fanille royale prit au Sénégal le non de Serbobo
dont certains oe~bres conservent celui de GarMe (Garama)" (A. ARCIN,
1911, p. 65). Delafosse prétend que Koli est à la t~te d'une arnée
formée de Fulbe du Baxunu, réfractaires à l'autorité des princes
Songhoy. Parmi les chefs de ses armées, il y avait entre autres Goro
ou Gara, chef des Wolarbe et Dicko, chef des Ur-urbe. Il avait

158
recruté des auxiliaires parmi les Sprères et les Toucouleurs (M.
Delafosse, 1912, t. 1, p. 229). Pour T~uxier, à côté des contingents
peuls, il avait dans so suite des Sereer (L. Touxier, 1937, p. 15).
Koli Pulli c1evnit a.voir cornne support de ses forces arr,lées
des Fulbe. Dans ses canpac;nes contre les provinc"es occidentales du
Mali, ce sont les Ur-urbe, les Wolarbe, les Feroobe et les Yaalalhe
qui devaient constituer le fer de lance de ses troupes. Mais après
s'être établi dnns le Fuuta-Jallon et organisé un royaume avec Guene
Saugon comne copitnle, il n dû se concilier les populations indiŒènes
et les associer nu pouvoir par le biais de l'arnée. Cela est conforme
donc à l'esprit de Koli, IJ.~ne lorsqu'il a entrepris la conquête du
Fuuta-Tooro. Nous nvons eu l'occasion de noter plus haut que Koli
le Jaalalo devenu Deenyanke en s'établissant à D~na, a recruté ses
guerriers principalenent parmi les Sebbe ùe lioolia. Ce sont donc là
les deux éléments indissociables de l'arnée de Koli Tenella. La tra-
dition se maintiendra quand le Fuuta sera conquis. Par le biais des
mariages avec les filles ou les veuves de ses victimes, il a toujours
tenu à associer les vaincus au pouvoir. Il arrive que ce soit de
véritables alliances. Le ralliement de
Kerkttnbel lui permet de venir
à bout de farcbaal Befti-Lec;etin. Le groupe des Sebbe ont été de la
sorte intégrés aux ~mrJaabe après la décimation des troupes venues
du Bajar.
~.5.2.
Estioaiion des forces de Koli
Barros, Alvnrès d'hlmada, Donelha, Francisco de Lemos
Coelho, nous peroettent d'imaginer l'inportance des forces armées de
Koli, en référence à celles de Dulo Deroba et de Tenella. Cependant,
nous n'avons nulle part des données quantitatives précises. Nous
sommes en droit de penser que les non combattants, dans les migrations
de ce genre, étaient infiniuent plus nombreux que les combattants. Les
guerres de Tenella ùans les provinces occidentales de l'enpire du
Mali, mettaient en Jrcnle des foules innonbrables. Ils étaient en si
grand nombre "qu'ils séchaient une rivière dès qu'ils y arrivaient".
En dehors de ces inc1icûtions plus suggestives qu'approximatives, les
auteurs portugais notent l'importance des archers qui constituent le
gros des ornées.

159
Dans les données traditionnelles, nous avons des indications
quantitatives. Dans Gteff, on parle de 9.999 gUArriers bien entratnés
et répartis en groupes. Ln Dajorité e~t
arnée de lances, Dais aussi
d'arcs et de flèches. Une nutre tradition donne 3.333 archers dont le
plus redoutable était Niina.
Certains G'entre ~x étaient Dontés sur des boeufs porteurs
(Coweeji) qui servaient non seulement conne aninaux de bât, nais aussi
de Dontures de conbat. Ce n'est qu'après la conqu~te du Fuuta-Tooro
et la défaite de ardo Yero Diide de Gine que lioli put acquérir des
chevaux en
-
abondance. On dit qu'il prit conne butin sur le ~
Jaawbe 40.447 chevaux de race (31). L'élevage des chevaux connattra
un grand développenent par la suite; le P. Baltasar Barreiro, au
début du XVIIe siècle, soulignait l'i@portance de cet
élevage en ces
termes : "le soin que les Fulos ont de leurs chevaux est si grand que
tous, o~ne le roi, les visitent chaque jour et pour traiter d'eux, ils
appliquent à chaque cheval un esclave qui n'a point d'autre office.
Quand le Grao Fulo est ou champ, ce qui est 10 plupart de l'an, il
a continuelleoent devant sa tente cent chevaux très choisis, lesquels
sont toujours sellés et appareillés. En plus de ces chevaux et d'au-
tres qu'ils ont eux écuries, chaque jour on leur apporte d'autras,
beaucoup envoyés
par les rois et seigneurs leurs tributaires et
leur viennent des terres où il les foit produire. De ceux-ci, il choi-
sit ceux qui lui plaisent le plus, et les autres il les donne à di-
verses personnes" (3;~).
L'usage du cheval cogne nonture de guerre est très ancien
dans la région. Les traditions mandingues lient la conqu~te de la
Sénégambie à une oission que Sunjata Keyta avait envoyée chez le
Jolofin Mansa pour acheter des chevaux. Donelha dit que les Fulos
sont "tr~s adroits ~ cheval et bbne
archers". Il a pu voir sur le
terrain en 1581, des chevaux de la race (Dunbea) de ceux que Dulo
Deoba avait introduits au Rio Grande vers 1~SO. Alvarès d'AIMada de
son eSté représente les Fulbe com8e des éleveurs de gros bétail et de
chevaux qu'ils venùent nux Wolof. Dans l'anonyme de 1600, on peut lire
à propos du royaU,l;le du Grand Fulo : "ce royaune est de gens belliqueux
et forts en Crand nombre et quantité de cavollerie ; ils n'ont aucune

160
arme à feu, mais seule~ent des flaches et des arcs ~t des zagayes
qui sont à la manière de darùs, avec lesquelles ils se défendent
et offensent leurs enncQis qui sont noirs et sont d'égales armes"
(A. Teixeira da liota, 1969, p. 829 et A. Alvarès d-Almada, 1841, p.
10).
A. Alvarès d'Almada renchérit en disant: "Le Grand Fulo,
roi des FULOS, a une inportante cavalerie, et sur ses terres, il ya
beaucoup de chevaux. Les Jalofos, oarbacins, les Mandingues, ceux
de l'intérieur comme ceux des côtes, viennent s'approvisionner chez
lui. Par s~ite du grand nombre de chevaux qu'il
détient, le Grand
Fulo ne reste jamais plus de trois jours dans un m~me endroit. Il se
déplace continuellenent dans son royaume, 3 la recherche d'herbes
et d'eau si rares dans son pays et dans celui des JALOFOS" (A.
Teixeira da Mota, t969, p. 829 et A. Alvarès d'Almada, 18.1, p. 10).
2.5.~.
Les chefs de guerre
Arcin fait erreur lorsqu'il dit que "la famille royale prit
au Sénégal le nom de Setbobo, dont certains membres conservent celui
de Garme (Garama)". lm effet, la famille royale au Fuuta-Tooro a
pris le nom de Deenyanke. En revanche, les "Sayboobe" (sing. Caybowo)
sont les princes de song associés au pouvoir, comme chefs de guerre
et conseillers à la cour,jouissant d'importants commandements terri-
toriaux. A l'origine des "Sayboobe", il y a les sept commandants des
corps d'armée de Koli, que l'on dit être ses frères (Ali Baga, Gata
Kumba, Kata Haa1i, Hiir.w., Jëy Jaalo GaynaaIro; Yero Jeery Jibrilu,
Abdullah Haby) (STEFF, 1913, p. 11). Ce groupe s'est élargi aux des-
cendants de Sawa Donde, et de Sawadi Jaaye. Ils finissent par former
une véritable classe sociale. Leur nom signifie, selon nous, les
"compagnons, les aIJis, "Sahibaabe, forme fullanisée des al. Sahabi,
qui désignent les compagnons du Prophète Mohammed (P. S. L.). Parmi
les compagnons de Koli, il y avait aussi ses cousins Yaalalbe, Mooli
Maaliga, Ali Maaliga et Samba Maaliga. ~ signifie noble, de sang
royal.

161
3. LES CONQUETES D~ KüLI TENELLA
3.1. Le Naani et le Hammnndiru
Lorsque Xoli ~uitta le Bajar pour conquérir au Fuuta, il
A
trouva dans le Naemi des Faddube qui sont le s vestiges des Jaogo qui
s'y étaient réfugiés è ln suite de l'effondrement de leur pouvoir
les familles Koboor, Lnkllor et Soanan étaient commandés par les
A
Bannor. Dans le Hanni, Roli eut à combattre leur chef Sambo Dabbel.
Après la victoire sur ce dernier, il adjoignit à snn armée certains
de ses sujets soit comme esclaves soit comme soldats. O~ en trouve
quelques familles Bold-Jawe.
Telle n'est pas ln version de Y.Ero Boli ."Dyno
qui rapporte
que Koli tua "le bërlab liali Hberu Mbake Teedyek et di sperso ses
habitants qui passèrent au Jolof, au Siin et
au Saalwn". Le bërlab
devint alors chef du Ndukumaan. Les Ndaw étaient les chefs du Jeeri
A
Ferlo. Ils vi vni ent avec les Woon, SnI, Nnh, Kamnrn, Seebor, '.Jele,
Siise et Waddu, qui reprGsentnient tous les groupes socio-profession-
nels que l'on rencontre au Fuuta-Tooro. Tous ces clans sont des
parents par plaisanterie des Nfraw.
Une autre ~rndition veut que ce soient les Njany qui les
aient chassés du Namnandiru ; après la destruction du Nammandiru
certains d'entre eux se sont installés dans le Waûlo ; ils ont ha-
bité alors dans des grottes très près du fleuve. C'est peut-~tre
cette trodition qui a encore cours au Bundu, où l'on présente les
et
Faddube, enfantn,A1-?p endauts
de Kumba NdOlI, comme des sauvages vivant
dans des grottes, portant des queues. Ils auraient été ramenés à
l'humanité grâce eux prières de Malick Sih .et de son fils Bubu Malick.
Cette tradition ressemble étrangement à celle de Kumbiri
Piftaan
qui,comme ~uuba Ndaw, habitait dans des terriers à l'endroit
où se trouve Fanny. l.'1ois ici, ce sont les SalI, venus de Gede qui
les ont amenés ~ vivre normalement avec les hommes.
Il nous senble invraisemblable que les vulgarisateurg des
techniques métallurgiques aient été des sauvages, vivant de chasse
et consommant de ln viünde crUe.

162
Pour ce qui esi du raIe des Njaay du Jolof dans la disper-
sion du peuple de IJanonndiru, cette tradition est beaucoup plus con-
forne avec les renseignements fournis par Llvarès d'Alcada et Donelha
qui attribuent à ln lignée des Jonai, la destruction du Njar~ew dont
le chef était le bëlëp. Cette guerre devrait se placer vers 1~55,
sous le règne de Cukli Hjiklaan.
"La preoière Guerre que fit ce roi Jonai fut contre Borlubo,
roi de Geremeo qui ent à l'orient par la brousse et confine avec le
roi des jelofos. En cette guerre, les Jalofos eurent beaucoup d'es-
carmouches avec les Jern~eoB, d'engagements, de batailles, au cours
desquelles beaucoup Boururent des deux c8tés. Récecment, les deux
rois l~ttèrent en betnille rangée de toutes leurs forces, et il y eut
beaucoup de morts, nais Borlubo ayant été tué par unezagaie, la vic-
toire revint eux Jnlofos, en ce tecps, ils conquirent le royaune de
Gereneo" (A. Donelhn, 1977, p. 131).
3.2. Koli dans le Fuuta
Dons le DaoGe et le Bundu, Koli eut è combattre les faren,
dépendant du roymme Jmvnra : Ndunaan-Fegge à Fnjar, Conollo à Foora,
Dibeeri et Juaye Dibeeri à Nabbaaji, le faren de Doaru à Bokki-Jawe,
et enfin le faren deÂ&.âam-Godo dont dépendaient tous les autres
faren du Fuutn.
Il tua à Uawnde le faren jvlnhnudu Dana Ngille et
Samba son frère probnblenent (Siré Abbas Soh, 191', pp. 22-25) venus
du Jaara au secours de leurstributai~e!l so peut également, qu'après
l'écrasement de Tenelln, il ait marché sur le Fuutn pour barrer la
route à Koli qui avait pris l'offensive en directinn du
·Fuutn pour
s'attaquer de toute évidence à leurs possessions dans la réginn.
Koli connaissait donc bien le Janra, puisque son père y a fondé le
royaume jaalaalo aux dépens des faren du Xaflaaga, nais y a été fina-
lement battu par la coalitinn entre le far en deu Xaftaaga et les
Songhoy à l'appel du premier. L'hostilité entre les deux peuples est
.
de
vieille/plus de trois quarts de siècle. La défaite de Mahmudu est-il
à l'origine de l'offensive de Koli en direction du Janra ? C'est
possible.
Les faren vaincus, ce qui restait des troupes Soninke ont

163
dll refluer en partie ve'rs le Bundu et vers le Bnnbuk, peuplés de
Malinke, de Fadduoe, ncis aussi de Fulbe. Nous ne pensons pns, con-
trairement à Delafosse, que Koli ait tenté de conquérir le Bambuk
pour s'emparer des nines d'or" entre 1530 et 1535 et qu'il ait 6té
repouss6 par GUIEE 3IG3ü::IO (H. Delnfosse, 1912, t. II, pp. 214:-215).
Il lui suffit de contrSler les routes par lesquelles l'or était conmer-
cialisé, c'est-à-dire la Faléné, le Sénégal et ln Ganpte. Teixeira
da Mota a prouvé le caractère erroné des propos de Delafosse (A.
Teixeira da !iota, 1969, p. 814:).
Koli Tenella a donc envahi le Fuuta au noment où la désunion
\\T
/~tait à son conble. Les erands notables n'ont pas su surnonter leurs
querelles n~me devant l'envahisseur qui ne cache pas sa déter~inBtion
h
conquérir
le pays. Koli aurait d'abord attaqué Boki-Jowol ou Boki-
Jaw~ où furba Jowol s'était installé avec les guerriers du Ngenaar
décidés à vendre cher leurs vies. Farba Jowol fut vaincu et se$
hommes exterminés. Koli vainqueur épousa sa fille dont il n'eut pas
d'enfants.
::J.~.i.
Congu~te du Ngenaar
Jowol était fondé bien avant l'arrivée de Koli par les
Soninke du Kaartu portant le patronyme de Jnako. C'est là que Koli
les ~rouve. Leur chef, farba Salli Biraan, lutta sept ans durant contre
Koli, avant de faire sa sOUI:1ission à Koli ct devenir un de ses chefs
de guerre. Koli le confirme dans la possession de ses terres. C'est
après cela qu'ils s'installèrent alors sur la rive gauche à Jowol,
nais il ne senble pas çuc le Jowol de la rive droite appartenant à la
m~me famille ait jaunis été nbandonné.
En dehors de fcrbc Jowol, farmbaul, furba Wea1a11e et ~­
tooro, une tradition conpte paroi les adversaires et victimes de Koli
Terella
farba Eren, farba Njum et 1UL1ouy-TIoorefoonde. Dans cette
guerre contre les forb~, apparennent d'origine Wolof, Koli aurait
utilisé les Ktliyaabe, orieinniresàu··Jeeri-Fuuta. C'est grtlce à leur
appui qu'il n attaqué et vaincu les Jaowbe au canngol de Njorol, près
de Decbanknne (33).

164
3.2.2. Conqu~tc du Booseya
Lprès la conqu~te du Ngennar, Koli se prépara à attaquer
farmbaal ~Thefti-Leeettin à Hayre-l~nal. Koli soudoya KerkuQbel, frère
de farobaal, ~ui en voulait à son frère d'avoir tué son fils. A la
suite de la tr~ve qui suivit la bataille indécise de Giray. Kali
envoya à IIayrc-lThnel des guerriers dont N:iima qui grtlce à la conni-
vence de Ker]~bel, put approcher farnbaal et le tuer d'une fl~che
ecpoisonnée. Fou de douleur, farnbnal sernit conté sur un boeuf por-
teur, traversé le fleuve à la hauteur de Gababe pour tomber et Dou~ir
à Mbael-Jola, marigot situé à l'Est de Hoorefoonde. Après la mort de
Mbefti-Legetin, Rerkuobel persuada les guerriers du Booseya de déposer
les arnes, parce que lui-mane s'était sounis à Kali. C'est ainsi que
Koli rentre à IIayré-Mbaal pour épouser la fille de farmbnnl Deivo
fnrlilbaal dont il n'eut pas d'enfants. Kerkuobel est reconnu farmbaal
(STEFF, 191;, p. 16),
bprèo le sounission du Ngennar et du Booseye, il restait à
Koli à soumettre le Laaw coomnndé par farba Waalalde Weinde Jeng et
le Tooro sous l'nutorité d'Ali Eli Bona. Pour s'attaquer à ces redou-
tables adversaires, il partit de Hayre ~llianl, traversa le fleuve ou
niveau de Rinjnu-3eelinaabe, marcha contre farba-Waalalde W"inde Jeng.
Il fut repoussé yar trois fois ~ Dawdnl, trois fois à Dute Ngnragu.
Défait encore deux fois par farba-Wanlnlde, Kali Tenella finit par
battre son adversaire et le tuer au cours de leur neuvième rencontre.
Les guerriers du fnrba-Woalalde furent sutés jusqu'au dernier, préfé-
rant la mort à la fuite. Les membres de sa famille se suicidèrent.
Malgré sa victoire, Kali avait cependant perdu beaucoup de monde. Il
y avait eu neuf affrontements en trois jours (Steff, 1913, p. 17).
3.2.4. Congu8tc du Tooro
Victorieux de farba-Waalalde, Koli traversa le fleuve à
Waolclde pour eller attaquer laomtooro à Gédé. Une première attaque de
Koli est repoussée avec pertes par lanotooro. Au cours des batailles
suivantes Inamtooro et ses troupea avaient fait des prodiges de valeur
infligeant aux troupes de Kali d~ très lourdes pertes. L'armée de Kali
était réduite ou tiers de ses effectifs depuis son déport de Bojar,

165
dono ntétait plus que de 3.333 hommes au lieu de 9.999. Koli réunit
alor. son état-major. Il fut décidé de rentrer en pourparlera avec
laamtooFo tout en soudoyant quelq~es membres de aon entourale comme
cela a été fait lore de la guerre oontre farmbaal. Laamtooro refusa
toute négooiation et voulut se fier eux armes pour contraindre Koli
à la paix ~oit en le tuant, soit en le chassant du pays. Mais Koli
avait soudoy~ Ica nobles du Tooro qui obligèrent laamtooro à faire
la paix. Dix moio plus tard, Koli fit assassiner traitreuBement
laamtooro et annexe le Tooro. Il épouse la fille de laamtooro Fanyol
Ali Eli Bono, dont il eut deux filles Lalo Faayol et Sira Faayol
(Steff, 191;, p. 18-20). Après la défaite de Ali Eli Bana, Koli était
devenu mattre du Fuuta. Tout le monde tremblait à son nom.
3.3. La guerre coajre les Jaawbe
Il décida de s'attaquer au laamtermess, roi dea Pulbe
Jaawbe, ~ Yaro Diide. C'est après s'atre reposé deux mois à
G'édé,
qu'il partit pour Loaci-Weendu dana le Tagant (actuelle Ksar-al-
Barka) le copitcle
jelaomtermess, ~ Yaro Diide, roi des FRlbe
Jaawbe. Dons cette guerre, Koli se heurta à une vive réaistance et
perdit beaucoup de monde. Cor les Joawbe du laomtermess étaient des
soldats aguerrie à le suite de la résistance viotorieuse contre les
attaqueo des lmures du Biru (Walato) qui venaient fréquemment les
piller. Leur résistance contre les Meures était nourrie par la cer-
titude qu'ils ~vnient d'ttre réduits en esclavage s'ils étaient vain-
cus. Après cvoir échoué plusieurs foia contre ardo Yéro Diide, Koli
soudoya et séduisit l'épouse du laootermess Mali Demba Mali. Il lui
donna beauooup d'or et lui promit mariage après la mort de son mari.
C'est ainsi que ln
Jeewo Njaw trahit
son mari et réussit
à
le
faire tuer
par los hocaes de Koli au nonent
où les
Fulbo Joawbe
changeaient de cnopenent. Une fois ~, Yéro Diide mort, pour toute
récoupeDse, Xoli ooupa la t8te de Mali Deube Mali, une mauvaise
femme qui ne peut 8tre qu'une oauvaise épouse (Steff, 1913, PP. 206
21). A la Duite de quoi, les Fulbe J~owbe se dispersèrent. Certains
se retirèrent vors le Tagant, la oej.ure partie prit le cheuin de
l'Est en direction du Maasina, avec leurs artiaane et leurs Lawbe.
Sous la direction de leur ~ Njobbo Joomen, les Jaawbe a'étaient
installés à Runaalli (actuelle M~ghaüo).Ils y furent rejoints par
la auite par les Hayrankoobe de Hoyra-Ngaal. Au cocent où Koli s'é-

166
tabli t à l~an-Godo, son cousin Sanba f·inalii3o. le Janloalo, denanù.o
à l'ardo Jaûwbe de lui céder sn fenne Banbi Saraadu. Il se heurta
à un refus catégorique. Kali appuya la requ~te de Sanba Maaliga par
une action nilitaire Dois fut repoussé. Quelques nnnées plus tard,
Koli prit sa revanche et attaqua ordo .Tam/te un nercredi jour néfaste
pour eux, les battit et enlevc Bonbi qu'il donna à son cousin Sanba
Maaliga. Les JaEw1Je se dispersèrent alors les uns vers le Bundu, les
autres vers le Rnioor ei le Jolof. Yero Diide devenu nrdo-Jaawbe
-
....
s'installa à LooDnali. Sonba Maalign ayant un jour passé sur la rive
nor1
uvec Bnnbi, fut tué par ~ Yero Diide qui récupéra sa nère
Bambi. Il s'ensuivit clors une guerre entre Yaalalbe et les Jaawbe.
C'ett sur l'intervention de Koli que le conflit prit fin. Il récon-
cilia les deux fouilles, en interdisant de rappeler l'origine du
conflit (31,l).
On peut retenir de ces différentes traditions que les
Jauwbe ont habité ln rive droite du fleuve, probablenent au Sud ùu
Tagllnt. Ils avaient forué une puissante cOl:lDunauté qui a étendu son
autorité sur toute la résion située entre le fleuve et le Ta~ant.
Sous des influences diverses (luttes de clans, desséchenent. pression
des Berbères Lnntuna), ils ont d~ descendre plus au sud contrôlant
la région prospère de la vallée du fleuve Sénécal et le Fori. Le
rnouveoent de Koli a trouvé en leur ~ un adversaire redoutuble qui
n'a pu ~tre réduit que par la trahison. Leurs chefs (~ Yero Diide
et ~ Njobbo Jo onen) ont été élioinés de façon déloyale. Il est
possible que pour les vaincre, rColi a dû utiliser non seuler.J.ent la
ruse et la corruption, nnis aussi il a dû faire appel à l'appui des
sebhe Ko~aabe et Ges far0a qu'il avait vaincus auparavant. La défaite
des Jaawbe qui étaient les naîtres de la partie orientale du pays
sur les deux rives, !:let fin à la pacification du Fuuta-Tooro. Koli
fait alors de la plaine du Fori le centre ùe son pouvoir dont dépen-
dent les chefs qu'il a nonnés à la t~te des différentes provinces.
3.~. La durée des Guerres de con9u~te de Koli
Les données quantitatives sont extr~Denent rares. Quand
elles existent, elles sont très variables d'un auteur à l'autre. La
conqu~te de Kali est loin d'~tre une promenade militaire. C'es~ ain9i

167
,.
qu'il a été obligé ùe revenir sur ses pas nu Naani pour mater une
révolte, Ln conqu~te du Danga et ln guerre contre le faren Mohoudu
a dli lui prendre au 1.lOin8 une année. L<:l. résistonce du.Ngenoar, du
Laaw et des Joawbe n été farouche. Il aurait possé sept ens, de
,.
1512 ~
1519,
~
sounettre le Naani, le Wuli,les Sereer et les
Joola,
~
conbr-:ttre et battre leBœwol, le Kojoor et le Jolof.
En effet, rien que 12 euerre contre Sebitun Muse lui a pris deux ons.
Son séjour à Deeny n duré entre un et trois ans, pendant lesquels
il a été roi des Sereer selon la tradition. Il n séjourné quelque
temps à Warxox, elit-on 9 nais on peut penser qu'il a pu y passer
un en avant de refaire ses forces et marcher sur le Fuutu par la
vallée du Pute. C'est ùonc entre 1519 et 1520 environ qu'il pénètre
dans le Fuuta, dont ln conquête a été plus difficile que prévu, malgré
l'état de division qui rèene dons le pays. Une certaine version veut
que le Ngenaar oit résisté sept ans, et les Jaawbe plusieurs années.
On peut supposer que la conquête Bocseya, àu Laaw, et du Tooro, lui
a pris au ooins trois ons à raison d'une année par province. Au total,
il lui fallut au ~niDuD àix à treize ans pour conquérir le Fuuta,
du Termess à la voIlée du Sénégal. La conqu~te serait terminée/~Yus
tard entre 1529 et 1532. C'est la raison pour laquelle Hamidou liANE
ne fait régner Koli que pendant cinq ans. Cela n'est concevable que
lorsqu 1 il fait partir son règne de la conquête définitive du Fuuta
(Hamidou liANE, 1912, in F. G. (IFAN-Dokar), Cahier nO 1 et in A.
T.eixeirn da Hoto, 1969, p. 803).
Apr~s cela, il a pu jouir d'une"vie
heureuse, plus heureuse que dans le Badiare et le Kejoor" (STEFF,
1913, p. 2~. Pour toutes les conquêtes de Koli, voir ibid. pp. 11 à
21). Evidemment, il a été amené à entreprendre quelques expé~itinn8
pour repousser des tentatives d'invasinn ou de révolte. Co~e le
répètent les mnbu1)e sudu-Paete :
"Avec le 117)oolu ~ Yero Diide, il remporte ln victoire
de Ndiaga
"Avec le Nursu-liow, il refoule I[uobo clans le Gajna.ga"
"Avec Debo Tonger, il chasse Jalwaly de Thiès"
Après la conquête du Termess, Kali redescendit dans le Fori,
à Tumbere-Jiinge qu'il prit pour capitale. Il y réunit les Fuutankoobe
pour les mettre au courant de ses intentions.

168
N u T TI} 5
(1)
:.r~~oo\\.lrbo .in Cultru, 191~•. y. ~D ; Lecaire, 1695, p. 82 ; Labat; 1728,
t. II, pp. 180-18' ; Barbat, 1725, t. l, ch. J, p. 133 et eh. 1 p~ 25.
(1bi~Le foonde oo~e le jeeri n'est oultivé que p~ndont 10 saison des
pluies. cor il n'est subuergé en partie quo par le. orues exception-
nelles souvent o~tostrophiquea pour les riverains du donnde oaoyo.
Il est farDé pcr 10 terrasse nouackchottienno qui longe de façon
discontinue le bord du fleuve~ Sn richesse en orgile et en linons en
fait d'excellentes tQrros à aoobuku, à a~bbe ou à car•• Le foonde
est généralenent colonisé par des fornations d'épineux et de feuillus
dont les plus utiles sont le ganki. le gawdi (Acacia adansonii) et
le namnari (3auohinin refescens), le kooli (nitrogino inermis) en
raison du bois è'oeuvre, du tanin et des fibres qu'elles fournissent~
Le foonde est exploité principoleoent pnr les habitant. du doande
nooyo, COI:lOe le Jeari l'est par ceux (lu .iejeegol.
Le .aolo et le folo (pole) sont cultivés en décrue. Le waolo est nis
en voleur par les po~ulotions du jeeri, du jeiee&ol et o~oe du doande
le
oaoyo tondis que/~ elt exploité presque exclusiveoent par les
gens du doande noayo, Le ~ est constitué par la terrasse récente
édifiée sur leD rives convexes des oénndres du fleuve, tandis que
le woalo est foroé ùe cuvettes de décantation qui reçoivent les eoux
par les défluents ~u fleuve. Le ~ est argilo-sableux, tandis que
le waalo est presque totaleoent argileux. Les deux foroations sont
recouvertes par les orues estivales. C'est après l'exnndetion seule-
ment qu'ellos sont cultivées.
Ce sont d'exoellentes terres à nElfs, à tabac, à patate douce, à
aebbe.
à pastèques et à conoombre ennuellenent enrichis par le dép8t des
limons qui viennent d'oDont. Ce sont des terres cultivées en per~o­
nence, ~lles donnent ù'exoellentes récoltes chaque fois que le teupe
de submersion coi suffisant pour peroettre à la terre dteooagesiner
lteau néoessaire à l'occo~plissebè.t du cycle végétatif des espèces
plantées,
Le Waalo est foro0 cl'une série de koleocle, sortes de bassins de dé-
cantation plus OU noins vastes, constituant de véritables unités
oulturales topoernphiquement individualisées, où les limons sont
d'posés par les oaux des crues pendant deux ou trois oois, Les plus

169
dépri~és de ces kolande sont appelés deede (sing. deedal) ; ils sont
les preoiers inond6D et les derniers exond~s. Les plus hauts de ces
kolaade porteni le noo de dowrowe (sine. dowrowal) et ne sont recou-
verte que par les fortes crues ; ils jouxtent généralement le foonde.
Il y a dons ces kolnade du waalo plusieurs variétés pédologiques
comme le wallere, l'itital ou le hollalde qui diffèrent selon le
pourcentoGe d'areile pure qu'elles contiennent. Le hollalde est CODpO-
sé d'arGile presque pure, conpacte, hooocène, qui freine aussi bien
l'infiltration que l'évaporation. Après le retrait des eaux, lorsque
l'évaporation est au ~axinw3, il se crnquèle en nultiples diaclases
souvent profonQes, in~ividualisont des nottes de terres de forne
polygon~lG ~ui rendent la Dnrche difficile. L'itital est coins riche
en argile et absor~e beaucoup plus d'eau. Le wallere est une terre
où arrivent non Beulel~ent les linons d'aoont apporté~
par les crues,
Dais aussi les sables et les linons charriés par les eaux de ruissel-
lecent locales. Il se forme alors une pellicule très riche, qui se
craquèle superficiellenent avec l'évaporation. Elle se travaille
beaucoup plus iccileoent que l,itital ou le hollalde et donne de
riches récoltes.
Les terres du \\Jnnlo peuvent ~tre parfois très éloignées des villages
qui les exploitent. C'est ce qui explique que pendant la période qui
correspond ù l'exploitation du waalo, les fûnilles se déplacent pour
toute une saison ~our caoper à proxioit6 des champs. Ce campenent est
appelé seende ou ocnpenent de saison s0che (ceedu) par opposition
au ruanano ou cû00enent de culture de snison hUDide (ndungu).
Le jeeri est constitué par les hautes terres insubmersibles. On
l'appelle vuleoircnent la brousse. Il n'est cultivé que pendant l'hi-
vernage qui corres?ond à la saison des pluies estivales. Il s'étend
à perte de vues du jejeegol ou sanre. Il est constitué en majorité
par de vastes atendues sablonneuses, très peu accidentées couvertes
de graminées, de fornûtions de feuillus et de quelques épineux. LA
où ln for~t c reculé, l'érosion éolienne et les eaux de ruissellement
font affleurer les karaaje (sing : karc\\lcl), ou cuirasse latéritique.
Ces formations pédoloGiques aréneuse sont appelées seeno (qui corree-
pond au sol joor en volof). C'est le sol de prédilection du petit
milou oil chandelle appelé ou Fuuta nùiyaoiri (pennisatu~ ganbianse)
parce qu'il exiGe cénérnleoent une quantité relativement importante

170
d'eau pour accon~lir son cycle vép,étatif. On l'appelle aussi suuna
ou saaeo. Les pluies qui tocbent s'infiltrent rapideuent et l'évapo-
ration est erirtinCl:lent iraportante. Le seeno est avec ses grauinées
et ses feuillus le donaine de prédilection de l'élevage nooode et des
Fulbc-jeeri.
A c8té du seeno, on trouve dans le jeeri un autre type de sol,
appelé flaoruunl. C'est une terre noire, sorte d'argile de décalcifica-
tion que l'on rencontre souvent nu voisinage des reliefs calcaires
ou crayeux. De couleur noire, elle est truffée de concrétions calcaires
blanches. Quand il pleut, elle se tronsioroe en boue glissante et
gluante. En se desséchant, elle se fendille en multiples diacla~09 •
Elle contient une bonne quantité de B~Jle. Lorsque le pourcentage de
sable est faible, les concrétions sont plus rares et l'nrgile est plus
,.
compacte et honogène : elle prend alors le non de katawal. Naaruwnl
et katawal Gont le plus souvent colonisés par des formations épineuses
corone le Durtooki (balanites eGyptiaca) et bulbi (Acacia Seyal) prin-
cipalenent. Ils sont propices au sorgho nppelé floobuku et au feela
dont le cycle véGétntif est plus long que celui du ndiyaoiri. Le coton
y vient adnirablenent.
Toujours dans le jeeri, il y a de nonbreuses ~nres où l'eau
séjourne pendant toute la saison hunide et elles durent parfois jusque
pendent les prenières senaines de la saison sèche. Le fond de ces
cores est tapissa ùe sols hydronorphes, vases et boues noires coloni-
sées par d'abondantes plantes fourragères et par les nénupharA. Dans
ces Dores, les feœ:les plantent du riz flotté ou riz rouge, appelé
oaera beeli. Ces t~)es/~gls sont appelés pnrawol ou rizière.
Le jeeri es~ exploité aussi par les habitants du jejeegol. La
légèreté relative des sols, l'épuisecent assez rapide des terres font
que la rot~tion sur les sols est fréquente. On y remédie en pratiquant
la fUDure par les troupeaux. Les terres funées par les troupeaux por-
tent le non de biille (sing : wiinde). Elles donnent alors d'excellente
rendements qui suffisent à assurer l'autonomie alinentaire des ooonu-
noutés du jeeri pour ~lus d'une année. C'est pourquoi, oolgré les dé-
prédations fréquentes des troupeaux sur les chanps, lœ
concunautés
villageoises du jeeri souhaitent toujours 10 présence dans leur terroir
des Fulbe éleveurs. llalgré la fwnure, les terres du .jeeri ne sont pas

171
exploitées en permanence. Les paysans les laissent en jachère après
deuJ: 8ns d' exploi tation. Cette jachère peut durer deux ou trois ans,
ou 1:1~me davantage. Ils pratiquent ainsi la rotation des culture s
en~re les différentes unités culturelec-
(kolaade) du terroir villa-
geois : l'unité en culture peut parfois être éloignée de plusieurs
kilouètres du village.
La terre nouvellement cultivée soit pour la première fois, soit
(1e
eprès plusieurs années/repos, porte le nom de kooddi. Celle qui a
été cultivée et qui a produit une ou plusieurs récoltes s'appelle
gal'Yul. Lorsque la terre est épuisée, on dit qu'elle est usée (È.2.!.i)
ou morie (maayi). Le jeeri est riche en espèces utiles comme le ~
(sclerocarya birrea), le kelli (Grevian bicolor), jAlambaani (dalber
(dalbergia melanoxyla).
(2)
C'est le cas des Soninke de Hadina Njaacbe fondé selon Jibi Us:.::.aan
Ujaac vers 1689. (Jibr Ul:lar NJAAC, chef de village de Madina Njaacbe,
né en 1907. Interview du 2/~/1979. C'est 25 ans après (v. 171~)
qu'arriva le premier Soninke, venant de Caankon appelé Sileymaan-
Jaabi-Gassama, rejoint cinq ans plus tard (v. 1719) par son forgeron
Dua Janka (Sawajara Janka). La fauille Darame arriva douze ans plus
tare (1731), suivie par les Silla et les Fadiga dix ans après (17~1).
Les Goninke et leurs hôtes cohabitent dans la concorde
ils prient
dans la même mosquée, mais les Soninke restent fidèles à leurs tra-
ditions, conservent leurs coutumes matrinoniales, en se mariant ex-
clu ive~ent entre eux, bien qu'ils partagent avec les Toorobbe le
uême cimetière, la même mosquée et obéissent au mêne chef de village.
Tous les différends sont connus par le chef de village qui denande
toujours aux Soninke de s'arranger entre eux, en cas de.conflits in-
ternes à leur comnunauté.
(3) ScIon lIlL'1e des traditions, Daborankoobe et Sagonaakoobe ont eu à
en découdre à propos de la compétitinn entre deux jeunes gens ressor-
tissant des deux clans rivaux qui prétendaient également à la main
do la nane fille. Cette dernière aurait préféré le Daboranke, le
beau Diola Amadi-Kumba au Sagonanke, le disgrAcieux Simbara Daooo.
Le second décida de tirer vengeance, et engagea tout son clan dans
un conflit armée contre le clan Debora.

172
(~)
Teen signifie puits en wolof et en Berbère. Ainsi le Baten berbère
-n'est qu'une métathèse du teen-ba ~olof, le ba étant l'article. Le
voisinage entre Berbères et Wolof étant atabli (Al Idrisi et Al
Bakri), il s'agit de savoir laquelle des deux langues a emprunté le
terme à l'autre~ Il y a d'autres affinités culturelles entre Berbère-
et les langues sénégambiennes (A. M. Lam, inédit). Dans le même ordre
d'idée, BAFOua pourrait ~tre une méiathèse FUR-ba, comme bur-ba ou
farba.
Voir iiamadi Atssa - Traditions historiQues et légendaires du Soudan
Oociùental. Traduit d'un manuscrit arabe inédit par M. Delafosse,
191::-:, p. 30-61.
- Sire Abbas Soh, 1913 ~ Cheikh Moussa Kamara, Zuhur al-Basatin
192~, in Fonds Moussa Kamara, IFAN-Dakar ;
- A. Alvarès d'Almada, 1841, ch 1 et II, p. 3 à 17
Donelha,
1977, p. 130-131.
(6)
Delafosse comme les autres sources traditionnelles sont d'accord dans
l'ensemble sur le cadre chronologique, comme le montre l'étude récente
de G. T~ilmans et d'A. Ravisé (1980, t. II, p. 175-189). Mais ce cadre
chronologique qui fait l'unanimité des traditionnistes ne rend pas
compte de certaines contradictinns ; en particulier la brièveté de la
seule dynastie pullo (le Laam Termess) antérieure' à la conquate de
Koli, est incompatible avec la fullanisatinn profonde du pays. Trente
à cinquante ans de pouvoir ne pouvent gommer ce que plus d'un demi-
millénaire de pouvoir Jao~o, Sereer et Soninke a inscrit sur le sol
du :J'uuta.
(7)
Oes prétentions sont très largement développées dans les sources tra-
ditionnelles du Fuuta-Tooro et du Fuuta-Jallon. La plupart des Fulbe
~ des Toorobbe, par delà Bodewal Makama, qui est le seul ancêtre au-
thentique dont ils se réclament, prétendent être issus de Ugba b.
Nafi ou Ugba b. Yassir. Les KANE prétendent venir du Canaan ou de
Syrie. Certains se disent des Qurayshitts. Arcin (1911), Sire Abbas
Boh (1913), M. Delafosse (1912) se font l'écho de ces origines judéo-
syriennes et arabes. Cheikh Moussa Kamara, dans ses différents écrits,
fait une critique très sévère de ces prétentions. Nous pensons qu'il
a raiDon dans la plupart des cas. Les manipulations des généalogies
ont été opérées à partir du triomphe des Zawaya et de l'idéologie

173
qu'ils véhiculent, c'est-à-dire à portir du début du XVIIIe siècle.
Thierno DIl...LLO (l97~,) note que les Ful1Je veulent faire oublier leurs
origines parennes è partir du nonent où ils ont été acquis à l'Islon
dont ils ont été les :?rincipau'x vecteurs.
(8) Nous pouvonn ajouter que les autres peuples de l'Ouest africain
(Sereer, Holof, L~ossi) l'ont emprunté aux Fulbe. Il est possible que
cette nigro.tion des ternes ait été accoupagnée de celle des toponyues,
con~e Uweinat qu'ou rencontre dans la vallée du Gorgol sous le non
d'Awotnat, de Dao Tiowi qu'on retrouverait près de Banako au Mali et
près de llaghnr:1o. en j:~nuritanie. Le Khaoue.r du Niger serait transporté
à l'Awlu::r en ilo.uritanie. Dakhla devient Dekle ou Degle dans l'Assaba
et dnns le Fuuto.. 3c.jra devient Hayre.
(9) Cheikh Anta DIO?, dens l'Unité Culturelle de l'Afrique Noire, (1959,
p. 114), fnit venir les Fulbe d'Egypte. Selon nous, la parenté linguis-
tique entre Egyptien cncien et les autres lanGues africaines, résulte
de la coexistence
pendant des Dilléneires des différents peuples
africains et des ~roto-Egyptiens dans le Sahara,
Nous pensons donc
avec H. LHOTE (19J8, p. 76) que les Fulbe sont les "descendants des
pasteurs sahariens" ; on net à leur crédit le nérite d'avoir introduit
le boeuf en LfriC1ue occidentale.
On peut supposer ~ue le Nil a profité du desséchenent des lacs
néolithiques s~ho.riens. Les populations qui vivaient autour de ces
lacs participcient de ln D~[le culture, du n~ne patrinoine linguistique.
Les vallées sont devenues de la sorte des zones de cristallisation
d'nnciennes civiliso.tions sahnriennes. 1a diversification des langues
africaines s'est 1aiie 3 partir de ce no~ent, tout en gardant un stock
linguistigue, culturel et religieux COUDun. C'e_t sur ce fond que repo-
se l'unité culturelle chère à Cheikh Luta DIOP.
(10) Patrick J. ]:-IUlJGON- o.) The Tichitt Trgditipn ; 0 lote prebj etari c
~~ation of the l!estern Sahara (Ph. D. 1971, inédit).
t) Archoeology and Prehistoric origins of the Ghana
Empire (Journal of hfricnn History 21 (1980), pp. 457-466.
c) Archoelogical Data of origins of Cultivation in
South-western Gaho.rn (in Origins of African Plnnt Domestication, Jak.
R. Horlan nnd Ï~ou-<';on, the Hogue, 1976).

174
d) Lote Holocene cliDatic Chronology in the South
Western Sahora (in Poleo-Ecology of Africa, vol. 13 in press) ; paper
presented at the }rQ Biennal neeting of Anericnn quaternary Associa-
tion, 1974, Madison, Wisconnin.
(11) ~laviua J~sèDhe - Eistoire ancienne des Juifs, Trad. A. d'Andilly
J. A. Bouchon, 19GO, pp. 18-19 cité pur B. DIOP: in La région sénéga-
laise dans le [;2oaroï)hiEJ
antique: cODnunication présentée au Collo-
que sur l'Histoire du Sénégal, Mai 1982, Dakur, inédit.
(lla) Point n'est besoin conne le fait Ch. 110nteil de chercher une signifi-
cation reli3ieuse (Ch. MONTEIL. - Réflexions sur le problèoe des Peuls.
Journal de le Gociét6 des Africanistes t. XX, 1950, pp. 153-192. Dons
cet orticle Ch. Lonteil suggère que Kuwar ou Kowri serait une déforno-
tion de Kuffcr, ~ui signifie païen) nu terne Kawnr ou Kowri, qui dé-
signe plus sioplenent les habitants de l'Âwker, un des tous preDiers
lieux de leur instcllction dans la Mauritanie centrale et sahélienne.
Il s'agit de l'ir.mense "erg qui occupe toute la partie septentrionale
(le la boutonnière du Hodh", dont les erûs p5turages sont exploités
par les éleveurs GU Tagant et de l'AsBabo (Ch. TOUPET, 1977, p. 15).
(llb) ~nBLFS : Globus, 1893, nO 17, p. 275 art. Touat cité par Gaden, Fonds
Gaden, F.T. nO 1~, p. 20 : docurlents pour servir à l'étude de N.O.
africain réunis et rédigés par ordre de M. J. C~Dbon, Gouverneur Géné-
ral de l'Algérie, ~cr H. M. P. de la Mnrtinière et N. Lacroix, G. G.
Algérie 1017. TIll les oasis nu Sud ~lgérien
(llc) FONDS GLDEN : F. T. Cahier nO 12, p. ~1 citation d'une lettre de L.
ROCHER Consul Générol de France à Tunis nu Général de Montigny cdt
Supérieur des Forces de terre et de Der, 29 Dai 1890. - Notons au
passnge le rccisnc typique oe ln littérature coloniale au service d'une
idéologie de donination.
(12) On trouve un écho èe cette tradition dans l'échange de correspondance
entre H. GnGen at G. VIEILLARD. Signalons qu'au Fuuta-Jallon, le teroe
dallol (pl. ÙGlli) sert à désigner une piste de nontagne régulière~ent
suivie par des cuinaux sauvages oU par ùes contrebandiers qui veulent
échapper aux ecents de la douane.

175
(13) Pour tout celn, voir Ouonr BA ~ Sites historiques du Brakna (Mauri-
tanie). COŒjunic~tion au 2e Congrès des Africonistes, s.d., pp. 1-2,
~ublie dnns notes ~fricnines.
GIMI sernit une clé:'::oroCltion de Guai (Lcncia decidun), arbuste épineux
-
-
à feuilles toujours v8rtes, et à fruits rouees. Ln consonoation de
ses feuilles suivies d'une gorgée d'enu npnise la soif la plus vio-
lente et rofffr~rc~it considérnblenent 'Jendnnt les chaleurs.
(1~) Ardo Yero Diide n été un des adversaires les plus redoutnbles de Kali
qui n'en est venu à ~Jout que par trohison. Sa descendance se divise
en deux brClnches qui nlternent à ln direction des Jaawbe : ln bronche
de ardo Jonnn et celle de ~ Uoar.
(15) LOTOKE est une locnlité du Ferla, où le connnndeoent est assuré par
ln lignée f6uinine nprès l'énigrotion de 10 ligne nasculine. Ce sont
les Bari qui fournissent les chefs. Il existe à Kanel, dnns le DanGa,
un kolanGal nppelo Lotoke, parce que les Fulbe de cette localité Gnt
longteops habité l'cnns les parages et l'ont cultivé ml culture de
décrue. De ln dkle f~çon, les Kolc..ade de Konel appelés Kanarnnji et
~:analanwnl tirent leurs nons des Fulbe Hnnoroobe ; celui de Deeji,
des' Fulbe Deejirilioo"De.
(16) Pour les FuIte du Cnneroun, voir les travnux de MOhaoadu Eldridge
et de Abdoulnye Ea~~djôjn, en particulier :
- Ray Butn ou J:k.y ~ les villages de ln Benue
deux tradi tions histo-
riques des FuIte Ce l'Adnonwn (Ministère de 10 Culture de ln R. U.
du CmJeroun, 197~).
- Histoire des ?culs ~erôbé du Diaare
Moroun ci Pette (ILCAA, 1976,
TOKYO).
(17) Voir Carte ureosSe D~r M. ADANSON en 175~-1755, BN. PARIS. 18~9, Fonds
Bonaparte. Res. C. ~1.959.
(18) Voir OUiler Bk ct note 13 : sites historiques du Brakna (Mauritanie).
Conmunicotiou nu ~e Congrès des Africnnistes, s.d., pp. 1-2, publié
dans Notes Afric~ines.

176
(19
Nç:ubu, pl. ~, (iGsicne l'hippopotame. N;:;,nabu (plu. Gaabi) eert aussi
à désigner des puits où l'on trouve de l'eau à très faible
p rofon-
deur (à quelques centimètres et à quelques nètres au ~axinuQ) en
raison de la proxiDit6 de la nappe phréatique. Cette zone d'épandage
s'y prête particulièrcuent bien. La récion, extrênement riche en pB-
turages, pGsse :;our être le berceau des Fulbe Jaawbe dont la capitale
Rooro Weenùu (ln tate de la Mare) sernit autre que l'actuelle Ksar
al-Barka.
(20) Selon Ceerno Lliyu ~UDa Ndiyan, Ruhrub~ est l'ancêtre des Ururbe.
cf : Cheih:h l10ussn l~nnarn, Hnnuscri t nO 7, F. M. K. IFAN ~"':"ûd. H. H.
DIA et O. 3J~NE, p. 117.
(21) il.. DONELRJ.. ,- Description de la Serra Leon et des Rios de Guine du
Cebo Verde (1G~5). Lisbo~, 1977, pp. 157-159. Il existe bien un Bokol
dans le bnssin du GorGol et un autre sur le fleuve Sinégal, à ln
frontière du Fuute ei du Wnnlo. C'est une vieille cité peul qui fai-
sait partie du Fuutn.
(22) F. G. IFLN Daller Fj. Cahier nO 82. Extrait de : l'Islan en Guinée
de P. ~arty (Revue èu Monde Musulman, vol XXXIV, p. 70).
(23) A. Donelha, 1977, D. 158-159 ; A. Alvarès d'Alnadn, 18~1
Joao de
Borros, 1770-1700, 1ère Décade; Sa'di 196~.
(2q) F. V. IF1~-Dnkar Fj., Cahier nO 55. Docunent historique, Origines des
Peuls. Tarikh c1e j:~n[lac1ou et de Thierno Lliyu Buba Ndiyno p. 5.- Des-
cription des tribus peul Ourourbe.
(~5) Une dernière hy?ot~3se mérite d'être nGntionnée. Certains trndition-
nistes prétendent que le terne deenytu'T~e est récent ; il serait appa-
ru à l'époque ~e Zonho Buousû. Celn est d'autant plus vrnisenblablp
que nous savons par D. Agostinho Manuel e Vûsconcelos que la famille
royale dans laquelle étaient choisis les rois s'appelait Tenhalas et
non Deenyanke. IJous avons 6gnlenent Heution cles Sai"bobos (Sayboobe)
et non de Deenynnkoobe. Le noo de deenyanke est appliqué à la fauille
de Bunusa, pour ln différencier des outres branches de ln fanille
royale, parce qu'elle passait l'hlTernace à Deeny, situé non dans le

177
Jonder, DGis tien Q~ns le ~ud du Tagani. En effet, Abdul Bokar KJ~E
fi
été tué par les Chr~ttit à Deeny, précisément. Il se peut que Koli
nit fondé Deeny dann le TaGnnt en souvenir de Deeny du Fuutn-Jnllon.
Deeny Birm:: NdG1'l et ceux de 10 vallée de 3ijjen ont proboblenent ln
n~ne origine.
(26) D'après Sally Ge!r, la nère de Koli cl' oriGine Ivlnlinke s'appelle Nann
Keyta. Il se peut (lU' elle des cende de SWljntn Keyta, le preoier Dnnsn
du Mali. C'e~t pour cette raison que les Deenyankoobe prétendent que
Kali est fils de Gunjatn, ce qui e»t inpossible puisque trois Riècles
séparent les deux hODlJ.es.
(27) Tauxier, Delnfosse et Arcin sont d'accord dans une certnine Eesure sur
les nigrations cles J?ul"be antérieures à ln période de Kali Tenella •
Selon Arcin, les preoiers Fulbe établis dans le Fuuta-Jallon, ont été
renforcés pnr l'arrivée des outres vagues venant du Fuuta-Tooro sous
la pression des "h~ures arabisés" qui les nvnient repoussés au-delà
àu Ferla. Ils arrivèrent nu Fuutn Jallon par la Vallée de la Foléoé,
l'Ainde Balla ~u Hord de Koin. "Ils nvnient accueillis onicaleDent"
par les SOSO et les 3aga qui peuplaient ces territoires. Delufasse
estine que les Fulbe avaient dODiné le Puuta-Toora, jusqu'à l'arrivée
des Alnoravides ct à la conversion des Toucouleurs à l'Isloo. Ils sont
contrnints nu dopnrt par les Almoravides et les Toucouleurs vers le
Bundu, le Ferlo et le Bnobuk, avant de retraverser le fleuve vers le
Jouboxo. Leur croisenent avec les Monde, a donné les Xaasonke. Après
quoi, il y eut un nouveau dépnrt vers l'Est à travers le Jomboxo et
la Koarta. Leur nétissage avec les Mnnding donne les Fulanke.
- Début du Àrve s, les luttes inte~tines entre les enfants de Yogo,
poussèrent nu àépart le Bnxunu.
- Du Ferlo, s'orcnnisent des nigrations vers le Mansinn et le Torodi,
et UDe secon~e vers le SE, laissant plusieurs colonies au Bundu, pour
se fixer au Rutn-Jnllon (XI-XIVe s).
(28) A. Teixeirn Da I~otn, 1952, pp. 55-59.- L'épisode du "passo dos Fulos"
est rnpporté par trois auteurs : A. Llv~rès d'Alnndo (159~) A. Donel~a
(1625) et Francisco ùo Lenos de Coelho (168~). A notre avis, cet épi-
sode se rapporte 2. ln oigration de Dulo Den1)a vers 1~60, et non aux

178
guerres de Tenella contre les provinces occidentales de l'Enpire du
Mali, conne scoblent le faire croire J. Boulègue (1972) et A. Teixeira
da Moto. Il ya ùonc trois foits qu'il iaut àistinguer
1) Lo nicrotion de uulo Denba, conteoporoine de celle de Tenello,
Niion, etc entre 1~55 et 1q64.
2) Les guerres de Tenelln dirigées à partir du Kingi contre les pro-
vinces occidentales de l'Enpire du Mali, situ' __ au Sud du royaune
du Fuutn-KinGi, à ln suite desquelles Q été fondé le royaune du Bajar
centré sur le Puntn Jullon entre 1481 et 1495. Koli n pu en être
le gouverneur, nu non de son père.
3) Les invasions cOle Koli, à pnrtir du Eejnr et
,la conquête du Fuutn-
Tooro, consécutivos de le défaite de Tenella en 1512. Koli, nyont eu
à traverser
A
ces ne::1eS provinces occidentales de l'Enpire du Moli
A
(Naani, Wuli, IJCGDu), le Jolof, le Nannandiru, le Bundu avant de
parvenir nu Fuuta Tooro et reprendre l'offensive en direction du
Sohel. Les nn'bnssoùes envoyées par Jona de Barras ou Mondir.lOnsa en
1543 sont probnbleoent en rapport avec 10 situntion créée par les
conqu~tes de Roli dens le Soudan Occidental.
(29) Ali BA, bnuboodo Ges Fuloe ~funol. Interview recueilli le 6 avril 1982
à Tanbocouncb.
(30) Pour cette dote, nous avons tablé sur les données de l'nnonyne de
1600 publié pnr L. Teixeira da Moto, 1969.
(31) Sire Abbos SOd, pp. 22-26. Cette nffirnation est contredite pnr
Donelhn (1977) qui dit que Dulo De~ba 0 introduit en pays Beafades
des chevaux ùe petite t~lle appelés Duoben. Il dit aussi que les
Fulos sont "très a,c1roi ts dans l'art de nonter à che-.nl et bons
archers, ce en quoi il est d'accord avec Manuel e Vosconcelos (1639).
En 1581, à Bruco, on lui nontra "les chevaux de la race de ceux que
les Fulos avaient ooenés, les chevaux petits et naigres, que l'on
y appelle Dunbea, et il y en a encore aujourd'hui (i.e en 1625) nu
Rio Gronde". Pour la guerre, l'usage des chevaux a da être plus fré-
quent à l'é~oque ùe Kali. Mais déjà, au XIIIe siècle, Sunjata n'a-
t-il pas envoyé un ùe ses généraux Tiraoaxo Traoré acheter des che-
vaux ou pays de Jolofin Manso. Le grand Pullo, roi des Fulos, possède
une inportante cavalerie et sur sa terre, il y a beaucoup de chevaux.

179
(32) Le P. Baltasar 2hERElRA. Description ùes Iles de Cabo Verde et de
Guine (1er/n/1606). Publié par G. Thilnans et N. l. Moraes,
B. IFAN,
t
3~, B1 - 197?, pp. 1 à 50.
(33) Fonds GkDEN (IFLIJ-Dakar)
Y.T. Cahier nO 3, 153 feuillets Nons des
fauilles et des villaees du Fuuta Tooro
le Ngenaar fiches de Jowol,
Lobaali et l~cijilon. Le farbn Jowol qui n conbattu Koli pendant sept
ans est Salli Eireen et celui qui a participé à la liquidation de
Laamterness s'appelle Ahnet MOYE (cf. Steff).

DEUXIEHE PARTIE
L'EMPIRE DE~iA~liE
(DE LA CONQUETE DE KOLI A 1702)

180
A- LA DYNASTIE DEENYANKE (1512-1776)
Commencée avec la cnnqu~te du Kingi, la dynastie deenyanke
s'est consolidée dans la lignée de Koli
après la mort de ses frères
Laba et Samba Tenella. La famille royale
et les autres Lawakoobe
sont étroitement associés au pquvoir.
1. LES PROBLEUES CHRONOLOGIQUES ET GFBEALOGIQUES
Comme nous l'avons montré plus haut, le groupe deenyanke
correspond à la fractinn des Yaalalbe qui s'est installée avec Koli
à DeeDa dans le Fuuta-Jallon. Après l'effondrement du royaume Jaalaalo
de Kingi à la suite de la défaite et la mort de Tenella, Koli accom-
pagné de
ses frères Labba et Samba a pris la direction du mouvement
du retour du Fuuta-Jallon au Fuuta-Tooro. C'est donc Koli qui est le
fondateur de la dynastie deenyanke. C'est sa descendance qui porte
le nom de deenyanke. tandis que la progéniture de ses frères et ses
cousins continuent à s'appeler Yaalalbe ou Sayboobe. Il n'en demeure
pas moins que les trois familles restent solidaires et qu'elles ont
coopéré 6troitement pour la conqu~te du Fuuta-Tooro grâce à l'appui
déterminant des KOLIYAABE, (habitants de Koolia) et des LABOYAABE
(habitants de Labe).
La dynastie deenyanke a régné sur le Fuuta-Tooro de 1512
environ à 1776, soit pendant 264 ans. si nous admettons que le Fuuta-
Tooro a été conquis par Koli dès 1512. c'est-à-dire juste après la
mort de son pèr~ Tenella. dnnt le royaume a été détruit par le
Kurumina-Fare. Omar Komdiago, agissant pour le compte de son frère
askia El nadji Mohammed. La défaite et la mort de Tenella en 1512 à
Jaara, n'est que l~pilogue de la longue lutte qui a opposé les
Songhoy et les Fulbe. Le règne de Sonni Ali avait été marqué par de
violentes persécutions contre les Fulbe du Sahel (région de Biru-
Walata). ceux du Gurma et du Maasina. Au moment de sa mort en 1492.
il revenait d'une expédition cnntre les "Zaghrani et les Fulani"
(SA'DI. 1964, p. 116).

181
1.1. Difficultés de l'établisseoent d'une chronologie
L'établissement de la chronologie de la dynastie deenyanke
est rendue difficile par les nultiples conbradictions des sources
orales. lJous ne possédons souvent que des listes de princes, trans-
mises orale~ent. Ces listes sont plus ou moins longues, Le nombre
de princes qui y figurent varie au gré des auteurs. Certains tradi-
tionnistes insèrent parfois volontaire~ent dans la liste des person-
nages dont ils prétendent descendre. C'e.t par ce biais une façon de
prendre pied dans la famille royale. D'autres introduisent dans la
liste des seiigi des gens qui n'ont janais régné m~me s'ils sont
apparentés à certains princes régnants. Certains griots faussent
volontairenent la liste~ .satigi
pour contenter tel ou tel bien-
faiteur ou pour dénigrer tel ou tel ~rince. C'est ainsi que les des-
cendants de B~~
ont fait accréditer la version selon laquelle
Samba Gelaajo Jeegi n'a pas le droit à la couronne et ne le mentionne
pas sur la liste dynastique d'où son surnom de "Sambayel Molaamotaako"
(O. KA}ill, 1970, B. IFAN, t. 32, b 4 pp. 911-916).
1.2. La chronologie de Ph. Curtin et ses insuffisances
Dens leur tentative de chronologie du Fuuta-Tooro du XVIe
au XIXe siècle, D. Robinson, Philip. Curtin et James Johnson ont
recensé douze listes de satigi de la dynastie deenyanke comportant
les noms des satigi, la durée de la dynastie et le temps moyen de
réene pour chaque satigi. Seules deux listes font exception: celle
du Capitaine STEFF est incomplète, et celle de samba Alassane, beau-
coup plus récente, ne comporte pas la longueur des régnes (1). Le
nombre de princes deenyanke ayant régné sur le Fuuta varie de 18 à
29, avec une moyenne globale de 16. La durée de la dynastie varie de
2C5 à 357 ans, avec une moyenne globale de 181 ans. La moyenne d'an-
nées de régne par prince varie de 8 à 15 ans, avec une moyenne géné-
rale de 10 ans et demi. Si beaucoup de listes sont d'accord sur le
nom des princes qui ont régné sur le Fuuta, elles ne le sont pas pour
la place qu'ils occupent dans l'ordre de succession.
1.3. Criti0ue des diverses listes des satigi
Il serait intéressant de reprendre les différentes listes
pour en faire un examen critique. A partir d'autres données fournies

182
par d'autres sources, nous pouvons entreprendre une chronologie qui
colle mieux eux faits. Parmi les plus inportants nous pouvons men-
tionner les données des Tarikh-es-Sudan et AI-F~ttach, l'anonyme de
160c analysé et critiqué par Teixeira da Mota, les téooignages de
Barros et d'Alvares d'Almada. Toutes ces données qui ne sont pas
contemporaines des faits racontés, sont en quelque sorte des tradi-
tions stabilisées par l'écriture. Le fait qu'elles soient plus proches
des fuits transois leur donne davantage de poids que les traditions
récentes souvent très fortement altérées. Les données des archives
et des t5coignaees directs existent, m~me si elles sont peu nombreu-
ses: c'est ainsi que dans les Archives Nationales de France (2),
les mentions faites par Chambonneau (3), La Courbe (~) et Labat
sont précieuses pour fixer des repères chro-
nologiques précis. La liste que l'on trouve dans le cahier 5 du Fonds
Gaden de l'IFf~ a été transmise à elinaan Abdul de ~llioya par Alfa
Bokar Ndang. Elle appelle un certain nombre de remarques : elle men-
tionne des nons satigi qui ont régné au XVIIIe siècle, (Bubakar Sire
et Bubu G~ssiri) mais qui ont été onis dans les listes de satigi
Sire Abbas Boh et de Abdoulaye liane, En revanche, elle passe soœs
silence le nom de Samba Gelaajo Jeegi qui a régné au moins à deux
reprises. Le règne de Samba Sire est également omis. Njaay Garmi nis
sans doute Jaaye Garme ne peut dans l'état de nos connaissances être
rattaché à aucune branche généalog~%ue deenyanke, à moins qu'il ne
s'agisse de la mère Konko Bumus3 Ide SuIe Bu~s&
,Njaay Munu Gaku
Sawa Laaou. SuIe B~mus&
est plus connu sous le nom de SuIe Njaay.
Il pourrait s'agir de Jaaye Garme qui serait le père de TABAKALI,
donc granG père maternel de Bokar et Sire Tabakali. La tradition re-
flète l'erreur de certains généalogistes (5). Par ailleurs, Gelaajo
Banbi à qui on donne 23 ans de règne, n'a régné selon f'anonyme de
1600 que quelqu~s années.
Le seconde liste est très peu digne de foi compte tenu du
désordre qui la caractérise ; les princes eont placés dans n'importe
quel ordre
c'est ainsi que Bubakar Tabakali et Sire Tabakali/pïR~és
avant leur père Samba Laamu. L'auteur ne sait pas que Bubakar Sawa
Leamu et Bubakar Tabakali ne sont qu'une seule et m~me personne ; de
m@me que Sire Tabakali et Sire Garmi. Siré Garmi est cité deux fois
avec respectivement 12 et 3 ans de régne. Son Yoro Jam et son Yoro
Ceddo peuvent valablement @tre confondus en un seul personnage, il

183
s'agirait sans doute de Yero ~oli, appelé Yéro Jam du nom de sn
mère ? il est le père de Samba Laanu, un des plus prestigieux satigi
de la dynastie deenyanke. Sire Donde qui n'a jamais régné m~me s'il
a existé, est eratifié de trente ans de régne. Il en est de n~ne
de Gelaajo Donde. Samba Donde, fils Bubakar Tabakali, assassiné après
moins de deux mois de régne se voit attribuer 25 ans de régne. Le
traditeur de cette liste n~ connnft ni la généalogie ni la chronolo-
gie.
La liste du Capitaine STEFF (STEFF, 1913, in PB !FAN-Dakar)
est intéressante par ce qu'elle apporte comme renseignements sur les
princes qu'elle mentionne. L'auteur a recueilli d'abondants renseigne-
ments dans le Cercle de Gorgol et dans ses environs. Nous y trouvons
une foule de renseignements sur Koli et nous nous faisons une idée
plus claire de l'itinéraire de ce dernier du Bajar au Fuuta, de ses
guerreB, de ses mariages. L'auteur traite avec profusion des détails
la ~erre civile qui a opposé les clans rivaux de la famille deenyan-
ke de ln mort de Samba Booy jusqu'au triomphe de la révolution mara-
boutique.
La liste de STEFF a omis le nom de Gelaajo Bambi, qui
serait l'afné de Koli si l'on ajoute foi à l'anonyme de 1600 ; il
n'aurait régné que quelques années. Co~e nous le verrons plus loin
en analysant la liste du Tarikh-es-Sudan, il faut adnettre que
Gelaajo Bambi et Gelaajo Tabaara ont régné avant Yero Koli, car chez
lœ Fulbe du Bajar d'où Koli est venu au Fuuta-Tooro, Gelaajo désigne
toujours l'afné de la famille, tandis que Yero désigne le quatrième
garçon par ordre de naissance.
G~EFF met également dans sa liste Yéro Koli appelé encore
Yero Jan, frère des deux Gelaajo à la suite desquels il a régné.
Il est le frère de Samba Laaou, auquel on attribue deux ans de régne
en le confondant sans doute avec Samba Tenella que nous appellerons
par co~~odité Samba Laamu l, qui est mort sans enfants. Yéro Jarn
n'est pas corone le prétend l'anonyme de 1600, le fils de Labba
Tenella, en dépit de sa plus grande proximité des sources. Samba
Laaou, fils Yero Koli, est contestablement le plus célèbre de tous les
satiei
du Fuuta-Tooro, Koli mis à part. Il est évident qu'il n'aurait

18~
pa9 eu une si grande renonmée s'il n'avait régné que deux ans et
s'il n'avait pas eu beaucoup d'enfants célèbres; car tous les
satigi jusqu'à la fin du régime deenyanke sont issus de lui.
La liste de STEFF pêche aussi parce qu'elle place SIRE
Samba-Leaau (ou Sire Tabakali) avant son frère aîné Bubakar
ou
Boker
SaQba-Laamu/Yjtakar Tabakali. Il précise que SIRE qui aurait
régné 30 ans, a pris la place de son frère. Si cette indication est
contredite par toutes les autres traditions (F. G. IFAN-Dak~r, cahier
nO 10), par les témoignages de certains voyageurs (Labat 1e p. 1728,
p.
) et nême par les sources archivistiques (6) il n'en reste pas
noins vrai que STEFF confirme la tradition qui
place la guerre des
marabouts ou Shur-Babba sous le rè~ne de satigi Sire. S'il s'avère
exact que la mort de Sire Sawu Laamu se place en 1702, et qu'il a
régné 33 ans selon CHAMBONNEAU, le début du régne se placerait donc
en 1669. Le mérite de la version de STEFF est de nous signaler que
Si~e Tabakali a eu à livrer huit batailles dont celle qui l'opposa
à "Anel Ali d'origine peul, élevé par les Torobbe et qui aurait
tenté de faire la guerre sainte contre les Deenyankoobe". Ce Amel
AJi
serait sans doute un des disciples de Nasr-al-Din qui parvint
à se rendre naître, pour
quelques temps, du Fuuta-Tooro, du Jolof,
du Waalo et du Kajoor, avant de succomber sous la pression conjuguée
des rois locaux, des émirs hassan et des Français de Saint-Louis.
Il faudrait par conséquent dater de cette période le départ de
Malik Sih et de tous ceux qui ont été conprornis dans le nouvement
Nasr-al-Din, vers le Bundu, le Kaynura et le Fuuta Jallon.
La liste de STEFF fait une grossière erreur en omettant
le règne de SAMBA Booy, l'aîné des quatre fils de Bubakar Samba
Leamu qui se prénomment Samba : les autres étant Samba Dondé, Samba
Jeegi et Ganpaftel. Ces deux derniers n'ont pas régné, contrairement
à Gelaajo-Jeeei qui a pris le pouvoir à la suite d'un coup d'Etat.
Snmba Booy nra pas pu s'entendre avec son oncle Sire Tabakali qui a
succédé à son père Bokar Tabakali. Il a d~ prendre le chemin de
l'exil et ne rentrera au Fuuta qu'après la mort de Sire Tabakali
auquel il succéde de 1702 à 1707.
Autre om~s8ion de la liste de STEFF, c'est le règne de

18;
Saoba Donde qui fut assassiné par Bubakar Sire Saw~ Laanu après
avoir régné noina de deux ans (1707-1709).
Bubakar Sire Sawa Laamu a été également omis dans la liste.
Il a régné à trois reprises, et il a été renversé par lAS descen-
dants de Baker Tabakali : une prenière fois par Gelaajo-Jeegi, une
deuxième fois par Bumusa, fils de SaQba Booy et la troisième par
Bunusa. Il est le premier à avoir fait appel au Roi du Maroc pour
reconquérir son royaune.
Si Gelaajo-Jeegi a chassé Bubakar Sire pour vengar la Dort
de son frère, il n'a régné que huit ans au lieu des vingt que lui
attribue STEFF. Il a lui m~me été chassé du pouvoir par Bubakar Sire.
Il est (Jort en exil, alors qu'il se pré'parait à prend:te sa revanche
sur son cousin.
STEFF, dans sa list~nentionne Birana Bunusa, qu'on ne
rencontre dans aucune autre liste. Birana Bunusa aurait »égné avant
son père, en violation de toutes les rè~les en la matière. Selon
STEFF, il aurait mêQe reçu le soutien de son père. C'est la coalition
de touD lAS notables derrière les enfants de Samba Booy qui aurait
été à l'origine de la chute de Gelaajo-Jeegi. Signalons seulement
que le prétendu régne de Birana Bumusa est éphémère. Il serait Bort
la même nuit que Gelaajo-Jeegi, c'e~t-à-dire le 4 octobre 1718 (7).
Bunusa a ré3né environ vingt cinq mois au lieu de huit ans
que lui attribue STEFF.
STEFF a raisnn, en revanche, quand il avance que le régne
de BurJusa inaugure une guerre civil~
qui sera à l'origine de l'effon-
drenent de la monarchie deenyanke. La guerre civile est liée au non
respect des traditions successorales ~
les jeunes générations, et
à la volonté des descendants de Samba Booy, en particulier Bumusa
et ses enfants d'écarter du trône tous les autres IJ eenyankoobe. Ces
guerres sont si épiques qu'elles ont engendré la naissance de la
légende de 'Samba Gelaajo-Jeegi.
La liste de l'anonyme de 1600 nous donne le nom des princes

186
qui se sont succédé , en précisant leurs liens de parenté à partir
de Tenella. Il fait partir la dynastie donc de Tenella, en lui attri-
buant q8 ans de règne. Si l'on soustrait cela de la ~ate présumée
de la mort de Tenella, son règne dans le Kingi aurait débuté vers
1q6q (151~-48). Donc la fondation du royaume jaalaalo par Tenella
dans le Ringi sarait contemporaine du règne de Sonni Ali Ber (1q6q-
1q93). ~ ~~~è~tion du royauQe du Jaalaalo
par Tenella a dd susci-
ter beaucoup d'inquiétude dans le Songhoy : le Baxunu, le Fadugu,
le Bendugu, le Se~el, fortement peuplés de Fulbe sans compter le
Maasinn ont dd connaître une forte agitation d'autant que partout
les Fulbe étaient des sujets, souvent pressurés par les dynastes
locaux. C'est en tenant coopte de cette réalité qu'on peut apprécier
le jugement de l'auteur du Tarikh-es-Fettach sur les Fulbe : "Pour
les gens du Kaniâga, les plus vils et les plus méprisables des hommes
sont les Peuls: un seul honne de ce pays l'emporterait sur dix
Peuls" (~ati, 1981, ch VI, p. 145). Il ne faut donc pas porter beau-
coup de crédit à ces jugements péremptoires qui traduisent la per-
ception souvent défavorable que les groupes voisins ont les uns des
autres. A preuve, le portrait que Mahmoud Kati dresse de Tenella est
plutôt flatteur: "ce Teniedda était chef du Fouta appelé Fouta-
Kingui ; c'était un prince puissant, valeureux, brave, doué d'énergie
et enclin à la révolte. Ayant quitté le royaume du Fouta, il était
venu au Kingui, s'y était installé et
s'y était fait proclamer
roi" (i'~. KATI, 1981, ch. III, p. 71). Il aurait régné q8 ans.
L'anonyme de 1600 parle de Koli comme fils aîné et succes-
seur de Tenella. Il lui attribue 25 ans de régne. En réalité, Koli
absent au noment du désastre de Jaara, a poursuivi son chemin vers
le Norà-Ouest. Il a été le conquérant du Fuuta. Il a fondé un empire
avec pour centre le Fuuta-Tooro. Il est donc le fondateur de la
~astie deenyanke. Si l'on en croit la tradition recueillie par
STEFF, il meurt de fièvre au cours d'une expédition contre le roi
de Boussa (0), juste après une victoire éclatante sur son adversaire.
Il avait déjà procédé au partece du Fuuta.
Toujours selon llanonyne de 1600, c'est Labba son frère,
qui lui aurait succédé en raison de son âge. Il a été élu à l'unani-
mité des chefs du Fuuta, après le retour de l'expédition de Lamboussa.

187
Il aurait réGné 28 ans, ce qui me paraft exagéré alors que la tra-
dition de STEFF lui at~ribue quatre (STEFF, 1913, p. 25) ans de
règne.
Samba Laamu (Tamba Lomo), frère de Labba, aurait régné
pendant deux ans. Il s'agirait probablement de Samba Tenella, qui
est mort sans enfants. Steff et l'anonyne de 1600 sont d'accord sur
la durée de son règne (9).
L'anonyme de 1600 ne précise pas le nombre d'années de
réene de Gelaajo-Bambi (Guelay Bambi), fils afné de Koli auquel on
attribue quelques années de règne tandis qu'il dit que Gelaajo-
Tabaara a régné 10 ans. La durée du règne de Gelaajo Bambi est selon
toute vraisemblance inférieure à dix ans.
Yero Koli, (Perocala), appelé encore Yero Jan, a succédé
à Gelaajo Tabaara. Mais il est fils de Koli et non celui de Labba
comme le prétend l'anonyme de 1600. Il aurait régné 9 ans.
11~me si les diverses investigations menées par le roi
d'Espagne entre 1597 et 1600 ont prouvé que le Dom Thonas Lanba est
un imposteur certaines des indications fournies peuvent atre prises
en considération.
Si le Tarikh el-Fettach ne parle que de Tenella (Tenieddn)
qu'il traite d'imposteur, le Tarikh-es-Sudan nous fournit une liste
dans laquelle ne figurent ni Labba Tenella, ni Gelaajo-Bambi. Le
pouvoir aurait passé de Koli à ses fils Yero Jan (Yoroyin), et
Gelaajo Tabaara. Après quoi, le pouvoir est dévolu aux deux enfants
de Yero Jam : Gatta et Samba Lenau. Ce dernier aurait régné 37 ans
avant de passer le pouvoir à son fils Abou-Bakr, qui était encore
vivant en 1655. Dans cette liste, seule la durée du règne de Samba
Laamu est précisée.
Dans le Fonds Brevié de l'IFAN, on trouve un Tarikh du
Fuuta-Tooro en dQUX feuillets. Indépendamment de la succession des
dynasties, nous trouvons une liste des satigi de Koli Tenella à
Bubakar Fntioata. Les satini sont cités dans n'importe quel ordre

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188
Bubakar Tabaknli cité avant Sanba Lanu et Yero Jan, Gelaajo-Jeegi
est ploce avant Gelaajo-Tabaarn, etc, Le nombre d'années de régne
est tout aussi fantaisiste : Labbe Tenella aurait régné 40 ans et
Bubakar Saoba-Loanu 1 ar , On rencontre des nons de satigi qui sont
pour le noins douteux: Sire Yero Jam (Sire Youro Dian : 2 ans),
Nuhun Tenella et Gata Tenella, Lani Houley et Jay Houley, Atkaba,
Gelaajo-Donde ; et Gelaajo Gnyssiri, Sivan Donde serait une corrup-
tion de Sawa Donde, elle-n~me forne contractée de Saoba Oonde, Les
onissions nOübreuses font que cette liste est peu crédible, Je;
Houley, qui serait mis pour Njaay Houl~y,Gata Tenella serait-il
identifiable à Gata Kuoba ?
L ces listes antérieures à 1917, D, Robinson Jr"
J,
Johnson et Ph, Curtin ont ajouté sept autres qu'ils tiennent de
Alassane Manadu Baal, Abdul Malik Busso, Ceerno Yaya Melil Diya SY,
Baba Ana Ne~do, Samba Alassane BA, Ces listes reprennent le plus
souvent celles de Sire Abbas avec des modifications plus ou noine
importantes. Elles n'apportent finalenent rien de nouveau à la
connaissance de la famille deenyanke, Elles aggravent la
confusion
déjà grande dans les traditions, Chacune des traditions reflétant
les préoccupations de l'époque qui l'a vue naînre ou des individus
qui la véhiculent,
Toutes ces traditions recoupées avec les so~ces écrites
nous pernettent de noœ faire une idée sur la dévolution du pouvoir
politique et sur la chronologie des satigi de l'avénenent de Koli
à la chute du ré cine en 1776,
1.4, Lu chronologie des satiei du Fuuta-Tooro de Tenella à Sire Sawa
Laamu
1,~,i. Tenella
La dynastie deenyanke s'inscrit dans une séquence chrono-
logique qui va de 1512 à 1776, En effet, cette séquence peut être
reculée à 1464, date probable de la consolidation du royaume jaalaalo
de Kinei ~ar Tenella, si l'on se réfère au nombre d'années de régne
de Tenella fourni par l'anonyne de 1600 et à la data de la mort de
Tenella fournie par Sa'di et Kati,

189
Du vivant de Tenella, Kali chef des aroées qui opèrent
dens le Sud ne peut être consi~éré comoe roi, malgré la conqu8te
du l'hssulu, du Fuladu, du Fuuta-Jallon occidental, du Bajar et du
Ngaabu. C'est Koli qui orGanise ce royaume dépendant du Kingi. La
date de l'arrivée de Kali fournie pnr Cheikh Manadu Mahamudu liANE
al. iiachnni, c'est-à-dire 90iJ: de l' hégire , correspondrait selon
nous à l'orGanisation définitive du royuUiJe de Bajar, qui deviendra
le point de dé~art de la conquête du Fuuta à partir de la mort de
Tenella. En gros, Tenella a régné pendant longtemps, iJ:8 ans selon
llanonyne de 160c. Son règne se place donc entre 1q6iJ: et 1512, ce
qui correspond au règne de Sonni Ali Ber (1q6q-1q92) et à/b~eElière
moi tié du règne de Askia El Hadj filohaDr.led (1iJ:93-15 37).
1.q.~.
Koli Tenella
Koli aurait donc succédé officiellement à son père en
1512. Par cette succession, la dynastie est née. Cette légitinité
est renforcée parce que le royaume que dirigeait Koli au non de son
père était la seule force organisée capable d'assumer l'héritage
de Touella. Une fois le Fuuta-Tooro conquis et organisé, Koli, après
quelque teups de repos ~ Tuubere-Jiinge, reprend l'offensive direction
de llEst. Il s'agit non seulement de reconquérir le Kingi à la suite
de la défaite du far en Mahmudu Dama Neille à Wawnde, et de venger
la 1:lOrt de son père, Dai s il s' aei t aussi de prouver au Songh·oy
qu~il est capable de réussir là o~ l'askia a échoué, c'eBt-à-dire
de vaincre le roi de Bussa. C'est après avoir vaincu le roi de Bussa
("Laoboussa") que Kali trouva la Dort, à la suite d'une fièvre.
Cette oort est intervenue l'année IJêce de la. déposition d' askia
Mohanoed en 1537, si toutefois on prend l'année 1512 coume point de
départ du régne de Koli. L'expédition de Bussa était périlleuse
coopte tenu des longues distances qui séparent Bussa et le Fuuta-
Tooro. (10) •
Les frères de Koli Tenella
LabboTenella, le prel:1ier successeur de Koli sst nal connu.
Après la mort de Koli en pleine Victoire contre "Lamboussa" (roi de
Bussa.) c'est Labba Tenella son frère qui prit le commandement des
troupes et les ranena de Busse à Tumbere Jiinge. Labbe a été choisi
parce "qu'il était le plus âeé de la famille et que suivant la coutume

190
le pouvoir lui revenait" (STEFF, 1913, p. 25). ~ plupart des tradi-
tions lui attribuent quatre ans de règne, tandis que l'anonyue de
1600, dans sa relation lui en donne vingt huit. Sa'di et Kati ne
disent rien du personnage. Sire Abbas Soh prétend qu'il était plus
jeune ~ue Yéro Koli, ce qui nous paraît douteux. Steff en revanche
dit qu'il ~tait le "plus flg~ de la faaille royale". Hamidou Kane,
Abdoulaye ~ane se contentent de Bentionner son nom. Labba proclaQé
p~r l'asse~blée des Sayboobe et des Yaalalbe avait eu le mérite
d'avoir rauené l'ar~ée de Koli de Lanbusa au Fuuta, d'avoir repoussé
les assauts du Jolof et du Kaarta qui avaient relevé la t~te à la
,
suite de la nort de Koli ( STEFF, L91}, ). 28 ct 9uivantes).
i •
Malgré le confusion qui caractérise la Relation de l'anonyne 1600,
inspirée par l'iuposteur Don Thonas L~nba, il ressort que Labba a
épousé la fille de Bumy GiJen, ~ Njaay
l'atnée des quatre filles de Bunny Gilen avec Vernes.
Ces relations natrimoniales entre les familles royales du Fuuta et
du Jolof sont devenues chos~s courantes depuis Koli qui a épousé
lui-m~uq(tr~~1%~b Muse (11).
A l'occasion des conflits qui les ont opposés à leurs
rivaux, les enfants de Bunny Gilen ont pu avoir recours à l'aide
des frères du grand Pullo. A cette occasion, Labba a dft épouser la
princesse du Jolof Njoora Njaay. Il faut, bien sftr, accueillir ces
informations avec circonspection parce que l'imposteur Thomas Lanba
arrange son intrigue pour apparaître à la fois descendant de Tenella
et de Bumny Gilen qui était déjà connu au Portugal. Il demande un
appui à Philippe II, pour reconquérir les royaumes du Jolof et du
Fuuta, auxquels il a droit à un double titre (A. TElXElRA da Mota,
1969, p. 330).
Do~ Thonas Lamba, l'imposteur se fait passer à la fois
conme fils de Labba et frère Perocala, ce qui est impossible parce
que pQrocala (Yéro Koli, vraisemblablement) est bien fils de Koli,
et non de Labba. En obtre, Gelaajo Tabaara plus agé que Yéro Koli,
a régn~ avant lui. Les enfants de Labon Tenella, s'ils ont existé,
n'ont pas eu l'occasion d'accéder nu trane. L'histoire de Thonas
Lanba devient plus invraisemblable encore si Yéro Koli est plus âgé
que Labba conne le prétend Sire Abbas Soho Labba aurait d'abord

191
choisi coru~e r0sidence Godo,vieille capitale des Faddube et des
Wodaabe, ~u'il avait conquise sur Ko~~oren Faren. Il serait le pre-
mier à se faire sacrer à Godo sous les Gande nable. Il a donc ins-
tauré la tradition qui fait de Godo la capitale spirituelle du
Fuuta. L l'occasion des cérémonies de Godo qui duraient nne semaine,
le nouveau satigi était l'hôte du Fuutn qui s'y réunissait en
ConGrès.
8i.J.iBii. TENELLA:
nous appellerons SAMBA LAAMU 1. Conne
Koli et Lajba il tient ses droits de son père Tenella. De toutes les
sources ln Helation de l'anonyne de 1600 et Steff sont
les seu!s
à le sienaler. Le premier lui donne deux ans de règne, et le second
ne fournit aucune indication. Ce quinous fait dire qu'il y a eu deux
Samba Laanu, c'est to~t sinplenent que l'anonyne de 1600 en mentionne
~~ alors qu'il n'a pas pu connaître le second qui est le fils de
Yéro Koli. Et mieux, il en fait le deuxième successeur de Kali. En
revanche, Sa'di qui est contemporain du fils arné du second Samba
Laamu, Bubakar, a dd connartre Samba Laaou II auquel il donne 37 ans
de régne. C'est le régne le plus long de la dynastie après celui de
Tenella. C'est le temps de ré~ne de Samba Tenella qu'Abdoulaye Kane
attribue à Semba Laaou, fils de Yero Koli. Comme Labba son frère,
il eut à combattre les Maures et les Wolof. A en croire Steff, il
fut un Grand suerrier dont le non est lié à une dizaine de batailles
dont il sortit toujours vainqueur
Jaara, Jaangal, Jammi Kesse,
Jarnai RelIe, Dekle, etc. Il fut tué à la bataille de Dornere Jereende.
Il s'aeissait davanta~e de combattre les pillards qui opéraient
des razzias sur le pays que de faire face à des batailles rangées
conduites ?ar les rois voisins (Gicff, 1913, p. 26). En dehors de
ces indications fournies par Steff, on ne connaît pas grand chose
de Samba Tenella. Nous ne pensons pas qu'on puisse l'identifier à
ce "Samba Lando" qui a pillé Ras-el Ha, à l'époque où les Marocains
de Jouder Pacha, envahissaient l'Eopire Songhay (SA'DI, 196~, p.
223), d'autant que l'activité de ce dernier se place près d'un quart
de siècle après la date
présumée de sa mort, en 1567 (A. TEIXEIlli1
da î-10TA, 1969, p. 803). Il ne faudrait pas non plus le confondre
avec Saoba Yero Koli (12)
L7ec la disparition de Saoba Tenella ou Samba Laumu l,

192
sléteint la ginération des frères de Koli. Ceux d'entre eux qui sont
aorts sens nvoir exercé le pouvoir, comne Mahrnudu Tenelln, ont vu
leurs descendants écartés de la succession royale par les règles de
la dévolution. Le pouvoir revient nlors aux enfan~ de Koli :
Gelanjo Banbi, Gelanjo Tabaara et Yero Koli appelé encore Yéro Jan.
:.~.~. Les fils de Koli'Tenella
Koli Tenella a eu une nODbreuse progéniture gr~ce à une
politique DQtrinonialû avisée (13).
GELlv.JO BAIlliI est le fils atné de Koli. L'anonyne de 1600
sc contente de dire qu'il "réGna quelques années" sans plus de pré-
cision (L. TEIXElRA da MOTA, 1969, p. 830). En dehors de l'anonyne
de 16oe, seuls Siré Abbas Soh, Abdoulaye Kane et Hanidou Kane le
uentionnent dans leurs listes des satigi, tout en faisant de gros-
sières erreurs dans l'ordre de succession et dans le temps de rèRne.
Ni Sc'di ni Steff n'en parlent. Contrairenent à ce qu'avance Siré
Abbas Soh, Gelaajo Banbi n'est pas le fils de Siré Sava Laamu, pas
plus que Gelaajo Tabaarc n'est le fils de Bubakar Sava Laanu (Siré
Abbas Soh, 1913, p. 3e). Il pst né du nariaee de Koli avec Banbi, la
fille de sa victiue ardo Yero Diide (14).
Gelaajo Tabaara Bst un des rares satigi à figurer sur toutes
les listes en notre possession. C'e~t le second fils de Koli et
Tabaara qu'il énousa après sa victoire sur
Sebitun Muse
Tabaara serait' dnnc une princesse du Jolof dont le père Seb~tun Muse
Tase Jasoor ft résisté pendant deux ans à Koli. L'anonyne de 1600 dit
que Gelaajo Tabara régna dix a~s à la suite de son frère Gelaajo
Banbi (~. Teixeira da Mota, 1969, p. 830) et avant Yero Koli. Lauba
l'impo~teur dit qu'il a usurpé le pouvoir gr~ce à l'aide de GalagoGa
"portuc;nis natif de Lisbonne, ennemi aortel de ce prince qui était
en ces royaunes depuis de loncues années ••• " (A.. TEIXElRA da NOTA,
1969, p. 839.). Gelaajo Tabaara avait pris à son service ce juif
portugais, Ferreira, natif de Crato, auquel il avait donné une de
ses filles en nariage. Ce tangoillago portugais avait dd se convertir
à l'Islan, car Gelaajo Tabaara Œevait ~tre un bon prince nusulnan,
sans quoi, il n'aurait pas nérité cet éloge flatteur de Sa'di qui
dit de lui que c'e'Bt un "horme éninent, bon, juste, et dont l'(;quité

193
atteiGnit un degré tel que, dans l'Occident, il n'eut pas son pareil,
si l'on excepte toutefois le sultan de Belli, Kankan Houssa (Dieu
leur fasse niséricorde !)" (SA'DI, 196Q, p. 128). La prière qui
termine cet éloge n'est jauais prononcée que sur les nusulnans.
Nous ne partaeEons pas l'avis de l'informateur de Steff qui prétend
qu'aucun fait saillant ne narqua son règne. S'il en était ainsi,
il serait onis dans quelques unes des listes dynastiques qui nous
sont parvenues. Son règne est uarqué vraisenblablenent par la paix
et la tranquillité, et peut-être par l'énergence de l'Islan. TOQjours
est-il qu'il a été un guerrier et a eu à livrer des batailles à
Talalml, Bei ti, 3arro Wendooe;o, Rugal Biraama, Tanassi l sIla, etc,
n~ne si nous n'avons aucun détail sur ces batailles et sur ses adver-
saires.
Dans tous les cas, sa grande notoriété doit reposer sur
quelque chose. Il a probablement uiilisé les talents diplomatiques
de Galaeoea pour entretenir d'excellentes relations avec ses voisins
et privilégier le dialogue sur les conflits armés. A en croire
Lamba l'inposteur, il avait des relations privilégiées avec le sultan
du LIaroc, Uuley Bakkar, avec lequel il échangeait des cadeaux.
Bien avant l'équipée de Jouder Pacha pour le compte de la monarchie
chérifienne, lQS relations entre le l,.lajjlreb et le Soudan occidental
étaient très importantes. Gelaajo Tabaara mérite donc le surnon de
Grand Pullo~ Gelaajo Tabaara serait mort à Xolxol à la suite d'une
expédition contre le Jolof (F. G. l FAN-Dakar , cahier nO 10, 16 feuil-
lets).
YERO KOLI appelé aussi Yéro Jarn.
Il est né du mariage de
Koli avec Njao, fille du roi du Joledu. C'est le "Perocnla" de
l'a-
nonyne de 1600 et le "Yoroyim" de Sa'di. Son prénom Yéro indique
qu'il est le cadet de Galaajo Baobi et de Gelaajo Tabaara. Car,
Gelaajo, chez les Fulbe du Bajar est un prénom donné généralement
au fils atné, tandis que Yéro est le prénom du quatrième garçon.
C'est la raison pour laquelle nous ne pensons pas que Yéro Koli soit
le fils otné de Koli, encore moins qu'il ait été plus Sgé que Labbe
Tenella (Siré ABBAS SOR, 1913, p. 29). Sa'di prétend qu'il a succédé
à son père Kali. L'erreur vient probablement du fait que tous ceux
qui ont régné à l'époque de cet auteur, Gata Kumba, Sawa Lamu et

194
Bubnkar Tabakali sont les descendants directs de Yéro Koli. En fait
Yéro Jorn est le dernier des enfants de Koli à régner. C'est dans sa
descendance que se perpétue le pouvoir politique jusqu'à la chute
eu réeine en 1776. Steff ne le nentionne pas et Siré Abbas Soh dit
en outre qu'il avait été installé à Godo par son père (Siré ABBAS
son, 191), ~. 28). L'anonyme de 1600, en fait le fils aîné de Labba
Tenella et le fr~re de Dom Thonas Lamba. Il aurait régné dix ans
sur le royauue du Fuuta et sur le Jolof,selon l'nnonyne de 1600
(A. TEIj~~ID~ do MOTA, 1969, pp. 831-832). Selon la nême source, on
peut penser gue l'Islan a continué à enregistrer des progrès puisque
a
m~De le frère du ~8tiWVPu aller en pélerinage à la Mecque. Cela
confirme ce que l'on pressentait dans les écrits de Sa'di concernant
Gelaajo Tabnara.
.
""
,.
I~
. . La progéniture ds.Yéro Koli
-'-
:"::
..)
GLT~ KIDvIDA est très nal connu. C'est le preniBr des petits
de Koli à régner. Très peu de sources en parlent. Siré Abbns Soh
fait erreur en pInçant son règne après celui de Sawa Donde, dnnc
dans la prel:J.ière décennie du XVIIIe siècle. Sa'di en fait le fils
de Yéro Koli ct frère aîné de 3awa Laanu, ce qui est vraisenblable,
mais il place son règne après celui de son oncle Gelaajo Tabaara
(SA'DI, 196~, p. 128). Selon Gûden et Delafosse qui reprennent Siré
Abbas Son en le conplénentant par Sa'di, Gata Kunba aurait régné
pendant un nois et deôi. Hamidou Rone lui donne un an de régne après
celui de Jaaye Hola (15). S~l n'avait régné que quarante cinq jours
ou nêne un an, sa réputation aurait été moindre. Nous lui attribuons
douze ans de règne (1591-1603), en tenant conpte des indicaticns
fournies par !llfa Bokar Ndane, !?f'X Sa'di, pa!' Ste:f1- et par l'anonyne
de 1600 qui donnent au soi-disant Galaya plus de 10 ans de régne.
On ne connert aucun détail de sa vie et sur son règne. Gata Kunba
étant nort sans enfant, tous les satigi des XVIIe et XVIIIe siècles
seront issus en ligne directe de Sawa Laaou, ion frère.
SLWA LAAMU est après Koli Tcnalla, le plus célèbre des
satiei du Fuuta-Tooro (16). Il doit cette notoriété, à la longueur
de son règne, à la sagesse de son gouverneoent, tout autant qu'à la
destinée exceptionnelle de sa progéniture. Son non figure sur toutes
les listes dynastiques en notre possessinn, n~ne si les différents

195
trnditionnistes ne lui donnent ni ln Q~oe place dans l'ordre de
succession, ni le n~oe nonbre G'années de rè~ne. Nous faisons nôtre
l'estination de Sa'di qui lui donne 37 ans de règne, tandis que nous
rejetons conme erron:es les versions qui ne lui en nttribuent que
deux. Clest 10 satisi le plus cité par les sources exogènes. Sa'di
dit à son pr0I;>0s qu'il "s'applique. à faire règner la justice, il
interdit toute iniquité et n'en toléra aucune. Il régna trente sept
ans" (SLIDI, 1964, p. 128). Ce::?endtJ.nt Sa'di parle d'un autre "Sanba
Landou", celui-là n~me qui, le prenier, donna le signal des violen-
ces consécutives à l'arrivée de l'arnée narocaine. Ce "Saoba Landou"
était le chef de Donko : "il ruinn le pays de Ras-el-Hâ 9 il S'CL1-
pare de tous les biens, fit périr un certain nonbre d'habitants et
réduisit Qn esclavaGe quantité d'hounes libres" (SA'DI, 1964"
p.
223). Quel rapport peut-il y avoir entre "Saoba Larndu" et "Saoba
Lân" ou encore entre SaIi1ba Laando et Sanba Laaou. Celui-ci est
satigi du Fuuta dont le règne se place entre 1603 et 164,0, et celui-
là est chef de Donko qui fait parler de lui à partir de 1591. Le
juGenent porté par Sa'di sur les deux personnages est tellenent
différent qu'il senble exclu à priori de confondre les
.deux. La
difficulté najeure réside dans l'identification de Donko, nais il
est probable que cette localité se trouve dans le Sahel. Le nonde
des Fulbe était très étendu à cette époque, nais tous les grands de
l'époc;.ue se connaissaient. Si :::;anoa Laando était contemporain et
ani ou n~lJ.e/d~s~61~ Koli, Dort vers 1591, on pourrait peut-~tre
penser Gue ce dernier a donné à son fils le prénoD de Saoba Laando.
Par divers recoupenents, nous avons établi que Samba Laamu ou Sawa
Lanou a récné de 1603 à 164:0. Si, CODDe le voulait la coutuoe, il
ne pouvait pas avoir noins de trente ans d'~ge au nODent d'accéder
nu pouvoir, nous sonnes autorisés à en déduire que Sawa Laaou était
né au plus tarQ en 1573 (= 1603-30). En 1591, à l'époque du pillage
de Ras-el-LO par Saoba Lando, Snwa Laamu devait avoir au noins 18
ans (1591-1573). Il en avait slirenent plus. On sait qu'il a succédé
à son frère Gata Rumba qui a réené entre 1591 et 1603. En 1591,
Gata ITunba, pour les o~~es raisons devait avoir au moins trente ans.
A supposer qu'il n'en elit que trente, il devrnit ~tre né en 1561
(1591-30). Or, il est ex1lr~J:1enent rare que la différence d'age
entre deux frères qui se sont succédé
au pouvoir dépasse cinq ans.
Si nous prenons ce maxinuo, Sawa Laaou devrait ~tre né en 1566

196
(1561 + 5). ninsi donc Sawa Laanu derrait être âeé d'au noins 25 ans
en 1591, et devrait avoir environ 37 ans !J:Aot.~01ehsons/~mcSawn
Laaou était en activité en 1591. Il pouvait avoir reçu le commnnde-
n~nt de Don~o. h ce titre, ce cuerrier redoutable a pu exercer ses
talents en ~illant une dépendance de llEmpire Sonc;hoy qui était en
fâcheuse posture. Réserve faite de l'identification ultérieure de
Donko, nous Densons que SW1bn Laando et Saoba Laanu sont un seul et
D~oe personnace. En 1591, €tCé
de 25 ans, avec toute la fougue èe la
jeunesse, n'ayant pas accédé encore au pouvoir suprêoe, il a pu
cODDettre la pire des iniquités, c'est-à-dire tuer des homnes, piller
les biens et "réduire des hOI.mes libres en esclavaGe", surtout s'ils
sont ousulno.ns, cOLme on peut le deviner à travers le texte de Sa' di.
Lorsqutll arriva au pouvoir, il avait autour de la ~uarantaine
il
a reçu le pouvoir à l'âge où l'on connence à s'assagir. L'Enpire
est à son apoGée. Il s'évertue à assurer la paix et la prospérité
de son peuple. C'est son royalli1e que le P. Baltasar Barreira décrit
en 1606. Sa'di a donc fait sans le savoir deux jugenents sur un
personnaGe à deux oonents différents de sa vie. S'il en est ainsi,
ce dernier peut bien être le conteoporain de Bohon fils de ~ Bubu
Hariana du llaasina qui a régné de 1558 à 1584: (SA 'DI, 1964:, p. 223
et F. G. IFJ:.N-Dakar, Boasina, Cahier nO 89 1J:5 feuillets).
Smm Laaou nous est é[t,aleDent connu par Cl. Jannequin de
Rochefort, qui nous parle du "crand Sanbo.lame duquel roi, relèvent
les trois c.utres" (Brak, Danel, CanalinGue)". Il raconte ée;alenent
par le nenu la lutte que "Canaline;ue, Roi des Maures, fils du Grand
Sanbalaoe" encaGe contre un lion (CL. JANNEQUIN de ROCHEFORT, 19l.k3,
Pp.30-J1 et 14:7 à 14:9). C'est coopte tenu de llhégénonie indiscutable
qu'il exerce sur la Sénéganbie et le Sahel qu'il a reçu ce surnOD
de Grand. Le XVIIe siècle peut ~tre appelé à juste titre le "siècle
de Sawa Laanu". Cheikh Moussa linnara raconte ée;alenent sa lutte
contre :i:l~7sa Bur Waalo. Sa puissance physique n'avait d'égale que
sa saGesse.
Les sources cartographiques nentionnent aussi le non de
Sanba Lacou. C'est ainsi qu'on trou,-e un toponyne "Sanba Lanech" sur
une carte ùe Sanson, dressée en 1656, représentant la "Libie ulté-
rie~re OÙ sont le Saara ou Désert, le pays des Nègres, la Guinée,

197
etc". Bur cette carte Samba Lamech est à la latitude d'Arguin
(Carvajal de î~RMOL, 1667, vol. 1 pp. 28-29 carte hors texte). Sur
la m~me carte on peut voir figurer le Tekrur à la confluence imagi-
naire entre le fleuve Sénép.;al et le fleuve Gambie. Sur la "carte
de ln rivière de Senaga, avec toutes ses criques et bancs, dessinée
d'après nature par Joost Bastiaensen, patron de la Leeuwin,
pour la Compagnie des Indes Occidentales", datée de 1627, on peut
aussi lire "Snmba Lamech", situé sur la rive droite du Sénégal,
sur un affluent du Sénégal (G. THIL~ffiNS, n. IFAN, t. 37, B, 1975
Planche nO 1::,pp. 108-109, nO 100,np 101 et 107). La carte de Joost
Bastiaensen e été réalisée sous le règne de Sawa Laamu dix nns
avant le voyage de Jannequin de Rochefort nu Sénégal. Il e~t possi-
ble comme le note G. Thilmans, que Joost Bastiaensen fut reçu par
le satigi dont la capitale était placée au coeur du Fori (G.
THIL~ffiNS, ibid, p. 110). Samba Lamech/f:rait autre que la résidence
de satip;i Sawa LMmu dans le Fori. Jannequin de Rochefort prétend
avoir assisté en personne au combnt de Bubakar Sawa Laamu contre
le lion, alors que Sawa Laamu encore était vivant.
1.~.G. Ln prpgéniture de Sawa Laamu
BUBAKAR BAWA LAM'ill dit BOKAR TABAKALI est le fils aîné de
Sawa Laarnu. Nous n'avons de lui que de maigres indications. Sans
citer expressément son nom, Jannequin de Rochefort parle de lui
lorsqu 1 il raconte les exploits de "Camalingue, Roi des Ï"laures,
fils du Grand Sambalamo" (CL. Jannequin de ROCHEFORT, 16q3, pp lq7
à lq9). Il en parle comme "Roi des l'laures de Barbarie" et comme un
des trois tributaires du Grand Sambalame (17).
Sa'di nous dit qu'après ln mort de Sawa Laamu, "snn fils
Abou Bakri prit le pouvoir et c'est lui qui l'exerce encore aujour-
d'hui" (BLIDI, 196q, p. 128), c'est-à-dire en 1655. Son règne qui
s'est ouvert en 16qO-16ql sur une grave crise de subsistance s'est
poursuivi jusqu'en 1669. Selon Steff qui le fait régner à tort
après son frère cadet Siré Tabakali, "il livra divers combats dont
les détails nous sont inconnus" (STEFF, 1913, p. 27). On peut dé-
sont
duire des évènements qui sel ]roduito
après son règne que l'Islam
a fait des progrès notables pendant cette période au point de mena-
cer le régime moins de cinq ans après sa mort. Il a ~u une nombreuse

198
progéniture. Trois de ses enfants régneront sur le Fuuta : Samba
Booy, Sawn Donde et Gelaajo Jeegi. Âvec eux la crise du régime est
déjà ouver-te.
SIRE SAWA LAAMU dit Sire Tabakali. GrAce à l'abondance
Ge.wn
. .

' Y .
relat1ve des sources exogenes, S1re/Laamu est un des sat1g1 les
plus connus de l'histoire du Fuuta. Il est plus connu au Fuuta-
Tooro sous le nom de Siré Tabakali Jaaye Garme. Il fi succédé à son
frère Baker T~bakali en 1669 et a conservé le pouvoir jusqu'à sa
mort en 170~. Son règne marque un tournant décisif dans l'histoire
du réeime deenyanke tant au plan interne qu'au plan externe. C'est
sous son réeime qu'a eu lieu le mouvement de Nasr-al-Din qui a
submergé pendant quelques années les régimes traditionnels au
Fuuta, au ~njoor, au Wanlo et au Jolof. La tradition n retenu qu'il
a été vainqueur dans huit batailles. "Il livra, dit Steff, sa der-
nière ~ataille contre Amel Aly d'origine peulh qui avait été élevé
et instruit par les Torodos musulmans et avait essayé de soulever
la guerre sainte contre les Denianké" (STEFF, 1913, p. 27). Pour
triompher du rée;i.me des marabouts, il a dû faile appel aux émirs
Hassan du Trarza et du Brakna. C'est la fin de la période hégémoni-
que de l'Empire deenyanke. A l'intérieur, son règne
voit le
début
de la crise dynastique, marquée par l'opposition systématique de son
neveu et héritier présomptif Samba Booy qui ft été obligé de pre~dre
le chemin de l'exil. Malgré l'intermède de Nasr-al-Din, il a gardé
avec les lùmres et les 1"iusulmans des relations privilégiées. Il
apparaît, selon les sources françaises, comme un des princes les
plus dévôts de l'histoire du Fuuta. Il est le ~ul prince dont le
portrait nous soit parvenu grftce au p. Labat (18) qui écrit : "Le
Roy Siratia étoit ~gé de 56 ans ou environ. Il était d'une taille
médiocre et assez remplie, ses cheveux et sa barbe commençoient
à grisonner, chose extraordinaire parmy les Nègres à qui cela n'ar-
rive que dans la vieillesse avancée. Mais aussi on ne pouvait pas
dire que ce prince faut tout-à-fait Nègre, il avait l'air d'un
muHltre. Il avait le nez aquilin et bien fait, la bouche petite, de
belles dents et quoiqu'il eût les yeux petits, il ne laissoit pas
d'avoir fort bon air, et la phisionomie douce et spirituelle. Rien
n'était plus simple qn~ son habit, car il n'avait sur ses culottes
qu'une chemise de toille de cotton noire, avec un bonnet de même

199
étoffe et couleur, des demy botines de maroquin ét un sac de velours
rouge sur la poitrine qui renferooit son Alcoran (J. B. LABAT
le P., 1728, t. III, ch VI pp 229-230.)
h~rès avoir dit que Siré Sawn Laaou avait mis les Maures
dans ~e. intér~ts pour les besoins de sn lutte contre son neveu
Snoùa Booy, Labat poursuit que s~n esprit baissait à mesure qu'il
aVEmçc,i t
en ~~e et qu'il "se plongea enfin dans une dévotion si
outrée ~u'il abandonna entièrement le soin de son royaume à son
lieutenant cénéral, et étoit sans cesse avec un Marabou que les
Maures avoient introduit auprès de luy pour faire reussir les pro-
jets qu'ils avcient formez de sleuparer de ses Etats,
sous prétexte
de luy apprendre à pratiquer la loy de Hohonet dans sa pureté"
••• 11 portoit continuelleoent un Alcoran pendu à son col ••• " (J. B.
LABAT 1e P., 1728, t. II, ch. XI, p. 200). Siré Sawa Laamu entré
en conflit avec les Français,
en particulier avec Chambonneau, non
seulement parce qu'ils s'étaient alliés à son neveu et adversaire
Samba Booy, Dais encore parce que les Français avaient profité de
la crise du Shur-Bubba pour s'abstenir de payer les coutumes. Labat
nous parle aussi de la capitale sntigi,
en l'occurence GUHEL,
actuel 3eyni Mahdi,
située à dix lieues à l'E.N. de l'escale de
Guyorel qu'on peut avec Berlioux, tenter d'identifier Giray (E. F.
BERLIOID[, 187~, p. 58) sans pour autant rejeter l'hypothèse de
Njoorel ou de norel. Une certitude demeure, c'est la position de la
capitale Siro Sawa Loamu au coeur du Fori :
"Rivière assez considé-
rable
qui Grossit extr~mement dens la crue du NigEr et qui débor-
dant alors fo~mo un Darais de Grande étendue où les Nègres font
leurs lougans quand les grosses eaux se sont retirées. Cette inon-
dation, aussi bien que éelle du Nil,
laisse un linon sur les terres
qu'elle n couverte, qui les engraisse de telle sorte qu'elles rap-
portent au centuple ce qu'on y n planté ou seué" (J. B. LABAT
le F., 17~D, t. III, ch. VI, p. 201).
La chronologie des satigi des XVIe et XVIIe siècles peut
~tre reconstituée à partir des repères des données fournies par
Sa'di, Kati, l'anonyne de 1600, Labat et les
archives. A partir
des dates de la mort de Tenella (1512) et de Sire Sawa Laaou (1702)
on peut établir la succession des satigi comme suit:

200
Tenella
48 ans de règne (1464-1512 )
25 ans
"
"
(1512-1537)
- Labbn TeneUa
28 ans
"
(1537-1565)
Gnnbo Tenella dit Sc.:.10C Looau : 2 ans de règne (1565-
1567)
.
Gelanjo Banbi
4 ons de règne (1567-1571 )
- Gelnajo Tabanra
10 ans
"
(1571-1581)
.
- Yero Kali dit Yero Jan
10 ans de règne (1581-1 591)
Gate Yero Kali
12 hnS de règne
(1591-1603)
- Sa\\'la Lunau
37 ans
"
"
(1603-1640)
- Bubakar Sawa Laamu
29 ans
"
(1640-16 69)
- Siré Sawa-Laar.lU
33 ans
"
(1669-1 702) (19)
Cette chronologie reflète la stabilité renarquable du
pouvoir politique. Si nbus incluons le règne de Tenella de qui
procède le pouvoir politique, onze satigi s'inscrivent dans une
séquence tenporelle de 238 ans, soit une noyenne de 21,6 ans par
satigi. Si nous partons de Koli Tenella, 10 noyenne descend à 19
ans de règne par satigi
le nonbre noyen d'années de règne est
15 ans pour les satigi du XVIe siècle et de 33 ans pour ceux du
XVIIe siècle. Cette stabilité est le signe d'une paix intérieure
caractérisée par le respect des principes de la légitimité, des
règles et deo coutunes qui réGissent la dévolution du pouvoir
politique.
1.5. La ùévolution du pouvoir ou Fuuta-Tooro à l'époque deenyanke
1.5.1. Les principes de succession et de légitiQité dans le royallQe
deenyanke
De l'étude du tableau de la succession des ~atigi en
relation avec la parenté, il ressort que la dévolution du pouvoir
est régie pnr les trois principes suivants :
l'exclusivité de la voie patrilinéaire
- la priorité des aînés sur les cadets
- l'accord des notables

201
1.~.:.1.
L'exclusivit~ de la voie patrilin~aire
Lu Fuute-Tooro, le pouvoir royal se transmet exclusivement
par le père, contrairement ~ ce qui se passe au Siin oà le principe
matrilinéaire est obsolu,
au Knjoor et au Baawo 1 , oà les deux prin-
cipes patrilinéaire et matriliné~ire interviennent également. Au
Fuuta, ne peut régner que celui dont le père a régné. Non seulement
la fenne ne règne pas Dais aassi elle ne peut conférer le pouvoir.
Cette rèele est appliquée dès ln oort de Tenella auquel ont succéàé
Koli Tenella, Labba Tenellë et Gamaba Tenella. On sait que les deux
premiers ont la n~ne ~ère, Nano Keyta, ce qui n'est pas le cos du
troisiène. Gel~ajo Bambi, Gelëajo Tabara et Yéro Jau tiennent tous
leur pouvoir de Roli. Sawa Lnnnu et Gata Kumba tiennent leur pouvoir
de Yéro Koli. Bubakar Sawa Laamu et Siré Sawa Leamu ont exercé l'un
après l'autre le pouvoir qu'ils ont hérité de leur père Sawa Loamu.
Lucune feone ne fieure sur la liste des satigi. Aucun des
satiSi ne doit le pouvoir à sa aère. Tous les enfants de Koli qui
ont exercé le pouvoir sont nés de aère différente. L'origine tatli-
liale de ln nère n'a, XVIe et )CVlle siècles, du noins, aucune in-
fluence sur la légitimité et 10 dévolution du pouvoir. La pratique
justifie l'affirmation de Chaobonneau selon laquelle les fennes
"ne règnent point". (Carson l. i •• Ritchie, 1968, B. IFAN, t. 30, B,
p. 322). Non seulement elles ne règnent pas, nais elles ne confèrent
pas le pouvoir contrairement aux affirmationsde Labat (LABAT le P.
1720, t II, ch XI, pp. 196-198), d'Alvarès d'Aluada (A. Alvarès
d'Aloada, 1G~1, ch I, pp. ~-6, Traduction M. Bangoura (Fac. des
Lettres et Gc. Hum. Dakar) et de Donelha (A. Donelha, 1977, p. 131).
On ne conuart aucun satigi qui nit été neveu maternel de celui auquel
il succède (20).
La tradition est plus conforme à l'affirmation de l'anonytle
de 16co selon laquelle "dans ces royaunes de Fulo et de Jelofo il
est d'usage que tous les fils légitimes d'un roi règnent l'un après
l'autre, rJ~ne si l'autre a des fils, et après qu'aient régné de tels
fils du roi, viennent héritant et régnant les fils de l'héritier or-
né, et ainsi successivenent on le earde" (A. TEIXElRA da MO TA , 1969,
p. 830).

202
Le légitimité procède non de Koli, nais de Tenella,
sinon ni Labba Tenella ni Saoba Tenella n'auraient r6gn~. Au de-
meurant, selon D. Agostinhc e VGsconcelos, conteoporain de Sawn
Laemu, il existe dans le roye.une <leenynnke "un Etat des grands qui
sont de sauC royal Lqu'ils nppellcnt_7 Tenhalas. Parmi ceux-ci,
ils élisent les rois" (D. A. - l'Innuel e Vasconcelos, 1639, cité
par L. Teixeira da Mota, 1971, p. 37). Dans l'appendice de son
Trntado Breve L. Alvarès d'Alnoun notait, qUArante cinq ans avant
Mnnuel e Vnsconcelos, qu'''il
y n entre eux deux g~n~rotions
(Etats) principaux desquels descendent les rois, une nonnée
Galnlhos et les autres Tenbalas" (21).
Ne peuveŒ
donc récner que ceux dont le père a réGné.
Loba Tenella et Gambe. Tenella ont succédé à Koli Tenella, parce
qu'ils sont les fils de Tenelle le fondateur du royoune jalanlo
du rringi. Le prestige de Koli n'a pas fait prévaloir ses enfants
sur leurs oncles, ce qui confiroe que le fondateur de la dynastie
est bien Tenella et non Koli. Cela explique que la fonille deenyan-
ke est appelée "OuI ad Tenkella" par les Hassan et "Tenhalas" par
-
.
les Portucais.
Nous pouvons toutefois constater que cinq des frères de
Koli (Niimu, MawJudu, Muyuade, YettuD et Sibooru) n'ont pas accédé
au pouvoir. Il en est de m~me de quatre des enfants de Koli (Muse
Boose, Labba, Sunjata, Samba Lam;lU) et trois des fils de Sawa LaaIJu
(Gaku, Buja et Biraana). De ce fait, leur progéniture est exclue
du pouvoir. (~2). Mois les oeobres de la famille deenyanke dont les
pères n'ont ,as régné sont génér31ement exclus du pouvoir et versés
dans la catégorie des Sayboobe ou des Summankoobe. Ce sont des
guerriers qui se mettent au service des rois. Dans le cadre des
cODaondeneuts territoriaux qui leur sont souvent donnés, ils peuvent
se constituer une clientèle et nenucer de la sorte les princes
régnant, surtout à l'occasion des crises.
1.).i.~,.
La primauté des ornés sur les cadets
Il n'y a pas au Fuuta-Tooro comne dans la France de
l'Lncien Régine une sorte de loi salique qui consacre le principe
de 10 pr :irJ.o(;éni ture mâle. Ici, tous les enfant s dem~De père ont

20)
éGalencnt droit au Jappere ou lefal. C'e~t l'âge qui départage les
oyant ùroit. Linsi Zoli règne avant ses frères cadets Laba et Sanba
Tenella. Gelaajo Baobi, Gelaajo T~bara et Yéro Kali se succèdent
dans cet ordre qui respecte l'o;rdrê de naissance des enfants de
Kalis On peut retrouver le ~~De principe chez les Sereer du Siin où
tous les enfants mâles de fernJes gellewar ne sont ùépnrta~és que
par leur ?lace dans l'ordre des naissances qui sont déclarées au
grand jarc..cf. Au Fuutn, il ne se:.lble pas y avoir eu d'institution
ayant joué le rôle du grand jaraaf dans le Siin, car les problènes
sont apparennent plus siuples ici. La succession selon l'ordre de
naissance seuble s' ~tre déroulée de façon tout à fait naro'lOle jus-
qu'à la fin du XVIIe siècle : Sawn LaaDU succède nornaleoent à Gata
Kunba, Siré Sawa Laaou à son frère Bubakar Sawa Laumu. Le titre de
kuualinku que porte l'héritier présonptif signifie en maliuke le
"fils otné". Dans ce système, la prinauté de l'orné sur le cadet
postule celle du "père" sur le "fils"e Il faut entendre par "père"
le frère ou le cousin geroain du père. La pratique de la polygaoie
est lourde de dangers pour le systèoe en ce qu'elle peut oultiplier
le nonbre des ayant droit, souvent hostiles les uns aux autres s'ils
sont nés de mère différente. Elle peut aussi faire rentrer en con-
flit le principe de la prinButé des 'pèreg' sur les "fils" avec le
principe de la najorité légale, un
père pouvant en l'occurrence
~tre plus jeune que "son fils" GénéaloGique. Que se passera-t-il
lorsque le "fils" est légalenent I:1cjeur tandis que le père est
encore nineur ?
~.~.~.).La majorité légale est requise pour atre satigi. Selon
Manuel e Vasconcelos qui écrivait au tenps de Sawa LaaDu en 1639,
c'est paroi les princes de sanB royal, les "Tenhalas" qu'on élisait
les rois 2. condition "qu'ils aient trente ans; ils L-n'y_7 consen-
tent point L-pour ceux_7 qui
ont noins" (D. A. Ïl'lanuel e Vasconcelos,
1639, cité :?ar J~. Teixeira da Lota, 1971, p. 37.) Si à l'époque de
5m1'u Launu on n'accepte janais conne rois ceux qui ont moins de
trente ans, Chambonneau,
quarante ans plus tard, place le seuil
de la najorité légale à vingt uns (J. B. GABY le P., 1689, p. ~8).
En une quarantaine d'années l'ege de la majorité légale des satigi
est passée de 30 à 20 ans, ce qui est considérable. Ce seuil élevé
de la najorité roynle permet d'éviter les crises de minorité si

201.1:
préjudici~bles
à l'équilibre politique, tout en sauvegardant les
droits des prétenG~nts à la couronne. Malgré le conflit de trente
ans qui ~ opposé Siré à son neveu Samba Booy, ce dernier a accédé
nornuleuent au pouvoir en 17C2, après la disparition de son oncle.
En outre, entre 20 et 3D ans, l'honme est dans la plénitude de ses
noyens et ~cut nornalenent résouère nu mieux les problènes qui se
posent à lui (~3).
~ce;.:·_.l~.
L'assenblée des notables ou "bntu Fuutn" joue un rôle
considér~ble dans la légitimation des princes qui remplissent la
double conùition de la descendnnce et de l'age. Il tempère ce que
l'hérédité a d'nléntoireG Dans certaines conditions, il a la possi-
bilité de substituer le cudet è l'aîné, si ce dernier est un débile
mental, ou sfil est iopliqué dnns des tentatives de prendre illé-
galenent le pouvoir par les arnes, ou dans un assassinat politique.
Le "~" regroupe les "mawbe" et les musibbe. Les mawbe sont les
principaux notables, chefs et doyens d'Bge des principales conuu-
nautés de Fulbe et de Sebbe
ardo, jaugeraf, farba, setigi, joom,
etc, à la fois responsables communautés provinciales et chefs de
guerre. Los musibbe ou lavakoobe sont constitués par les Yaalalbe
descendants du frère de Tenella, f.ialiga Gedal, les Sayboobe descen-
dants des cOlapaenons de TenGlla (lTiima, Jeeri Jibrilu, Jey Bolauro,
Gata, Jey Jn~lo Geynako) ou des descendants de ses enfants qui
n'ont pas réBné (i1nhnudu, Muyande, Sibooru, Yettum Bowto SooGi,
Bnlle l, lJiina, Diye Hala). Sont cooptés parmi les Hus ibbe, les
Sal~ankoobe, princes exclus du pouvoir parce que leurs pères n'ont
pas réené, mais qui jouissent de comnandements territoriaux: c'est
le ces des descendants de Muse Boose, de Labba et de Sunjata Koli,
de Buja et de Biraama Sawa Laamu, etc. Agissant cornue une sorte
de conseil constitutionnel, le "~" du Fuuta est consulté sur
tous les grands problèues du puys. Il est le garant des principes
et de la récularité de la dévolution du pouvoir.Il se réunit à
chaque vncnnce et élit le plus capable de la famille royale d'assu-
rer la continuité. Tout en tenant à l'écart les femmes et les
enfants nineurs, le ~ peut corriGer par ses initiatives les
aléas que peut comporter l'application du principe de la priorité
des arnés sur les cadets. Ils écurtent du pouvoir les malades,
surtout les débiles nentaux, et ceux qui sont convaincus ùe fautes

Fig. N°18
CIRCULATION OU POUVOIR AUX XVi~ ET XYfl~ SIECLES


,
1 TE~ElLA 6Eb~L, ou Tf~6ELLA JAAYÉ 1 :
1
- ,
1
..
'Î)'e 'Ho/a
1
Y~tfum Banka 500g;
1
N(ima
1
S ibooru
Mahm'udu T.
BQn~/ T.
Muyade
2 t _
1
1
3 1
1
,

. , Labba T.I
.,
LES ENFANTS DE KOL!
I l s
1
1
Labba
Sunjata
Yua KoU
Samba
![(utmu(2) Muso1aooso Lalla Sira
ou Y~ro Jo",
6
LES ENFANTS DE YERO KOLi
a i
1
i
LAAMU
Ga'ku
Kajaia (fi
Dewill/)
1
1 ..
Munnu
GaysSlri
1
Sa~r /IÏIaty et.
Nja.ay
Mamu Ndari
Hola
r-~-'
111
J
1Samba Boo)'l.
! I "
l -
_
A.FA'IE

205
eraves~ en ~articulier ceux qui entrent dans le pays les a~ces à la
nain pour ~renQre le pouvoir. Selon Steff, Labba Tenella a été pro-
clmné setic;i ~)ar les SE'-yboobe ei les Yanlnlbe après la oort Ge Koli,
ce qui èeviendrc. une règle. C'eot ainsi ~ulil faudrait entendre
l'affirDation du P. J. B. GABY, selon laquelle ".iaDais lBS femnes
ne rèGnent. et les fils des Roys ne sont pas plus nssurés de succéder
à leur père gue le plus éloigné de leurs parents : car, après la
Dort du Itoy, les grands du pays s'asse!:1blent, et élisent le plus
capable de sa parenté ••• " (:Se "2, Gld3Y, 1689, p. 48),
Cette affirnation nuance celle de STEFF selon laquolle
Labba Tenella a pris le conmandeuent après la Dort de Kali "parce
qu'il étc.i-t le plus llgé de la fanille royale et que suivant la coutu-
ne le lJouvoir lui revenait" (3TE~F, 1913, p.' 25).'
e
Il peut arriver que le plus aGé de la fauille n'ait las les
trente ans requis, le Conseil des notables peut lui accorder la
dispense d'eGe ou organiser la régence en attendant la oajorité.
Le nonbre élevé des ayant droit fait qu'on est rarement confronté
à des problèoes de ce genre. Mais avec le développeoent du clienté-
lisne, la toute pui. ssnnce du
Conseil des notables est lourde de
dangçrc rour la cir~ulation ncruale du pouvoir.
:.5.~.
Ln circulation du pouvoir senble s'être déroulée de
façon relativcoent noroule. Après les rèGnes de Labbe Tenella et de
Samba Tenclla, le pouvoir est revenu au fils arné de Koli, Gelaajo
3anbi auquel ont succédé ses frères Gelaajo TabaD.ra et YérJo Jarn.
Après la Dort de ce dernier, c'est son fils arné Gata Kumba qui
s'asseoit sur le jappere des sntiRi et non les enfants de Gelaajo
Baobi ou de Gelcajo Tabaara. Après la oort de Sawa Laaou, c'est à
ses enfants et non à ceux de Gata Xunba que le lefol échoit. Une
seule fois le pouvoir est passé au fils arné de Kali, lui-nêne arné
de Tenella. Par deux fois, le pouvoir est dévolu au fils afné du
dernier roi r~enant. Cette pratique contredit l'affirmation de
l 'Jmonyne de 1600 selon laquelle au Fuuta et au Jolof "il est d'usa-
ge que tous les fils légitimes d'un roi régnent l'un après l'autre,
n~me si l'autre a des fils, et après qu'aient régné de tels fils du
roi, viennent héritant et régnant les fils de l'héritier arné, et
ainsi successivement on le garde" (A. Teixeira da Mata, 1969, p. 832).

206
On peut valable~ent se demander pourquoi les autres
frères de Kali n'ont pas réGné, CO~8e 11ahmudu Tenella et fuuyanbe
Tenella ? ?ourquoi l~fils des frères de Kali n'ont pas régné?
Pourquoi il n'y a pas eu des rois paroi les enfants de Gelaajo Banbi,
de Gelaajo Tabera et de Gata Kumba ? On peut supposer trois cas
de fi@llres : ou bien ces princes sont aorts avant leur tour : les
rèGnes cunulés de Koli, Labba et SmJ.ba Tenella couvrent 77 ans ;
dnns ce ces leurs enfants exclus du ?ouvoir, deviennent des Samnan-
koobe. Il en est ainsi de huse Koli dit Muse Boose qui a donné son
non au Booseya. Il se peut aussi que certains princes conne Gelaajo
Baobi, Gelanjo Tabarn et Gata hU::lba soient morts sans laisser de
proGéniture. C'est ce que suggère le tarikh-es-Sudan. Il se peut en-
fin que Yéro ::ioli ou Yéro Jan ait élininé ses frères cadets ou les
enfants de ses frères arnés qui ont réGné avant lui. Pour l'instant,
on ne peut rien trancher en l'absence de généulogies co~plètes et
fiables. Nous ne détenons aucune tradition faisant état de l'élini-
nation de concurrents aux XVIe et J~Vlle siècles. L'absence de tra-
ditions ne signifie nullement qu'il n'a pas existé de rivalités po-
litiques entre les princes. On peut cependant suppos~r que la prt-
uauté des arnés sur les cadets a Ét6 respectée.
1.6. Comparaison entre le régime successoral deenyanke avec celui
des pays voisins
:_.6.:1. Le systène successora.l dans le régime deenyanke a pu
subir des influences extérieures. L'influence de l'Islam a pu jouer
dans le trionphe du résine patrilinéaire et l'exnlusion des fennes
dans la dévolution du pouvoir. Ainsi, chez les Fulbe du Jolof~ l'in-
vestiture des ardo Njengel obéit aux règles de la dévolution patri-
linéaire et se fait selon un cérénonial bien précis, souvent copié
sur le systène du Jolof. Chez les Fulbe du Maasina, la succession
des ardo se fait de frère à frère et après l'extinctinn de la géné-
ration des "pères", la génération des "fils" assume le pouvoir selon
le n~ue processus. Dans tous les cas, l'ordre de naissance reste
fondauental. Le pouvoir ne passe au neveu Daternel que lorsque la
lignée nasculine est éteinte. L'autorité peut revenir à la tante
paternelle des enfants mineurs si elle est de n~ne père et mère que
le défunt. Dans ce cas précis, elle a préséance sur le demi frère du
défunt dans la gestion des biens des orphelins, avec ce correctif

207
qu'elle ne peut enporter les biens du défunt chez son mari (F. B.
IFJùJ Dakar, Cahier nO 14).
1.C.~.
Les influences nandincues
Le systène successoral deenynnke a pu égalenent subir
des influences nandinBues, dans la cesure où Koli a régné à la fois
sur des Fulbe et des Handingues au \\inssulu, au Fuuta-Jallon, dans le
Bajar et le Hr,nabu. L'ErJ.pire de Koli qui s'étend du Fuuta-Tooro nu
vJnssulu englohe les "nations suivantes: Baga, Taguncho, Sape,
Boloes, Terlenès, Linhas, Itales, Jnlungas. Ils se conprennent tous".
Voici cOI:1l'J.ent 1-... Alvarès d'Alnnda décrit les institutions
des Caapi, en particulier celles ~ui sont relatives à la dévolution
du pouvoir et de l'intronisation des princes.
"Au pays des Sape, les héritiers sont les enfants et les
frères, les parents les plus proches du roi. Il y a un ordre, une
hiérarchisation en celn".
ilL la oort du roi, après les funérailles, on se rend chez
celui qui doit hériter (S'il n'entre pns en guerre dans le roynune),
ils l'attachent et le fouettent dans la rJaison royale où ils l'eunè-
nent.Lprès cela, ils le détachent. Il est lavé et revêtu de ses
habits royaux, puis ils le conc1uisent à la résidence principale (le
funco qui se trouve près du palais) où se trouvent les notables.
Là, un des nobles solatér,is coolllence la cérénonie : "à la r.J.ort de
votre père ou de votre frère, la couronne vous revient de droit".
Celui ~ui doit gouverner doit nécessairenent faire preuve d'esprit
de justice dans les procès. C'est pourquoi nous vous confions cette
prenière affaire pour que vous en jUBiez équitablenent, en ch~tiant
ceux qui le néri tent et en récor.lpensant ceux qui en sont diGnes".
Après u'TToir dit ces Dots, il lui renet une arne appelée "queto",
c'est le sceptre avec lequel on tranche ln t~te des condannés. Tous
les rois de ln Serra portent ces urnes, sYl'J.bole de la royauté. Après
la cérénonie, le roi devient le Daître tout puissant, craint et res-
pecté de ses sujets" (A. Alvurès l'PAlnuda, 1ül.l,l, ch. XV, pp. 74-75).
Il ressort de cette description que la dévolution du pou-

208
voir dans l'enpire deenyanke obéit aux nênes principes que dans le
royaume des Caapi, Même si ce royaume n'était pas dans la mouvance
du Grand Fulo, le sinple voisinage pouvait permettre aux Fulbe d'~tre
infornés sur les institutions de leurs voisins. Koli a d'abord été
roi du Fuutn J;:;.llon avant de conquérir le Fuuta Tooro. Sa mère Nana
Keyta est malinke. Il ne pouvait pas ignorer la façon dont ses eujp.t~
étaient Eouvernés et oomnent le pouvoir était transmis. Cela est
d'autant plus vraiseôblable qu'on rencontre au Fuuta et chez les
Caapi le terce solategi (satigi ou silatiBi). Les solatigi, chez les
Caapi, constituent un conseil qui intervient dans la nomination ct
l'installatinn dos rois et dans l'a~inistration de la justice. Le
Conseil des solateei rend la justice sous la présidence du roi. Les
plaideurs peuvent bénéficier de l'assistance d'avocats. Les nasq~~es
que portaient ces derniers leur peroettaient de garder l'anonymat
et de dire tout ce qui était susceptible de sauver leurs clients.
La gravité des peines enoourues (Dort, vente comme esclave, etc), en
général sans appel et exécutoires iomédiatement, rend impérieux ies
services d'avocats qui, au demeurant, sont gratuitw.
Chez les Deenyankoobe comme chez les Caepi, la succession
se fait en Z, c'est-à-dire que tous les frères de même père, s'ils
remplissent les conditions, s'ils sont équilibrés physiquenent~ oora-
lement et centalenent, se succèdent au trône selon l'ordre de najssan-
ce. La régulcrité de l'opération est contrôlée par le Conseil des
notables. L~rès quoi, la succession passe à l'aîné des enfants dont
les pères ont régné. L'héritier présomptif, appelé au Fuuta kamalinku,
n'est pas iorcénent le fils aîné du plus Bgé de la génération des
pères. Ici aussi, l'influence mandingue oe semble évidente tant il
est vrai que knoalinku est un not Dalinke qui signifie le "fils aîné",
"l'aîné clos enfants". Il est conne le dit le P. Labat, le "lieutenant
général de l'Etat, qui pour l'ordinaire est l'héritier présomptif de
la Couronne" (Labat (le F.), 1728, t II, ch XI, pp. 196-198).
1.t.).
Régine successoral sereer
Les Sereer tiennent sans doute leur régime matrilinéaire
de l'Enpire du Ghann, où le pouvoir se tranetl!ttai t de l'oncle au
neveu oaternel, la fenDe conférant le droit au pouvoir même si elle ne
l'exerce pns.

209
De m~me les jeunes Gellewar, dont les naissances étaient
enregistrées euprès du grand Jaraaf, se succédaient au pouvoir par
ordre de naissance et avec l'accord du Grand Jaraaf et du Grand Farba,
qui constituaient un corps électoral, jugeant de l'opportunité du
couronnenent de tel ou tel prince de préférence à tel ou tel autre.
L'antériorité de ln déclaration fait prime sur l'âge réel des candidats
au trône. On retrouve la m~rne coutume chez les Ashanti, les Baoulé
et m~me en Lfrique Centrale où la princesse de sang confère le pou-
voir à son Dari, qui est appelé "le prince captif", obligé d'aban-
donner sn famille et ses biens pour se dévouer aux caprices de sa
fenne. Toute tentative de rapport avec ses anciennes épouses, entraî-
ne la peine capitale (Manuscrit du British Nuseum B. M. 18.272).
Résine successoral des l'Iolof du Maalo, du Ka.joor et
du Bae.~'l!'.l
Si en pays Sereer, la dévolution se fait exclusivement
par les fennes, en pays wolof, là où il existe des mntrilignnges
royaux, la situation est tout autre. Au Wnnlo, il y a trois natrili-
gnages royauE (Joas, Loggar et Tejeek) de m~me qu'au Jolof. Au Kayor
et auEe8w~l, il y a un régime nixte. Le Qammel ou le teen tient le
pouvoir non seulement de son père qui doit descendre en ligne directe
de Anari Ngone Sobel (il est alors SëRteff), oais encore de sa mère
qui doit appartenir à l'une des sept fanilles garmi (il est alors
~)
Cos familles aarmi sont les Wagadu, Geej, Wegeej,
Doroohe, Gellcwar, Jafuft, Mujooy. La plupart de ces familles descen-
dent des fanilles princières des régions voisines ou des vieux ro-
yaumes du Sahel comne le Wagndu et le Jafunu.
En ce qui concerne la tradition rapportée par Yoro Bali
Dyao, nous nous contenterons de souligner que ln coutume conservée
chez les Seroer et dans certaines grandes familles du Waalo a tota-
leDent disparu chez les Fulbe, n~oe chez ceux qui sont deDeurés très
proches des croyances traditionnelles. Il est plus judicieux, selon
nous, ùe faire remonter cette coutul~e matrilinéaire au Ghana, ou en
tout cas à un I:lowent où les principaux groupes ethniques cohabitaient
très étroitenent. La polygamie n'est peut-être pas étrangère à cette

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210
pratique qui rend noins fréquents les conflits contraternels.
Par ailleurs, il souligne que chez les Wolof "dans les
fa~illes Ge~o, c'e~t le plus ngü de la fanille qui cODoonde. Donc à
la ôort du chef, c'est le ~ère cadet qui lui succède. Quand il n'y a
plus de~ère, c'est le plus âgé de la deuxiène génération, o~ne s'il
n'est pa.s le fils arné du frère ntné". H~me chez les Sereer, "nobles,
nais non rois, c'est le fils qui hérite du connandenent à la nort
du père" (F. G. IFAN Dakar F. T.
Cahier nO 61). Pour tenpérer ce que
Yoro Boli Dyno avnnce à propos de la succession par voie patrilinéai-
re, H. rIba.ye GUEYE note qu'il s'agit là d'une survivance du "lananat",
c'est-à-dire de la propriété foncière généralenent acquise par le
défrichenent par ln famille ge~o. Pour les biens meubles (troupeaux,
or, argent, etc) et pour les biens acquis par la famille ~, ces
nobles Sereer continuent à garùer des relations privilégiées avec
leur groupe l:w.trilinéaire. Hais quand il s ' agit du pouvoir poli tique,
sur un canton ou une une province, la succession se fait toujours
par voie matrilinéaire.
2. LES STRUCTURES POLITIQUES ET ADMINISTRATIVES DE "L'EMPIRE DEENYANlŒ
2.1. Le territoire
un empire ~ultination81
A l'issue de ses conqu~tes Koli Tenella se trouve à la
t~te d'un
immense enpire qui s'étend, pour reprendre l'expression
cl'Arcin, du "Eout Niger au Bas Sénégal". Alvarès d'Almada écrivait
en 159~ qu'au Nord des Souzos et des Putazes, dans la brousse et
dans les nonta[',Iles "vivent les Fulos dont le pays comnence dès le
fleuve et les rives du Sanaga et qui passe par tonsces noirs" (A.
Alvarès d'Llnada, 18~1, ch. XV, pre 7~-75). L'empire deenyanke est
donc multinational. On y rencontre des populations nandingophones,
surtout dans sa partie sud-orientole Baga, Tagunchos Caapi, Boloes,
Tenen, Lioba, Ital, Jalunke. Ces populations se comprennent toutes.
L'nuteur de ln Relation anonyt:le de 1600 dit que le royaume du "Gra.o
Fulo" est "Fresqu'Empire" par sa e;rnndeur et sa puissance. (cf. fig. 10)
"Ce royaurae du Grand Fulo a dix huit (18) royaumes qui lui
sont assujettis et obéissent, qui sont Jalofo,
••• , et les naturels
en sont très noirs. L'autre est Tuerohory,
••• L'autre Aleran •••

211
L'autre Bnruanan. L'outre Burguibil, Jaoo, Dagacundir, Fulugasar,
Lèye-Galan, ~ul~uefolofo, Buale, La~ptuna, Guir~ra-Jaco ; Jocali,
Jerono, HunGadlIT.l qui chacun a beaucoup d'endroits et de villes ••• "
(A. Teixeirn do., Moto, 1969, pp. 827-030).
PorDi les dix huit royaumes, nous pouvons identifier
aisénent le Jolof (Jalofo) et le Waalo (Bualo) qui sont cités par
d'autres outeurs conne faisant partie de l'enpire du Grand Pullo.
Selon i .• l.l.lvcrès d'J.ll'1oda, le roi du Jolof qui avait autrefois "rane;
d'enpereur" avec le titre de "Grand Jalofo" était toobé dans la dé-
pendance du Grand Pullo à la suite du soulèvenent réussi de donnel
son tributaire du Kajoor. Le burba, battu, ne dut son salut qu'en se
réfugiant dons les terres du Gr~nd Pullo qu'il prit pour protecteur.
"Il finit, écrit Alvarès c1'Alnnda, par être réduit et devient proprié-
té du roi des Galalhos qui est le Grand Pullo ••• Aujounn'hui L-i.e.
en 1594_7, ce royawJe du grand Jalofo ••• rend allégeance au grnnà
Pullo. Et lorsqu'un roi y est nonné, le grand Pullo lui envoie un
bandeau qui sert de couronne" (24). Le royaume du Jolof est dès lors
confiné au coeur
du Ferlo tonbe dans la mouvance des satigi. Manuel
e Vasconcelos précise qu'au Nord du district compris entre la Ganbie
et le Sénée;al, on trouve "les Jalofos qui obéissent aux Fulos et les
autres du Dudumeyes" (n. A. Manuel e Vasconcelos, 1639, cité par A.
Teixeiro da 1:iota, 1971, p. 37). Il S '::lgi t ici 'dolof du Wanlo, puis-
qu' "ils api)ellent leur roi Brecques".
DODC,
à la fin du XVIe siècle, et dans la première noitié
du i[vlle siècle, sous le règne de Gata Kunba et de Sawa Laarnu, les
royaumes ùu Jelof et du Waalo (25) étaient devenus des dépendances
des sati,d (lu l."uuta. Cl. Jannequin de Rochefort parle du "grand Samba-
lame, duquel roi, relèvent les trois autres que j'ai nomnés (Brak,
Donel, Cnmnlincue), puis d'autres dienitaires qui sont gouverneurs ~t
maistres de quelques terres, les nnistres des rivières ••• Les autres
sont les neistres des villages et les narnbouts, qui sont ceux qui
enseignent la reliGion". Jonnequin de Rochefort ajoute donc aux tri-
butaires du grand Sawn Laaou, le danmel du Kajoor, ce que ne disait
pas Alvarès d'Alando. Parlant ùe l'élection des rois par les notables
Jannequin de Rochefort ajoute : "Ce qu'ayant fait, ils envoient ce
Roi nouvellenent élu vers Sanba131~et plutôt par coutume que par obli-

212
gation ••• ?our ce qui est du grand Sambalame, comme il est dans un
climat beaucoup plus tempéré, et qu'outre qu'il n'est pas sujet à
l'élection comme les autres n'ayant plus si grande disette de vivres
ni rafratchissement" (C 1. Jannequin de Rochefort, 1643, pp. 30-35).
Il racontE l'histoire de Camalingue, "Roi des Maures, fils du Grand
Sambalame" (Cl. Jannequin de Rochefort, 1643, pp. 147-149) qui a
lutté avec un lion. Ainsi donc tous les Etats Wolof d~ la Sénégambie
étaient dépendants du satigi du Fuuta, en particulier le Jolof, le
Waalo et le Kajoor. La dépendance , plus nominale et formelle que
réelle, était matérinlisée par le fait
que le roi élu devrait
être investi par Sawa-Laamu. L'investiture consistait en la collation
d'un bandenu, sorte de diadème en étoffe blanche qu'on enroulait
autour d'un bonnet conique, généralement rouge. Il recevait à cette
occasion un tribut en chevaux et en esclaves; l'autorité des satigi
s'étendait à la rive droite, et le knmalinku ou l'héritier présomptif
avait la charge d'administrer les populations de la rive droite,
les Maures compris. Al Yadali, dans son Chiam -al-Zaouia, parle de
l'oppression des "Oulad de Tenkella" sur les tribus maraboutiques
de Mauritanie. Cela explique en partie le mouvement de Nasr.al-Din,
qui est en quelque sorte un mouvement d'émancipation des Maures.
Il est relativement aisé d'identifier certains royaumes
soninke devenus dépendants des satigi à la suite des conquêtes de
Koli. Il s'a.git du Wagadu (Huagadum), du Gajaaga (Galam) et du Jaara
(Guirora). Le Wagadu, l'ancien royaume du Ghana/~~~uit au rang de
simple province du Sahel.
Dans Guirora, nous sommes tentés de reconnattre, au lieu
des Guiroobe du Bundu, les Jawara qui ont été les grands vaincus à
la suite de le conquête de Koli. Tout l'est du Fuuta jusqu'à Boki-
Jawe et Godo leur appartenait. On retrouve la ville de Jawara et les
montagnes de Jawara sur les cartes du XVIIIe siècle sous le nom de
Enguiouard, Guiaouar à la lisière du Fuuta et du Gaja~aau S. E. de
Dembankani. Il ne faudrait pas oublier que Tenella a été vaincu par
les Songhoy ùe Omar
~o~diago venus au secours du roi du Jaara. La
défaite de Tenella et le massacre de ses hommes ont obligé les sur-
vivants à se réfugier au Fuutn, soit par groupes isolés, soit sous
la conduite de Koli. Il est donc normal que Koli s'attaque en tout

213
premier lieu aux tributaires du Jaara dans le Fuuta oriental. Une
fois tout le Fuuta libéré et pacifié, Koli retourne vers le Jaara
pour soumettre ses ennemis et prier sur la tombe de son père,
Galem à cheval sur le Sénégal et la Falémé
correspond
bien à la région qui porte ce nom aujourd'hui. Cette désignation du
Ga.jaaga est assez ancienne. Al Bakri parle de la ville de "Knlnnbu"
(26), peuplée de paiens auxquels Var-Joabi fi fait la guerre. Si les
Saraxulle se désignent GOUS le nom de Soninke, leurs voisins du Fuuto
les désignent sous le nom de Scbbe-Aolambe (sing : Ceddo Galambo).
Si ce n'est pas à proprement parler le pays de l'or, c'est le pays
par où transite le commerce de l'or du Bambuk.
Au groupe des pays soninke, on peut rattacher les pays
Jaxanke et melinke du Xaaso et du Bambuk : Farbupna(Baruanam), Jaxa
(Jaca), Jaxalel (Jacali). Nous pensons avec Teixeira da Moto et J.
Boulègue que Jaca n'est autre que l'important centre commercial de
Jaxu, dans le 3ambuk, et JacQli celui de Jaxelel, près de Xaay, dans
le Xaaso qui a eu seS moments de prospérité. Ce sont des populatwns
de commerçants, déjà très fortement islamisées. A la fin du XVIIe
siècle, ils étaient déjà organisés comme à Gunjuru sur un modèle théo-
cratique qui sera imité plus tard par les Fulbe du l"uuta Jollon et les
Toorobbe du Fuuta-Tooro.
Dans Boruanam, nous sommes tentés de voir Farbanna dans
le Bambuk, assez voisin de Joxa. C'e~t une des régions aurifères les
plus importantes du Soudan occidental à côté du Bure. La possession
de Farbannn était capitale pour le contrôle de la route de l'or (27).
Il est relativement facile d'identifier Jeromo. On peut
admettre qu'il s'agit de Jarameos ou Gere~eo dont parle k. DONELHA
dans sn description de Sierra Leone, qui habitent au sud du fleuve
Sénégal bien "en amont des jalofos". Le roi des Geremeo porte le titre
de Borlubo (h. Donelha (1625), 1977, pp. 12~-125 et 130-131) ou b~l~p.
Ils furent probablement soumis par les rois du Jolof au milieu du
XVe siècle après une série de guerres neurtrières. C'est ce qui est à
l'origine de la migration des Ndaw en direction du Saulua. Nous pen-
sons avec Jeun Boulègue que ce royaume de Jéromo pourrait être identi-

21~
fié à celui de Nanmandiru ou Njaroew (J. Boulègue, 1980, p. 11). La
conqu~te de ce royaume fi sans doute été l'oeuvre de Cukli Njiklaan
qui régnait sur le Jolof au Doment de l'arrivée ~'Alvise da Hosto
au Sénégal en 1~55 (TE~œORAL, Navigations d'Alouys de Cademoste, pp.
377-378). La conqu~te du pays Gérénéos (ou Njarmew) est contemporaine
de celle d.u Puuta par le burba. Selon Donelha, après avoir pacifié
le royaume de Géreneo et l'avoir confié à son fils, le roi "avec 10
plus grnncle partie de son armée, revint se reposer dans son royaune,
dans la crande bourgade Lambai, avec l'intention de faire la guerre
aux Barbesiis et nux Fulos" (A. Donelha (1625), 1977, pp. 131-133 et
13~-135). Donelhn ne nous dit pas si le burba a pu réalise: ses pro-
jets sur le Fuuta et sur le Siin. Toujours est-il que ces provinces
n'ont pas dû ~tre conquises par ses successeurs occupés à se faire
la guerre
son fils basé dans le Namnadiru dont il était le gouver-
neur et son neveu inst~llé à Lantai~
Le sort des armes fut
favorable nu neveu du roi" qui resta aans contestation maître des
deux royaw:les" (A. Donelha (1625), 1977, pp. 131-133-et 13~-135).
En revanche Jaom est plus difficilement identifiable. Au
lieu de Lao ou Dyaro proposés par A. Teixeira da Mota (A. Teixeira
da Mota, 1969, pp. 795-796), nous suggérons d'identifier Jaom avec
Kahon, la capitale du Saalum. Koli, selon la tradition, aurait conquis
le Saalum et épousé }llioose la fille du ~ vaincu (28). Kahan et le
Njarmew sont peuplés en partie de Sereer, de Wolof et de Fulbe.
Dans le groupe des pays des Fulbe nous rangeons Tuerohory,
Aleram, Fulueusar et Fulguefolofo.
Tuerohorv e8t selon toute vraisemblance une mauvaise
transcription TOUCRORY ou T'AKRURI. Il s'agi rai t du Fuutn-Tooro, cor-
respondant plus spécialement aux provinces du Fuuta central, y compris
l'Ile à Horphil.
Fulugusar désigne non un pays, mais un groupe ethnique.
Ce sont les Fulbe-Saare, c'est-à-dire les Fulbe sédentarisés dans les
villeo (Saare) par opposition aux Fulbe nomades appelés Fulbe-Jeeri,
qui n'ont pas d'habitat fixe et transhument dans le Jeeri à ln recher-
che des pâturages. Il faut ajouter que leurs migrations peuvent atre

215
de grande aQplitude. Les Fulbe-Saare, sédentarisés sont devenus des
agriculteurs, tout en conservant un go'O.t prononcé pour l'élevage du
gros bétail. Ce sont eux qui ont donné le ~oût de l'élevage aux popu-
lations sédentarisées sur le bord du fleuve (waalo). Ils sont aussi
plus islanisés que les Fulbe-Jeeri restés attachés aux croyances ances-
trales relatives à ln vie pastorale. Ces Fulbe-Saare sont appelés
aussi des \\'!nahlOalbe (les habitnnts du ~~), nom qu'ils partagent
avec tous les habitants du daande.~ayo et dujeejegol, que les étran-
gers appellent inproprement "Toucouleur".
lPulguefolofo désigne comme son nom l'indique les Fulbe du
Jolof. Parcdoxalement les Fulbe ont toujours été plus nombreux que les
Wolof dans le royaume du Jolof. Les groupes les plus représentatifs
sont ceux du IJjengel et du Lacce sans compter d'autres fractions rat-
tachées aux principaux groupes ~es Fulbe, comme les Yaalalbe, les
Fafaabe, les Jaawbe, les Ur-urbe, etc. Les Jengelbe et les Laccenabe
sont étroitement apparentés aux Joobe, malgré leur prétention de se
rattacher généalogiquement à Njajaan Njaay par Afo Njojann. Ces Fulbe
du Jolof sont appelés aussi les Fulbe Jeeri, comme les Wolof sont
appelés aussi Sebbe-Jeeri. D'une façon générale, l'aire de peuplement
des Fulbe en Sénégambie coincide avec ln zone limitée par le lac
R'Kiz et l'Oued Ketchi au Norcl nt le lac Guiers et la vallée du Ferlo
au sud. Le Ferlo n'est pas un désert géographique. Les vallées humides
ont fixé clans les limites de fai ble 2.;~plitude l'aire de transhumance
des Fulbe.
Aleram serait aussi une déformation du terme arabe Al-
Erem. Erem est une province commandée par un farba avant la conquête
du Fuuta par Koli Tenella. Le farba-Brem ellt un ceddo du Jolof ayant
pour patronyme Vllieaiga. Il contr~le les Fulbe Jaawbe, appelés
Ermesnaabe. Sa résidence se trouve sur la rive droite à Cilon-Erem,
près de JO\\\\l"ol.
Quant à Dagacundir, nous pensons comme J. Boulègue qu'ils
doivent ~tre séparés. On trouve sur la carte de la vallée du fleuve
grevée au J~Vllle siècle par Thuillier fils (British Library, 9824-14-
9, pl. 9) un toponyme Daga situé sur ln rive droite du Sénégal au nord
de Silbc, et à l'est de Asso, sur le~eejegol, et non loin de Mangay où

216
l~n attend les eaux. Daga est le centre de vastes kolaade de waalo.
Il devait ~tre un centre prospére d'échanges entre les populations
du Fuuta-Tooro et les Maures (29). On trouve sur une carte manuscrite
dressée au milieu du XVIIIe siècle un toponyme appelé Aga, situé ~r
le bord du fleuve à la confluence de la rivière de Silbe et du Séné-
gal (n. N. yoris, Cartes et Plans 18q9 Res. Ge. C. 21.959).
CWldir conviendrait davantage à Kundel qu'à Gunjur. Kundel
est un im~ort~nt centre des Yaalnlbe, un port où descendent les Maures
qui y apportent leurs gommes, pour venir traiter du cil et des marchan-
dises euro~écnnes. Plus tard, Rundcl sera dominé par les Hel Modinal-
lankoobe, nnrebouts torobbe, qui servent d'intermédiaire entre les
~aures et les Nègres.
En raison de l'éloignement de Rundel et de Daga, il est
plus judicieux d'identifier Dagacundir, à Daga sis sur le marigot de
Rundi, pour le différencier d'un autre Daga.
Leye ne pourrait-il pas correspondre à un groupe de villa-
ges appelé Layde sur la rive droite entre Dolol etBeppalel. Il s'agit
probablement des villages qui jalonnent l'Oued Garfa de Dolol à
Njaajibinne.
Lapptuna désigne les populations berbères Lamtuna qui vi-
vent au nord du fleuve et qm ont forné au XIe siècle le fer de lance
du nouvement alboravide. On les retrouve dans le Littama tout proche,
dans l'tdrar et le Tagant. Ils ont souvent été les alliés des Takrou-
riens. Les Deenyank~e opéraient souvent des razzias sur eux à en
croire Alvarès Almada qui écrit g "sur l'autre côté du fleuve (sur la
bordure septentrionale), ils attaquent les éleveurs maures Alarves,
leur prennent le bétail et les chor.teaux. Et sur toute la côte des
jalofos, ces maures Alarves sont connus sous le nom de Benores, et
C'Est parmi ces gens faibles et m~risables que les Fulos font des
razzias" (1'•• JJ.1varès d'Almada, 184:1, ch l, pp. 10-11). Cette affirma-
tion de blvareu Almada est confirmée par Isôaël Ramet dans son Nocer
Eddine quend il dit que les Berbères Zawaya étaient souvent victimes
d'incursions des Oulad Tenkelln (Ismaël IIamet, Nacer Eddine, 1911,
p.2~1). Les interventions des Deenynnkoobe se faisaient à la fois

217
. .
contre les Meures Berbères
,
aOn~~0S
et contre les Wolof : "ils
attaquent parfois les jalofos et les frères du Grand Fulo parfois avec
une suite importante quittent leur pays pour prêter main forte à des
princes noirs" (30).
L'empire du grand Pullo était donc essentiellement centré
sur la vallée du fleuve Sénégal. Il dominait le Jolof, le WaalQ et le
Knjoor. Ln limite méridionale était constituée par la Gambie. A
l'Est, le Bambuk et le XaaBo éteient dans ln mouvance du Grand Pullo.
Au Nord-Esi et au N. le Jaara, le Kingi, le Wagadu et peut-être même
le Baxunu. Le Rodh, le Tagant, et l'Adrar méridional devaient en
faire partie. Ln tradition retient l'Assabn, l'Oued Chergui, le lac
R'Kiz comme linite septentrionale du Fuuta. Les Berbères Lamtuna méri-
dionaux même s'ils n·étaient pas sujets des sattgi, étaient victimes
des déprédations constantes comne le fait remarquer Ismaël Bamet
(Ismaël TIanet, Nacer Eddine, 1911, p.2~1).Alvares Almada fait bien
mention de cette expansion contrairement à ce que dit J. Boulègue
(J. Boulègue, 1980, p. 11). Les déprédations sur les Zawaya maures
sont une des causes de la réaction de ces derniers dans les années 70
du XVIIe siècle. L'invasion des Zowaya dirigée par Nasr-al-Din met
fin à une hégémonie qu'il faudrait faire remonter à l'époque de !Coli.
Son apogée se place sous les rèGnes de Gelaajo Bambi, Gelaajo Taba~ra,
Sawa Laamu et Bubakar Sawa Laauu. C'e~t sous le règne de Sire Sawa
Laamu qu'eut lieu sans doute l'invasion de Nasr-al-Din. C'est ce qui
explique la haine que Samba Booy ou Samba Boué a toujours nourrie
contre les Maures.
Tous les territoire~ et les pays cités conme faisant par-
tie de l'Empire du Grand Pullo, n'avaient en réalité avec ce dernier
que des relations fort l~ches. La conquête ne s'accompagne nulle part
de l'occupation du pays par la force armée. Il suffisait an roi vaincu
de reconnattre l'autorité du sativ.i en payant un tribut évalué en
cheveux, en boeufs, etc. Le tribut était payé tous les ans, ou plut8t
à chaque investiture royale. Les relations étaient maintenues selon
l'expression de Jannequin de Rochefort plus "par coutume que par obli-
gatinn". L'indépendance effective est telle que le grand Pullo était
parfois victine des agressions de ses tributaires. C'est ainsi que
Labb3 Tenella a repoussé victorieusement les Wolof à deux reprises

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LE PARTAGE DE KOU
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.4. F.4~é

218
~t les Jaawanbe du Reorte. Il fut vaincu et tUé/~a~aI~adamcel du
Kajoor
qui avait envahi le pays. Samba Tenella, son succes-
seur, avec llaide des populations, a repoussé victorieusement le
dammel. Il n fait égaleôent ln guerre aux Maures qui s'attaquaient
aux petits groupements isolés, pour avoir des esclaves. Malgré ces
invasions et aes agressions, le prestige du grand Pullo est resté
intact durant tout le XVIe et siest m~me renforcé dans la première
moitié du XVIIe siècle. Gelaajo Jeegi a eu à livrer quatorze batail-
les non seulement contre les ennemis extérieurs comme les Soninke
du GajaaEa mais aussi contre ses sujets révoltés (Fuutankoobe, ~
Jaawbe). Gon oncle Sire Sawa Laanu a combattu les Maures de Nasr-al-
Din, mais il nia dd sa victoire finale qu'à l'aide des émirs hassan
du Trorza et du Brakna qui avaient déjà réussi à mettre fin au pouvoir
des Zowaya dans leurs pays.
2.2. Les unités territoriales du Fuuta-Tooro
le partage de Koli
(Feccere Koli) (fig. 19)
En dehors des royaunes tributaires qui n'avaient que des
relations plus ou moins t,nues avec le satigi, le Fuuta-Tooro qui
constitue le noyau de llEmpire est plus étroitement contr8lé.
Une fois la conquête du Fuuta terminée par la défaite de
la confédération des Jaawbe de ~ Yero Diidc, Koli, pressentant
déjà les rivalités entre ses compagnons, décida d'attribuer des
"cantons" à ses compagnons: Yaalnlbe et Sayboobe composés en fait
de ses cousins, de ses neveux et de quelques-ens de ses enfants.
2.2.1. Donaine des Yaalalbe
Aux Yaalalbe, fils de Mnaliga Gedal, il attribua une
partie du Ngenaar et le Damga. Ils étaient les chefs de la région du
marigot de Giray au.
Xaaso selon Cheikh Musa Kamara, ou du Caangol
Yejjo près de Jowol à Padalal selon Gaden, ou de Giray à Guriki
(Saare Lli) selon Steff. Ce domaine fut partagé entre les frères
Mooli Maalico, Samba Maaliga et Ali Maaliga, tandis que Ndebe Maaliga
et Sirine; :Maaliga étaient installés à Gamaaji et à Leraabe, Ngauru
Maaliga placé au Jolof.

219
Mooli et Samba Mnalign ont le canton allant du Cenngal
Yejjaen ~v~l ~e;rlfi1ié à mi-chemin entre Wodobere et Cali; c'est
donc le NgenaBr sur les deux rives selon Steff, et sur la rive droite
seulement selon Cheikh Moussa Kamara. Leur résidence estivale est
Wassakode, tandis que pour ln saison sèche, Mooli Maaliga s'établit
sur la colline de Garli et Samba 11aaliga sur la colline de Siwi
(
F. li. K.
IFAN Dakar, Cahier nO 7. Trad. û. KANE et M. H. DIA
p. 32-38, F. G.
IFAN-Dakar, F. T. nO 8 et STEFF, 1913, p. 3).
Ali Maaliga reçoit un canton situé entre Cali et Padalal
avec pour résidence estivale Poolel-jaawbe ou Beylugge et pour rési-
dence de saison sèche Saare Ali.
Chacun des frères dans son domaine est chargé de la per-
ception pour le compte du satigi du tribut (ou Ussuru)sur les Maures
qui descendent sur le fleuve. Le satisi leur ristourne une partie de
l'ussuru perçu (F. G. IFAN Dakar, F. T. Cahier nO 8).
Ces redoutables guerriers étaient par conséquent tout
désignés pour protéger le Fuuta contre les aggressions des MaureD.
En outre, dans cette région, ils ont d~ compter avec les Fulbe Jaawbe
qui contralaient la région avant la conquête de Koli et qui ont été
les adversaires les plus redoutables de Kali. En effet, ces Jaawbe
formaient une confédération s'étendant au Tagant avec Gime pour capi-
tale, au
~ermess avec Laaci Weendu (Ksar al-Barka), à le vallée du
Karakoro, et au Jeeri du Fuuta. Yero Diide le chef des Fulbe du
Nord avait autorité sur les Maures et était constamment en guerre avec
les farim du Jaara. Sa lutte contre Roli avait pour enjeu le contrale
de la région et du Fuüte en crise. Samba Maaliga appelé Sama après
avoir eu raison des Jaawbe grace à l'aide de Koli, a été tué par Yero
Diide. Les Yaalalbe étaient obligés de se concilier les Sebbe, redou-
tables guerriers qui les ont précédés dans la région. Moins peuplée,
et moins bien exploitée, elle sera dès lors une zone de colonisation
pour les populations venant du Tooro et du Fuuta central.
Lux SaYboobe, Koli attribua la région comprise entre le
caangol Yejja et le caansol Roro qui est la limite entre les Yirlaabe

22C
et le Laaw, à oi-chemin entre JonBi et ~fuunba. Il s'agit du Bcoseya
et des Yirlanbe-Hebbiyaabe. Parmi les Gayboobe ainsi nantis figurent
les descendants des compagnons de Tenella (Niima, Ali Baka, Jëy
Bolouru, Jëy Janlo Grynaako) ses neveux, fils de Banel Tenella (Awdi,
Njobdi) et son fils liuse Boose. Ce dernie~ reçoit le Booseya avec le
a
titre de lnando ; il installe sa cnpitalejTulde (actuel quartier
de KnyhaycU). Hiima à la fois
coi
, fidèle général et redoutable
magicien de Kali devient chef du Ngenaar occidental, avec le titre
de satigi Ngajak : il fixe sa résidence à Giray. Ngajak est un
kolangal entre Giray et Gaawol. Njobdi reçoit le comnandenent des
Yirlaabe et Awdi est nommé satigi Hebbiyaabe. Leuœ principalesrési-
dencœ sont Jaaba, Dekle, Mboolo, Hattar, Caskon, Harlow, Maalum,
etc. Ces 3ayboobe se superposent aux 3ayboobe Sawndi Jaaye et Deroba
Jam, donc des ilodaabe, qui les ont précédés dans la région. Les
conflits sont nombreux. De toutes les foçons, les Sayboobe Dembo Jam
ont d~ foire 10 place aux nouveaux venus dans les Yirlaabe et les
Hebbiyoabe. Bubu Awdi devient satigi Dekle (31). Sa descendance
prendra tant d'étoffe dans la région qu'elle finira par menacer la
dynastie deenyanke. D'autres Sayboobe ont été lotis dans le Laaw,
avec Jude-Jaabi pour capitale. Au fur et à mesure que la famille
deenyanke s'étend, les cadets de famille ou Sammunkoobe sont dotés
de commandements territoriaux dans les différentes provinces. crest
ainsi que Sunmaël fils de Bokar Tabakali est installé au milieu du
XVIIe siècle dans la région de Waolaldé où il perçoit les redevances
sur six 2: olaade des Vlan-wanbe de l'hwlal de.
2.2.3. Nouveau découpage
Âvec le partage de Koli, de nouveaux commandements se sont
superposés aux anciennes unités territoriales : Tooro, Halaybe, Lauw,
Yirlanbe-Eebbiyaabe, Booseya, Ngenaar et Domga.
%• .2.).1.
Le Tooro
Le Tooro est la région comprise entre Dagunn et Tulel
Bawdi, près de Olol-Joawbe, entre Madina-Njaacbe et Dumga-Ciile. Une
bonne partie de ce qui constitue le Laaw, avec Hayre Lauw et Kayga
(Kas-Kas) et les Halaybe n'ont été enlevées aux Tooro qu'à la fin du
XIXe siècle. La région occidentale au Sud du fleuve appelée Hoore-

221
Fowru ou Diner était peuplée de Fulbe obéissant au ~ Wadaabe et
à ~ Cile-Bubckar : Fanay, Cancny, Njanyeen, Sowanaabe-Botol ont
été les preniers centres de peuplenent. C'est plus tard qu'y viendront
chassés du IJorè par les Maures, les habitants de Njang Jindal,
Bereyknt et Di~ar Jolnoc (32). La ,artie occidentale de l'Ile à
Morphil était la plus peup16e ot la plus vivante avec les centres
de Darnde, Ngir0okke, Lan~oy, Due appelé escale du Coq, Donnay,
Mbarjan, nawle, Podor fondé au Àrvllle siècle, Daaam, Terrier Rnuge,
Mongay, Gilbe, Baroobe, Lab;ajeeri, Halaybe, Saare-Sukki et Wanlalde.
Jaarangel-Tooro est un des centres d'échanges les plus importants
avec Aga (33). Les Fulbe sont en générol majoritaires au Tooro. Les
Ururbe sont les plus importants avec comme chef ~ Gede Wuro, suivi
de ordo Edi et de ~ Mbantu. Ils portent le patronyme Bah. ~
Gamaaji est un jaalalo
de nêne que joom Leraabe (8oh). A ces dynastes
s'ajoute elfeki ou satiei Ngajak à Njun. Njaayen est la capitale
spirituelle de tous les ~odaobe : son ardo peut être aussi ~
wodaabe. Gede saare était administrée par un jagodin choisi dans la
famille des Ranara.
Laontooro de Gede Saare a vu son autorité croître depuis
la conquête de Kali au point de l'emporter sur celle de ~ Gede au
XVIIIe siècle. Il est lawake, c'est-à-dire qu'il a le nême statut que
les Yaalalbe et les Sayboobe. Il est le seul des anciens adversaires
de Koli à être ranGé dons cette catégorie, et à prendre le pas sur
farba Waalalde dans le Tooro.
Le~ avec pour chef Saalum Weynde Jeng, le farba de
Woalalde, avait opposé également une résistance opini~tre aux armées
de Kali. Il ~e fut tué qu'après avoir repoussé victorieusement Koli
à Dawùal et à Dute Ngaraagu. Les valeureux guerriers de farba Waalalde
furent tués jusqu'aux derniers et les m~bres de sa famille se suici-
dèrent. Farba Woalalde dODinait le district situé entre Njurn et Mboolo
Biraan. Il avait relayé les Fulbe de Darnde dans la région allant de
Hayre rfuaar à ~lliaaft. Il avait sous ses ordres farba Njum et ~
~lliaar qui COnDe lui, descendent de Weynde Jeng fondateur de Waalalde.
Après la défaite contre Koli, il a été maintenu dans ses prérogatives
traditionnelles, rognées cependant au profit de laamtooro et de la
famille deenyanke. C'est ainsi que satigi Yero Jam 0 concédé le kolan-
~ Lewe Maccube à la famille de Bubu Jal, tandis que les kolaade

222·
défrich8s par les Wan-Wanbe vers 1600 sont passés au milieu du XVIIe
siècle sous l'autorité de Sannaël, fils du satigi Bubakar Saw~ Lanau.
Finalenent, l'6volution politique au Tooro se fait au pr~it des
laamtooro de Gede Saare, uux dépens des ~ de Gede Wuro et des
farba Wac,lalde o 1. la fin du ré cime deenynnke, l'émergence des Toorobbe
nccentue cette évolution et étend llautorité des Snll de Gede à
l'enseoble du Toorc.
Les Halnybe resteront dans le Tooro jusqu'à la mort du
premiEr ili~ du Fuutc. en 1807. C'est après cela que les corlnunau-
tés villageoises situées entre Njorol et Tulde Wocci
(Saare Ndocgu,
Beeli-Cowi, Douett, Cide, Calgu, Dara Halaybe, Sincu Dapde ) s'orga-
nisent autour de leur joan, de la famille des Lam, assi~té d'un
elioûan,de ln famille des Jigeo. Les croupes d'ôge ou pelle (sine
fedde)
s'orcanisent en régiments uilitaires qui interviennent dans ln
défense
du territoire contre les Maures et dans la bonne marche des
comnunautés villageoises.
%.~.• ) .~.•
Le Luaw
Le Lanw va de Tulel Bawdi à l'Ouest nu caangol Gunc801,
situé entre ~lliumba et Jongi. C'est une province relativement étriquée
avec conne principaux centres Rayen, Madinû Njancbe, Gollere, 11eri,
Abdalla, Duncel, Mbumba, Babaube, Juude-Jaabi et Cubalel. Les chefs
traditionnels sont des Fulbe Sayhoobe de la lignée de Denba Jum
kamalinku Gollera (Rah) ordo Meri et ~ ïpJumba (Soh). Ce sont les
descendants de Haango Demba et ~'!ulunc1e Demba, frères des dynustes
ùes Yirlanbe-Eetbiyunbe. Parmi les chefs traditionnels i l y u ~
Dungel (Gny) un cubullo et furba Awgal au Nord de Kayga. Juune-Janbi,
peuplé en ncjorité pur les Sebl)e, serait un quartier général de
satigi Detle qui, à une certaine époque, curai~ dominé toute la r0-
Gion du Eunèu à Lnmpsar (F. G. IFLN Duknr, F. T. cahier nO 81, qO
feuillets). Le contrôle de Juude-Jnabi est essentiel pour la nuviga-
tion sur le fleuve et po~r la traversée du fleuve dans ce district.
Les coomerçnnts de Suint-Louis l'ont appelé "Gueule du Diable".
Dungel é~nit uussi une grande place d'échanges. Au XVIIe siècle,
existaient déjà Cubalel, Warkeerc, 5uray,
Ualla,Abdalla (33). Ainsi
dans le Lauw,
est venue se superposer aux autorités traditionnelles
celle des Guyboobe Bubu Bali dont le plus célèbre est satigi SuIe

223
Dene, alies SuIe Moodi Bubakar Sn~a Lnamu.
~.~.).).Les Yirlnabe-Yebbiyaabe
Le province des Yirlanbe-Hebb~yaabe va du caangol Gunogol
à Roorefoonde sur la rive gauche et sur 10 rive droite jusqu'au
caaneol Dibritol en oval de Njafaan-Belcindi. Le canton des Yirlaabe
plus étendu sur la rive gauche va du Gunagol jusqu'à Jaabn exclusi-
vement ~ tandis que celui des Hebbiyaabe qui ne comprend que Janbn
et lilioolo Biraan sur la rive gauche est plus étenùu sur la rive
droite. Les Yirlnobe avec ses deux groupements (Yirlaabe-Jeeri et
Yirlaabe-hlayidi),
est peuplé en uajorité de Sebbe qui ti~ent leur
origine du Jolof0rc~maan, Fant, Njnny, Koboor, ~fuenaar, etc) dont un
grand noobre deviendront toorobbe. Les martres traditionnels des
Yirlanbe-Hebbiyaabe sont des Sayboobe de la lignée de ~ Demba Jarn
(Gala et Hebby Deroba) de patronyme Soh. Les Yirlaabe Jeeri étaient
plus concentrés sur la rive gauche où ils furent plus tard rejoints
par les Yirlnabe Alayidi chaesés de larive droite par les Maures
leurs chefs sont des Bah. A ~fuoolo, les descendants de Ali Hoorne
Juldo Kan s'étaient installés avant la conquête de Koli,
si l'on
odmet que Hamme Juldo est venu avec askia Mohamced. Les principaux
centres de la province sont Pete, Galoya, Joab~Mawnde, Mboolo,
Harlaw, Jooba-Dekle, Neere, Ratnar, Caskon, Fondu, Jaarancel,
etc.
C'e$t après la conquête de Kali que les Sayboobe de la
lignée de Bubu Awdi furent installés dans la région, obligeant les
Sayboobe Dembe Jarn/§%wodi Jaaye à leur faire de la place, ce qui
entrarna beaucoup de conflits. Koli confisqua une partie des terres
des Kan de vwoolo pour les distribuer à ses neveux (F. B. IFAN Dakar,
Stef!, 1913 et F. C. M. K. IFAN Dakar). A côté donc de ~ Galoya,
Joom LUGge,il.ya sotigi Mboolo,
et satigi Hebbiyaabe résidant à
Jaaba-Dekle. Les enfants de Bubu Awdi, se partagèrent le canton de
leur père: Rama di Bubu Awdi reçut Harlaw, Sa~ba Buhu Awdi reçut
Jaaba-De·~G et Tununa Bubu Awdi reçut Neere, Rattaar, Caskon et
Fondu. Le caybowo le plus célèbre de la descendance de Awdi fut
Bubu Booli Holn
au point qu'il finit par donner son non à
l'ense~ble de sa famille, appelée
alors sayboohe Bubu Booli. A côté
des Fulbe grandissent aussi des familles naraboutiques qui finiront
par jouer un r8le déter~inant dès la fin du XVIIIe siècle.

Le Booseya constitue,avec les Yirlaabe-Rebbiyanbe et le
Laaw, le Fuuta proprement dit. Il est divisé en deux parties: le
Boeseya occidental (Hirnnnnge Booseyn) sur la rive gauche et le
Booseyc oriental (Funnaange-Booseyn) sur ln rive droite. Le Booseyn
occidental ve de Hoorefoonde, è Bokki-Jawe. C'est une véri.nble rue
de cOl~unautés villageoises dont certaines sont de véritables villes
les Aaûan (Wuro-Moolo, Goli, Lidube, Codday, Wuro-Sire, Siwol, Goda,
Tulel-Calle, Barca), la grosse aGclomération de Cilon, Daabia Odeeji,
Kobbillo, Guddude-Joobbe et Guddude Nduetbe, Bokki-Jawe. Dans le
Booseya oriental, situé entre Njafaan-Belcindi et Gaawol, on trouve
Balnaji, BuuGu, Jooke, Rinjaw, Beeli-Moodi, Sincu-Bumaka, Beelinanbe,
Kayhaydi, Sille, Jongto. Même Gaawol et Neere ont été rattachés au
Booseya par l'influent Ali Dundu.
liu Booseya, il faudrait ajouter le Fori, c'est-à-dire la
vallée du Gorgol avec des centres conne Ganki, Jiinge, Ngappugu,
Lm~seyba (anciennement LugCe Sayboobe). Le Fori constitue avec le
Booseya, la région la plus abondannent dotée en kolaade du vaalo,
permettant une riche agriculture de saison sèche. C'e.t là la zone
de concentration hunaine la plus forte et le carrefour le plRS impor-
tant du Fuuta. Le Fori et le Booseya ont toujours été le point de mire
de toutes les dynasties qui ont eu à régner sur le Fuuta. Tunbere-
Jiinge est la capitale traditionnelle occupée tour à tour par les
m~nna du Hayre, par les Sereer Tonjon, les Berbères àu Taaga, les
fulbe Jaawbe du Terness et les Deenyankoobe. Farmbaal était un des
personnages les plus importants de la région. Sebbe et Fulbe consti-
tuaient l'essentiel du peuplement: Ganki, Welingarn sont paroi les
plus vieilles bourgades sebhe.
Tous les Fulbe ont transité par le Fori et par le Booseyn:
les Cutinkoobe, les Ranaabe, les Sayboobe à Lugge-Sayboobe (ancien
non de Lukscyba) au pied de Hayre Ndny, les Hontorbe au pied de Hayre
Bagarc et Tulel Baali. Koli en installant sn copitale à Tumbere
Jiince, en plaçant Labba à Godo, son fils Muse Boose à Kayhaydi
entendait faire de ln réGion le centre politique de son empire. De
la n~me façon, il avoit placé ses neveux Awdi dans les Hebbiyanbe
et Njobdi dons les Yirlaabe, et son frère Mahmudu Tenella à Nabajji

225
11baal pour nsscoir solider.:lent au pouvoir sur le Fuuta. A partir de
Labba Tenelln, Godo est devenu la capitnle spirituelle des Deenynn-
kocbe. Tout satigi devait y faire une retraite d'une semaine avant
d'~tre couronné en présence du Fuutn réuni. Il devait faire le tour
des Gande noble. Ln présence des Deenyankoobe était renforc~e par
les fortes co~nunautés des Sebhe ~llinal de Cilon, de Hoorefoonde et
de Goda. Avec le teops, le Booseya est devenu une zone de conte~to­
tion entre les Deenyonkoobe davantage centrés sur le Fori et à l"F.st
de Jowol et Gayboohe plus nombreux dans les Hebbiyaabe et les Yirlaa-
he. La Qultiplicotion des conflits n renforcé l'autorité des Fulbe
du Booseya~ous lE'. direction de la l i gnée de Lamine d'où est sorti
Dundu Segele.
L'influence du Booseyn et des Yirlaabe-Hebbiyaabe dans
la ~e politique ùu Fuuta tient à leur position centrale entre le
Toorû et le Fuuta oriental, à leur r~le dans la défense du ter~itoire
contre les ra2~ias qui viennent à la fois du Jolof et du bilad
Shinljuitti. Centre traditionnel du pouvoir politique, ses habitants
sont passés nartres dans l'art des intrigues de politique politi-
cienne. Leur finesse tend à la rouerie. Après l'effondrement du
pouvoir deenyanke, ce sont eux qui fourniront les grands électeurs
ou Jangorde (Peur tout cela, voir O. KANE, 1973, pp. 614-631).
2.~.).5. Le Ngenaar et le Dauba
Le Ngenaar et le Deroga sont situés à l'Est de ln ligne
Bokki-Jawe, Ga~wol. C'est la zone d'inplantation traditionnelle des
Deenynnkoobe et des 8ebbe Roliyanbe, nppelés encore Sebbe Ngenaar-
naabe. Ln pnrtie septentrionale est beaucoup plus denséoent peuplée
que le Sud. Les Fulbe Jaawbe en étaient les martres avant l'arrivée
de Kali. On les trouve à ~fuone, à Kunballi, à Daw et au SE de
l'Assahe, et jusqu'à Jammi-e-Bokki dans le Karakoro. Avant 10 con-
qu~te de Koli, farba
Jowol et les faren dépendant du Jaara en
étaient les principaux chefs. Le long du fleuve on trouvait au XVIIe
siècle les centres de Jowol, Kundel, Soadel, Siwi, Wuro-Bum aujourd'
hui disparu, Gande aujourd'hui quartier de Maatan, Jiwa et Denbe
Jaabi disparus, Alajëy à la place de l'actuelle Garli, Doolol et sa
verdoyante palmeraie; Bilhassi était appelé le village de SuIe Dene,
Ribot-Ribot qui correspond à Dow-Tata, sur la rive droite, Leyde,

226
Horndolde, Bappalel, Gangel, Padalal,Wawnde, Lobaali, Haadabere et
Dembnnkani. Beaucoup d'autres villages ont disparu ou sont difficiles
à identifier CCl.:IJ.e Jaarangel, Kanyel, Jnmjacr, Jokkudi, Jagay, Jalaw,
Ayopie.
Dans le NGennar et le D0wga, Ynalnlbe et Deenyankoobe
se sont installés à Rundcl, Siwi, G~rli, Horndolde, Bappalel, Waali,
Yella, Barl~ewi, Pudalal, Guriki et Gnngel, Finbo et Sane-Loobali.
Partout où ils sont installés, on trouve à leurs côtés les puissantes
com~unautés de ~ebbe leurs compagnons d'arnes, particulièrement nom-
breux à HorI:ayere, Janjooli,
Ngijilon et Sincu-Garba. Ln plupart
des ~ebbe ~oliY3abe sont originaires dit-on de Ganki (dons le Fori)
et de Welingara (dans le TOgant). Ils sont mêlés au Sebbe Worgankoo-
be, aux hTurnnkoobe et nu Dugannc.be.
En dehors des communautés des Sebbe, Danga et Ngenaar
sont le domaine de colonisation (Kooùdi) à partir du Tooro, du Laaw,
des Yirlaabe-Hebbiyaabe, du Booseyn et du Hayre : Ndulunaaji, les
trois Dunga, Hu~o-Soogi, Seedo, I~anel, Sincu-Barnabe, Wodobere,
Banaaji, Weendu Bosseyaabe, etc. Il n'en reste pas moins que c'est
une réGion qui n connu sur son jeejesol le développement de vieilles
cités COI~e Sincu Barn, Oogo qui sont aussi anciens que Cubalel et
Coofi.
En conclusion, nous pouvons dire que les Deenyankoobe
ont rayonné à partir du Fori qu'ils contrôlaient vers l'Ouest confié
aux Sayboobe et vers l'Est où ln marche frontière du Ngenaar et du
Damga est donnée aux Yaalalbe. Partout les nouvelles autorités out
été surimposées aux anciennes qui ont conservé une partie de leurs
droits, privilée;.co
et titres. Dons le partage des responsabilités,
Koli s'était réservé le droit exclusif de régler les différends entre
les diverses provinces. Sa décision, quelle qu'elle fût, devait être
acceptée sans discussion. En revanche, les affaires entre particu-
liers étaient réglées par les chefs des provinces dont les décisions
étaient irrévocables, sauf les cas d'homicide susceptibles d'appel
auprès ùu sntisi. Kali ne se privait pas de rappeler à l'ordre tout
chef de province qui opprimait ses sujets 9 mais il n'eut janais,
dit-on, à prendre des sanctions contre ces chefs. Il semble que ce ne

227
fut toujours pas le cos pour ses successeurs. Il ne cessait de prodi-
guer des conseils de justice et d'équité à ses dépendants, pour ren-
dre plus supportable aux Fuutankoobe leur domination.
3. L'AD~INIGTRATION DEENYAW~E
L'administration deenyanke est marquée du seeau de la
décentralisation. Il n'y a pas, à proprenent parler, une administra-
tion à le Colbert qui exerce un contrale effectif et méticuleux sur
l'ensemble Ge l'Empire. Les relations avec les royaUPJes dépendants
sont plutôt l~ches, la dépendance ne se traduisant que .par le verse-
ment d'un tribut à l'occasion des crandes f~tes et de l'avènement
de nouveaux rois. Le m~me caractère de modération se retrouve dans
les relations entre le satigi et les chefs des provinces et des
communautés villageoises ou des croupes statutaires.
Le pouvoir royal fort et respecté fait bon ménage avec les
autonomies locales. Dans tous les cas, aucun pouvoir n'est absolu ni
totalitaire. L'autorité du chef est tecpérée à tous les échelons par
le rôle et le prestige des notables qui sont toujours associés à
l'exercice du IJOuvoir, à l'administration de la justice, à la condui-
te de la guerre, au partage du butin et des revenus ordinaires ou
extraordinaires.
Ce partage du pouvoir entre la famille royale et les bran-
ches cousines ne spolie pas pour autant les anciens maîtres du pays
Fulbe Wodoabe et Ururbe qui coexistent dans les Yirlaobe, le LaAW
et le Tooro avec les Snyboobe dont ils partagent le statut et les
privilèges. Les puissantes familles sebbe sont confirmées dans leurs
prérogatives parce qu'elles continuent à ~tre l'ossature des forces
armées de l'Empire deenyanke. Les grands farbn,
(farba ltelalde, farba
Njum, faroa Eren, farmbaal, farbo Jovol, jaagar~Koliyaabe à Ngijilon,
farba Awgal, etc) ont autant de prestige que ordo Gede, ~ Edi,
satigi Dekle et joom Nj~.lal laamtooro, Iaomdo Bo~seya.Llintervention
d
.L •
. L '
est
es COi:lvl.:1":;cu-,s ce ces chefs de guel1"Q / décisive dans les coobats.
Ils font partie de l'assemblée des no~ables qui a son mot à dire sur
tous les grands problèmes de la nation, en particulier sur la guerre
et la paix et sur 10 succession au trône. Ce sont eux que l'on appelle
les Fuutankoobe, qui font partie du batu Fuuto au m~me titre que IGS

1
228
f
Sayboobe, les Yanlnlbe, les Sammankoobe et les Deenyankoobe. Le satiGi
1f
avait la haute nain sur tous les différends qui intervenaient entre
1
les grands. Les litiGes souDis au tribunal de satigi étaient jugés
1
r
par les Sebbe llur nnI.roobe. Les grands réelnient les conflits entre les
1
1
populations placéco DOUS leur autorité à condition de respecter les
!
règles de l'équité. ::"cs revenus étaient équitablement partagés entre
1
l
le
pouvoir ct leE> c7..,eÏs des provinces: redevances sur les récoltes,
1
sur le bétail, QDen~CD ~ l'occasion des proc~s. La décentralisation
t1
était réelle ei ~éponùait aux aspirations des populations. L'oeuvre
1
de Kali sanctionne ùonc une ancienne pratique adninistrative, conso-
R
lidée après la li~uiùntion du régime de Inaoteroess por les grands
du Fuuta vers 1~56. Chaque farba, chaque~, chaque ~ ou satigi,
r~gle ou mieux les conflits intérieurs à ln communauté, au lenol et
au hinde qu'il dirige. Il le fait toujours grâce aux notables locaux,
chefs de famille ou ùes kinde (sing. hinde).
3.1. L'adoinistration royale tourne autour de lu personne du satigi
qui est entouré ù'lli.e espèce de gouvernenent formé des dignitaires
de la. cour.
3.1.1. Le satiei ou le roi
GotiRi est le plus prestigieux des titres que peut porter
un prince deellyanl~e l.~Drce qu'il n servi à désigner le
détenteur du
pouvoir supr~ne èe Tenelln à SuIe Bubu Gnyssiri. Koli l'a préféré
à tout autre parco qu'il l'a hérité de son père et parce qu'il a
revêtu une connotation religieuse et mystique (3q). Dans le cadre
traditiollilCl ùu nonaùiooe pastoral, silctigi est le chef reli~ieux,
le martre, initié eux sccrets pastoraux, qui décide de la transhuman-
ce, du lieu de coupellent, des sacrifices propitiatoires, des guerres
et des allianccs. Il préside le Conseil ùes nnciens dont il est le
doyen, le Hmlclo (Lonùou H. BA, 1969, Introduction).
Le sntiJ,;i deenyunke es t un chef nili taire toujours sur
pied de guerre. Il décide de la guerre et de la paix en accord avec
les notaoles qui sont tenus de se présenter avec leurs contingents
lorsque le s~tiei décide de rentrer en cnnpngne. Selon le P. Baltasar
Barreira (:i3alt<.'.snr Jl.)UlEIRt. le P. 1606, in G. Thiloans et N. 1.
Moraes, 197~., Il. :Je), il dispose d'une Ül;}Ortante cavalerie; il

229
élève lui n~nG des chevnux sur SGS terres et en reçoit des roynunes
tributnires. Il donne des chevnux nux diGnitaires de son entour:1ge.,
Selon L. Llvc~0s d'Alnndn,
"à cnuse du non1)re de chevnux que ce erand Pullo possède et de
ceux qui sont snns cesse à sn cour, le roi ne deneure janais plus
de trois jours nu n~oe endroit, Dnis surtout pnrcourt continuelle-
gent son royeur2e à ln recherche c1e foin et d'eau" (A. Al vorès d'AI-
unde, 10~~f p. 13-14).
Ln ncbili té caractérise donc le snti[;i (lu Fuutc.. Ln
copitnle n été établie à Tuobere Jiince par ICoii nprès ln conquête
d~finitive ~u routa, laissant è, soll frère Lnbba, Goda conne rési-
dence principnle. Goda n fini par ~tre une capitale religieuse.
Certains sntiçi ont chongé de capitales @ois ln plupart des nouvelles
capitales sont situées dnns la plaine du Fori. C'est ainsi que Sire
Smva LamlU ovni t pour copi tale de sai son sèche Gunel, à l' enplace-
Iilent du SeYlli Bohdi actuel, Gelacjo Jeegi avait pris Jowol pour ré-
sidence
Bunusa n fondé Galle entre Jowol et Doondu. Konko et sur-
tout SuIe Njaay se sont fixés à Jenjooli et à Horkayere.
Le satip,i nomme personnellenent les chefs de villages et
les chefs des provinces qui lui doivent des redevances périodiques
(
~ l'cccûsion des investitures, des f~tes, ou des déplacenents).
Le Roi tranche les conflits entre les chefs de villages ou de pro-
vinces voisins. Il essaie dQ le faire à l'auiable. Mais lorsque
toute conciliation devient impossible, le Roi se déplace avec toute
sa suite et èevient hate des différents adversaires. Pendant tout
son séjour, il est à la charge de son h8te. Lorsqu'il fait ses
adieux, le village ou la province est ruinée pendant des années.(35)
En guise c'inpats, les chefs des provinces percevaient sur les
terrains de culture de leurs adninistrés des redevnnces eil nil ou
en bétail qu'ils devaient verser au satiSi qui leur en rietournait
une pnrtie. Les nmendes versées au sctiui étaient également partiel-
lement ristournées aux chefs qui les avaient infligées (8TEFF, 1913,
p. 8 et F. B. IFLN Dakar F.T. Cnhier nO 24, 23 feuillets).
A ces revenus ordinaires s'ajoutait le kubbal, c'est-à-
dire les taxes que payaient les Européens pour trmverser le pays en

230
direction du Gajaa~n et pour faire du comnerce à l'intérieur du
Fuute. Ces taxes payées en marchûndises ont fini par créer de nou-
veaux besoins chez les satigi et accentuer leur dépendance à l'écard
ùu connerce atlantique à partir ùe la fin du XVIIe siècle.
Tous ces revenus ne viennent qu'en complément de
ce que
le satip,i tire de l'exploitation de ses terres.
Les sotiGi sont culti vntcurs coame les autres dir,ni ta;:.···
ras. Ils exploitent leurs donaines avec leurs enfants et leur dones-
ticité souve~t très nonoreuse. C'est ce qui fait dire à Chanbonneau
que le dénuenent pousse les princes à piller leurs propres sujets
"Tous les revenus de ces Roys consistent en Bestiail, captifs et
quelqu~s terres où ils sèment le mil et conme il s n'ont que ce GO-
naine, car ils n'ont pas le droit d'imposer aucune chose sur les
peuples, ils vont les piller souvent sous prétexte qu'on anal péi"<;é
d'eux, ou que l'on a volé, tué, ou bien quelqu'autre criEe en sorte
que pas un n'est assuré d'avoir rien à soy et outre les emmenen L
encore aaptifs. C'est aussi en Grande partie ce qui a donné lieu au
cbungenent de Gouvernement en celui de Toubenan ••• " (L. M. de C~ni"1­
bdnnaau, B. IFAN, t. 30, B 1, 1960, p. 322).
Dans ce pnssaiie, Chm.lbonneau est en accord av 3C les vo-
yageurs portuEûis qui ont reoarqué que le Roi des Fulbe allait ~ux
champs en personne pour'
eurveiller les travaux, n~me s'il y allait
monté à cheval. Il arrive que les soudards "Sebbe", à la solde des
princes pillent les sujets du Roi ~ Elais le plus souvent c'est en
tant que chef de la justice que le roi exécute les sentences et ce
n'est qu'après condamnation gue les coupables sont pillés en guise
de châtinent. L'asservissenent n'avait lieu qu'en cas de neurtre
avec prénéditntion. Il arrivait aussi que la rebellion d'un sujet
entratnat une expédition punitive, avec pillaGe des biens et asser-
vissement on cas de capture. Cette tendance à l'abus d~ pouvoir, nu
pillaGe ùes sujets, est le résultat de l'endettenent croissant à
partir de la. fin du XVIIe siècle cles princes à l'égard des négr:;.ers.
Dans l'inpossibilité de payer leurs dettes évaluées en esclaves,
certains princes permettaient aux traitants de piller tel ou tel
village
rebelle , et d'y faire des captifs jusqu'à concur-

231
rence de leur cr6anoe. L'insécurité Générale qui en résulte pour les
personnes et pour les ~iens e~ à l'oriCine, selon le P. J. B. QiBY
de la grave crise des années 70 du XVIIe siècle (J. B. GABY, le P.,
1689, pp. 48-49).
3.1.2. La cour du cotigi ou le batu
IJe natiFi est entouré d'une cour ou batu dont les nembres
sont appelés de~ lptulonbe. La plupart sont des conseillers personnels
du satigi tout en étout préposés à des t~ches précises. Ce sont ces
wetulaabe que Chûnbonneau et le P. J. B. GABY appellent les "officiers
de la couronne" : l::ai:lnlinku, alkati, jao(;araf, guynaako, jawdin,
b~knëg, "Suianfer" ou "guiausire" et "l3urondani" sans coopter les
griots.
Le knoalinl::u (36) (ou fils ~rné) est le titre porté pur
l'héritier présonptif. C'est le personnaGe que Chambonneau, le P. G.-
B. GABY et le I. Lnbnt désignent sous le naD de "Cenalingue". Le terme,
sous la pl~ 1G Jnnnequin de Rochefort (1643) désigne effectivement
le fils otné de Cnwa Laneu, c'est-à-dire Bubakor Sawa Leanu appelé
aussi Bokor Tabn~nli. Le fils de ce dernier, Saoba Booy , a porté
le titre cle l::nualinku dont il a/a~~titué par son "père" Sire Sawa
Laamu à couse de son opposition à sa politique. Le titre n'est donc
pas porté nécessoire~eut par le fils ctue du roi régnant. Après la
destitution de Saube. Booy, c'est probablenent SalYn Dcr:de qui en a été
rev~tu. S'Q.lé lTjaay Q été désigné kaoalinku par son frère, satigi
Konko Bunusa. C'est pour en avoir été clestitué que Saoba Gelaajo Jeegi
a pris les orees contre son cousin Bunusa.. Le titre peut donc ~tre
porté par le frère, le cousin, le fils ou le neveu du satigi régnant
conformément GU~ couturles en matière cle dévolution du pouvoir. Vice-
roi, il ren::.Ünce le .sati;;;i en cas d'absence, préside le batu. Dan
toutes les uanifestations il vient hiérarchiquement après le sotigi e
Son donaine est St~ le. rive droite dans ln vallée du Fori. Il habitait
sans doute GOiillTI (CermE cle la Carte de Delisle) au pied de 10 colline
qui porte le n8ne non à l'cst de Kayhaydi (Hnyre Gonde). Il était aussi
selon iu plu9nrt des voyageurs le chef cles Maures de la rive droite à
l'Ouest de GiraY, ceu~ de la partie orientnle relevant des Yaalalbe.

232
j~l1rnti et Jnngnraf sont, selen Chenbol1neou (ibid), "co'Tle
des vizirs". Le ~,:. J.-B. GABY (ibid) précise que "Alkati est ce qJ.e
le granC'. Vizir est C:1OZ les Turcs". (ibicl). C'est donc à la fois une
esp~ce de ~re~ier ninistre, de ninistre de l'intérieur et des affaires
étrong~rcs. Il est prép~~6 nux relations nvec les étrangers, en pnr-
ticulier nvec lce c0D~crçnnts europ6ens. Il perçoit le kubbal au non
du sotigi et pr2oic1 c ?~ sn réparti-tian. Cette fonction existe dans
ln plupart deo roy:ouLles s6négnl:lbiens. Nous sonnes là en présence d'une
des ~anifesta.tion8 des influences arabo-berb~reB sur les institutions
des roynunec 8un(c:.a.::l~)icns. Il dé ri ve c~e ln fonction du gûdi qui jugeait
selon le c1roit islnnique, sur la clm;wmle expresse des plaidcl1rs.
Le fait que le gn(~ cst nécessairenent un lettré en langue arabe? en
fait le secrétaire du sntigi, chnrgé de ln correspondance du sntigi
avec les puissnnces ~trangères (37). Il joue souvent le rôle de narn-
bout et de fnbricnnt de gris gris auprès du satigi.
Le ;jeagnrnf est au Fuuta ce que le ,jawdin et le ~ sont
au Waalo. Chnnbonneau et GABY en font \\Ule sorte d'intendants préposé
à la garde "ùes mo.isons, captifs et biens du Roy". En fait, le ,iaagaraf
est responsable clos revenus du sotigi. Il 8~re les terres, perçoit
sur les locntnires des terres royales le njoldi (droit d'exploitoiion),
le cootigu ou rochnt ct l'ossokal ou ùtme sur les récoltes. Le jaagarnf
est finalement le rnssembleur de toutes les prestations foncières et
le gestionnaire des terres du satigi (38).
Le coyunuko que Chambonnenu et GABY transcrivent par
"Gainague" et "GuÜ~~1n2,-Ue" est le berger, gnrclien des troupeaux du
satigi. En G8nérnl, il y 0 un gaynnokc ~our les boeufs et un pour
les ovins et coprins. C'est lui qui conùuit les troupeaux aux pâtu-
ragcb, ge chnrce ~c traire les vaches loiti~res qui sont gardées dons
l'enclos attennni à 10 nnison du satigi. Il est aussi responsable des
autres b@tes qui Dont eardées loin des habitations par des bergers
stipendiés. Le vi llnce des bestiaux est appelé "~", por opposition
à saure, le villaGe des honmes.
Le bëlmër, terne typiquement wolof, désigne celui avec

233
qui on partar;e la chambre. Chambonneau nous précise qu'''il y en Et
un premier et !)lusieurs autres". Ce sont des "gentilshommes de la
chambre et valets" ; donc des confidents et des porte-parole du
sntigi. Le permier bëknëg de Sire Sawa Laamu s'appelait Baba Mile.
Il s'agit là du conseiller le plus écouté du satigi, celui qui parle
dons l'oreille du satigi et dans l'oreille de qui parle le satigi.
C'est une sorte de héraut qui proclame ce que le aatigi dit tout bas.
Il porte aussi le nom de nantinoowo, car les rois ne doivent jamais
élever l~ voix dans les traditions sénégambiennes.
Le jaaltaabe ou le ~ est le terme qui, au Fuuta,
correspond le mieux nu "Guiaua1rc " de Chambonneau et au IiGuianfere"
de GABY.(39). :Pour ces deux auteurs, c'eïlt le "martre" ou le "surin-
tendant" des rivières. C'e~t en quelque sorte le p~cheur du satigi,
chargé d'approvisionner la maison royale en poissons. Par sa position
auprès du satigi, il est le responsable et le réprésentant de tous
les p~cheurs (39).
Les griots qui sont attachés à la personne de satigi sont
dirigés par un farba. Le farba des griots est à la fois l'organisa-
teur dre rejouissances (musique et danse) et généalogiste officiel,
gardien des traditions dynastiques et familiales des Deenyankoobe.
Contrairement aux affirmations du P. J.-B. GABY, aucune
de ces charEe~ n'est vénale. Le satigi entretient grassement ce qui
peut ~tre considéré comme son conseil privé (40).
Les membres de cette cour, sauf le kamalinku, sont person-
nellement attachés au satigi. Les titulaires peuvent changer avec
l'avénement d'un autre satigi qui s'entoure d'hommes de confiance.
Ce conseil privé ne doit pas ~tre confondu avec le ~ du Fuuta,
m~me si celui-ci peut ~tre influencé par celui-là.
3.1.3. Le Batu du Fuuta, comme no~s l'avons vu
, rassemble l'ensemble
des Lnwakoobe (Deenyankoobe, Sammankoobe, Yaalalbe et Sayboobe) et
des Fuuta~oobe. Selon Labat, il est constitué à l'époque de Sire
Sawn Laomu par les"grands du royaume", "dispersés dans les provinces
dont ils ont le gouvernement" (L"BAT le P. 1728, t. II, ch IX, pp.

N
t\\~-':mirt~S 'Of: de c~r tl1in.r,; dom'l!s-
1(""") tiquQ:
~ \\~..,,....,l
i
E

195-196). L c8té du kamelinku qui y siège de droit, il y n, princi-
palemenJc, poursuit Labnt, "Solidine, A.rdo Buube, Guery Samba, Lame
de Bosse, Ferte Vovalarde, Axon, Boucor, Lnuctor, Lali, Lamennge,
Boninero, Lrdo Gede, Farba Voagali, Siratic de Belle, Siratic de
Claye".
Ces dignitaires sont sénérnlement des chefs de guerre
qui répondent à la convocation du satigi, à la t~te de leurs contin-
gents en cas de c~flit armé. Ils jouissent parfois selon Labat du
droit de pillaGe pour se "dédoramnc;er des dépenses" qu'ils sont ar.J.enés
à faire. En réalité ce droit de pillage n'e~t exercé que par le
sntigi, dans les cas _établis d'homicide, de sorcellerie ou d'adultère.
Parmi les person~aees mentionnés par Labat, on peut re-
connattre deux ~ammnnkoobe désignés l'un par son titre lanmdo Booseya
(Lame de Bosse),
(Iti), l'autre par son prénom SuIe Dene (Solidine).
Nous pouvons reconnattre aussi quatre 3ayboobe dont deux sont désiGnés
par leurs titres. (satigi Dekle et satigi Belle), un par son titre
suivi de son prénom (~Bubu, qui est aussi satigi ~Thoolo) et par
son prénom suivi de celui de son père (Jeeri Samba). Parmi les 1'1en-
bres du~, on peut reconnaître égalenent laaliltooro, appelé ici
"Lauctor" (40~).
Lux côtés des Lawakoobe dont fait partie laamtooro, siè-
gent des Fulbe qui portent souvent le titre de ordo. Ardo Gade est le
chef de tous les Ururbe du Tooro, toutes fractions confondues. Il
réside à Gede Saare, fiuprès de laamtooro; reconnaissent son autorité
~ Edi ct ~~ ~lliantu. Lali est aussi un pullo gur-uro. Devraient
également faire partie du ~ les ~ des grondes leyyi fulhe
~ Ngiril, ordo Njaawbe, ~ r~oda et ~ Galoyn (403).
Il est surPrenant de noter l'absence de joom Njaalel et
de joom Jallube de la liste des nembres du ~ qui nous a été trans-
mise par le P. Labat. Coor.J.e nous l'avons vu,
joom Njaalal a été in-
vesti par Koli du commandement de la province du Ngenaar et du Damga,
de Giray au Xaas~ (44).
En dehors des dignitaires fulbe, le batu du Fuuta est

235
composé des fnrba des grandes communautés de Sebbe. Le P. Labat ne
cite que fnrba Waalalde (Vovalarde) et farba Awgal (Voagali). Il
aurait pu y ajouter farmbaal de Kayhaydi,
farbn Jowol,
farba Njum
et farba Erem. Ce sont eux qui sont
appelés les Fuutankoobe,
les
martres des principales provinces avant la conqu~te de Koli. Koli
les a associés au pouvoir après les avoir vaLncus pour mettre à
profit la force nilitaire qu'iln constituent (45).
Parmi les omissions, on peut signaler celle de jaagaraf
Koliyaabe de Ngijilon,
chef des Sebbe Ngenaarnaabe et de bijjew,
chef des Sebbe Wurankoobe.(46).
Qu'il s'agisse des chefs de provinces comme laamtooro
satigi liebbiyanbe, lanmdo Bosseya, des chefs de leyyi Fulbe comme
jaon Njanlnl , ~ Njnnw, ~ Mboda ou de simples chefs de villages
ou de terres, tous les dignitaires sont proposés par un groupe dé-
terminé de notables appelés jaambureebe et confirmés
par le satigi.
A chaque avénement de chef, le
diGnitaire
pronu
donne un tribut
nu satigi. L'Qvénement d'un nouveau sotigi e~ toujours l'occasion
de prestatious de la part des autorités régionales et locales.
C'est sans Goute ce que le P. J.-B. GABY assimile à des offices
acquis aux enchères. Certains ùe ces chefs,
comme farbn waalalde
sont extr~IJenent riches en bestiaux (LABAT le P., 1728, t
III,
ch V,
p. 187).
Les chefs de villaGes sont charGés de veiller aux intérêts
de ln cocrmunauté villngeoise :
justice à l'amiable, bergers commu-
naux, tracé ùes pistes de parcours des troupeaux, fixation de la date
des récoltes,
lutte contre les oiseaux manGe-nil et les animaux
prédateurs. Dans tous les cas,
la concertation avec les .notables
chefs de quartiers ou des clans fa:Jiliaux est de règle.
La conqu~te de Koli, la politique de coopération qu'il
a instaurée entre conquérants et indigènes ont contribué à faire
du Fuuta une terre de métissage culturel et de concorde sociale.
En effet, si Koli a casé Sayboobe, Yaalalbe, Deenyankoobe, il n'a
pas totalement dépossédé les anciens maîtres. Il les a plutôt asso-
ciés au pouvoir poli ique et militaire, les a confirmés en partie
dans leurs priviléges, prérogatives et commandements. Kprkumbel a
reoplacé son frère Mhefti Legetin comme farmbaal. Farba Jowol, farba

236
Wnolùlèe,
l~nntooro sont choisis comQe le veut la coutune dans les
marnes familles. Les chefs traditionnela ainsi récupérés deviennent
le fer de Innee de l'ornée des sntigi, à couse de leur courùge, de
leur valeur ;~ilitaire, de leur richesse,
et de leur nombreuse clien-
tèle. Les cn~ets de fORilles sont casés à la suite de remembrenent
des terres. Pour maintenir l'équilibre entre le nouveau régime et
les Q(klinistrntions locales, Kali, une fois le Fuutn conquis, a tenu
une conférence générale des diGnitaires du Fuuta à l'issue ùe la-
quelle i l s'est proclamé satigi avec tout le pouvoir éminent de
justice, de défense du territoire 9 i l n conservé aux différents
en
chefs
10 juridiction exclusive sur leurs sujets, tout./les exhortont
à la justice.

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A.FAYE
Fig. Ne 23
LES FOYERS DE OOMESTICATION DES PRODUITS AGRiCOLES INDIGENES EN AFRIQUE
O'opr~$ Horion 1971 in. 0 W. Phillipson 1917 po;. 59

237
rl- LES PRINCIPALES ACTIVITES PRODUCTIVES
En Jénégn~bie en générnl, et au Fuutn-Tooro en particulier,
il y a trois activités écononiques majeures : agriculture, pêche,
élevage. Elles visent toutes à l'autosuffisance des populations.
Elles sont le fondement de la structuration de ln société fuutnnke
avec ses trois éléments: agriculteurs, pêcheurs et pasteurs. Toutes
les nutres activités économiques et formations sociales en découlent.
1. L'AGRICULTURE
L'cGriculture est la première de ces activités éconoDiques
du Fuuta. C'est une activité ouverte à tout le Bonde sans exclusive.
Elle honore celui qui l'exerce et ne fait déroger personne. Elle
assure l'indépendance da l'individu qui s'y consacre. Il suffit de
ne pas reculer devant l'effort et ln fatiGUe pour être agriculteur.
Selon R. Porteres et J. Barrau, c'est entre-9.000 et -5.000
que se plûce le passage du stade "d'appropriation" à celui de ln
"production" cles espèc es flori stiques. Ln r.lêne période voit la
différenciation des foyers "horticole" et "agricole". Dans le "ber-
ceau afro-occidental" du continent africain, ils identifient deux
sous-secteurs : le sous-secteur niGérien central et le sous-secteur
sénégambien qui ont joué respectivenent le rôle de foyer primaire
et secondaire de la culture du sorGho, du mil chandelle et du riz
(Rist. Gen. hfr. Unesco, 1980, t. 1, p. 725-744).
Les travaux de Munson et d'A. Holl montrent que l'économie
du Dhar Tichitt reposait au noins partiellement sur la culture du
mil chandelle. Ils n'y ont pns identifié le sorgho à cette époque.
Le sorGho avec ses différentes variétés a dû venir du foyer nigérien,
si toutefois ln tendance migratoire d'Est en Ouest, notée par A.
Holl au Dhar Tichitt se confirne.
Par ailleurs, al-Bakri (AL BAKRI, 1965, p. 310) au XIe
siècle et al-Idrissi au XIIe fournissent des témoignages précieux
sur l'agriculture du Takrur. Les habitants du Tnkrur commercialisaient
leurs surplus agricoles. Ils sont de ceux qui ont fait des Berbères

238
Lantunc des consommateurs de céréales.
Les téooignaKes qui s'échelonnent du XIe au XVIIIe siècle
sont ùe veleur inégale. Certains comme eeux de Marmol ou de Dapper
sont de simples conpllations, reprenant essentiellement l'oeuvre
d'l~lvise dn 1108to, tout en y ajoutnnt des affirnations erronées.
Beaucoup d'idées reçues sur la paresse des populations se retrouvent
partout, parfois à côté d'autres indications qui les contredisent
évidenment. Certaines informations sont sommaires, tandis que d'au-
tres reGor~ent de détails. Ces textes abordent des sujets aussi
différents que le statut juridique de la terre,
la nature des sols,
le réc;ine hydrologique,
les produits ngricoles, le calendrier ae:ri-
cole, les oéthodes culturales et les instruments aratoires, les
régioes alioentaires et la conservation ou la commercialisation du
mil, la nenière de protéger les récoltes contre les prédateurs,
la
faune ou la flore.
1.1. Le statut de la terre
De tous les auteurs,
seul Chambonneau nous parle de statut
juridique de la terre,
en disant la terre "ne leur est point vendue
et ils ne la vendent pns. Ils en prennent oà bon leur semble ••• ".
Dans un rapport au Marquis de Signelay en 1686, Chanbonneau propose
un véritable plan de colonisation. L'abondance des terres dont les
2/3 ou les 3/4 sont en friches lui fait dire qu'on ne fera pas de
tOI' t
nux NèGres en ne 1 eur prenant "que de la terre qui n'est point
un bien parDi eux leur
stant comoune et en changeons tous les ans,
sans en deIJE:-nùcr pernission à personne" (q7).
Sn fait,
l'abondance de la terre n'est pas signe de non
appropriation. Le satigi est le propriétaire éminent de l'enseoble
des terres du royaume. Il peut affecter des terres en friches à tel
individu, à telle famille ou à tel e;roupe d'invididus. Il peut en
enlever à une famille nantie au profit d'une autre moins pourvue.
C'est ainsi que Yero Jarn fi richeoent doté Bubu Jnh des kolande de
Jaalaw. Bubakar Tabakali a pris aux Wan-Wnnbe de Wnalalde des terres
qu'il a données à son fils SaDoaël. Koli lui-m~me avait confisqué
les terres des seerembe K~n de ~llioolo pour les donner aux Sayboobe
ses alliés. SuIe Njaay n, plus que tout
.autre satigi, utilisé la

239
terre pour asseoir sa politique, et pour doter ses filles uoriées
à des ~oorobbe : Ahnndu Hanaat Wan en épousant Aïssata SuIe Njaay,
est doté de riches kolaade dans les environs de Kanel. Alnanni Abdul
pour lutter contre les déprédations des Maures et les Fulbe du
NjenGel donnera plus tard des terres de culture; à des conmunaut6s
de guerriers en les installant sur certains gués du fleuve ou en
leur confiant la garde de certains points stratégiques. Les dotations
peuvent ~tre faites en faveur des diverses catégories socio~profcs­
sionnelles, nais plus spécialement aux Fulbe Lawakoobe et aux
seerel:J.be.
Pratiquement, tous les Erands propriétaires ou joom tiennent
leur droit du pouvoir central auquel ils versent un tribut appelé
ndoodi, D'une façon générale, le deGré d'appropriation est moins
élevé pour le jeeri que pour le waûlo, où il est total. Le joom est
propriétaire. Mais la propriété n'est jamais individuelle au sens
romain du terne, avec le droit d'user et d'abuser. Il n'est que le
gérant d'une conmunauté familiale. C'est en fait ln famille qui
est ,ioon. La gestion est confiée au plus tigé, qui parle au nom de
l'enseuble de la connunauté fauiliale. La propriété collective est
appelée ,io'''re (c'e'èt-è-dire le "tas" des biens indivis). Chaque foyer
constitué reçoit pour sn subsistance un chaup, une parcelle, appelée
ici "ngessa". C'est ce que Chaubonneûu traduit en disant que "chaque
ménae;e travaille seul en sa "toI", qui sont leurs terres labourables,
autant qu'il en faut pour leur nourriture". Le reste du douaine est
nis en location à des particuliers. Certaines locations sont annuel-
les, le temps d'une saison, d'autres sont pluriannuelles ou n~Qe
perpétuelles. Ces dernières sont conclues avec les fouilles des COD-
pognons du prenier ,ioom, et qui ont en fait participé au preni~
défrichel:1ent pnr la h~che (,iaobere) ou par le feu (,jeyngol). Toutes
ces locations se font contre ~es prestations ordinaires (njoldi,
assakal, doftal) oU extraordinnires (cootigu).
Le ~joldi est une redevance syu.bolique annuelle que le lo-
cataire paie au début de la saison,
(jolde waalo = entreprendre les
travaux du lIûalo), qui connence au nouent du retrait des eaux. Sa
valeur dépasse rarenent le prix d'un nouton d'un an. L'assakal n'est
rien ù'autre que la zakat, qui s'in~ose tout aussi bien au joon qtt'au

2~ü
locataire. Il s'agit du dixième de ln récolte qui est donné sous
forne de Groins ou d'épis. Originellenent,
cette dîme était destinée
à l'entretien des pauvres et des étrangers. Elle était verRée soit
au chef de villaGe,
soit à l'ioao de la nosquée. Il est arrivé sou-
vent que le jooo assure l'une ou l'autre fonction. A l'orir,ine,
cette droe léGale devait s'accompagner du prélèvement du dixiène
de ce qui reste au locataire au profit du joon, Par la suite, pour
nlléger ces prestations, le joon a pratiqueoent détourné l'assakal
de aa destinatinn première à son profit, ce qui lui pernet de re-
noncer à ce qui lui revient ordinairenent. L'nssakal de l'ense~ble
des terres louées, une fois réuni,
le doyen d'Bge le partage entre
les meobres de la famille au prorata des charees qui pèsent sur les
uns et les autres. L'assakal de leurs propres chanps personnels est
distribué à l'extérieur.
Le doftal est une sorte de prestation en travail que le
Mcatoire doit au joon. Il effectue ce travail sur le champ que le
joon exploite personnelleoent. Il arrive que dans le courant de ln
saison, le joom choisisse un jour où tous les locataires de ses
champs effectuent ce travail. Il est évident que le noobre de pres-
tations dépend du nombre de chanps loués. A cette occasion, le joon
leur sert le repas aux chanps n~ne.
Dans d'autres cas extraordinaires, conme la fBbrication
du toit d'une case, il arrive au jOOQ de demander un service au
Mcataire. Ilnis dans ce cas précis, c'est l'ensenble de la connunauté
villageoise qui est concernée,
et non les locataires
seulenent.
Le cootiBu signifie le rachat. C'e~t une sorte de droit
de mutation qu'un enfant paie pour prendre la succession de son
père décédé pour continuer à exploiter la terre qu'il tenait du
joom. Le cootisu est plus inportant que le njoldi. Sa valeur dépend
de l'iuportnnce du chanp et peut varier d'une pièce d'étoffe de
guinée à un cheval ou plus.
Conne on peut le voir, le ~ est un personnage inportnnt.
Il est nu Fuutn ce que le lanan est en pnys wolof et le yaldax en
pays sereer. 11eis son cutorité n'est pas absolue sur ln terre. Il ne

241
peut en aucUll cas enlever son chanp à un locataire qui est en règle,
que ce locataire soit saisonnier ou perpétuel. Pour caser les nou-
veaux foyers qui se fondent dans la fooille, il utilise les par-
celles à location temporaire. Une fois qu'un chanp passe du jowre
à l'exploitation familiale, il est exonéré des charges tradition-
nelles, à l'exception de l'assnkal. Ce chaup qui change èe statut
est appelé "nRessa sudewa" ou champ de case.
Le statut des terres du jeeri est généralement plus libre
que celui du voalo, parce que le jeeri est beaucoup plus étendu,
que le vaalo. L'appropriation du waalo est presque totale, ce qui
n'est pas le cos du jeeri. Pour qui ne recule pas devant les incon-
vénients de l'isolement, il est loisible d'aller défricher des
terres non appropriées, très loin dos régions habitées. Des dissi-
dents d'une connunauté villageoise ou des migrants fulbe volontaires,
à la recherche de plus vastes terrains de parc~urs ou des terres
neuves, loin des conflits villa~eois, le font souvent. Ils défri-
chent les terres, fondent de nouveaux villages avec l'accord du
satigi. Ces nouveaux établissenents qui ouvrent droit à la propriété
sont appelés ~ (sing levre) ou sincu. Ces nouvelles terres que
l'on fune en y faisant pâturer les troupeaux, une fois les récoltes
faites et engrangées, sont susceptibles de produire d'abondantes
récoltes. La présence d'un point d'eau favorise ces installations.
L'agriculture devient de la sorto un facteur de sédentarisatinn des
pasteurs et d'appropriation de la terre. Dans tous les cas, les
procès concernant la propriété des chanps sont beaucoup plus fré-
quents pour le vaalo que pour le jeeri.
1.2. Les produits agricoles
1.2.1. Les produits cultivés
Les diverses variétés de nil qu'on cultive dans le jeeri
sont le ndiyaniri ou oil chandelle qu'on fait venir sur le seeno,
le noobuku et le feela qui viennent sur le naaruval et le katawal
(~8). Les vqriétés cultivées dans le waolo sont le saome appelé
bcleeri (noir) et le sewil appelé ndaneeri,
(nil blanc). Sur le
falo et le foonde et sur les terres bien fumées autour des cases on
-
- -
fait venir le nafs. Ndiyaniri, sanne et sewil sont très riches en

farines, se pr~te davantaGe à ln préparation du cous-cous que l'on
mange le soir et le matin. Le cott presque sucré de ces variétés
de mil fait <lU' elles uttirent pnrticulièrenent les oisep-lx préda-
teurs :noinenux, n~nge-nil et piGeons. C'est surtout du ~aD@e et
du sewil qu'il s'agit quand Adunson (1757, p. 50) parle du "c:;uiurnat
dont "les Nècres avaient enveloppé les épis uvee leurs propres
feuilles, pour les mettre à l'abri des attaques des moineaux qui y
font ordinaircnent de grands ravaces". Le ndivaniri est uppelé
petit rJil, tandis que le satltle et le sewil (njarnatt en wolof) est
appelé gros nil. En revanche, le aoobuku, le feela, autres variétés
de sorcho blanc, et le mais sont plus durs à travailler, noins
riches en farine et plus propices à ln fabrication de brisures
appelé cenle (sankal en wolof) que les Français transcrivent en
"sansle" ou "sanglet". Cette brisure de nil ou de mais est cuite et
consommée avec de la viande, du poisson ou du lait. En cas de diset-
tes ou de fauine ces eérénles sont reoplacées par des produits de
cueillette comoe le paggiri (chloris pilosa) qui ressemble à du
fonio_.sauvage, ou conne les racines de nénuphar (tabbe) ou les
gijile (Bossia Senegalensis (p~) lam ex poir) fruits amers d'un
arbuste nain, traités à la potasse pour les rendre consommables.
Dans les cas extr~mes, on cassait le nid des fourmis pour recueil-
lir leurs réserves en grains. Ce procédé s'appelle le jongo.
Du XIe au XVIIIe siècle, nous avons des rémoi~nages sur
les activités rurales. La plupart des informatinns portent sur le
régine alinentaire, qui repose sur le mil, les laitages et le pois-
son (al-Idrio1 , 1886, p. 3). Les habitants du Sénégal cultivent
selon Alvise da Hosto diverses variétés de nil, "gros et nenu"
(A.. da Les-to, 1890, pp. 1j,00-Ij,01). Il s'ae;it du petit [idl, Dais
surtout du sorgho dont on fait du cous-cous (Valentim Fernandes,
1951, p. 15). Les m~nes informations concernant la culture du mil
sont reprises Dar Harnol (1667, live l, chap. XVI, p. 31j,), Lacourbe
(in Cultru, 1912, p. 131) et Dapper qui signale que "le grain le
plus commun paroi eux est une espèce de nillet que les Indiens ap-
pellent nars". (Dapper, 1686, p. ~31). Il n'est cependant pas sûr
que le mais soit déjà introduit ici au XVIIe siècle. Les indications
les plus explicites sur les cultures vîVrières sont données par
Chanbonneau qui parle du "petit" nil en culture sous pluie et du

243
"gros" mil en culture de d~crue (L. M. Chaobonneau, in C.I.A.
Ritchie, 1968, p. 320). Il ne foit cependant oucune mention du nais.
Labat se contente de recopier Chaobonneau avec force détoils (Labat,
1728, t. 2, p. 165), Barbot confirme ses devanciers quant à la plaee
du oil dons le régiDe alioentaire (Barbot, 1732, vol. 5, p. 57).
Si à l'époque de Lacourbe le "c;ernote" vivait à l'état sauvage dans
le W~clo, nu oilieu du XVIIIe siècle, il est déjà cultivé dans ln
région de Podor (Adanson, 1757, p. 50). Contrairenent à ce que
prétendent Ch~Jbonneau et Dapper sur l'inprévoynnce et la paresse
des ~opuletions qui ne sèment que ce qui est strictenent nécessaire
à la consoonation, il senble selon Durani (1802, ch. XIX, pp. 239-
242) que les récoltes dégagent un surplus conmercialisable.
Le Fuuta-Tooro est le grenier à mil de Saint-Louis. Cette
denrée fait l'objet d'un coomerce appréciable. Elle est indispensa-
ble à la nourriture des indigènes, "des nègres libres" de Soint-
Louis, des captifs en instance de déport pour l'Anérique et les
Iles à sucre. Il entre aussi en suppléoent dans la ration des
engagés, des soldats et des équipages qui manquent de biscuit. Il
est écaleoent acheté pour 10 provision des vaisseaux qui portent
les Nèe;res en Anérique. Il est consonmé sous forne de "cous-cons
et de sanelet" qui, selon Labat, est une nourriture légère et
facile à digérer. 8n utilise aussi le nil pour fabriquer de 10
bière de oil ou ~ (nI-Idrisi, 1886, p. 6). Les populations du
Waalo qui en produisent peu, s'en procurent au Fuuta en offrant en
échange du sel de Bieurt et de Nece. (Lecourbe in Cultru, 1912, p.
131). On en produit de grandes quantités entour du Lac Koyar.
Locourbe (in Cultru, 191?, p. 85) en traita à Quédé en
1685 vinCt tonneaux pour moins de cent froncs. Il
en refusa foute
de norchanèises. A l'annonce de son arrivée plus de 500 oarchands
descendirent du haut pays pour venùre leur oil conservé dans des
sacs en cuir de nouton oppelés "touIons". On tire aussi beaucoup
de nil du "lue de Panier Foule" (Labnt, 1728, t. 2, p. 165). Labat
cite les ~rincipaux points de truite du nil sur le fleuve Sénégal
et sur le Due: Gede (Lantor), JuarnnGel Tooro, ~Thaarjan, Babaabe,
Waalalde, Loycle, Bitel, Njum, Hayre, Duncel, Abdalla, etc (Labat,
1728, t. 2, p. 171). Le nace auteur nous donne beaucoup d'indica-

tions sur le cours du [lil d.ont la "barrique de !J:OO livres vaut les
années ordinaires l", è 0 livres en row.rchanc1ises (tnrif de 10 COlJ.pU-
gnie, c'est-à-dire ovoc 100 %de bénéfice). Pour !J:O sols ou !J: froncs
de marchanèises, on peut nvoir !J:OO livres pesant de nil écolés. En
épis, on échonc;e lj, bnrriques pour 1 barrique de nil écalé". "Mais
le cours du mil OGt vorioble selon les années car "on a vu
en 1698
une si gronde disette au Sénégal que la barrique fut vendue jusqu'à
20 froncs". (Lnbet, 1728, t. 2, p. 169). En tenps de crise de subsis-
tances, les pri:~ peuvent nultiplier 2, 3, 5 et m~J.:le 10.
Le ri::: selon Vnlentin Fernnndès (1951, p. 15) n'e.:.t produ::t
qu'en petite qucntit6. Pur la suite seuls en parlent Lacourbe (in
Cultru, 191?, p. 1)1) et Chaubonneau (in Corson 1. n. Ritchie, 1968,
p. 320). Il 0' [',c;it proboblenent de la vnriété africaine, appelé e
masro (Oryza glnborri8a Stendel) que l'on cultive dans des mores o
C'est une culture lJ.incure qui au Fuuta n'était faite que par les femmes,
comme le coton ci l'indigo. Il est de couleur rouge. Il ne ser.lble pas
que le riz asiatique (oryza sativa L) nit été déjà introduit au XVIIe
siècle. Le "ri::: spécifiquelJ.ent africain à panicules rigides, dressés
et à caryopses bruns ou rouges" (R. Porteres et J. Barrou 1980, po
739) "soit oxploité on cueillette soit produit en culture", est déjà
menti~né pur Strnbon dnns l'Antiquité Qi par Ibn Battuta au XIVe
siècle. La conquate ùu TUGant par les Llooravides (XIe siècle) d'où
ils ont chassé les Noirs et les Fulbe, puis l'invasion des Hassan, n'a
pu effacer du Tn[;[mt le toponyme "beyln Dnro", transcriptinn défec-
tueuse de "oeolal nanro", qui signifie ln grande mare au riz.
Il fnui Lire que cela est cOlJ.pr6hensible dans la nesure Où
la dooinetion de3 ~nanternes sur le sud du Tagant s'est prolongée
de la fin du ::le siècle jusqu'à la conqu~te de Koli en 1526. Ce riz
des mQr~~ "Duro bccliV éteit cultivé dans des mores appelées "paraaji".
(sing. permlol), terne qui signifie en Fulful de du Fuuta-Jallon, ré-
gion oarécaseuse. (G. Vieillard, 19!J:0, p. 95).
A caté de ln culture doninante qu'eet le nil, on fait

fait pousser d'autres plantes qui entrent dans l'assaisonnement ~n
mil. lil Idrisi
mentionne "l'oignon, le concombre et le melon rl~eau
qui devient d'une grosseur énorme" (al Idrisi-, 1886, p. 6). L'l
"concombre" (wuduru, pl. budi en pulaar) est consommé cuit en géné·-
raI. On en fait une sorte de gelée qu'on mange avec du cous-ccuS o
Le "melon" d'eau" (dende, pl.bllime en pulaar) peut être consommé
cru ou cuit. Cru, il désaltère et apaise puissamment la soif. ~~
Idrisi
ne nous dit pas de quelle variété de melon il s'agit. Le
melon rouge est surtout produit pour sa chair rouge et très sUcr~H.
On If.ap]Jelle "dende sibeere",
(pl. ~ ciÏ;.bee.j e) d'après son en--
veloppe rayée de bandes longitudinales. Ce sont ces melons que
Adanson B~pelle "giromons, ceite espèce de potirons particuliprs
aux pays chauds, qui ne cèdent point à ceux des pays froids pour
la grosseur et
dont le goGt sucré de plus fin et de pfus délicat".
(Adanson, 1757, pp. 39-qO). On peut valablement l'apreler meloJ~ ~0
bouche. Il peut atteindre une taille prodigieuse. Les graines ne
sont pas riches en huile. En revanche, le melon blanc constit110
la variété la plus couramte. Il est surtout cultivé sous plvte.
dans le jeeri tandis que le melon Touge est cultivé dans le .?~~;ilL?
en culture intercalaire, au milieu des plants de sorgho. Les ~3S­
tèques blanches sont tout aussi come~tibles et désaltérantes qTIO
les précédentes, mais elles ne sont pas eucrées même si elles sont
douces. Avant la maturation, on les consomme cuites, ou en faisant
une sauce avec laquelle on assaisonne le cous-cous. Mais les pas-
tèques blanches sont surtout cultivées pour leurs graines très
riches en huile. On les pile et on en fait des boulettes (~) qui
sont cuites avec les feuilles de nebbe, du poisson ou de la viande
pour assaisonner le cous-cous. On peut en extraire l'huile pour
faire du savon. Grilléo~, ces grain08 sont croquées comme des caca-
huètes. Ces graines appelées podde
(sing foddere. beref en wolof)
sont surtout cultivées pour elles mêmes et non en cultureR inter-
calaires dans le Laaw et le Tooro que l'on appelle aussi par déri-
sion Fuuta-podde. Ailleurs, on les sème en même temps que le mil,
en cultures intercalaires. C'e~ seulement la colonisation qui B
fait prévaloir l'arachide (gerte) sur les podde. Il y a une variété
de melons sauvages ou pirndille d.e la grosseur du poing, qu'on ne
consomme qu'en cas de disette, si toutefois ils ne sont pas amers.

Le follere
ou l'oseille est également cultivé. Au milieu
du XVIIIe siècle, Adanson (1759, pp.39-qO) en a recensé deux va-
riétés : lQ rouge et ln verte. Ici elle est plantée pour ses feuil-
les et ses fruits alors que dans le Soudan occidental, elle l'est
pour ses graines. Elle occupe une place importante dans l'alimenta-
tion des populations du Fuuta et dans la pharmacopée.
La citrouille et la patate douce sont cultivées sur les
pale en cultures de décr.ue
Chambonneau mentionne la première et
non ln seconde (Chambonneau, in Carson I. A. Ritchie, 1968, p. 320).
CepGndant, son nom local (fnatata) laisse penser qu'elle a été
introduite par les Portugais nu j~Ie siècle. La culture de cette
plante est, semble-t-il très répandue en Espagne, en Italie et au
Portugal dens le seconde moitié du XVIe siècle. Un pilote portugais
anonyme de 152l ~ignQle la patate douce à San Thome (R. Mauny,
1953, p. 71). S'il en est ainsi, il est curieux qu'aucune autre
source n'en parle jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Si les Portu~ais
sont respononbles de son introduction, cela se serait passé à l'é-
poque où les relations entre le Portugal
et l'empire du grand
Pullo étaient suivies, en particulier entre 1q60 et 1650, comme
le laisse penser Donelha (197q, p. 157). Le rôle des lançados et
des tangomaos n'est pas à négliger on lG natière,(J. Boulègue, 19ï2).
Parmi les autres cultures vivrières mentionnées citons
le ftebbe (sine newre) qu'Alvise da Mosto (1890, p. qOO-q01),
Lncourbe (in Cultru, 1912, pp. 98-99), Dapper (1686, p. 231),
Chambonneau (in Carson I. A. Ritc.hie, 1968, p. 320) désignent sous
le nom de "fèves" dont on exagère la grosseur. Adanson (1757, pp.
39-q9) parle de "haricots de toutes sortes" tandis que les haricots
plus gros que ceux du Portugnl mentionnés par Valentim Fernandès
(1951, p. 15) désignent vraisemblablement le nebbe-gerte, que lœ
wolof nppellent gajaaga. Les doliques que mentionnent les écrivains
arabes désignent sans doute la même réalité. R. Mauny (1953, p. 70)
ne date pas uvec certitude son introduction en Afrique occidentale.
Les différentes variétés des ftebbe, entrent dans la préparation
des sauces pour arroser le CDUS-COUS. Les nebbe sont parfois cuits
à l'eau et on y ajouœ du beurre avant de les consommer, parfois ils
sont consomnés sous forme de pBte. Les feuilles de ftebbe, utilisées
aussi pour préparer une sauce à cous-cous, constituent un excellent

2~7
fourrage pour les bestiaux.
Les évidences archéologiques rendent caduques le thèse
de R. Mauny (1953, pp. 719-722) selon laquelle le tabac a été in-
troduit par les Européens ou les renégats au service du Maroc. En
effet, m~me si on ne rencontre pas de fragments de pipes à Oogo
(B. CHAVJJ~m, 1980) ou à Sincu Bara et dans les sites de n~me fa-
mille, on en trouve en abondance à Saare Coofi et sur les sites
de la famille de Cubalel : Bogge, Jammel, Doondu, Dungel, Guawol,
Golmi, Giray t1orBo, Suray, Cubalel, Tyabu, Wendin
(Thilmans et
Ravisé, 1980, t. II, pp. 79 et 132). Les deux datations relatives
à Cubolel donnent 1960 ! ~OO BP et 1170 ! 90 BP. Et même l'absence
de pipes à C~o et à Sincu Bara ne signifie nullement que le tabac
n'y étnit pas consommé. Il n'est pas indifférent de noter que les
pipes se rencontrent exclusivement sur les sites du daande maayo
tandis qu'elles sont absentes dans les sites du jeejegol :
en effet
le tabac n'est cultivé que dans le daande maayo. On peut tout juste
penser qU'il ne l'était pas sous forme de tabac de pipe,
encore
qu'on utilise souvent les tibia d'ovicaprinés en guise de pipes.
Il faut toujours avoir présent à l'esprit que le tabac était davan-
tage consommé sous forme de poudre que sous forme de tabnc à pipe.
L'existence d'un nom local pour désir,ner la pipe (jardugal en Pulaar
et naa~.en Holof) qui signifie instrument pour boire, semble militer
en faveur ùe l'existence d'un tabac local. Le nom local du tabac,
simme (poon en wolof) semble indiquer que le tabac n'a pas été in-
porté d'Lnérique. Ln consommation à grande échelle du tabac par les
populations et l'habitude qu'ont hommes et femmes du Sénégal à funer
(Chambonneau, j~F, 06-1, 1688, fol. 1 VO ), la production générali-
sée du tabac constatée par les étrangers vere 1650, montrent qu'il
s'agit là d'une habitude contractée de longue date. Chambonneau et
Labat ne se seraient pas privés de mentionner l'origine américaine
de cette plante nlors qu'ils se contentent simplement de louer les
qualités de ce produit qui ne le cède en rien à celui de Virginie
(Labat, 1728, t . III, p. 202 ~ Chambonneau ibid}.
La variété du tabac appelée tabaake
.n'est que le résultut
d'une mutation génétique du simne. Elle est/g~C~fée à l'instar des
feuilles de tabac importées par les Européens pour leur propre usage.
C'est pourquoi on l'utilise à des fins thérapeutiques,
en fumigation.

2li8
Les indicatinns des auteurs sont parfois contradictoi~es.
O. Dapper (1686, p. 231) affirae que le "tabac y vient fort bi,m!!;
t:1ais qu'on ne prend pas la peine de le cultiver". Il faut dire à
sa décharge que c'est un conpilateur qui n'a point été au Sénégal~
Chambonneau (J.NF C6-1, 1688, fol. 1 VO
)
mentionne le "petunll
paroi les plantes semées par les nè~res du Sénégal, mais insiste
surtout sur la consomnation abusive par les n~gres qui "ne font que
fumer Elll.sles et fenelles dès l'aee de seize ans jusques à la mort"
(ChoQbonneau, in C3rson 1. A. Ritchie, 1968, p. 320). Il pense que
le t.abec {lu Sénégal n'a rien à envier à celui de Virginie. Il es;t
repris par Labat qui souligne que malgré le peu de soin apporté h
sa préparation, "ce tabac ne laisse pas d'~tre excellent"
(Labat,
1728, t III, p. 203). Les n~gres se contentent de piler les feuilles
de t.:.bac qu'ils pétrissent pour faire "des nottes ou des espèces
d'andouilles qu'ils lient fortenent et qu'ils laissent sécher lente-
ment et à l'oubre" (Labat, 1728, ibid.). Adanson note l'importance
du tu'bac duns les chanps autour de Podor (Adanson, 1759, po 86),
Sangnier affiriJe qu'en dehors du "nil nécessaire à la colonie", on
ne tire du Fuutn que "le tabac et quelque peu de morphil" (Saugnier~
1785, p. 263).
Lo culture et la consonuation du tabac n'ont amorcé un
recul qu'à partir du nilieu du XIXe si~cle à la suite de la diff~sion
de la tijaniyn. A l'époque où nous vivons, la culture du tabac a
quasioent dispuru du Fuuta.
Le tabac ou sinne est cultivé Fresque exclusivement sur le
~. On en consonnait beaucoup dans le Fuutnavant la fin du XIXe
si~cle. On le consonmait sous la forme de poudre ou de feuilles : la
poudre de tabac était utilisée en prise dans le nez, t:1ais surtout
dans la bouche, sur la langue ou sur une dent nalade. Les feuilles
étaient fnnées dans des pipes en terre ou en os. Le tabac à fumer
lui nêne cdnprenait deux qualités: le janta, forné par les feuilles
cueillies mares et jaunes, était un tabnc de qualité très prisé
le tankoro, c'est les feuilles de tabac cueillies encore vertes bro-
yées dont on fait des boules qu'on s~che au soleil. C'est un tabac
très fort. C'est à partir du tankoro que l'on fabrique le tabac en
poudre (disgurii). On réduit le tankoro en poudres dans des vases de

céranique spéciaux, ou dans des calebnssep et on la trnite avec de
l'eau de potasse obtenue par le filtrage des centres de tiges de
petit oil (cekkiri) (49).
Le coton et l'indigo, contrairenent BU tabac, viennent
sur les terres du jeeri, en particulier sur le naaruwal pour le
coton et le seeno noir pour l'indigo. Toutes ces cultures sont
exclusiveDent pratiquées par les fennes au Puuta, de même que la
filature ùu coton et la teinture. Seul le tissage est ici une acti-
vité nasculino. La récolte du coton se fait au début de la saison
frafche (dabbunde). Le coton est la natière première de base de
tout l'artisanat textile qui, depuis le Tnkrur, alimente un conl~erce
à longue distance. Ce commerce se poursuit encore aux XVIe, XVIIe
et XVIIIe siècle 9 les commerçants portugais achètent les petits
pagnes du Sfinégal, teints ou non, pour les revendre dans les riviè-
res du sud et dans le Golfe du Bér~n et jusqu'au Congo (N. 1.
MDRhES, Thèse de 3e Cycle, Paris, 1976). L'indigo est généralement
cueilli en feuilles, puis écrasé dans des mortiers en bois et trans-
formés en boules et séchés. C'est dans cet état qu'il est vendu. Il
est traité avec de la potasse dons de grands canaris pour la prépa-
ration de la teinture des étoffes.
1.2.2. Les nroduits de cueillette
Tous ces produits agricoles sont complétés par des produits
de cueillette. C'est ainsi que les feuilles et les fruits du tana-
rinier rentrent dans l'alinentation des populations et la pharma-
copée traditionnelle. Le baobab est protégé à la fois pour ses
feuilles qui, roduites en poudre, servent de lubrifiant pour le
cous-coun de nil , pour ses fruits utilisés pour se substituer au
lait ou pour le couper en cas de pénurie des produits laitiers
ses fibres sont les meilleurs qu'on puisse trouver pour la confec-
tion des cordes et des entraves pour les animaux, des filets pour
le transport Ges épis de nil ou des bagages, et même pour la fabri-
cation des filets de pêche. Le gawdi (Acacia Adansonii) fournit de
la gomme, du
bois d'oeuvre et des fibres solides pour la construc-
tinn des tcits de cnse ; son fruit est un excellent tanin pour le
traitement des peaux; son écorce sert à panser certaines blessures
pour prévenir les infections.

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fig.~. 24 O\\.liILS p..GRICOLSS
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250
1.2.3. Les instruoents oratoires
Les textes cités permettent ainsi d'appréhender les instru-
cents aratoires et le mode du travnil du sol. Les sortes de béches
qui sont décrites resseoblent à l'hiler, nppelé ici goppu. C'est une
lame traixjulcire fixée au bout d'une perche de près de trois mètres
de longueur pernettant de désherber debout et de faire des trous peu
profonds dans le sol. C'est un instrument bien adapté au seeno où
les labours sont toujours légers en raison de la fragilité des sols.
L'instrument le plus couranment utilisé est le jalo, c'est-à-dire
la ~. C'est une Inne d'acier scellée sur un manche, de 50 à 60
cm de longueur, recourbé à son extrlnité. Il s'utilisa courbé en
tirant la terre vers ses pieds
9 nais il permet de faire des labours
plus profonds qu'avec le goppu. Le cultivateur en a tüujournun en
réserve pour s'en servir en cas de besoin.
Peur couper les arbustes et les arbres, nn utilise deux
sortes de h~ches : la prenière appelée jambere est plus nassif et
plus lü"nId. Elle permet de couper du bois sec ou de grands arbres
la seconde appelée snkaade a une lane plus longue et moins épaiss0.
et convient nieux pour le débroussaillenent et la coupe des arbustes
et des roseaux. Pour les semailles, on utilise le njinaangu,
sorte
de pioche dont la canche en bois recourbée au bout, percet de faire
dans le sol nouillé de petitesentnilles dans lesquelles on place la
secence et qu'on recouvre avec la terre provenant de l'entaille. Ce
procédé concerne strictenent les senailles du jeeri. Parfois,
dans les
sols lourds et profonds, on utilise le luugal,
sorte de pilon dont
un des bouts est pointu. On fait un trou conique dans la terre Douil-
lée au fond duquel on dépose la seoence, puis on dénolit avec un
morceau de bois la partie supérieure du trou conique pour recouvrir
la secence de terre hunide. Dans tous les cas, celui qui fait les
entailles ou les trous coniques dans la terre est toujours suivi par
celui ou ceux qui y déposent la sen~ce qu'ils recouvrent de terre.
Pour les semailles du waalo, on utilise à la fols le jabbowo
qui entaille la terre avec son njinaangu. Dans cette entaille, le
luwoowo fait un trou conique avec son luugal. Dans ce trou conique,
le gaawoowo dépose la semence une quatrième personne intervient en
r~couvrant les eraines semées
d'une petite quantité de terre sèche,

251
faite à partir de l'argile pure battue. Cette poudre d'argile, très
légère s'appelle le mbekkudi. Celui qui la dépose dans le trou s'ap-
pelle le bekkoowo. Cette poussière percet non seulement de protéger
les graines, mois aussi elle permet à l'air de parvenir aux graines
sem~es et elle freine aussi par la mIme occasion l'évaporation.
1.3. Le calendrier et les travaux agricoles
Le calendrier agricole est évoqué par Alvise da Mosto,
Marrnol, Dapper, Chambonneau et Labat. Le premier de ces auteurs dis-
tingue deux saisons : une longue saison sèche de neuf mois (d'Octobre
à fin juin) et une saison humide de trois mois. "On y sème, écrit-il,
au mois de juin pour y recueillir en sept~bre, parce qu'àn ce tecps,
les pluies sont grandes ; au moyeU de quoi les fleuves viennent à
déborder" (Alvise da Mosto, 1890, pp. ~00-~01). C'e~ ce que reprennent
presque exactement Carvajal de Marmol et Dapper en disant que le mil
est seoé en juillet et récolté en septembre, "avant que l'inondation
vienne" précise Dapper (1686, p. 23). On trouve sous la plume de
Marrnol l'étonnante affirmation que "la pluie ne fait ni bien ni mal
au pars, parce q~ l'eau des fleuves suffit pour faire venir ce qu'on
sème dans les basses terres, particulièrement où le Niger peut attein-
dre" (Car'~jal de Marmol, 1667, live l, ch. XVI, p. 3~). Il est évi-
dent que ce n'e.t pas sur ces basô~s terI~ qu'on récolte en septembre
parce qu'elles sont encore recouvertes par les eaux. Marmol dit alors
exactement le contraire de ce qu'il a avancé auparavant. Tout cela
vient de la confusion qu'il y 0 entre deux saisons de cultures qui
avaient été déjà mentionnées par al-Bakri (1068, SLANE, 1857, p.
387). Chacbonneau qui connatt mieux le pays distingue bien les deux
saisons de cultures: de juin à octobre pour les cultures pluviales
et de février à juin pour les cultures de décrue. (Chambonneau, 1968,
p. 320). Les dates indiquées pour cette dernière saison ne sont vala-
bles que pour la partie en aval de Podor. En acont de Podor, ce sont
les indications fournies par Labat qui c~spondent davantage à la réa-
lité, c'est-à-dire d'octobre à mars-avril. Les crues estivales se pro-
duisent et se retirent plus tôt en amont qu'en aval. Pour ln saison
de culture pluviale, il n'y a pas tant d'écarts entre ID haut et le
bas fleuve. Labat, rien que pour se démarquer de Chambonneau qui l'a
manifestement inspiré, fausse la réalité en affirmant que la récolte
du petit mil "se fait en nOTembre et en décembre" (Labat, 1728, t. II,

252
p. 165). S'il est vrai que les premières pJnies interviennent au
mois de juin, on peut dire qu'en trois siècles, entre 1650 et 1950,
que le début de la saison a reculé d'un mois à un mois et demi, car
dans les années 50 du XXe siècle, la saison des pluies conmençait à
Matae à partir du lq juillet.
A l'exception d'Alvise da Mosto et de Dapper qui ne parlent
que des travaux champ~tres des cultures pluviales, la majeure partie
des auteurs font allusion aux cultures du waalo, avec parfois beaucoup
de confusions. AI-Bakri dit qu'on sème d'abord sur le sol arrosé par
le Nil à l'époque de l'inondation, ensuite dans les terrains qui
conservent encore leur humidité" (AI-Bakri, trad. Slane, 1857, p.
387). En fait, les terrains qui conservent longtemps l'humidité ne
sont eutres que ceux qui sont recouverts par les crues du fleuve,
c'8st-à-dire le waalo. Alvarès d'Almada fait une comparaison entre
Egyptiens fit "Fulos" qui utilisent les crues du Nil et du Sénégal
"au profit de leurs champs et d'autres travaux agricoles" (Alvarès
d'Alcade, 18ql, ch l, p. 12). Mais la comparaison s'arr~te au régime
hydrologique du fleuve, et à l'époque des inondations. Les paysans
du Fuuta se sont pas allés aussi loin que les Egyptiens dans l'utili-
sation de l'eau qui ét~it une affaire d'Etat. Il n'y a pas au Fuuta
d'irrigation, cois simplement mise en valeur des cuvettes de décan-
tation une fois qu'elles sont exondées. La différence entre le Fuuta
et l'Egypte réside dans le fait que l'environnement de cette dernière
est franchement désertique. Le P. Baltasar Barreiro (1606, in Thil-
mans, 1972, Pp. 29-30) reprend la m~me comparaison, mais ne vc
pas
aussi loin qu'Alvarès d'Almada.
Il Y a donc deux saisons agricoles : de juin-juillet à
septembre-octobre pour le jeeri et octobre-novembre à avril-mai pour
le waalo. Chaque saison est précédée d'une phase préparatoire des
terres : défrichage pour le jeeri, et arrachage des mauvaises berbes
d'arrière saison précédant l'arrivée de l'inondation pour le waalo.
D'une façon générale, les terres du woalo sont mises en cul~~re en
permanence sans repôt, d'autant qu'elles sont fumées par les troupeaux
qui y paissent après les récoltes avant que les eaux des crues n'y
déposent les riches limons dont elles sont chargées. Les terres du
jeeri, plus léGères, sont périodiquement laissées en jachère
pendant

253
de nombreuses années.
i~ule les bille (sing wiinde) fumées par les
troupeaux des pasteurs sont constamment cultivés. Dans l'ensemble,
les travaux du wnnlo sont beaucoup plus prenants que ceux du jeeri.
Pendant le période des cultures du woalo, les paysans abandonnent
les villages pour camper aux champs jusqu'à ce qu'ils aient récolté.
Une fois les semnill~s (jabbere) terminées (50), il fout
surveiller constamment les champs ensemencés pour protéger contre les
oiseaux
prédateurs ou les écureuils qui déterrent les grains pour
s'en nourrir. C'est après la germination que les mauvaises herbes
sont enlevées, par les premiers labours, appelé arano ou demal.
Quelques deux ou trois semaines après les premiers labours on désherbe
une dauxième fois, l'herbe qui a germé à partir des graines à germi-
nation tardive. Ces seconds labours sont appelés demtal en pulaar
ou d'un terme wolof beyaat. Pour le waalo, les premiers labours se
font avant les crues et les seconds après l'exondation. Une fois que
le mil est en herbe et que les tiges se forment, il faut les surveil-
ler contre les singes et les sangliers qui raffolent de ces jeunes
plantes. Jusqu'au XVIIIe siècle, il fallait les protéger contre les
grands herbivores particulièrement redoutables comme les éléphants
et les hippopotames. C'est le deenal. La surveillance (kiwal) est
continue jusqu'à le maturation des épis contre les oiseaux (moineaux,
pigeons, perroquets). On utilise tous les procédés pour effrayer
les oiseaux et les éloigner des récoltes afin que les hommes puissent
jouir des fruits de leur travail.
1.4. La main d'oeuvre agricole et le faire valoir direct
Ce n'est donc pas seulement comme le dit Dapper pendant les
semailles et les moissons "qu'ils travaillent tous, riches et pauvres
sans exception" mais du début à la fin de la saison agricéle, que ce
soit celle du jeeri ou celle du waalo. Tout le monde est entièrement
engagé dans l'agriculture. Les rois eux-marnes ont leurs champs qu'ils
exploitent avec leurs enfants et leurs esclaves, et avec des corvées
qu'y effectuent leurs sujets. Leurs épou~es disséminées à travers
le territoire ont également leurs champs ~u'elles font valoir par
leurs esclaves. L'exploitation a généralement un caractère familial.
Chaque homme marié a son champ dans lequel il travaille avec ses

251i
enfants jusqu'à leur mariage. Tant qu'un garçon n'est pas marié, il
est sous ln tutelle écononique du père. Mais s'il est circoncis, il
peut avoir un lopin qu'il cultive en dehors du temps où il doit tra-
vailler dons le champ du père, c'est-à-dire le matin, de l'aube jusque
vers 9 heures 9 et l'après-midi après la prière de 11i heures et le
repas jusqu'nu coucher du soleil. Ce lopin est appelé njeylaari. Cet
emploi de temps s'applique également aux esclaves. Ils ont en outre
le nercredi, le jeudi et le vendredi pour vaquer à leurs propres af-
faires. Les enfants qui font l'école coranique consacrent le mercredi
à leur l:larabout. C'est ce. qui donne l'inpression que le travail des
champs est toujours collectif, quand certains auteurs disent qu'ffils
se mettent à quatre ou à cinq" pour labourer.
2. LA PECHE
La seconde activité économique noj~ure est le p~che. Contrai-
rement à l'aericulture, elle n'est pratiquée que par des spécialistes
de la profession, appelés Subelbe.
2.1. Les témoignages
La p~che est une activité très ancienne dans la région
elle est attestée entre le Ve et le XIe siècle, à Sincu-Bara et à
Cubalel où on trouve paroi les vestiges archéologiques de nombreux
restes de poissons où dominent le lates et les silurofornes (A. RAVISE
et G. THIL~ffiNS, Protobistoire du Sénégal. toue II, Sincu Bara et les
sites du fleuve. Méuoires de l'IFAN nO 91, p. 78, § 5 et p. 122,
annexe 9). al-Idrisi, après avoir affirmé que la plupart des pays
entre Awlil et Ghana "ne sont habitables que sur les bords du Nil ou
sur ceux des rivières qui se jettent dans ce fleuve", ajoute ceci
"il y a dans le Nil diverses espèces de poissons, soit grands, soit
petits dont ln pLupart des noirs se nourrissent ; ils les p@chent et
les salent ; ces poissons sont extr~uement huileux et épais" (Al
Idrisi, 1886, pp 2 et 5).
Alvise da !O~osto, en faisant l'inventaire des productions du
royaume de Sénégal", note:"il y ft semblablement des lacs d'eau douce
d~ petite étendue, mais très profonde dans lesquels se p~chent bons
poissons en grande quantité, d'autre espèce que les nôtres". Au menu

255
des rois firrurent à la fois de ln viande et du poisson ; et sur les
marchés on trouve des filets de p~che en coton (Alviee da Mosto,
1890, pp. 380, 403 et ~11).
Cl. Jannequin de Rochefort cite entre autres dignitaires
des peuples ri~erains du Sénégal, "les nartres des rivières qui sont
ceux qui donnent la peroission à tous les habitants d'aller pescher ••• "
(Cl. Jannequin de Rochefort, 16~3, ch IX, p. 80 et L. M. Chaobonneau,
Mémoire 1682, fol. ~, recto et 1968, pp. 321-322). L. M. de Chanbonneau
les appelle "guiausirCl , maîtres des rivières", par conséquent chefs
des "cube.lots, p.è8cheurs à harpon, ligne et filet" dans une réGion
où "la pesche et la chasse sont plus abondantes qu'en aucun lieu du
monde" (Cl. Jannequin de Rochefort, 16~3, ch IX, p. 80 et L. M.
Chambonneau, Mémoire 1688, fol. ~, recto et 1968, pp. 321-322). Dans
un développement sur les animaux aquatiques et les poissons qu'on
trouve dans le fleuve Sénégal, L. M. Chembonneau mentionne crocodiles,
hippopotames, lamantin , requin, licorne de mer ou poisson scie et
quantité d'autres poissons. Il décrit la chasse aux crocodiles ou
fifire qui réunit deux ou trois fois par an plusieurs centaines de
p~cheurs : "ils la font tous les ans, des deux ou trois fois, pour
les tuer, parce qu'ils détruisent et mangent tout le poisson". Il
poursuit son récit en ces termes: "outre ce qu'il y a quantité de
poissons de mer qui y viennent et s'en retournent à la mer, chaque
sorte de poisson ayant S8 saison en ce pays-ci où l'on voit beaucoup
de tortues, ret~, feints, capitaines, mulets, surmulets, lunes,
machorans, huistres, crabes, salikoks, les poissons qui y croissant
naturellenent cornile barbues, carapets, queux de rat, salims et tout
les autres qui sont inconnus en France". Il termine iQR réci t
en disant
que "les nèGres qui en habitent les bords sont tous pescheurs où ils
font un grand r-rofit faisant sécher le poisson au soleil au lieu de
le saler conne nous faisons, puis les vont vendre sur les terres à
ceux qui sont éloignés des rivières et à nous" (L. M. Chambonneau
1673-77, 1960, pp. 329-331).
Si selon Chambonneau, chacun des p~cheurs vient avec son
"canot" à l'occasion du fifire, Lncourbe ne parle des canots qu'à
propos du transport du sel de Bieurt et de Maca qui est échangé "con-
tre du oil dans le pays de Foule" (:10". J. Lacourbe, in Cultru, 1912,
p. 131).

256
Le fleuve Sénégal est si poissonneux, qu'il attire et fixe
de véritables colonies d'oiseaux p~cheurs que le P. Labat a décrit
avec luxe de détails: "on trouve - écrit-il - presque tout le long
du Niger de ces oiseaux appelés cubalots ou pescheurs, dont j'ai
parlé dans la seconde partie ; mais comme la rivière est extraordi-
nairement poissonneuse aux deux c8tés de l'Isle à Morphil, c'est
aussi en ces endroits là qu'on trouve une plus grande quantité de
ces oiseaux. La pesche abondante qu'ils y trouvent les attire à
millions" (Labot le P. J. B., 1728, t. III, ch. V, p. 188). On trouve
aussi des barrages sur tous les marigots et rivières, établis par
les
l'~cheurs.
2.2. Techniques et açt.ivités de p~che
Tous les témoignages mentionnés insistent sur la richesse
prodigieuse du fleuve Sénégal en poissons d'eau douce de toutes
sortes. Cette richesse permet de maintenir une activité permanente
qui occupe les communautés de p~cheurs (~ubalbe) (sing : cuballo).
Dans le fleuve lui-m~me, l'activité de p~che dure toute l'année. Mais
les crues estivales qui répandent les eaux dans le waalo, apportent
avec elles des quantités de poissons qui se développent dans les
kolaade submereés où ils trouvent de la nourriture en abondance et
où ils se reproduisent et se développent très rapidement. Pendant que
les eaux sont dans les kolaade, les p~cheurs établissent en plusieurs
endroits des lits des défluents, des barrages ou mbargu, faits de
pieux en bois entrelacés de branchages, qui laissent passer l'eau et
les petits poissons, mais retiennent les plus gros au moment du
retrait des eaux. On ne p~che dans ces barrages qu'à des moments bien
précis de l'année, déterminés par la communauté villageoise avoisi-
nante sur le conseil du chef des rivières. Ces chefs de rivières, qui
sont des pabolbe connaissent parfaitement le régime migratoire des
poissons, leurs godts alimentaires et leur période de reproduction
optimale. Ils font toujours en sorte que la p~che d'une année ou
d'une saison ne compromette pns l'équilibre écologique et les campa-
gnes à venir.
En dehors de ces barrages, il y a des parties des défluents
où l'eau reste toute l'année jusqu'à l'arrivée des crues suivantes.

Fig.N0 25 INSTRUMENTS DE PECHE
Jawlol
1
D099 01
ft--~~"""-_O!Ill:II!q"'-,i:o&-_-"""'-'---~-~ -
Cambal
Awjâal
Laana

257
C'est le cns du Julol dans le Domga Oriental, de Lacci Maayel ou
Patoowel près de Ranel, dans les Yirlanbe à Gangel. Il y a aussi de
A
grandes mares comme Weendu Naudi près de Daw, Deelama, Weendu Kanel
et de nombreux autres beeli
dans l'!le à Morphil dans les parties
les plus dépri~ées des kolaade. Ces zones inaccessibles pendnnt la
saison des Dluies et les crues, ne sont exploitées qu'en saison
sèche. Le poisson y est si abondant et les prises si fructueuses,
qu'Ils attirent des p~cheurs venant de très loin et pour plusieurs
semaines. Dans tous les cas, l'exploitation des eaux est contrôlée
par les martres des rivières des différentes communautés de p~cheurs
d'une aire géographique déterminée. Ils fixent donc'le calendrier des
p~ches pour les différents lieux, veillent aussi sur les instruments
de p~ches qui doivent obéir à certaines normes, pour ne pns léser
les plus faibles.
C'est pour protéger les zones de p~che que les Subalbe or-
ganisent dans les biefs les plus profn~ds et les plus poissonneux du
fleuve,
des chasses au crocodiles ou fifire qui sont de véritables
f~tes de la p~che et du p~cheur.
Les instruments utilisés pour la p~che sont souvent très
simples. On utilise la ligne avec un hameçon (wande) ou de nombreux
hameçons (dowline) qu'on tend, fixée à deux pieux. On y attache des
flotteurs qui signalent par leur agitation les prises éventuelles.
Le p~cheur avec sa pirogue, vient récupérer le poisson en le matra-
quant avec un gourdin appelé alfaan. Après quoi, il broche le poisson
par les branchies, à une ligne appelée doggol.
On trouve aussi un type de filet qui ressemble à une senne
tendue sur bois courbe (appelé hoire jawlol). C'est un filet indivi-
duel, un seul p~cheur en manie deux à la fois, en les promenant dans
l'eau, puis les soulevant pour récu}érer les prises. Ce filet s'ap-
pelle jawlol. Un autre type filet est appelé saakit. Il est tendu
sur deux perches de 1,50 à 2 m de long. Le p~cheur le tend dans l'eau,
et ramène les perches l'une vers l'autre, vers le bas avant de le
soulever. Le cambal est un filet long de plusieurs mètres tendu en
travers d'un fleuve ou d'une rivière. Il retient les gros poissons qui
descendent le courant. Le gubbol est plus important. C'est une espèce

258
de chalut qui demande le service d'un maître pêcheur, propriétaire
et possesseur en même temps d'une ou de plusieurs pirogues, assisté
de plusieurs aides appelés somandi. Ce sont des filets qui une fois
étenduA en travers de la rivière, sont tirés à terre par les saman-
diiji après qu'on nit battu l'eau violemment avec des perches sur
des dizaines de mètres. Les prises sont très importantes et variées.
Sélection est faite entre les poissons qui sont partagés par le
maître du gubbol qui en garde la plus grande partie. Le gros poisson
est vendu frais ou séché au soleil après avoir été ouvert, vidé,
et découpé. Le petit poisson est consommé frais ou séché sans être
ouvert. Après quoi, il est écrasé dans des mortiers et transformés
en mottes que l'on appelle buna. Ce buna est acheté par les écono-
-
-
miquement faibles et sert à assaisonner la pâte de mil (appelé niiri.
C'est l'aliment le plus courant des populations. Il existe une autre
variété de petit poisson appelé andoonde, qui est une véritable boule
de graisse. His en marmite, il se transforme en presque totalité en
huile que l'on conserve dans des Gourdes (paali) pour la consommer
bien plus tard. Ce petit poisson se pêche généralement dans le
mbargu, au moment du retrait des eaux des kolaade. Par les bonnes
saisons, les prises sont prodigieuses.
Le poisson séché au soleil,
l'huile d'andoonde et le ~
font l'objet d'un commerce important. Les populations du daande manyo
ou Subalbe les vendent dans le jeeri ou le jejeegol où ils les
échangent contre du mil, du laib, du beurre de vache, du coton et
des vêtenents. Les pêcheurs s'approvisionnent en coton filé, qu'ils
transfornent en cordellettes plus solides dont ils font leurs diffé-
rents types de filets. Les Subalbe riverains du daande naayo complè-
tent leurs activités de pêche par l'exploitatinn des ~ où ils
font. venir mars, patate douce, tabac, courges, calebasses et pastè-
ques) c'est
le poisson, le tabac et les calebasses qui forment
les principaux articles dans les échanges. Les plus aisés peuvent
s'acheter une pirogue, ou même un cheval et quelques bestiaux.
2.3. L'adninistration des eaux
Le village des Subalbe est toujours dirigé par un jaaltaabe
ou un~, qui gère toutes les acti7ivés relatives à l'exploitation
des eaux du fleuve,
des mares et des marigots. Ces Subalbe ont été

259
dit-on, initiés n~x techniques de la p~che par les Fulbe Jaawbe
Dalli. Aucun éleveur ne peut faire traverser son troupeau sans l'au-
torisation du jaaltaube ou du~, chef du tufnde ou port fluvial,
souvent ou prix d'un ou de plusieurs moutons selon l'importance du
troupeau. Le jaaltanbe ou teen est chareé de l'administration du
culte des génies de l'eau ou munuji en l'honneur desquels les femmes
dcnq le fleuve
.
versent/ queJ.ques gou't"tes du la~t qu'elles transportent
Mattres des rivières, ils organisent le fifire, ouvrent et fercent
les saisons de p~che, patronnent les fêtes folkloriques ou pekaan
en l'honneur des Subalbe.
3. L'ELEVAGE
3.1. Les témoignages
L'élevage est la troisième activité fondamentale au Fuuta-
Tooro. Idéologiquement, il a façonné le modèle culturel du fuutanke.
L'élevage est attesté dans la région depuis la néolithique. Nous
avons vu qu'il procède de l'élevage saharien par l'intermédiaire du
Dhar Tichitt-Walnta. Les travaux de A. Ravisé et G. Thilmans (Proto-
histoire du Sénégal, t. II. Mémoire de l'IFAN nO 91, p. 78, § 5 et
p~ 122, annexe 9) sur Sincu-Bara et les sites du fleuve, établissent
l'existence de l'élevage bovin, ovin et caprin entre le Ve et le XIe
siècle. Les vestiges archéologiques prouvent que la nourriture carnée
était founie principalement par ln chasse et par l'élevage bovin
tandis que les ovicaprinés étaient utilisés dans les sacrifices cul-
tuels. On consonnait de préférence la viande de jeunes bovidés.
D'après AI-Bakri, les Takruriens "possèdent beaucoup de
boeufs: mais on ne trouve chez eux, ni mouton, ni chèvre" (Al Bakri,
op cit. p. 378). Sur ce point, nous pensons qu'il a raison sur Al-
Idrh~
qui, après avoir dit que "les habitants de Takrur et de Silla
.e nourrissent de mil, de poissons et de lai toges" o.jou te que "leurs
troupeaux se cOI:1posent à l'ordinaire de chameaux et de chèvres" (Al
Idrisi, 1806, p. 3). En effet la région est mieux adaptée à l'élevage
bovin en raison de l'abondance des herbages et de l'eau. C'est à l'OI:1-
bre de la for~t galerie que les troupeaux se reposent pendant la cani-
cule. Le chaneau n'est pas l'animal du pays. Al Idrisi
parle probable-
ment du petit élevage domestique qui, dans les villages, fournit un

260
complément de nourriture cornée
ce petit élevage fournit peu de
lait ..
Alvise ck llosto, parlnnt du royaune du Sénégal, dit aussi
qu'on "y trouve c.:uelc:ue bétail, conme vnches et chèvres" et que les
épouses du roi ont. outre leurs chanps "certaine quantité de bétail
comne vaohes et c~èvres pour leur usage, qui sont gouvernés par les
esclaves" (LlviGe DQ ï-losto, op. cit. pp. 379-380). Il ajoute que les
chevaux y sont rares et chers.
Selon L. L.lvarès d'Almoda les "Jalofos de l'intérieur étaient
de grends éleveurs ùe bétail (boeufs et chèvres) et cela sous l'in-
fluence de leurs voisins les Fulos qui entourent les Jalofos et les
autres races noires~ Dans toute cette terre Jalofos, Barbacins et
Mandingas amènent leurs troupeaux. Pendant l'hiver, ils campent au
bord de la Der et en été ils retournent à l'intérieur, dirigeant
leurs troupeaux vers quelques points d'eau ou vers des lacs forDés
par les pluies. Beoucoup d'éleveurs suivent les côtes de ces deux
célèbres fleuves, le Janaga et le Cantor (fleuve de Gambie) où ils
font pertre leurs troupeaux". Il parle des "Fulos qui peuplent le
fleuve dans sa partie septentrionale" (L.. Llvarès d'Almade, 1841,
ch. l, pp. 10-1~). ylus loin, il dit "qu'on y trouve en grande quan-
tité le beurre, le lait et le miel que l'on retire des
arbres" (A.
Alvarès d'Llnoùa, 1ü~1, ch l, p. 12).
Lu début c1u XVIIe siècle, le F. Baltasar Barreiro note:
"quoique possédant beaucoup d'or, les Fulos utilisent le troc au
lieu de nonnnio. Celui qui a le plus cours chez eux est basé sur les
vaches car ilo en possèdent une grnndo quantité et sont très éleveurs
de ce bétail COD::1e do tout outre". Plus loin il écrit : à côté de ces
chevaux, et ù'ouires qu'il L-le grand Pullo_7 possède dans ses écu-
ries, on lui en apporte benucoup d'autres que lui envoient les rois
et seigneurs peo vnSSQUX ou qui lui viennent de ses terres d'élevage"
(Baltasar Barreiro le ~. 1606, in G. Thilûans et N. 1. Moraes, 1972,
p. 30). Il ajoute que ces Fulbe "ne manGent pas non plus du poisson"
à cause de leur odeur.
Cl. Janne~uin de Rochefort, évoque les pratiques de guerre
qui ac sont en fuit que des razzia, cor di t-il, "ils ecmènent boeufs

261
et capris qui sont toutes leurs richesses" (Cl. Jannequin de Roche-
fort, 1G~3, ch XI, p. 86).
Evoquant l'intérêt de l'inplantation d'une colonie de peu-
plement dans la vallée du Sénégal, L. M. Charnbonneau pense que les
Foules "nous vendront plusieurs milliers de boeufs, moutons, cabrits,
poules, chameaux, mesme on en eslevero" (51). Il écrit par ailleurs
"ils se servi ont aussi de beuf pour porter le fardeau, ils les Gon-
tente Ceux d'en haut du pays des Foules ont des louppes de chair sur
le dos COr:lI~e les chameaux. Les ch'evaux y sont rares et plus chers
que les captifs; il s'y trouve quantité de bestes asines, peu de
mulets. Il n'y a que d'une espèce de chiens dans le pays qui sont de
mesme que les levriers de France ••• Ils s'appliquent à eslever quan-
tité de boeufs, moutons et cabrits en quoi consistent leurs plus
grandes richesses; faut estre grand seigneur pour tuer un boeuf, et
quoique l'on traite 10.000 cuirs au Sénégal, il y en aura plus des
deux tiers qui sont morts de maladies" (L. M. Chambonneau (1673-1677),
1968, pp. 332-333). Parlant du régime alimentaire, Chal!lbonneau note
que"le nanger des Nègres est plus mal ayse à apprestre que 1& nostre,
non pas pour les viandes dont ils sont fort sobres, mais le plus
souvent n'en mangeans que deux ou trois fois l'année. Ils vivent
presque de poisson et lai toge" (L. H. Chanbonneau (1673-1677), 1968,
p. 321).
F. J. Lacourbe fait allusion au village du troupeau qu'il
appelle "corail", terme qui sera repris par le P. Labat sous le nom
de "coral" qu'il décrit avec beaucoup de détails" (F. J. Lacourbe, in
Cultru, 1912, p. 82 et Labat (le P.), 1728, t. III, ch II, p. 58).
Lacourbe dCcrit les pâturages de Boucsart où les Maures Sargantes
viennent faire pertre leurs troupeaux de chameaux ou d'autres bes-
tiaux après avoir acquitté certaines redevances au profit des nattrœ
des lieux. Il n'en souligne pas moins qu'en 1685, on ne trouve plus
beaucoup de pea.ux à troiter dans tout ce pays "d'alltnnt qu'il est
défendu de tuer des boeufs, si ce n'est le jour de Tabnsquet, et
autres jours de cérémonies, et la pluport de ceux qu'on nous vend
sont des bestes mortes de maladie ou d'accident. Autrefois, on trai-
tait dans cette rivière 25 à 30.000 cuirs, et, présentement, on a
peine à en traiter 12.000 : cela vient de ce que les Nègres ont eu

262
de grandes guerres contre les maures qui ont ruin~ tout le pays".
A la suite d'une épouvantable far.J.ine consécutive à ces g'll.erres, "ils
furent obligés de oanger ce qui leur restait de bestiaux ••• Depuie
que toutes ces guerres sont finies, ils tBchent de se renettre de
leurs ~ertes précédentes en défendant comme jay dit de tuer des
boeufs et ùe DanGer des veaux en sorte qu'il y a lieu d'esp~rer que
plus on ira avant plus le nombre de cui~augôentera" (F. J. Lacourbe,
op. cit. p~. 131-133). Un peu plus haut que Boucsart, au Terrier
Rou~e, dans le Tooro, "on traitte. a • de tr~s beau bestail et à bon
marché" car son employé y n acheté 100 Doutons et 40 boeufs pour une
valeur de ~ ~ 7 sols de France pour les moutons et de 30 à 40 sols
pour les boeufs. Il d~crit les boeufs des Fulbe qui "ont entre les
~poules une grosse loupe d'un pied de haut, qui est un manger tr~s
délicat et ontun fanon qui leur pend presque jusqu'à terre. o • Les
moutons n'ont point de laine comme les nôtres, mais seulement un
petit poil comQe un chien et, du reste, ils ont tr~s bon goût" (F. J.
Lacourbe, op. cit. pp. 136-137).
Toutes ces indications seront reprises pur le P. Labat avec
infiniment plus de détails dans sa Relation de l'Afrique Occidentale,
en les attribuant à tort à André BrUe. L'ile de Sadel attire "une
infinité de Foules qui y viennent avec leurs bestiaux ••• ". Les Foules
"élèvent une quantité prodigieuse de bestiaux de toutes esp~ceso Ils
en consooment aussi beaucoup, car ils se nourrissent bien mieux que
les Jalofes ; leurs ch~vres et moutons sont excellents ; leurs boeufs
sont gras et bien nourris
c'est de leur païs que la Compagnie -tire
les plus beaux cuirs et à meilleur r.J.arché" (J. Labat (le P.), 1728~
t.III, ch. V, p. 170). Dungel,Wanlalde sont autant des points de
traite où l'on négocie nil, cuirs, bestiaux et ivoire. Bitel et ses
environs "senblent être la basse cour de tout le pays, tant on y voit
de volailles communes de toute espèce ••• leurs poules son,; si grasses
et si tendres qu'elles valent bien les chapons et les poulardes des
autres pays et leur grand nombre est cause qu'elles y sont si bon
marché, et qu'une oünne po~ et bien grasse ne vaut qu'une feuille
de papier" (J. B. Labat (le P.), 1728, t. III, ch. XI, p. 307).
Le P. Labat nous fait une très belle description de la
plaine du Fori au début de l'hivernage: "on trouve, écrit-il, en

263
approchant de Boucar de grandes prairies, dont les endroits les plus
bas commençaient à être couverts d'eau et qui selon les apparences
ne devai ent pes tarder à être
entièreraffi t
inondées. Les endroits
secs étaient couverts de be~tiaux de toutes espèces. Les chameaux?
les boeufs, les chevaux, les noutons,
les cabrits y fourmillaient
de tous c8tez ~ ùe manière que les cardiens avoient de la peine à
ouvrir le passcGe au sieur Bruë" (J. B. Labat (le P.), 1728, t III,
ch VI, p. ~13). Il reprend aussi ce que Lacourbe avait dit de Doucsar
en écrivant:
"ces nègres élèvent quantité de be~tiaux, on en voi~
de grands troupeaux de toutes les espèces dons ces vastes prairies,
qui font que les habitants de ce canton sont fort à l'ai~e" (J. B.
Lobat (le 7.), 1728, t III, ch II, pp. 57-59). Mais bien plus que
Lacourbe, i l insiste à juste titre sur l'importance de la production
laitière, sur la façon de traire les vaches et les instruments uti-
lisés, sur les différentes pratiques se rapportant ou traitement du
lait et de ses sous-produits. "Ils ne peuvent pas conserver leur
beurre frais pendant longtemps,
soit à cause de la chaleur, ou pour
quelque mal façon qu'~
luy
donnent. Cela les oblige à le fond~e
et à le saler. Le trop de lait qu'ils tirent de leurs vaches, est
cause qu'on voit peu de grands boeufs, depuis cet endroit jusqu'au
bord de la mer,
au lieu qu'on en trouve de très grands à nesure qu'on
renonte le fleuve" (J. B. Labat (le P.), 1728, t
III,
ch II, pp- 57-
59) •
Après avoir répété les notations de Lacourbe en ce qui con-
cerne les boeufs du Terrier Rouae,
le P. Labnt ajout e : "ces animaux
sont fort doués. On les dresse à porter la charge, ils sont forts et
vigoureux et enrchent vite et légèrement" (J. B. Labot le P., 1(23,
t
III, pp. 9lJ:-95).
3.2. Finalités de l'élevaRe
Toutes les sources sont concordantes sur l'importance de
l'élevage au Fuuta-Tooro, sur les espèces domestiques élevées
bovi-
dés,
ovi-cnprinés, asins et chevaux. L'élevage répond d'abord à une
préoccupation alimentaire,
ce qui se traduit por la prédominance des
bovins,
des ovins et des caprins. L'élevage des bovins est essentiel-
lement destiné à fournir du lait et les produits laitiers parmi les-
quels le beurre occupe la première pInce. Il fournit également de la

26~
viande, ~nis en Quantité moindre que l'élevage ovin et la chasse.
Le lait est le produit centrol sur lequel les Fulbe font leurs ser-
nents = tl e barke kossan et gawri" (52). Nais le grand élevage bovin
est nomade, transhumant entre le waalo et le jeeri, lié à la recher-
che des points d'eau et des herbages. L'élevage des ovins et des
caprins est important dans les villages. Il est pratiqué par les
professionnels et par les agriculteurs sédentaires. Il supporte beau-
coup plus les prélèvements que l'élevage bovin, car les ovins et les
caprins se reproduisent beaucoup plus rapidenent que les bovins, et
sont plus sobres aussi. Chambonneau a raison de dire que les popula-
tions du Fuutc, quoiqu'éleveurs ne nangent pas souvent de la viande,
"deux ou trois fois l'année", à l'occasion des grandes fêtes reli-
gieuses ou des évènements politiques de haute importance, ou lorsqu'on
reçoit un h8te de tllûrque en l'honneur duquel on sacrifie "toujours
un mouton ou un boeuf, selon l'inportance de l'individu4 C'est
p~urquei l'essentiel des protéines soit fourni par le poisson. Sinon,
"il faut être un chef pour tuer un boeuf".
L'élevage bovin fournit égaleoent des animaux de bAt. L'u-
sage des boeufs porteurs est une pratique très courante chez les
Fulbe. Ln conquête de Koli s'est fwite, dit-on, gr~ce aux boeufs
porteurs Dentés par des guerriers armés de fl~ches. L'usage du cheval
ne fut généralisé que plus tard, après ln défaite des Jaawbe. Ce
sont des zébus rapides, puissants et résistants qui étaient dressés
à cet effet. On les appelle les Coweeji (sing
Coweeri). On les
guidait erace au sinol, qui est une corde que l'on passait par un
trou opéré à la base des naseaux de ces boeufs. C'est l'adoption
du cheval et surtout de l'ane qui a fait reculer l'usage des boeufs
porteurs. Le nombre des asins est considérable, tandis que le cheval,
est toujours rare et cher, même si les Fulbe,
~urtout les Lawakoobe
se sont nis à en élever pour leurs besoins nilitaires.
3.3. Les types d'élevage
A travers les différents textes, on sent qu'il y a deux
types d'élevage: l'élevage sédentaire et l'élevage nomade. L'élevage
do@estique concerne le petit bétail et ~8me le gros bétail dans le
cadre du villn~e. Chaque fanille propriétaire de bétail possède un

265
enclos à boeufs ou à moutons et chèvres. L'enclos à boeufs est appelé
"coral", ou encore r.tbalndi ; l'enclos à noutons ou à chèvres se norJI:.1e
hudum ou huddu. Ce sont des annexes des maisons. Lacourbe repris par
Labat décrit le Coral à Boucsar de la façon suivante : "dès que la
nuit approche, on attache toutes les vaches d'un troupeau par un
pied de derrière à des piquets qui sont plantés en cercle et on fait
entrer dnns le centre les veaux, les moutons et les chèvres. Ces
b~tes ainsi disposées se défendent et celles qu'elles environnent
des aniuaux carnassiers qui rôdent sons cesse autour des corals et
aydent puissanrJent aux Nègres qui veillent à garantir leurs troupeaux
des dents des lions, des tigres et des loups qui sont en grand nombre
dans ces contrées" (F.
J. Lacourbe, in Cultru, 1912, p. 82 et Labat
le P. 1728, t. III, ch II, p. 58). Les bestiaux des différentes famil-
les sont rassenblés le oatin, après qu'on ait tiré le lait, derrière
le village, en une place appelée wassorde, les bovins à part et les
ovins et caprins à part, et confiés à la garde de bergers rétribués
aynaabe sardi (sing goynaako sardi) par la communauté villageoise,
qui les conduisent en brousse pour les faire paître et les ramener
le soir. Périodiquement, une fois par mois, le aaynaako sardi fait
le tour des nnisons des propriétaires des bestiaux qui donnent une
certaine quantité de mil, proportionnée à l'importance de son bétail
pour sa nourri~ure. Tous les ans, le gaynaako sardi est payé en
bétail : une génisse et un veau pour les bovins, ou quelques brebis
et un mouton pour les ovins et les caprins. Ces énl'oluments en bétail
constituent le capital de départ à partir duquel le jeune berger
pauvre constituera son troupeau propre avant de prendre son indépen-
dance. Ce type de gardiennage n'est possible que pour les proprié-
taires de quelques têtes de bétail. Ceux qui en ont un grand nombre
recrutent leurs bergers propres pour garder leurs troupeaux. Les
propriétaires moyens ne conservent souvent au village que les vaches
laitières (nay besdi) et confient les autres à des éleveurs trans-
humants qui vivent loin du village et qui peuvent profiter du lait
quand elles mettent bas.
L1élevnge transhumant coexiste avec l'élevage domestique.
Il concerne la majeure partie du cheptel qui évolue entre le jeeri
et le woal0. Ce déplacement se fait selon le rythme des saisons:
pondant la saisnn des pluies, les troupeaux vont dans le jeeri où,

266
à cSté des cras herbages, ils trouvent partout de l'eau, tandis que
pendant la saison sèche, ils se rapprochent du fleuve. Les troupen'lx
des Fulbe du Jolof vont soit vers le Sénégal, soit vers la Gambie
conne le nit Alvarès d'Aln~da. Les éleveurs ont alors deux résidences:
la résidence du jeeri ou rumaano, avec un type de case appelé ~rjer­
du et la résidence du waalo avec un autre type de case appelé ~­
waaldu (M. Dupire, 1970, p. 119). Ces types de déplacement est le
fait des Ururbe et des Wodaabe du Fuuta. Les Fulbe connaissent neux
saisons de migrations pastorales, qui sont les polindaaji et les
pattooji ou Eettooji. La saison des polindaaji commence avec le début
de l'hivernaGe, au noment où l'herbe et le mil commencent à pousser.
On choisit les b~tes laitières qui do~ront rester au village pouv
l'alimentation des familles et que les aynoabe feront paître chaque
jour. Les autres bêtes sont envoyées dans la brousse, chaque troupeau
était conduit par un berger ou aga.
Un asa peut mener son propre troupeau, ou se vo:i.r cord>:. ·,r
contre salaire la garde d'un troupeau appartenant à une autre pe~'son­
ne. L'aga peut opérer seul ou s'adjoindre un ou plusieurs apprem:/.s
appelés dooyi Gah (sine: rooyru aga). Tous les a~ d'un ou de plu-
sieurs villaces opérant dans les rJ~n8S terrœ
de parcours s' ent.:'l1dent
pour désigner l'un d'~ntre eux cot1!;:te chef ou gaalal. C'est le.g~R..:~..~l.
qui est charGé de reconnaître les lieux de parcours et identifi.?~'
dans la brousse un endroit favorable où il fera camper pendant "li ~
deux noise Le SOûlaI, chef des asaabe, répartit entre eux les patu-
rages, leur ùonne tous les conseils utiles pour le choix des points
d'eau, les soins à donner aux bêtes, et s'occupe pArsonnellement du
ravitaillement. Les vaches ont leur gaalal et leurs agaabe appelés
gaalal nay et agoabe nay
les noutons ont les leurs appelés gaalal
baali et aecabe baali.
Lorsque les animaux sont bien gros, le gaulaI décide de la
date du retour des troupeaux dans les villages, et avertit donc tous
les villages qui préparent une grande f~te à cette occasion. Ce sont
ces f~tes qu'on nonme gurinay ou guritnali selon qu'il s'agisse de
f~ter le retour des vaches ou des noutons. Quand les troupeaux ren-
trent au villaee, un jury formé en la circonstance choisit le trou-
peau le plus beau, c'est-à-dire le plus gras. L'aga du troupeau choisi

267
est couronné, c'e~t-à-dire qu'on lui entoure la tête d'une bande
d'étoffe ou turban, on le fait monter à cheval ou il est porté en
triomphe par les captifs, fêté par les jeunes filles tandis que les
griots (avlube, wanbaabe et tous les fienbe)
chantent
QêS
louanGes.
A cette o~asion, l'aga priné donne aux griots quelques bates choi-
sies dans son troupeau, nêne si ce dernier ne lui est que confié
sans que le propriétaire ait à redire tant que les normes coutuoières
de prélèvement sont re~pectées. D'autres bêtes sont sacrifiées et
la viande est distribuée (53).
Une fois rentrés au villoge,
les troupeaux y restent jus-
qu'à la fin de l'hivernage. Quand les herbes ont accompli leur
cycle végétatif,
et deviennent jaunes, alors que les récoltes appro-
chent, c'eEt le temps des pattooji. Les animaux repartent en brousse
conne au connencenent de l'hivernage. Les choses se passent de la
m~me nanière et on organise les mêmes fêtes (gurinay ou guribaali)
à l'occasion de leur retour au villoge.
3.~. Technologie du lait
C'est pendant l'intervalle qui sépare les deux saisons de
paturages que les troupeeux sont les plus Gras et fournissent le
plus de lait indispensable à la survie des veaux et des populations.
Les manières ~e tirer le lait des vaches n'a pas varié depuis ln
période deenyanke. A cette époque,
comne de nos jours, les vaches
pulfuli "cessent d'avoir du lait dès qu'elles cessent d'allaiter
leurs veaux" :
on dit alors qu'elles sont sèches (nay joordi). En
outre, "lorsqu'on veut traire, on est obligé de faire tester le veau
quelques moments,
et pendant qu'on l'eopêche de
teste~ on continue
à tirer le lait de la vache". En effet, les vaches laitières pulfuli
font de 10 rétention Qe lait lorsque leurs petits ne têtent pas.
On fait alors tater le veau ju~qu'au moment où la sécrétion du lait
devient maximale. Dès lors, on attache les pattes de derrière de la
mère au-dessus du jarret avec une corde appelée tugorgool
; avec une
autre (dodo:) on attache le veau à la cuisse de la mère,
et conDence
alors à tirer le lait. Celui qui tire le lait est généralement
accroupi serrant entre ses cuisses le récipient (birdugal) destiné
à recueillir le lait, et il utilise ses deux Dains pour traire la
vache. Une fois qu'on a tiré une eertaine quantité de lait, on dé-

268
tache le venu qui continue à têter se nère, mgalement déliée. Le
contenu àu biràueal est versé dans une grande écuelle en bois ou
dans une grande calebasse. Une fois qu'on a trait toutes les vaches
laitières, tout le lait est renis entre les mains de la mère de
famille. Elle en enlève une partie pour la consommation immédiate,
appelée kedèan. La plus grande partie est mise dans une grande
écuelle ou une Grande calebasse, pour le ~e fermenter et lever.
Ce récipient est appelé lalorgal. C'B~t du birdugal et du lalorgal
que Labat dit que "les nèGres ne les nettoyent jamais, s'imaginant
que le vieux lait qui reste au fond fait écréner le nouveau plus
facilenent". En fait, le fond de petit lait fait lever et cailler
plus rapidement le nouveau lait. Il devient aigre, et on l'appelle
leele. Le renùenent des vaches est faible en général. La quantité
de lait et de beurre qu'on produit au Fuuta dépend du nombre consi-
dérable des b~tes laitières.
Les problèmes de conservation du lait et du beurre sont
résolus par l'adoption des techniques particulières plus appropriées
au climat. Le lait n'est pas battu frais. On le fait cailler dans
le lalorsal. ~ la suite de quoi, on enlève le petit lait (cakkule)
qu'on jette ou qu'on donne aux aninaux. Le reste est écrasé et battu
dans de Grandes sourdes appelées bolonaaji (sina bolon) ou de Gran-
des outres, appelées sunalleeji (sine: sumalle). Après quoi, le
lait ainsi battu et homogénéisé est remis dans le lalorgal et le
beurre recueilli dans des cuillères en calebasse app~lées newnewe
(sine: newne'fre) et conditionné en nottes (joole) qu'on laisse
surnager dans le lait. Certains de ces joole sont vendus avec le lait
caillé. Le Gros du beurre (nebarn keecarn) ainsi recueilli dans une
grande gourde, appelé faandu nabam. Si la gourde est remplie au bout
d'un certain ternvs, on fait fondre le beurre dans une marmite. Le
beurre ainsi fondu (nebam sirme) a un bon parfum et se conserve long-
temps sans risque d'a~rie. Cette conservation se fait soit dans
des Bourdes, soit dans de petites outres en peaux de chevreau, pré-
parées spécialenent, et dont l'intérieur est tapissé avec une cire
(dolle) fabriquée à partir des fruits du kelli, (grevie bicolor) qui
rend les outres imperméables à l'huile de beurre et ia parfument
délicieusenent. Cette outre particulière est appelée cawgu dolle.
Le beurre non fondu (nebam keccam) est utilisé comne cosmétique ou

269
entre dans I~ fabrication du savon.
3.5. L'Ül1)ort~ncc du cheptel
L~ cr~nde diffi~ult~ reste ln qucntificntion de cet ~le­
vBBe. Les FuIte se refusent à d6noobrer leurs bestiaux,
surtout par
superstition. Le fait de dénoobrer peut porter malheur (accident ou
par walndie)
ct provo~uer la àininution du cheptel. La langue, c'e~­
à-dire le ])arole est o0.uvnise, Cl est pour qu'on,
ne compte pas
leurs baies que bOil noabre de pasteurs ~réfèrent vivre isolés,
Ce;:;endnnt, lorsque le troupeau co,;}uence à prendre une certaine
importance, on le compte par lots
(ceffe) ou b8tons
(cabbi). Le
baton ou sal/ru nay est le noobre de vaches qui nécessite la garde
d'un herBer. Or liarde du berger cst b§ton ou snwru. On dira que
tel individu a 3, q, 5 ou 6 cabbi, c'est-à-dire qu'il a besoin pour
garder son troupeau de 3, ~, 5 ou 6 bereers. Le sawru nay coopte
approxinativcnent cent t~tes
le sefre nay est une fraction du
sawru nay, Générnlcr;lent inférieure à 50 têtes,
On peut ostiner que le cheptel bovin est fort inportant
dans le Fuut~ CaDUC le laissent penser pratiquement tous les téooi-
gnages, Si l'on tient comrte du fait que les Fulbe oanGent peu de
viande,
on ~eut estimer que les c6rénonies religieuses et les autres
occasions de sccrifier les boeufs
(coriDces,
circoncision, h6tes de
marque,
f~tes des polindooji ou des ?nttooji) absorbe DU maxicuo
0,5 à 1 ~S (1u cheptel bovin par an • .2in
rapportant ce pourcentoce
DU nombre c1e penux vendu'es annuellenent aux Europé ens, vers 10 fin
du XVIIe on peut évaluer le che~tel bovin de 2, 5 à 3 aillions de
têtes au ninir.1Uu et à 5 à 6 nillions nu mBxüJ.um. Il faudrait tenir
compte du fait que ce sont essentiellcnent les b~tes nalcs qui sont
sacrifiées, on peut évaluer à 5 à 10 % au oaximum le nonbre de
bêtes m8les socrifiées. Le noDbre de bêtes n~les seraient nlors de
250 à 300.000 au ninülUf.l ou 500 à 600.000 au maxinun. Or, le nombre
de boeufs est de 3 à 5 fois moins inportant que le nombre de vaches.
Le nonbre de vaches peut varier donc entre 750.000 à 900.000 au
ninimun et 1.500.000 à 3.000.000 nu naxinum, Les crises diverses
ont eu pour effet de faire dininuer considérablenent le cheptel
bovin dans les années 1670. Des crises de subsistances liées tontôt

270
à des années de sécheresse ou à des invasions fréquentes de saute-
relles tant8t aux guerres expliquent une consommation plus impor-
tante de vianQe. On peut dire que dans les années 1680, le cheptel
e diminué de 50 à 75 %, si l'on prend en compte le nombre de peaux
traités dans la saison vers 1685, c'est-à-dire à l'époque du passage
de Lecourbe au Sénégal.
~. LES AUTRES ACTIVITES FRODUCTIVES
Les ùutres activités productives spécifiques sont déjà
attestées par les fouilles archéologiques deCogo et de Sincu Bara.
Le tissage et l~ poterie, la m~tallurBie et la boissellerie. Les
popuiations du Fuuta avaient déjà atteint un haut niveau de déve-
loppeoont technologique surtout dans le domaine des techniques métal-
lurgiques et de la céramique (A. Ravisé et G. Thilmans, 1980, pp.
79-80) •
ChaUlbonneau prétend que les Nègres du Sénégal ne connais-
sent que "quatre sortes d'artisans qu'ils nOI'lI1J.ent Rabeseyer, Tegue,
Lobez et Cubalots. Les Rnbeseyer sont ceux qui travaillent à faire
les paGnes, Tegue L-travaillent à faire des objets_7 en or, argent,
fer ••• Les Lobe", sont ceux qui font leurs
ouvrages de bois COIime
canots, gamelles, mortiers à battre le oil et pilons. Cubalots,
pescheurs à harpon, ligne et filets". Sans y prendre garde, Cham-
bonneau y ajoute une autre catégorie d'artisans: "CllUX qui tra-
vaillent en tous ouvrages de cuir conme selles à chevaux, brides,
sandales, cornes, makatons, et autres ouvrages où ils enchassent
leur gris-gris, ce qu'ils font joliment et proprement" (L. M. Chan-
bor.nenu (167J-1S77), 1968, 320-321).
Le P. Lnbnt affirme qu,Ibn ne voit d'autres OU'Vriers parni
eux que des tisserons, des taillandiers et des potiers de terre"
(J. B. Labat, 1728, t. II, pp. 30~-307),semblant oublier les arti-
sans du bois et ceux du cuir. Il décrit avec un luxe de détails le
travail des métaux, tout en déplorant la "paresse" et le manque
"d'émulation" des Nègres. Les artisans du Sénégal ne manquent pas
d'habiloté et d'imagination.

271
4.1. La nétallurp;i e
L'artisanat des métaux rev~t une importance particulièfe,
en raison de seo.
relations avec les~ois activités primordialesi
"Les taillandiers, dit Labat, sont chez eux orfèvres, couteliité,
fourbisseurs, forgerons, t1ar~Ch8ux, chaudronniers,. en un moti fIs
réunissent tous les ouvriers qui se servent du marteau et d'è l' enclu-
me. Ils n'out ni for~e ni boutique. Ils tra~oillent devant leurs
naisons sous ~uelque arbre et transportent l'attirail de leur nétier
partout o~ ils trouvent à travailler ••• Il ne consiste qu'à une
très petite enclm~e, une peau de bouc qui sert de soufflet, quelques
marteaux, une tenaille et deux ou trois limes ••• Ils ne sont jamais
moins de trois ouvriers qui travaillent ensenble ••• Ils se servent
de toutes sortes de bois pour chauffer leur matière, et ne font
janais de charbon. Ils nanient le fer aussi bien que l'or et l'ar-
gent" (J. B. Labat, 1728, t. II, pp. Y04-307). Ils travaillent éga-
lenent le cuivre, et savent fondre le bronze. Non seulement, ils sont
très habiles, car "ils ne se laissent pas de faire des ouvrages assez
délicats d'or et d'argent", nais ils produisent eux-manes leur fer.
Coune le dit Chanbonneau, "ils ont la nine de fer puisque passé
soixante lieues sur ce fleuve, ils n'en achètent plus de nous, ils
en font tous leurs outils et armes, bien neilleurs que le nostre,
plus doux meime et ployant que celui d'Espaf:ne" (L. H. Chambonneau,
(ANF. Col.C6 - 1. 1688. Ménoire ; Fol. 2, recto). D'ailleurs, bien
avant le i~Vle siècle, entre le Ve et le XIe siècle, les techniques
nétallurEiques et le travail des nétaux avaient atteint un degré
élevé d'évolution: bas fourneaux dotés d'un dispositif de soutirage
de scories (présence de tapslags ), connaissance de la technique tu
repoussé, de celle à la cire perdue, de celle de l'étanage suivi de
recuit, de celle du tréfilage, du centrage après recuit" (A. Ravisé
et G. Thilmans, 1980, pp. 79-80). 3i le cuivre est généralenent impor-
té COI:1me l'attestent les trouvailles de Sincu Bara et les témoignages
d'Al Bakri et cl'J.l Idrisi
, ce sont les artisans des nétaux locaux
qui fabriquent leur propre fer à partir du minerai trouvé sur place.
L'invention ou du noins ln vulgarisation de la métallurgie
de fer est attribuée aux Jaogo dans le cadre du royaume du Nammandiru
A
situé à l'Est du Ferla, entre le Jolof, le Saalum, le Naani et le

272
Fuuta. La r6duction du ~inerai en fer dans les fourneaux et sa vente
étaient des privilèges récaliens. Leur chef Kumba Wali et sn famille
jouissent du privilège de transformer le miner~i en fer dnns les
fourneaux et de les vendre. Ils allaient loin dans les Montagnes
chercher d.u r.dnerai de fer qu'ils faisaient fondre dans les fourneaux
de leur construction. Le minerai transformé en fer était alors
vendu au~ forcerons des villages qui le travaillaient pour en fnire
des nrnes et des outils nécessaires aux habitants.
J.u point de vue reliGieux, ils seraient des "fétichistes".
Ils auraient une grande vénération pour leurs chefs que les génies
avaient dotés de ln faculté de trouver ln pierre qui, fondue, donnait
le fer indispensable à leurs besoins.
Lu début, ln famille des chefs travaillaient elle-même le
fer; ce ne fut que lorsqu'elle eat acquis une influence spirituelle
sur les autres Jaogo qu'elle laissa à deux autres familles le métier
de forgeron, se réservant seulement le droit de chercher le minerai
et de le faire fondre.
Dans aon Traité sur l'oriGine des castes, Cheikh Moussa
RaDara parle de l'introduction des techniques nétallurgiques. Se
fonQant sur une analyse anthroponynique, il prétend que le Faddube
Jaaogo viennent tous du Jolof. Nous penchons quant à nous, pour cette
eutre version qui fait partir les Faddube Jaaogo du Nnmmandiru vers
le Jolof, le Kajoor et le Siin à la suite de ln pression des Maures.
"Certains d'e.ntre eux ont trouvé refuge dans des grottes et les
cavernes des collines du Fuutn et sont devenus Subalbe ou Toorobbe
(5~). Ces gens sont les premiers à ramasser le minerai de fer, à le
fondre et à le transformer en métal. Ils sont les premiers à ensei-
gner cette technique aux Noirs d'ici. Ils ont enseigné ctla aux gens
du Fuutn. Eux rûnassaient le minerai à l'état naturel, à l'air libre
et le faisaient directement fondre, tandis que nos parents creusaient
pour trouver le ninerai. Ils s'en allèrent lorsque les gens du Fuuta
assimilèrent leur technique. Les gens du Fuuta abandonnèrent alors
leur ancien procédé, cor le nouveau procédé était plus facile et
mieux ûdapté. Ce sont eux que l'on appelle les forgerons noirs (55).

273
En fnit, selon Moussa Kamure, ce que les Sebbe Wurankoobe
ou Juaogo ont introduit, c'est moins la technologie du fer, que le
procédé àe rnmassage du minerai à l'air libre. Au Fuuta, le ninerai
était àonc extrnit ; le procédé étnit plus pénible nais certaineoent
plus savant que celui des habitants du Nuomandiru. Les gens du
Naooandiru ne pouvaient faire prévaloir ce procédé
. parce que la
région qu'ils ~n~itaient était tr~s riche en Dinerai à l'état libre
cette ré~ion no pouvait ~tre que la partie voisine de la Faléoé.
Les GOllS du Fuuta moins bien favorisés par la nature,
étaient donc obligés de mettre en valeur ln cuirasse latéritique,
là où elle affleurait. Ils étaient obligés de creuser pour trouver
les élénents les plus fortement minéralisés. Si le procédé du Nannan-
diru a remplacé l'ancien procédé, celn est d~ au fait que le Binerai
ramassé était plus riche, et d'une teneur plus grande; la quantité
de nétal produite était donc plus inportante. On ne pouvait trouver
ce Dinerai à l'air libre qu'auprès des collines résiduelles d'un
ancien relief plissé. Les forges et les bas fourneaux ont dû se dé-
placer vers ces collines qui jalonnent ln lèvre septentrionale ùe la
cuvette du Ferla ; ils ont da également se fixer auprès des cours
, . ,
ané~agé9
d'eau, et des rCG~ons forestieres.
Les fourneaux sont/géneralenent
à l'écart des ~oneD ~~bitées_
Les Uayilbe sont ceux qui transforment la matière preD~ere
en instruments utilisables par l'honne : leur activité est appelée
mbnylnandi. Le terme s'applique essentiellenent aux artisans des
métaux ; plus tard, il y a eu spécialisation : d'une part, les arti-
snns des nétcux précieux (or, argent, etc) et d'autre part, les ar-
tisans du fer. Il s'e~t opéré une hiérarchisation parni les artisans
des métaux: à l'origine, la famille de Kumba Wali, Denba Njoon et
Waali Njaw, avaient le monopole de la réduction du minerai en métal.
La transformation de ce Bétal en instruments divers était laissée
aux autres forgerons qui devaient toujours prendre l'attache des
chefs pour entreprendre quelque travail que ce soit. Ils étaient
nlors les Jaor~o, c'est-à-dire les nartres du minerni. La fabricntion
des outils du travail de la forge était toujours fnifu sous ln direc-

iion du chef. Les traditions ne sont pas d'accord pour savoir la-
quelle des familles exerçait le conmandenent : les Ndoom, les Wali,
les Mboh ou les Caam.
Dans son Tr~ité sur les castes, fait sur la demande du
Comt1l:mdant Boisson, Cheikh Moussa RaBora définit les Wayilbe comoe
ceux qui "fa0ri(~uent du fer
, c'est-à-dire qui changent les
pierres en fer. Le plus oncien de leur non de famille est Mboh. On
dit que c'est le prenier de leurs nons. Ensuite, vient Caam dont
certains proteudent venir de Syrie : ils travaillent le fer et leurs
femmes tonnent les peaux et les travaillent. Ce sont les Haberbe et
sont à l'origine des nrtisans Mnures. On peut citer Coao, Sih,
et
Joop, conne nons de fanille. Paroi les patronynes des forgerons,
on
peut citer: Maasinn, Laan, Fein, Kanté
• Ce sont ceux qui ont
COIDQe nom ~fuob qui travaillent la pierre pour en extrnire le fer.
La chefferie dnns ce nétier appartient aux Caon. Ce métier s'e~t ré-
pandu après chez tous les forgerons qui avant l'arrivée des Français
ne trouvaient le fer que
par leurs propres Doyens. Ils changeaient
les pierres en fer par le procédé suivant : ils contruisaient une
case qu'ils remplissaient de pierres. Sous ces pierres était creusé
auparavant un trou où était alluné un feu. Ils paBsaient toute 10
nuit sans dornir. On raconte à ce sujet quelque chose d'~xtraordinaire
disant que si la case se fendait,
le plus grand nombre d'entre eux
l'appuyaient contre leurs poitrines et la tenaient avec leurs nains
jusqu'à ce que leurs amis apportassent quelque chose pour la rpparer.
Seul Dieu sait le mieux. On organise à l'occnsion de la fabrication
du fer ou d'une enclume, appelée taonde en pulaar, une très grande
cérémonie qui est plus importante chez eux que les fêtes. Celui pour
lequel le fer ou l'enclume est fabriqué fnit des narques de généro-
sité qui dopassent les limites. Il
égorge
à ces occasinns des
animaux et prépar~\\eaucoup d'aliments. Les femmes des forgerons se
parent à cette occasion de leurs beaux habits et de leurs bijoux.
Les vieillards et ~
jeunes gens y assistent. Les vieux donnent leurs
bons conseils et les jeunes travaillent en faisant fonctionner les
soufflets et en frappant le fer. Ils se réunissent avant tout en
conseil pour désigner un chef à cette cérémonie. L'individu désigné
leur d i t :
"donnez-vous les uns nux autres de bons conseils, ne soyez
ni jaloux, ni avares les uns pour les autres, ne ~ous ensorcelez pas

275
pour que notre dasir
soit réalisé et notre prière exaucée lT •
Cheikh Moussa Kamara en profite pour faire remarquer que
les Wayilbe sont d'origine ethnique différente:
certains sont d'o-
rigine ~Jolof conne Fal, Gey, Gay, Gallo, SO[mO, Njaay et Get ;
d'autres sont les Fulbe et Toorobbe conne Jah, Soh, Caao ; d'autres
sont des Souinke conne Kante, Syll.a, Buro, Mnasinn, Donc corme tous
les groupes socio-professionnels àu Fuuta,
celui des Wayilbe est
conposite.
Sa formation s'est fuite uu hasard des QBriages et de
l'assinilation des allogènes et des étrangers par leurs hôtes,
c'est le lieu de reraarquer qu'au Fuuta-Jallon, les chefs Fulbe font
apprendre le l:J.étier de la forge à leurs esclaves, pour couvrir leurs
propres besoins. Au Fuuta-Tooro au contrnire,
ces forgerons sont
des honnes li~res comne tous les neeube, Ils sont très craints par
les populations pnrce qu'ils sont les mattres du feu et du f e r ;
ils
sont redoutés par les sortilèges qu'ils peuvent lancer contre les
gens. On rencontre paroi eux, des gens très instruits et de fins
lettrés. Certains d'entre eux ont abandonné le nétier de la forge
pour celui d'~ducateurs et de marabouts ; ils ne cessent pas pour
autant de se réclamEr de leu~ ancienne profession ; il en est ainsi
à Sorookw~ rThayla, à Wassakodé et à Beelinayde. Il
arrive
que
certains de ces forgerons tentent de faire oublier leur passé d'ar-
tisans de métaux. Cependant beaucoup de gens considèrent les forge-
rons conrue des porte malheur ; nu Fuuta-Jullon, ils sont absolument
marginalisés. Le modèle de pensée islamique n'est pas étranger à
cette attitude. Les forgerons sont souvent
assinilés à des fabri-
cants d'idoles,
d'"images sculptées" interdites par l'Islam qui
assune le deuxiène commandement du Décalogue.
Les artisans des nétaux en général et du fer en particulier
occupent une position centrffie
dans la vie écononique. Ce sont eux
qui, non seulenent fabriquaient le oétnl à partir du Dinerai, nais
ils devaient répondre aux besoins des agriculteurs,
des pasteurs,
des p~cheurs et des guerriers. Ils fabriquai.nt houes, hâches, cou-
teaux,
lanes à noisson (ngoobaan),
sabres,
flêches,
pointes, hame-
çons, poignards, fers de lance et javelots,
éléments de harnachenent

276
(mors, éperons, appliques diverses de brides en formes de disques,
chaînes d'entrave pour chevaux, pectoraux),
cloches et clochettes,
parures de toutea sortes (pendeloques, anneaux de chevilles, brace-
lets, coiffures uétnlliques de guerriers ou de rois), harpons pour
les p~cheurs. Lucune classe ou catégorie sociale ne peut se passer
de leurs services. Mois la demande
la plus importante émane des
aericulteurs qui Gnt besoin d'instrmJents vnriés pour leurs travaux
du
jeeri et du vaolo (jalo,
janbere, sakoade,
gop~, njinoangu,
ngoobaan). Ln denonde ougnente considérablenent pendant l'hivernage.
Elle est si iwportante que les familles de forgerons sont occupées
toute la saison pour satisfaire les besoins des cultivateurs, au
point qu'elles ne cultivent pas bien que l'activité agricole soit
ouverte à tout le monde sans aucune discriminatinn. Il faut compter
en moyenne au nains deux houes par personne et par saison. Pour une
famille Doyenne de cinq personnes, il faut prévoir au moins 10
houes, 3 à 5 h~ches, autant de cakaade, un ou deux njinaagq. La
famille du forgeron est donc toute entière engagée dans la fabrica-
tion de ces instruments. Elle livre aux différentes familles de poy-
sens les instruoents dont elles ont besoin. A l'époquedee récoltes,
les paysans leur donnent une quantité de mil en relation avec le
nombre d'instrmJents fournis pendant la saison. Les éleveurs quant
à eux paient les prestations des forgerons en lait, en beurre ou
en moutons,
chèvres ou boeufs. La fabrication d'unel~nce, d'un poi-
gnard, d'un sabre,
et plus tard d'un fusil,
à l'imitation des fusils
de traite, coate beaucoup plus cher que celle d'une houe. C'est aux
forgerons et subsidiairement aux cordonniers qu'on fait appel pour
la circoncision ùes jeunes.Pour toutes les b~tes sacrifiées, elles
ont la t~te ou le cou. Le pêcheur paie ses hameçons, ses harpons
en poissons ou en tabac.
Avent la pénétration du commerce atlantique, le Fuuto se
suffisait en fer. Mais au XVIIe et ou XVIIIe siècle,
l'importation
du fer a fait d'énormes progrès. Jusqu'à la fin du XVIIe siècle,
le fer n'était demandé que par les populations habitant en aval de
Podor et par les royaumes du Kajoor,
du Wanlo et les populations
gambiennes. Au XVIIIe siècle,
le Fuuta s'est mis à importer du fer
de France, d'EspaGne, ou de Suède.La demande ~n fer est devenue
telle que la barre de fer est devenue une monnaie d~·oompte. Conme

277
le dit Labat: "le fer qu'on leur porte d'Europe est en barres.
Elles servent de monnaie réelle ou idéale dans les marchés qu'on
fait avec eux. La barre doit avoir neuf pieds de Roy de la mesure
de Paris de lonGueur; deux poucestl~rge , et quatre lignes d'épais-
seur. On la divise en ~uinze parties, chacune de sept pouces et demi
de longueur qu'on appelle pattes et chaque patte en trois dialots,
et chaque dielot suffit pour faire une bêche du pays avec sa douille"
(J. B. LABAT le P., 1728, t II, p. 307). Malgré la simplicité des
instruments, les artisans des métaux,
nurtout les bijoutiers, "ne
laissent pas de faire des ouvrages assez délicats d'or et d'argent
de cette manière. On en voit de leur façon qu'on appelle menilles,
qui sont fort minces et de différentes figurœ, dont les femmes se
parent lee cheveux, ou se fontdec col~iers et des bracelets. Ils
font des poignées de sabres et des plaques pour orner les fourneaux,
et d'autres choses semblables qui marquent leur esprit et leur a-
dresse ••• Ils manient le fer aussi bien que l'or et l'argent. Ils
font des couteaux, des hâches, des serpes, des ciseaux à froid pour
couper les barres de fer, auxquels ils donnent une trempe aussi
bonne que celle que les Européens leur peuvent donner" (J. B. LABAT
le P., 1728, t II, p. )06). Ce n'est pas là l'a~s de Chambonneau
qui trouve les objets fabriqués de fort mauvaise facture (Carson,
1. A. Ritchie, 1960, p. 320).
Nais toute cette production se fait sur commande des dif-
férents consommateurs. C'est pourquoi, la saison sèche correspond
à une morte saison pour les artisans des métaux. La production ne
s'est jamais dégagée de la commande ponctuelle; elle n'a pas pu
devenir une production travaillant de façon indépendante pour le
marché. La concurrence du fer européen a nui considérablement à l'é-
volution technologique, en freinant la créativité des
artisans des
métaux et en fGisant de simples transformateurs d'une matière première
dont la production leur échappe. Le cultivateur peut acheter au
marché le fer nécessaire à la fabrication des instruments dont il n
besoin. Il s'émancipe alors des artisans du fer à ce niveau et n'a
plus recours à eux que pour la fabrication des outils de travail.
4.2. Le textile
L'artisanat du textile est très important dans la mesure

278
où il doit répondre aux besoins de l'ensemble du corps social (d'ha-
billement, filets,
etc). La matière première est elle-même abondante.
Lt coton pouBBe
pres~ue à l'état nature. Il est surtout cultivé par
les femmes,
dans les terres du jeeri, sur le ftaaruwal. "Il est cer-
tain, écrit Lnbnt, que s'ils voulcient vaincre un peu leur paresse,
et profiter de l'abondance du coton qui croit presque sans
culture,
ils feraient ~lus de tailles qu'ils n'en pourraient consommer et pri-
veraient ainsi les Européens du débit prodigieux ~u'ils font des
leurs,
et des profits considérables qu'ils retirent de ces marchan-
dises. Car ils ne manquent ni d'esprit pour agrandir leurs métiers,
et faire leur taille d'une longueur convenable, ni d'industrie pour
les teindre,
et leur donner de la variété at de l'agrément (J. B.
Labat le p., 1728, t. II, pp. 304-305).
Une fois le coton récolté, i l est égrené et filé par les
femmes sans distinction socio-professionnelle. L'égrenage se fait à la
main selon Labat et "c'e~t un travail long et ennuyant, mais il n'y a
que les femmes qui s'y occupent s et comme il ne les emp~che pas de
fumer et de caqueter, elles s'en font un plaisir et un divertissement.
Ce sont elles aussi qui le filent, un homme serait déshono~é, s'il
avait filé
s elles ne se servent que du fueeau" (J. B. Labat, le P.,
1728, t III, p. 267). Pour égrener le coton, on utilise une pierre
plate, généralement de grès fin ou de micaschiste et d'uœtige d'acier
cylindrique. Ln graine est mise de côté et utilisée pour les semen-
ces; pendant les disettes, certains l'utilisent pour assaisonner la
bouillie de mil (gossi ~ bivve). Le coton, cardé est filé à l'aide
d'une quenouille (moorgal) et un fuseau (kewal).
Le fuseau est fabriqué à partir d'une tige de bambou, équarrie, puis
calibrée et polie. La partie inférieure du fuseau est plus grosse que
la partie supéri~ure. Au bas du fuseau e8t fixée une fusaiole en céra-
mique grace à laquelle on fait tourner le fuseau pour former le fil
selon la qualité voulue. Généralement,
les femmes en dévidant la que-
nouille, obtiennent deux types de fil :
le gaura et le falla. Le gaara
est un fil mince résistant qu'on utilise pour la chafne : le fallu
est plus gros et moins résistant qui est utilisé pour la trame. Le
falla est aussi utilisé pour fabriquer des lignes de p~che, des cor-
delèttes pour la fabrication des filets de pêche. La gloire d'une jeune
fille est de filer annuellement assez de fils pour tisser 5, 10 et

279
20 pagnes. C'est par ce biais qu'elle prépare son trousseau de maria-
ge. En vendant les bandes obtenues, elles peuvent acheter de l'or
et de l'argent pour se faire faire des parures par les bijoutiers.
I l est rare en effet que les hommes filent le coton. Il arrive qu'une
mère qui nIa que des garçons les utilise pour filer le coton et
faire tisser des bandes pour l'habillement de la famille.
Le tissage seul Teste une activité spécifique à un groupe
particulier, les Daabube (sing. maabo) ou tisserands. Ils tissent
sur commande des consommateurs, ils ne produisent paw pour le marché
indépendamment des commandes. Ils sont payés au pagne, à différentes
étap~s du travail, ils reçoivent un certain nombre de cadeaux, en
dehors du prix de la façon. Ce sont les femmes pour lesquelles ils
tissent qui J.r(iparent le fil de tr[n~ en bobines (korwe) immédiatenent
utilisables dans la navette du tisserand.
~ c8té des pagnes, les tisserands fabriquent aussi des
bandes de gaze très fines utilisées par les femmes mariées pour se
couvrir la t~te (burtungal). Le port de ces gazez permet de distinguer
la femme déjà mariée de la jeune fille qui n'en porte point. Etre
mariée pour la femme, se dit ~tre couverte d'un burtungnl. Chez les
tisserands cornne chez les artisans des métaux, la concurrence des
produits importés à partir du XVIIe siècle e~t Révérement ressentie.
De plus en plus, les toiles bleues en Guinée et imprimées ou indien-
nes sont préférées par les classes aisées aux pagnes locaux. Bon
nombre de tisserands tendent à vivre aux dépens des gens aisés, à
devenir des eriots en abandonnant leur profession.
4.3. La céramique. activité féminine
Ce sont les femmes des tissernnds qui sont généralement
les potières. La poterie est donc un métier de femmes. Il est vrai
qu'à c8té des tisserands, il y a un aroupe appelé sebbe burnaabe qui
fabrique de la poterie. La matière première est abondante, en parti-
culier, dans les terres basses du waolo. L'argile est travaillée avec
soin. Ces potières, contrairement aux tisserands etaux forgerons,
travaillent pour le marché. Cette indépendance relative des potières
vis-à-vis des conmandes des particuliers est liée à ln fragilité des
objets fabriqués et à une consommation plus grande, qui exi~e un

280
marché toujours approvisionné. Les potières produisent des canaris
pour puiser de l'eau et la conserver, des vases pour le bain, pour
la préparation des teintures, des vases pour la cuisine (fayande).
Ce sont là autant d'objets courants dont les populations fn~ une
grande consommation.
Au point de vue technologique,"les poteries présentent
un degré de finition élevé dans l'exécution des canelures, dans
l'insertion des cols et des pieds au corps des récipients, dans
l'angulation de certaines lèvres pour faciliter le versement. L'engo-
bage et le lissaGe étaient largement utilisés" (A. Ravisé et G.
Thilmans, 1980, pp. 79-80). Ces remarques de Thilmans et d'A. Ra.~sé
sur Sincu Bara sont valables pour la céramique de l'époque deenyanke.
q.q. L'artisanat du cuir
L'artisanat du cuir est une activité spécifique au groupe
des Sakkeebe ~ "ceux qui travaillent en tous ouvrages de cuir, bri-
des, sandales, cornes, makatons et quatre ouvrages où ils enchassent
leurs eris-gris, ce qu'ils font fort joliment et proprement" (L. M.
Chambonneou (1673-1677)p 1968, 320-321). Le P. Baltasar Barreiro
signale que chez les Fulbe, "les hor.:lIiles portent des bonnets sur la
t8te et ont aux pieds des demi-bottes auxquelles sont cousues et
attachés des éperons, car personne ne sort chez lui, ne circule ou ne
commerce autrement qu'à cheval" (Baltasar Barreira (1606), in Thil-
mans et N. 1. Mornes, 1972, p. 30 et note 15q». La matière première
pour le travail du cuir est abondante. Les cordonniers sont aussi
des tanneurs. Le fruit de l'Acacia Adansonii (ou gawdi) est le tanin
le plus utilisé par les populations. A part la confection des gris-
gris, le travail de cuir est surtout demandé par l'aristocratie
guerrière : selles, brides, harnais, tous accessoires de Monture,
bottes ~ babouches et sandales de luxe (deymaat). Le peuple utilise
très peu les chaussures. S'il s'en trouve, les chaussures sont fort
simples. Elles sont souvent directement découpées sur une peau de
boeuf
travaillée, à laquelle on attache des lanières en trois points:
un à l'avant et deux à l'arrière. C'est ce qu'on appelle "tarre-hule".
Les cordonniers ont en général une clientèle relativement aisée.
Ils travaillent aussi des outres à battre le lait (sumalle),

281
à conserver les gra1nes (mbassu), ou des sacs de voyage (sassa
daafara).
%.5. L'artisanat du bois
L'artisanat du bois est aussi important que celui de la
poterie. La matière première est abondante. Il fournit tous les ins-
truments en bois comne "canots, gamelles, mortiers à battre le mil
et pilons" (L. M. Chambonneau (1673-1677), 1968, 320-321), nais
aussi les nanehes des houes, des cou~~aux, des coupe-coupe, de hilers,
les sièges et les tabourets. Il y a deux catégories de lawbe : ce
sont d'abord les lowbe worworbe qui fabriquent ~es écuelles pour
les repas et le lait, tes mortiers et des pilons, des manches des
instruoents nétalliques ; d'autre part, les lawbe laana qui sont
spécialisés dons la fabrication des pirogues et les accessoires de
la na~igation fluviale (pagaies, perches). Certaines de ces pirogues
peuvent transporter une dizaine d'hocues ou davantage, et parfois
plus d'une tonne de graines.
%.6. Les activités indifférenciées et influences des forcea Politiques
et religieuses
Il Y a ou Fuuta Tooro des activités qui ne sont pas réser-
vées à une catégorie sociale bien déterminée: c'est le cos de la
filature du coton, de la teinture, de la fabrication du savon et la
construction. Toutes les catégories sociales se livrent à des activi-
tés de cette nature. Cependant, l'art de la teinture, de la savonne-
rie et de la filature du coton, est exclusivement réservé aux femnes.
La construction est généralement une activité masculine, bien que
la construction du jejerdu soit dévolue aux femmes. La construction
d'une case ou plut8t d'un toit de case est une affaire de l'ensemble
de la collectivité villageoise. Tout le monde y porticipe, hommes,
femmes et enfants, chacun dans sa sphère d'activité propre.
Après un examen de l'ensemble des activités productives
spécialisées (métaux, bois, poterie, tissage, cuir) on peut noter
que les techniques ont très peu évolué depuis le XVIe siècle. Les
descriptions que nous avons des techniques de production, montrent
une certaine sclérose, une certaine inertie. Cela est lié au fait

282
que les nétiers sont devenus héréditaires dans le cadre de certaines
familles. Le pratique artisanale, n'est pas simplement un savoir
faire mais aussi l'expression d'un pouvoir. Elle nécessite une initia-
tion à caractère ésotérique. Les secrets ne sont transmis qu'aux
proches parents : fils, neveux, gendres, etc. Au plan sociologique,
la technicité appelle la technicité coume ailleurs la science appelle
la science, et l'argent appelle l'argent. Il n'y a donc pas concur-
rence au plan technique et technoloaique.
Le nanque de dynamisme de l'artisanat résulte aussi du
fait que les activités productives sont étroitement liées aux comQun-
des ponctuelles des consommateurs. Elles ne sont jamais parvenues à
s'en libérer faute d'une économie de marché, les échanges étant dor:l-
nés par le troc. Le monétarisation, là où elle apparatt, a peu dtin-
fluences sur le plan social. Les jula ressortissent de toutes les
catégories sociales, en particulier du groupe des marabouts.
Aux différentes activités écononiques génératrices de
groupes sociaux statutairement homogènes s'ajoutent les forces poli-
tiques et religieuses.
Lu plan politique, la conqu~te de Koli a eu pour conséquen-
ce l'ap?arition d'une nonarchie héréditaire et avec elle l'émergence
d'une classe ù'adôinistrateurs et de guerriers qm
sont les auxiliai-
res du pouvoir. C'est ainsi que s'est formée une nouvelle noblesse
les lawakoobe qui s'est superposée aux structures de commandement
antérieures. Le groupe le plus caractéristique résultant de la forma-
tion des monarchies militaires, c'est celui des Rebbe, étroitement
solidaires des rois et de la noblesse. Avec eux l'idéologie guerrière
a tendance à l'emporter sur toutes les autres.
De toutes les forces religieuses qui opérent sur le tissu
social, l'Islam est la plus puissante. Il tend à faire reculer les
croyances traditionnelles qui ne se manifestent que dans les techni-
ques du pouvoir. L'Islam favorise l'émergence d'une catégorie sociale
nouvelle, issue de tous les autres groupes. Ce sont les marabouts,
les hommes du livre et les agents de la propagation de la foi, qui
interviennent dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Leur force

283
est telle qu'ils ont menacé réellement à plusieurs reprises les
sociétés traditionnelles, en rompant finalement l'équilibre social
à leur profit en 1776. A partir de ce moment, le groupe des marabouts
qui était ouvert, se ferme en caste tout nussi semblable aux "castes"
professionnelles.

284
C. GROUPES ~OCIAUX E\\,HIERARCHISATION SOCIALE
!~,. $
La stratification de la société fuutanke est essentielle-
ment fondée sur la division originelle du travail. Les hommes sont
classés selon leurs professions. La majorité de la population est
formée par des gens occupés à une activité qui leur a.sure l'indépen-
dance économique. r.e groupe est composé des agriculteurs, des pasteurs
et des p~chGurs. Des besoins de ce groupe majoritaire sont nées les
activités spécifiques dont la vocation est de tra~Bformer les matiè-
res premières. Ces activités spécifiques engendrent le groupe des
artisans ou fecciraogolle avec ses quatre sections nétnux, cuir,
bois, textile et poterie. Guerriers, marabouts et gribts se sont
formés à ~nrtir des pasteurs, p~cheurs, agriculteurs et artisans.
Les différents groupes dominants ont imposé à des époques différentes
de l'histoire du Fuuta leur idéologie. C'est celle des Fulbe, celle
des agriculteurs sédentaires, celle des Sebbe et des Seerembe qui
ont le plus morqué les valeurs sociales, politiques et éthiques du
peuple fuutanke. Toutes les catégories socio-professionnelles tendent
à se scléroser en raison de l'atavisme général qui caractérise nos
sociétés, du respect pour les anc~tres dont les vertus sont sublimées,
du maintien des secrets professionnels encouragés par l'initiation
technique et ésotérique qui entoure l'exercice d'un métier, et en
raison enfin ùu commerce atlantique qui a été plus déterminant que
le commerce caravanier transsaharien dans la dépréciation du traTail
manuel.
Chacune des catégories sociales rend compte de la complé-
xité da sa fornation et par voie de conséquence de celle du peuple
fuutanke dans son ensenble. De tous les groupes, celui des Tooroobbe
est sans doute le plus complexe.
1. LES FULBE
On regroupe sous ce terce tous les praticiens de l'élevage,
qu'ils soient éleveurs de boeufs, de chèvres ou de moutons. Cette
profession fait le pullo plus que le faciès. Certains sont nomades
et d'autres sédentaires. Certains sont islamisés et d'autres sont
demeurés fidèles aux religions du terroir. Ce groupe s'est fractionné
en nombreuses leyyi, kinde et cuudi. Les uns ont accédé au pouvoir

285
et d'autres sont restés des hommes libres sous ln tutelle des chefs.
Au point de vue de la spécialisation professionnelle, cer-
tains sont éleveurs de bovidés Fulhe noy et d'autres sont spéciali-
sés dans l'élevo.e;e des moutons, ce sont les Fulbe baali ou pula-
boala.
L l'é~oquo deenyanke, il y avnit deux groupes de Fulbe
que l'anonyne de 1600 appelle "Fulugasar" et Fulguefolofo". Il ne
s'agit donc pns de royaumes sounis nu "grand Fulo", mais de groupes
désignés selon leur résidence. Les "Fulugasar"
correspondent à tous
les Fulbe qui en se lJ.édentnrisant, ont
habité les villages ou les
villes "saare". On les appelle également Fulbe waalwaalbe, c' es t-à-
dire ceux qui habitent le waalo, donc la vallée fluviale inondée.
Ils se sont fixés dans des villes (coahe sing : saare). Par ce biais,
ils sont devenus des agriculteurs sédentaires, tout en continuant
à pratiquer l'élevage, en confiant la garde de leurs troupeaux à
des aynaabe. Ils sont tous plus ou moins métissés avec les autres
populations sédentaires aux côtés desquels ils vivent. Ils sont
devenus martres de terres (joom) ou chefs de circonscriptions terri-
toriales ou des comnunautés villageoises (satigi). Ils partagent le
surnom de ~?alwaalbe avec les autres sédentaires. Parmi ces groupes
des woalwaalbe, on peut citer les Deenyankoobe, les Sammankoobe, les
Yanlalbe, les Sayboobe, les Yirlnabe, les Jaawbe, les Ranaobe-waolo,
les Ur-urbe, en sonne tous ceux qui peuvent ~tre liés à des topo-
nymes fixes dans le waalo, c'est-à-dire daande maayo et jeejegol
compris. Pasteurs, ils profitent des p~turages du waalo et du jeeri.
1~1. Les Waalwaalbe
Comme leur nom l'indique, les Waalwaalbe sont des Fulbe
qui se sont sédentarisés près du fleuve, à proximité des terres de
cultures de décrue. Ils ont fondé des villages où ils pratiquaient
l'agriculture en n~me temps que l'élevage. Ils exploitent à la fois
les terres du jeeri et du waalo. Feroobe ou Fereybe, Cutinkoobe,
Dembube, Joobbe en font partie. Ils ont habité aux côtés des Joawbe
dans le Tagant, à Gimi, puis à 00101 Jnawbe dans le Laaw. On en
trouve à Gurli, à Kobillo, Kiir1re~ombo, Hawre et dans Karakoro.
On trouve les Cutinkoobe à Jowol,
Ali-Wuri, Ngijilon, Janjooli,

286
Horkayere, W~lel, Sincu-Garba, toujours en compagnie des Sebbc. Les
Ranaabe, fraction des Jaawbe se sont installés à Kumballi, Daw-
Tata , et sur de nombreux sites de la rive droite avant de .e fixer
sur le fleuve ou dans re jeejegol de la rive gauche: Cali, Kanel,
Tinaali, NGonno, Bappalel, Sooringo,Seeno-Pnalel, Tulel-Tuppe.
Certaines de leurs fractions appelées Ranaabe Jeeri sont installées
à Andi-Yari, K~llol, Ndendoori. Certains ont donné leur nom à des
kolaade du vaalo : ainsi Kanaraaji, Deeji, Kanalaawal à Kanel.
Les Joobbe doivent leur non au fait qu'ils étaient adni-
nistrés au nom du burba par farmbaal de patronyme Joab. Ils font
partie des Fulbe hbn~l. On les retrouve à Fucmihara-Joobbi,à Gudude
et à Kobillo où ils sont agriculteurs et en ôême temps éleveurs de
gros bétail.
Les Deubube sont comme les précédents des Fulbe sédenta-
risés, agriculteurs profondément islaoisés. On les trouve principa-
lement à Jaoa-Llwanli dans le Toorû et à Fummihara Dembube dans le
Damge. C'est du 1!uuta qu.est parti l'fusa Jokollo, l'anclHre de Ot~nn
Fodiya Dem, le fondateur de l'Empire du Sokkoto. La dynastie a con-
servé le titre d'alwaeli.
L'immense majorité des Wealwealbe sont i~anisés et cer-
tains sont devenus des marabouts. Un certain Ali, de la famille
deenvanke, nurnit participé aux catés de Nasr-al-Din au ".jihad" qui
a porté au pouvoir les marabouts pendant quelques années dans le
Nord de ln SénéGanbie (Fuuta, Wnalo, Kajoor, Jolof). Certaines de
leurs branches sont devenues des dynasties maraboutiques, ter de
lance de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest.
1.2. Les Fulbe Jeeri
Contrairement aux Waalwanlbe, 18s Fulbe Jeeri sont des
éleveurs qui hnbitent la brousse du Jeeri où ils se livrent nu noma-
disme pastoral. Sous d'autres latitudes, on les nomme Fulbe Bororo
ou Fulbe vlliolo. Ils sillonnent les vastes étendues sableuses de
l'intérieur et se fixent en saison sèche dans les vallées humides
où ils peuvent trouver de l'eau pour leurs troupeaux. C'est à eux
que fait allusion Alvarès d'Almade en parlant de Fulbe qui pendant

287
l'hiver vont au bord de ln mer ou dnns les vallées du Sénégal
et de
ln Gambie. Le ~eeri, riche en herbes pendant l'hivernage, peut suf-
fire à l'nli~entQtion des bestiaux gr5ce à l'abondance de âomre en
saison sèche. Ces Fulbe n'ont pas d'habitat fixe à propre~ent parler,
m~me s'ils ont des terrains de percours stables avec les mares ou
beeli. Lew Bulbe egSû-hodda sont par définition,
des nomades qui cou-
rent toujours nprès les herbages et les points d'eau. Les différents
clans se disputent le contrôle de certnins paturages et de certaines
mares. Les plus faibles émigrent à ln recherche d'autres lieux plus
propices. Il leur arrive de se fixer momentanément auprès de certains
villages pour profiter des bienfaits de la ville, échanger leur lait
et leur beurre contre le mil et les outres produits nécessaires à
leur vie rudimentaire. Mais dès qu'ils sentent leur liberté ou leur
sécurité tcnt soit peu menacée, ils émigrent pour chercher des lieux
plus cléments et plus hospitaliers. Si,
en un endroit, leur troupanu
est victime d'une mortalité anormale,
où s'ils y perdent un des
leurs, ils plient bagages pour s'éloigner de ces lieux maudits.
Somoairement vétus, ils vivent avec le troupeau, pour le
troupeau et par le troupeau. Ils sont surtout nombreux dans le Ferlo,
le Sanre. Benucoup d'entre eux sont éleveurs de petit bétail. En
contact étroit nvec la nature, ils en connaissent les secrets,
snvent
s'orienter avec les étoiles, ils savent prévoir ln pluie selon la
disposition du bétail lorsqu'il est au repos ; ils savent à certains
signes prévoir si les pluies seront abondantes ou non. Ils connais-
sent plus que tous les Fulbe la faune et la flore,
l'utilisation de
cette dernière à des fins bénéfiques et même maléfiques.
Très peu islamisés en général, ils sont près des croyances
traditionnelles. Ils croient à Dundari, à Geno et aux génies des trou-
peaux, Kuneen, Foroforocndu, Camanbn ••• Comne la fraction des Feresbe,
appelés Laddankoooe, ce sont des houmes de la brousse,
en contact
étroit avec ln nature 9 ils sont les dépositaires des secrets reli-
gieux des Fulbe. Ce sont des magiciens qui, par leurs techniques
apotroporques protègent les hommes et les troupeaux,
soignent les
malades, confèrent l'invulnérabilité oux guerriers. Ces Fulbe Jeeri
sont aussi des Guerriers redoutables,
qui pratiquent des razzia aux
dépens des 1Vnalwaolbe notamment ou des autres froctions de Fulbe.

288
Au rang des Fulbe jeeri, on peut classer les Fulbe du
Jolof : Njencel, Lacce, Wodaabe, Ur-urbe Jeeri, Mbaalnaabe, particu-
lièrement nombreux autour de 10 Mare de Moggere. Ils fondent des
campements avec des noms canme Lumbol, ~, Lugge, Boyngel, etc
(Cheikh BA, 1982, Annexe). Administrés autrefois par des forba qui
prélevaient sur eux un tribut au nom du burba, les Fulbe du Jolof
ont sans doute profité de l'invasion de Xoli pour s'émanciper de la
tutelle des bur~Q. La tutelle que Koli et ses successeurs ionédiats
ont exercée sur le Jolof a dû rehausser le prestige de ces groupes
autrefois sounis et pressurés par les Sebbe. Plus tard, avec le
déclin du pouvoir deenyanke, les Fulbe jeeri ont pris leur indépen-
dance vis-à-vis des Waalwaalbe et ont fini par constituer une I~nace
permanente pour le Fuuta. Leurs incursions (ruggooji) étaient aussi
redoutées que celles des Maures. C'est une des raisons qui peuvent
expliquer que les ~ Njengal soient ménagés par les
burba du
Jolof qui ont fini par en faire des cousins. Les Fulbe Jengelbe sont
de redoutables guerriers, qui ont souvent riposté avec violence aux
rapines des buroa et de leurs farba. Leur puissance militaire et leur
richesse imposent le respect, même si à l'apogée de la puissance des
burba, les déprédations des Sebbe obligeaient une lenol ou une frac-
tion à l'émicration.
1.3. Les Lawakoobe
Ce croupe des Fulbe Waalwaalbe a émergé à partir du XVIe
siècle. La classe politique des Lawakoobe composée essentielleMent
par les Deenyaukoobe, les Yaalalbe et les Sayboobe. Nous avons étudié
les Deenyankoobe et les Yoolalbe qui ont occupé une position dominan-
te au sein ùe 10 communauté des Fulbe surtout à partir du milieu du
XVe siècle. Leur hégéoonie au Fuuta Tooro est la conséquence de la
conqu~te de Kali. Du groupe jaelalo qui a fondé le royaume du Kingi
a émergé le Groupe deenyanke. Yaalalbe, Deenyankoobe et Sayboobe ont
troqué leur titre traditionnel de ~ contre celui de joom ou de
satigi, plus prestigieux
et plus original aux yeux des Fuutonkoobe.
Tandis que le titre de ~ est essentiellement pastoral, celui de
joom ou de satisi a un contenu politique plus marqué impliquant une
notion de propriété et de
souveraineté.En se sédentarisant, ils sont
devenus des chefs politiques et guerriers à la t~te de vastes terri-
toires. Ils exercent le pouvoir en vertu du droit de la lance, du

289
droit de conqu~te tandis que les autres Fulbe, rastés encore nomades,
tout en ayant ùes aires de parcours nssez stables, sont moins atta-
chés à la terre et à ses valeurs fondaoentales. Les Lawakoobe sont
surtout noobreux dans le Fuutû central et oriental : Laaw, Yirlaabe-
Hebbiyaabe, Booseya, N~enanr et DnmGn : Rundel, Jowol, Siwi, Meatao,
Gurli, Woali-Jantûn, Horndolde, Bappalel, Guriki, Gengel, PedalaI,
Mogo, Jaaba, BaGoàin,
etc.
Deenyankoobe, Yaalalbe l-'\\T Sayboobe forôent la "batu Fuuta"
qui propose, dans le cadre de la fawille royale, la personne la plus
apte à exercer le pouvoir en cas de vacance du pouvoir. Ynalalbe et
Sayboobe, après l'élection et le couronnement du satigi donnent un
tribut nu setiRi deenyanke pour marquer sa préeninence sur ses frères
Yaalalbe et Sayboobe. Il s'agit d'une préséance protocolaire, car les
trois catéeories qui conposent le croupe des Lawakoobe sont étroite-
ment associées au pouvoir politique.
De tous c'est le groupe des Sayboobe qui nous paratt le
plus conplexe et le plus caractéristique de la classe politique.
1.q. Les Sayboobe
Plus qutunele~ol les Sayboobe doivent/~~fi~idérés comme une
classe sociale ~arce qu'ils sont issus de lignages et de familles
différents. C'est donc une catégorie sociale associém au pouvoir
politique. Nous savons par Manuel e Vasconcelos que les Fulbe "recon-
naissent entre eux une noblesse et un état des chevaliers qu'ilS
appellent Saibobos" (D. A. Manuel e Vasconcelos, 1639, cité par A.
Teixeirn da Nota, 1971, p. 37). Ce sont des guerriers à l'aide desquels
Koli a conquis le Fuuta. Ils descendent principaleoent des premiers
compagnons deTenella 1 N11me
, Ali Baka (Bagara), Gata Kuuba,
~ Bolaaro et ~ Jaalo Gaynaako. Leur rôle aux côtés de Tenelln
alors comparé à celui des Khalifes et as-sahab eux côtés du Prophète
Mohacmnd (P.S.L.)
(56). Ils ne peuvent en aucun cas accéder au pouvoir
supr~me.
On trouve dans le Hayre, chez les voisins Soninke, Iféqui-
valent des Sayboobe, appelés ici NanRu (sing
Mange). Ils y sont
considérés cocrne des descendants des Fulbe qui avaient autrefois

2{W
exercé le cODrlondement. Ils y constituent une noblesse d'Etat au
service de la famille régnante des Su~aore. Comne cette dernière,
ils seraient originaires du Hayre. On les rencontre à Wnwnde auprès
des SilT)e et à t'lenau auprès de MbaîHlnnkoobe. Ils y vivent avec
leurs griots ou sessere.
Âu Fuuta-Tooro, on distingue quatre principaux lignages
de Sayboobe : les Sayboobe Sawadi Jaaye, les Sayboobe Niina, les
Sayboobe Sawa Donde appelés aussi Sayboobe Bubu Awdi et les Sayboobe
Jallube. Tous ces Gayboobe sont des Fulbe sédentarisés depuis long-
temps dans le Laaw et les Yirloabe-Hebbiyaobe. Ils portent les patro-
nynes Bah, Jnllo ou Soh.
1.~.1. Les Soyboobe Sawadi Jaaye tirent leur nom de Sawadi Jaaye
Sadiga, le fondateur du lignage. Ils appartiennent à !~ranœ leftol
des Wodnabe qui étaient les maîtres du Laaw et des Yirlnabe avant
la conqu~te du pays par Koli. Ils portent en général le patronyme
Soh. Ils sont également appelés Sayboobe Denba Jorn, parce que les
descendants de ce dernier détiennent le pouvoir dans toute la région
Golo Demoa Jan eft ~ Galoyn ; Njobbo Denba est ~ Meri
Bubu
Denbn est satic;i Iiboolo; Paate Denba est joon Lugge ; Hamne Denbn
est joon ~fuunbû et Yero Dembn est jooo Ngaarar. Le plus puissant
de tous est ~ Galoyn qui a sous sa dépendance jooo Galoya-Fulbe,
elinoan Galoya-Toorobbe, jaoltaabe Tufnde-Gan'de et laanjaan Jaarangel
(57). ~ Galoya possède d'immenses domaines cultivés par les habi-
tants des villaGes de Galoya-Fulbe, Galoya-Toorobbe, Wending,Tufnde-
Gonde, Gangel, Pete, \\'Iaassetnake, Baroobe - Jakkel, T{lbegut, NGuy,
Bokke-Snlsalbe et Bokke lfuaaybe contre le njoldi, l'assakal, le
cootisu et le doftal.
A co groupe se rattachent les Soyboobe Boli, les Sayboobe
110 et les satiSi Digel, tous issus de Jaaye Sadign. Hanunu, fils de
Darannnn Jnaye est lrnnc~tre des Sayboobe Booli. Des enfants de Niima
Dulo Helere Jaaye (110, Malnl et Hullo) sont issus les Sayboobe 110
(SalI), les saiiai Digel (58) et les satigi Worgo de Jaabo (F. G.
IFAN Dakar F.t, cahier nO 8 ; 15 feuillets).

nq. N°26J GENEALOGIE DES SAYBOCISE BUBU AWOI SELON SALLY GAWLO, 19a5
Awdi
Bubu
1
r---i-i
Yeronl
TUmml.lfHJ
Samba
Haml"di
al"
tdit !Ji ub;j 8,}()1i
1
ff(j(j/o Ni/ma .t
1
Mutar
l1
sa.1bc

291
1.4:.2. Les ~: ayboobe Niiea
l~ liGnn~e des Sayboobe Niina descend de Niimu Jeeri Jibrilu
et JeY Bolaaro, jëy Jaalo-Gaynaako, Goto Kucba et Ali Baka ou Bagha.
q,i
1
'
Tous ces conpaGllons et parents de ~eLAl16
n ont pas exerce le puu-
voir foreent la classe des notobles Guerriers appelés Sayboobe. Avec
les Yaalnlbe, ils constituent les cadres de l'armée de Koli Tenelln.
Les satiSi Ngajarr font partie de Sayboobe Niima (59). Dans un de ses
traités, Cheikh noussa Kanara écrit: "un honne digne de foi m'n dit
que les Sayboobe sont les descendonts de Niioa. Ce sont les chefs
de la région comprise entre Giroy et la linite entre Yirlnabe et le
Lauw, à ni chemin entre Jongi et }Thm~bn, aussi bien sur le jeeri et
que sur le ,molo.Le chef des Sayboobe portait le titre de kaoalinku
ou de satigi. Satigi Soyboobe habitait Jaabo ou Anao (peut être Afton
Godo, car satiRi Ngajak habitait Godo. Les Deenyankoobe l.i ont pris
le titre. Paroi ces chefs Sayboobe, le lando Bo~seya habitait
Kayhaydi car il existe encore dans cette ville un champ appelé "falo
loamdo" Booseya" (F. C. H. K. IFAN Dako.r
Hanuscrit nO 7, Trad. H.
M. DIA et o. KAN~, pp. 32-33). Le titre ~e Inondo Booseyn était
porté par Huse
300se, fils de Koli et de Hboose, ln fille du ma'd
du Saalllo. La r0Cion de Kayhaydi appelée Jooke avant l'arrivée de
Koli était occupée par les Fulbe Mbaal, originaires du Baxunu dont
le ~ contr81ait la région de Mbooloyel à Ho.wre. ~ Mbaal n'avait
pour voisin qu'~ Jaawbe, maître du district compris entre Mbooloyel
et Daftco. La pression conjugée des I10ures
et des Deenyankoobe obligea
les Fulbe illiaal à éoigrer à Nobbaoji, puis au Bundu. Un des ordo
Mbaal les plus célèbres est Samba-Boodae
Reda-Jaalo - Caanbilao-
Cokko Denoa - Jaliga Mokam~~
1.4:.3. Les Sayboobe Sawa Donde ou Sayboobe Bubu Awdi
La petite fille de Niioa, Boli Holo, a épousé Saoba Bubu
Awdi dont elle eut Buhu Boli. Awdi est un deenyanke qui a perdu le
cOlIlIilandeQent sur le plnn national. C'est ici que les "Sayboobe sudu
Niima" s'cllient avec les Sayboobe Sawa Donde. Il n'est peut-~tre
pas iuutile de noter que la petite fille de Niina, Bonko Rola, en é-
pousant Decce Gelnojo Sol est devenue la mère des Lawakoobe du
Tooro. La fanille de Niino a participé au pouvoir suprême grâce au
mariage de liunba-Jolngal-Takko Joftftana Niimo Ovec Galaajo Bubakar
Sawa-LaaQu, alios Gelaajo-Jeegi, père du célèbre Samba Gelaajo-Jeegi.

292
Les ~ayboobe Golo Dembo Jnô ont d~ foire place aussi aux
Sayboobe Sawa Donde issus deln fa~ille de Koli Tenella. Ils portent
traditionnellement le titre de sati 0i Hebbiyaabe. A l'intérieur du
domaine des Hebbiynabe, le pouvoir est exercé par les descendants
de Bubu Audi, jusqu'à l'échelle du village. Ils portent presque tous
le titre de satigi à Dekle, à Harlow, Caskon, Hattaar, Jaaba etc •••
Le Samba Donde en question serait l'un des fils de Bubakar ou Bokar
Sawa-Laamu et de Donde Ali Yero Tenello qui a régné juste après
Sambo Booyi mort en 1707. Il a été détr8né par Bubakar Siré Sawa
Loarou à son tour chassi par Gelaajo-ùeegi, qui était le kamalinku
de Sawa Doude. Son fils Awdi ne régna pas mais reçut le commandement
de la province des Hebbiyaabe qui n été gardée par des descendants.
Parmi les plus célèbres de sas descendants citons Bubu Awdi, son fils
et son petit fils Bubu Samba plus connu sous le nom de Bubu Boli,
satigi Dekle (60).
Le Capitaine STEFF se fait l'écho d'une tradition selen
laquell~ Awdi, serait plut8t le neveu de Kali Tenella, fils de sa
soeur Fntuno-Ngiya-Jaja. C'est Kali qui aurait fait de son neveu
satigi Hebbiyaote, en reprenant sons doute le titre aux descendants
de Hebbi Den~a Jorn, frère de Gala Dembn Jan (STEFF, f913, p. 22).
Dans ces conditinss, Awdi ne peut donc pas être le fils de Sawn Donde,
donc petit fils de Bubaknr Sawa Lonou. Pour les m~mes raisons, le
SuIe Dene, nentionné par Labat ne peut suère être le fils de Modi
Bubak!'.r Sa1'lC1. Lnanu. Il est impossi~le qu'il soit de la génération
de son "grand père", conne personnalité faisant partie du conseil
du Puuta. Dans le cos où les deux personnalités se confondraient,
Bubu Awdi ne peut, en aucune façon être le fils de Sawa Donde, frère
et successeur de Sanba Booy. Un tableau généalogique comparatif ré-
vèle de façon évidente la discordance.
Il est impossible que Buou Awdi soit à la fois le petit
neveu de Kali Tenella, d'une part, et petit neveu et contemporain
de Sire Sawa Lanou d'autre part.
Il se peut alors qu'il y ait eu deux Bubu Awdi, l'un re-
montant à Niina qui serait le premier satigi Dekle et un autre, des-
cendant de Kali, dont il est séparé par cinq générations. Le premier
serait le neveu de Koli, le second petit fils de Sawa Donde.

- - - - - - - - - -- ----_...._-
293
Un autre de ses descendants Jeeri Samba est cité par
Labat comme faisant partie des grands notables du Fuuta, sous le
rè~ne satigi Sire Sawn Laanu, tout à ln fin du XVIIe siècle et au
début du XVIIIe siècle. Il serait contenporain de SuIe Moodi Bokar
Sawa Lam'1u, plus connu sous le nom de SuIe Dene, qui a reçu le com-
mandement du Laow avec résidence à Babanhe (61).
1.~.~. Les Soyboobe Jallube Bont, dit-on, ori~tnaires du Maasina.
Leur niGr~tion les aurait conduits successivement sur la rive droite,
puis à Bokke Jallube, à Tulel Calle, à Bokkijawe où ils s'établirent
auprès des Sebbe D&~anaabe. Ils s'installèrent aussi à Godo auprès
des satisi qu'ils suivirent à Horkayere. De là, ils vont à HRwre
avant de s'établir définitivement à Knnwel à la fin du régime
deenyanke. Ils ont gardé leur titre de ardo.
On trouve également un croupe de Sayboobe Jallube parmi
les Cutinkoobe aux côtés des Jagananbe (Jallo), Denbube (Deh),
Fereybe (Soh), Borinaabe (Bari) et Bobnabe (Bah). Ce sont les Sa~boo­
be Jallube qui fournissent le ordo de Walel, tandis que dans les
autres villaEes des Cutinkoobe (Wuro-Ali, Sarakura, Lotoke et Wassea
Kodde), le conmondenent est assuré par les Joganaabe, tnndis que
les Deuhube qui sont des l'1orabouts fournissent les inams des nosquées.
Sont égalenent considérés CODme Sayboobe les Ur-urbe Waalo
appelés encore Ur-urbe Dagu parce qu'ils sont issus de Dagu Denba
Goyo Mahnudu Tenella. Ils/~gttachent aux Ur-urbe par leur nère Dagu
Dello. ~ Hbnntu, Ardo Gede issus de Yugu, ~ Cambulel sont aussi
considérés con8e des Sayboobe.
La classe des Sayboobe resroupe donc des ligneges diffé-
rents : Wodnabe, Ur-urbe, Yirlanbe, Deenyankoobe. A propos de ces
derniers, tout se passe conme si les oadets de la famille deenyanke
exclus du pouvoir supr~rne reçoivent en conpensation des commande-
ments territoriaux, de même que des terres qui leur permettent de
de
vivre et de s'acquitter/leurs devoirs militaires vis-à-vis des satigi
du Fuute. A en croire Gnden (F. G.
IFAN Dakar
F. t. cahier nO 8,
15 feuillets) qui se fait l'écho d'une tradition recueillie à Maten,
les Sayboobe (descendants de Niina, Ali Beke, Gate Kumba, jëy Bolaaro,

jëy Jaalo-Gaynanko)et les Ynalalbe (descendants de Mooli
Malign,
Ali
l~ligû et Saoba Manlign) tous apparentés à Koli, étaient ses
guerriers et l'~vaient aidé à conquérir le Fuuta. Ils participèrent
à la dernièro Dato.ille qui consacra la défaite et la soumission de
Inamtooro hmet Ali, à Sinka Booy près de Aannm-Towngel dans le Tooro.
Après quoi, Kali aurait installé sa capitale à Aanafl Godo,
d'où il
administrait tout le pays. Il était aidé par ses parents et compa-
gnons de guerre Yaalalbe et Sayboobe. Très rapidB:1 ent, Koli pour
éviter les conflits entre ses compagnons prit soin d'affecter à chaque
fani Ile un cOnILlnnclenent. Aux Sayboobe il donna la région conpri se
sur les deux rives du fleuve entre le marigot Yejjaprès de Jowol et
le marigot de Rcro.
Les Sayboobe pnrticipnient au "Batu du Fuutn" qui élisait
le satigi ou assurait la régularité de l'accession au pouvoir de tel
ou tel membre ùe la famille deenyanke.
Les Sayboobe avaient entre autres prérogatives celles
d'offrir leurs bons offices aux Deenyankoobe en cas de conflits entre
les membres de la famille régnante. Ils jouissaient du droit d'asile.
Socialement, Sayooobe, Ynalalbe et Deenyankoobe forment une classe
et sont étroitemnnt apparentés. Cette parenté entre Yaalalbe, Sayboo-
be et Deenyûnkoohe se remarque jusque dans les cérénonies de couronne-
ment. Une fois qu'un sntir;i meurt, le nouveau satigi est choisi pnrmi
les ayant ù.roit par l'assemblée réunissant tous les Deenyankoobe, les
Yaalalbe et les Sayboobe. A cette occasion, Yaalalbe et Sayboobe lui
offrent un tribut en lui disant que "Dieu lui a conféré puissnnce et
prestige sur ses varents Sayboobe et Ynalalbe". C'était une pnrent6
réelle et non fictive,
puisque les trois groupes des Fulbe de ln
lance se rattachent au m~me ancêtre ~énéalogique. Tenelln et
Mnliga
Gedal Deeny,
deux frères,
sont respectivement les ancêtres des Deenyan-
koobe et des Sayboobe Niima d'une part,
et des Yaalalbe d'autre part.
Les trois groupes sont politiquement et socialement solidaires,
sous
l'autorité du 8atiGi Deenynnkoobe, chef de l'armée,
décidant de la
paix et de la Guerre. Les relations natrinoniales entre les groupes
düs Lnwkoobe sont inextricnbles. Seuls leurs griots,
le maabube sudu
Paate pouvaient dénêler l'échevenu de leur parenté.

295
Les Gnyboobe sont répandus tout le long àe la vallée de
Bakel à Duc, Dais ils sont principalenent concentrés entre la vallée
du Gorgol et le Loaw. Ils portent le patronyne Soh à Leeraobe, à
Cinde dans les Halnybe, à Meri, pThunba, Lugge, Galoyo et Jaabn. Ils
sont Jalla ou Knh à Gollere, Rasge, Bolrke-Jallube, Kaawel et Wolel.
Ils sont Bah à Janba-Degle, Hooyo, Bungu et à Bagodinn.
Ils portent des titres aussi divers que ordo,
satigi,
laamdo, kaw:l1inku cu jOOt.l. Ces titres renvoie nt tent8t à des connen-
dements territorinux (satigi, Joaba-Degle, ~ Meri, ,ioom MbUlilba ou
ka~elinku Gollern, Laando Bo~seya), tantôt à des mattrises de terres
(~Banje, jooo Ngaraan, satigi Ngajalr). Satigi Sayboobe résidait
à Jaaba ou à hnaan Goda, laamdo Booseya avait pour capitale Kayhaydi,
satigi Laaw avait ses quartiers généraux à Juude-Jaabi. Satigi
Hebbiyanbe contrôlait Dekle,Haataar, Harlnw, Boggel, Maalua, Caskon
peuplés de Fulbe,
de Sebbe, de Toorobbe et Haabube.
Le principal centre de dispersion des Sayboobe nous senble
atre LUBge Sayboobe situé à trois kiloaètres de l'actuel Luxeyba sur
le Gargol, au pied du Hayre Nday. Le s i t . aujourd'hui abandonné,
cou-
vre plusieurs hectares. Il est à l'origine des trois luxeiba que nous
connaissons aujourd'hui (62). Luxeyba ne serait autre chose que ~
contraction de LUGGe Sayboobe.
1.5. Le Pulaasu
Tous les Fulbe, riches ou pauvres, chets territoriaux ou
simples berge~s partagent la même idéologie. Cette idéologie est le
pulaagu qui net en avant les valeurs pastorales et la supériorité des
pasteurs sur les autres groupes sociaux. Selon eux,
le Pullo est
beau, le pullo est généreux, le pullo est libre et entend le rester.
Même s ' i l ne conquiert pas le pouvoir, il ne le cède à personne au
point de vue de ln noblesse de ses oriGines. En d'autres termes,
le
pulaagu c'est la sublimation d'une activité spécifique par ses pra-
ticiens et leurs dépendants. Cette sublimation est favorisée par le
fait que les Fulbe sont parvenus à conquérir le pouvoir politique
dans les savanes de l'Afrique subsaharienne de l'Atlantique à l'Ada-
nawa. L'exercice du pouvoir politique a eu pour conséquence l'émergen-
ce des Fulbe èe 10 lance. Aux valeurs pastorales
se sont alors

296
greffées celles des guerriers qui ont fini par se sédentariser et
inté~rer les valeurs agraires. Mais la base économique est 10 Q~me
le nr;aypaaka.
Selon Cheikh Moussa Kanara,
est pullo tout homme, blanc
ou noir,
qui se livre principaleo~nt aux activités pastorales, cul-
tive la terre et nooadise en brousse. La qualité de pullo ne se perd
que lorsque l'individu abandonne les activités pastorales,
se séden-
tarise,
se consacre aux é~udes islaniques tout en pratiquant l'agri-
culture :
il devient alors toorodo. Il conserve son statut de pullo
s ' i l pratique l'élevage et s'adonne aux études islamiques, ou s'il
abandonne les activités postorales,
reste agriculteur
et ne se spé-
cialise pas dans les études islaniques. La qualité de pullo se perd
si l'on abondonue les activités pastorales et l'on s'adonne à des
métiers aanuels conDe ln forge,
la cordonnerie, ln boissellerie ou
la poterie, ou DaDe la p~che.
Lo bnse du pulaogu reste donc l'élevage,
soit
des ovica-
prinés,
soit des bovidés. Le troupeau est au centre des activités
pastorales. Le pulle n pour vocation prenière de l'acquérir,
de l'en-
tretenir et ùo le faire fructifier. L'élevage des bovidés confère
généralement plus de prestige que celui des ovins. Dons cette pers-
pective, l'analyse du Fontan est révélatrice, parce que ce poème
est à la gloire ùes bovidés et des éleveurs des bovidés. On peut
le considérer CODIJe l'hYDne national des Fulbe. Dans Kunen, Amadou
Hoopaté Eh nous prGsente Ndurbele,
le bovidé oythique, hermaphrodite,
"source de richesse pour les justes et joie des Peuls" (Amadou
Hanpaté BA, KOUlJen, 1969, pp. 85-95). Lo vache dit-il n'est pas
seulenent pourvoyeuse de chair et de lait, mais "elle symbolise à la
fois l'utilité et la miséricorde"
(Anadou Hampaté BA, Kounen, 1969,
pp. 85-95). Hous ajouterons qu'elle est source de prestige et de
puissance.
1.5.1. Sypbole d'utilité
Le Fontan chante ~ (bovidés) chez lesquels rien n'est
inutile. Son loit est aliDent couplet, réoonence du paradis (~­
tine oljanna). C'est une boisson agréable,
dont la consomnation con-
fère la snnt6, la force et ln beauté. L'honne qui a bu le lait frais,

297
le veau qui a t~té snns portage sn nère est toujours resplendissant.
"Pullo Kaarclo 3irndan" répond toujours ù la description : "Pullo
Lamari, ~eefo~eenol, subbito korlal", (le Pullo à l'allure royale,
au noble cou et nux janbes bien gnlbées). Le lait peut se consonner
frais ou cail16, on en retire le beurre. Il n'y a pas de meilleurs
viande d'élevDGe que celle du veau de l a i t :
elle est blanche et
douce conDe le lait qui l'a nourri.
La peau de bani est utilisée pour fabriquer les sandales
décorées, les oottes et les selles pour la monture des jeunes Fulbe
chargés de surveiller les troupeaux de bovidés. Mêne les cornes de
beni sont utilisés pour conserver la poudre à fusil pour les jeunes
-bergern chargés de surveiller et de protéger les troupeaux de bovidés.
Peaux et cornes sont donc utilis~ pour la fabrication des accessoi--
res de guerre pour les jeunes Fulbe.
Les crins de la queue de ~ sont utilisés pour la prépa-
ration des encriers des marabouts, qui écriront des griS-Gris pour
les jeunes guerriers Fulbe.
Les os de bani,consumés
et réduits en cendre, sont utili-
sés par les jeunes feBnes Fulbe, lorsqu'elles filent le coton destiné
à l'habillenent des jeunes Fulbe qui gardent les troupeaux des bovidés.
La bouse est utilisée conne combustible pour préparer les
repas pour les jeunes Fulbe qui gardent les troupeaux. Elle est u-
tilisée aussi de n@ue que l'urine pour engraisser les chanps. L'urine
de vache sert à préparer la senence et elle est aus.i utilisée conme
purgatif pour les constipations tenaces.
1.5.2.
Synbole de la miséricorde, le bovidé est le plus exigeant
des animaux donestiques, élevés par les Fulbe. Il ne peut se dévelop-
per que là où il y a beaucoup d'enu et d'herbes,
doncm où la végé-
tation est abondante et les cultures possibles et rentables. AliQent
du riche et du pauvre, le lait s~4bole de la tendresse et de l'affec-
tion,
est une boisson qu'il est intéràit de refuser. En le distribuant,
on renforce les liens de solidarité, de fraternité et de concorde
entre les hounes. Le bovidé est aussi le ciEIent, les "tenailles du

298
tlariage" (kanpanje dewgnl),
cnr ln dot des fenraes Fulbe est toujours
évaluée et acquittée en bv~idés. Plus que les hoooes, ce sont les
feooes qui b6~éficient àu cheptel, car elles ont la charGe de gérer
le lait et les produtts dérivés.
1.5.3. Source de prestige et de puissance, les bovidés le sont, car
la forGe ùe richesse ln plus enviée, la plus
reOherchée, c'eBt la
richesse en ùovic1és.· La fortune d'un pullo s'évolue en "sabots"
(kolce), c'ent-è-dire en têtes ùe bétail,
en portions de troupeau
(tayre), ou b~tons (cabbi), c'est-à-dire en unité pastorale qui
nécessite Il elle seule l'enploi d'un bercer,
dont l'arne est le bâton
de kelli,
~e sont, dit le Fantan, les bovidés qui font la différence
entre le riche (" ca l o ") et le pauvre (hasdoolo). On ne peut ~tre
généreux (ndane)
Bi on ne possède pos de bovidés. Le pauvre ne peut
pas atre Généreux. Grllce à ses larGesses royales le "ndane" acquiert
notoriété et prestige car il attire ainsi les vecteurs de la renomoée,
c'est-à-dire les ~riots, (awlube, maabube et wanbaabe), et tous les
musiciens et chanteurs qui jouent ùen instru&lents "kolli, naanoo,ii,
bubao,ii, bnl/(li,
sabaree,ii".
Ce sont eux qui ont fait les renoDDées des héros qui peu-
plent la lécende et l'histoire des Fulbe : 110 Yaladi, Tenella,
Niitla, Dulo Denba, Njaru, Sawa Laanu, Gelaajo Jeegi, Konke Bumusa
Amadu Samba Poolel, Raasin Selli, Gelanjo Hambodeejo,
etc.
l~ais il );l"est pas plus aisé d'acquérir les troupeaux que
de les protécer. La façon la plus rnpide de les acquérir, c'est la
guerre, la razzie. L'histoire des Fulbe eBt reoplie de ces guerres
de razzia çui nettent aux prises leyyi, kinde et cuudi rivoux. Sou-
vent, un jeune cuerrier pullo fait la razzia pour s'approprier les
troupeaux d'un rival réputés pour leur beauté ; ou pour répondre aux
exigences d'une jeune femme qui ne consent à épouser que celui qui
lui apportera en dot les belles vaches ou la vache préférée de tel
redoutable guerrier pullo. Ces actes entraînent la guerre et ùes
cocbats épiques dont la légende s'est enparée. C'e~t à cela qu'on
fait allusion dons le Fanten:
cela implique la poursuite pour re-
prendre les troupeaux razziés,
donc des combats et la mort qui est
évoquée par les expressions les "planches tanbales" (kirimmee,ie),
le~ craquenents des chaussures des jeunes ]lulbe (nayyaango pade

299
sogatnobe Fulbe), les alènes de deuil des jeunes femnes Fulbe (cette
kesnorde rewbe Fulbe), les larnes des nères des jeunes Fulbe (hojji
Yunan safJataabe Fulbe).
Cet entratnenent des Fulbe aux ~uerres de razzia ont plus
d'une fois ahouti à la conqu~te de territoires et à la oise en place
de foruations géo-politiques, dont l'expression la plus achevée e~t
l'eQpire de Koli Tenelln centré sur le Fuuta-Tooro. Par la conquête
certains groupes des aynaabe nay sont devenus ùes aynaabe Yinbe
(bergers ù'hoDnes) ou des aynaabe dinaadi (bergers des chevaux).
C'est la raison pour laquelle un des coopagnons ùe Koli est appelé
jëy Jaalo GaY1~aQko (dimaadi). Les nattres des troupeaux (~, galo,
jaarga) sont devenus naîtres de terres ou chefs ùe commandenents ter-
ritoriaux (satisi, kamalinku, jooo, laanido ~). C'e~t la raison
pour laquelle une nouvelle hiérarchisation est née, qui tient coopte
à la fois de la place politique et de la richesse.
hu sonnet de ln hiérarchie, il y a donc les Lawnkoobe,
appelés Kononkoobe dans le Maasinn qui regroupent :
- la faoille royale deenyanke qui fournit exclusivement
les rois et les princes de sang 9
- la noolesse guerrière, apparentée à la famille deenyanke
et associée au pouvoir : ce sont les Yaalalbe et les Sayboobe.
Ensuite viennent les Fulbe aynaabe, éleveurs de troupeaux
de bovins ou d'ovins et caprins. Ces éleveurs peuvent être des res-
sortissants du jeeri ou du wanlo. Ils ont leurs notables, appelés
~, gala, jaar0a exerçant le pouvoir politique au niveau du village
(~ ou saare). Ils ont leurs honmes libres oujaambureebe qui sont
associés au pouvoir local au même titre que les Yaalalbe et les
Sayboobe sont associés au pouvoir central. C'est là où la richesse
peut entrer en coopte pour la différenciation sociale. Certains pos-
sesseurs de troupeaux (aldube ou jaarsaaji), se subordonnent et em-
ploient les pauvres waasbe doole : sing baasdoolo) pour le gardiennage
contre salaires en nature ou en bestiaux, la modalité de rétribution
étant fixée erè
à Bré. La najeure portie des waasbe doole cultivent

300
la terre et pnr ce biais peuvent avoir beaucoup de nil et acheter
du bétail.
L'idéal de tout pullo est de devenir indépendant de son
prochain en accédant à la propriété ùes troupeaux. Statutnirenent,
tous ces Fulbe sont égaux, seule la fortune fait ln différence. C'est
le sens de l'expression "so Pullo buri Pullo bandUIa. ko nay ndewda
doon" : (si un Pullo est supérieur à son parent Pulle, ce sont les
bovidés qui en sont la cause).
La richesse en bestiaux peut faire accéder à ln richesse
en esclaves et à ln fortune agricole. Les Fulbe ne s'asservissent
pas entre eux, nnis ils asservissent les outres peuples ou achètent
sur le ~arché des esclaves. Ils s'en servent pour garder leurs trou-
peaux, lorsque ces derniers croissent rapidenent et nécessitent l'eo-
ploi de
plusieurs gardiens. SOu~ellt ces esclaves vivent à part avec
les troupeaux, à une certaine distance Lle la résidence des nartres.
Les villages à hestiaux, avec des esclaves sont appelés ici Wurooji,
ce qui équivaut ou runde du Fuu~a-Jalloll. A proximité, il y a les
chanps de culture fumés par les troupeaux après les récoltes et leur
engrangenent.
1.6. Conclusion sur le Groupe des Fulbe : la dynamique sociale
Ainsi nu sein de cette société fuutanlce, le terne pullo
désiGne non seulenent celui qui 0 le teint clair, les cheveux plus
ou noins lisses, mais surtout celui dont l'activité fondanentale
reste l'élevace. C'est le pasteur, éleveur de gros ou petit bétail,
dont une partie s'est sédentarisée, nais dont une nutre reste nOliwde.
Il est en constant déplacenent à la recherche des herbages et des
points drenu. Mais ce déplacement se fait généralement dans le cadre
d'une aire géOGraphique déterminée, sur un terrain de parcours rela-
tivement précis. Ils ont deux résidences principales: l'une dans le
j eeri occupée pendant l'hi vernnge et appelé "r.unaano",
et l'autre
pendant la saison sèche, plus près du fleuve, le seedde. L'activité
agricole n'est pas absente de leur genre de vie, nais elle est secon-
daire puisqu'elle
ne fixe pas définitivenent la population. On cul-
tive de petits lopins de terre sur les terres funées par le troupeau.
Mais le troupeau est au centre de la vie du Pullo ; il s'identifie à

301
lui, fait tout pour l'accroître; un troupeau nombreux et bien grus
fait ln gloire du Pullo. L'alinentation est à base de lait et de
beurre, avec lesquels on assaisonne le nil ou le fonio
; la viande
entre peu dnns l'alinentntion. Coaoe le Pullo produit peu de ces
denrûes, le lait et le beurre sont troqués pour en obtenir; pen-
dant l'hivernaGe,
il fout davantage de lait pour avoir du mil,
et
pendant la saison sèche,
c'est le contraire qui se passe car le loit
abondant coate plus cher. Le handi-hnnda c'est la parité, une ne~nre
de loit pour une mesure de mil
i
le ~orja, c'e~t l'échange 1 1/2
c/l, le ~ c'est 2/1 et le tati 3/1.
Dans la vie des Fulbe, il n'y fi pas de véritables niGr~­
tions définitives. Quand elles ont lieu,
c'est pour des raisons
d'ordre politique. La conqu~te par une puissance étrangère, l'oppres-
sion politique entraîne un changement de résidence, dans des pays
piRS hospitaliers. Le plus souvent,
les Fulbe peuvent cohabiter avec
n'importe quelle ethnie. On les retrouve chez les Soninke, auprès
des Wolof, auprès des Mandingues. hais les frictions ne manquent pos
s'il arrive que les troupeaux dévastent les champs sur pied ou les
récoltes entess8es. Il arrive aussi que les activités déprédatrices
des soudards sebbe, les rapines des gouvernants obligent les Fulbe
soit à décamper,
soit à résistEr par les arnes, quitte à se faire
massacrer ou à s'énanciper. Il faut avouer que ln fonction pastorale
est l'antichaobre de ln fonction guerrière
la croissance démogra-
phique jouant, les Fulbe ont fini,
au XVe et
XVIe siècle par cons-
tituer une véritable force politique et militaire. La conqu~te et
la fondation d'un Empire a contribué pour beaucoup à fixer bon nombre
d'entre eux.
C'eEt par la ~édentarisation que l'Islam a pénétré chez
les Fulbe éleveurs. Dummps de Tenella, m~me s'il a eu des musulmans
parmi eux, ils croyaient davantage à la religion traditionnelle qui
rendait compte et soutenait leur activité de base, l'élevage. Ils
croyaient à un Dieu créateur Géno ou Dundari auquel on ne rend pas
de culte. Ce dieu se manifestait par des hypostases : Kumeen et son
épouse Foroforoondu, Kaidara,
et Caamaba et à une multitude de
laareeji ou génies protecteurs. L'accès aux secrets de la vie pasto-
rale et de la vie de la cité,
de ln responsabilité politique se fai-

302
sait par l'intern6diaire de l'initiation. L'initié qui connaît tous
les secrets,
devient chef de la cODDunnuté, responsable des cultes
majeurs et en partie ùe l'équilibre social et politique. Il peut être
le chef politique,
sinon il doit guider le chef politique par seS
conseils. C'est le silatigi ou enoore satigi. Tenella,
silatigi
Yaalalbe, a sans doute choqué ses contemporains ousul~ans en se fai-
sant passer coone inspiré de Dieu, de Kaïdnra. Il détient tous les
secrets de la vie pastorale, et connaît le nom véritable de la
vache
Ndurbele ? il connaft aussi toutes les plantes et leur usaGe en bien
ou en mal. Est-ce cette raison qui pousse l'auteur de Tarikh ès-
Sudan à le traiter de Doudit et d'inposteur parce qu'lI se disait
appelé et inspiré par Dieu pour la r6alisation d'un grand dessein.
3ûàentarisés et habitant dans les village. de la vallée
dont ils sont souvent les di8nitaires,
les Fulbe-Waalo ont fourni
les grands conquérants,
les Fulbe de la lance. Ce sont les Yaalalbe,
les Deenyankoobe, les Sayboobe. Ils n'ont cependant pas rompu avec
la vie pastorale. Ils ont des troupeaux qu'ils accroissent par des
razzias sur leurs ennemis. Les troupeaux sont gardés par des bou-
viers ou bercers stipendiés. Les noins riches ont quelques têtes de
bétail intégrées dans le troupeau villageois,
sous la garde d'un
berger cOQIDunal. Généralement,
le Pullo qui s'enrichit sépare son
troupeau du troupeau communal. Certains Fulbe qui sont pauvres se
livrent soit à l'aGriculture,
soit louent leurs services à des Fulbe
plus riches ou aux communautés villaseoises ~oyennant salaire. Riches
ou pauvres, les Fulbe se considèrent coone des pasteurs. Toute leur
ambition est d'acquérir des aninaux et de s'élever dans la hiérarchie
sociale, passant du rang d' aCja à celui (le ,jar!3a. Mais bon nombre
d'entre eux, en s'installant dans les villages, ont adopté la vie
des sédentaires,
sont devenus paysans, agriculteurs ou marabouts
s'ils s'adonnent aux études. Mais mûlgré tout,
ils demeurent fidèles
à leur pulaaru. Ils sont souvent plus islamisés que les Fulbe jeeri
(Fulaabe ou Haboobe).
Générûlement païens (seddube) et nomades,
ces derniers
ont ln conviction que le cheptel ne peut s'accroître et prospérer
que dans ln brousse,
en plein air,
et non dans l'enclos. Ils n'ont
aucun complexe par rapport aux Fulbe de la lance,
sédentarisés et

f1
303
1
!
1
vivant dans les villages. Il arrive souvent qu'il y ait des échanges
1
matrimoniaux entre les différents groupenents. Les Fulbe, mêne s'ils
1
!
sft faut la guerre, ne s'as80rvissent pas nutuellement. A l'issue
d'un conbat,
le prisonnier est libéré ou passé par les armes, mais
1
jUGlais vendu COQOC esclave. Les FuIte ,jeeri sont généralement Boins
1
métissés avec les populations noires que les Fulbe-waalo. Mais on est
pullo par son père quelle que soit l'origine de 10 mère. Il y a
1t
aussi des Fulbe très noirs, mais qui
se glorifient
de leur pulan[;u.
!
r
1
1
i
1
Ainsi le croft démographique jouant, les frictions avec
f1
,
les sédentaires aidant, les besoins ùe résister à l'oppression
[t
politique des conDunautés au contact desquelles ils vivent,
ont
tranformé rnpidenent les Fulbe en guerrierB. Il s'est dégagé parni
eux une classe de guerriers, une aristocratie de la lance,
générale-
ment peu islaoisée et qui s'est spécialisée dans la guerre. La
guerre de défense est devenue par la force des choees, une guerre
d'agression dirigée contre les communautés de sédentaires ou n'autres
enneGlis éleveurs. La razzia des troupeaux a fini par être une acti-
vité en soi. C'est une gloire pour ces Fulbe que de razzier les
troupeaux d'autres Fulbe et de s'en approprier. Souvent, les vaches
ainsi razziées portnient le nom ùu lieu où elles ont été pillées.
Il faut souligner que pour les Fulbe, quelque soit le nombre ne
têtes que conprend le troupeau,
chaque b~te a son nom particulier,
son identité,
souvent nêne sa gén~~logie.
L'aristocratie guerrière des Fulbe de la lance finit par
s'attacher et net~re à son service le groupe des Sebbe.
Le croupe des FuH)e COBrJe les autres composantes sociales,
a connu une certaine évolution. Des transferts se sont ainsi opérés
du groupe des Fulbe vers les autres croupes sociaux. Les Fulbe qui
ont été ruinés soit par la guerre,
soit par les épizooties,
et qui
se sont fixés dans les villages sont devenus des agriculteurs. Ils
continuent à se dire Fulbe. D'autres ont fait carrière dans les
études pour devenir narabouts. Beaucoup d'entre eux ont troqué leur
pulaagu ent6ché de paganisme contre le toorodaagu pour des raison~
religieuses.

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L E G E N D E

s~blie jl!eri ou Wolof
S•• do
À sl!&6. Koliyao 6.
Caore~n• •
NabbaajiA
o l.oboyoo6e .t Ougonoo6.
MogO.
A Se&6. Wurenkoo6.
Caam6 • •
Wuro Soogi A
AJonjooli
Cineu-Garbo,
AFl.!mhaharo Jo66.
Fig.N°27
LES SEBBE AU FUUTA - TOORO
Podalal (
Hamadi Hunaar.
\\~~
O
V•• "du aoolleyoa&e.l
80rkewi
HorkaY"'re oA
A.FArE

Si ln ruine est tot~le, le Pullo émigre. Si le Pullo
qui incarne ln pu~eur, a cooois un criDe particuli~rement infamant,
a pété en public, ou est pris en flnGrant délit de vol,
d'adultère,
i l préfère se foire oublier,
en énigront, vers des lieux où on n'en-
tendra plus porler de lui. Il chanbe nêne de non,
et va jusqu'à
changer de profession, devient pêcheur, forgeron,
labbo, etc. Il est
de la sorte rejeté de sn société ù'origine. I~~igré, arrivé dans
une région où nn ne connaît pas ses origines, i l n'est janais admis
dans la société peul, car pour y être intégré, pour y prendre fenne,
i l fout décliner son identité. Il exerce ninsi la profession de ce-
lui qui l'héberge. C'est ce qui explique la résonnance peule de
certains patron~Jes de Sabolbe, Sebba et autres Neenbe (gens de
oétiers). Por ce pro~essus le Pulla peut devenir ceddo.
2. LES SEBBE
2.1. Définition ùu teroe ceddo
Dons un Traité sur les costes fait à la demande du Com-
mandant Boisson, Cheikh Moussa Kamera écrit:
"le Ceddo du Fuuta-
Tooro est un individu noir , non pulla, nais parlant Pulaar, Idusul-
man ùe religion,
ayant comme métier la culture et ln pêche qu'il
exerce à la fois. Je crois que Sebhe vient de seddube qui désigne
les Wolof infidèles. On les appelle aussi ]'oddube dont le singulier
est :addo. Peut-être, aussi seddube veut
dire les infidèles noirs
en général et ceux d'entre eux qui sont ignorants. Il se peut aussi
que Foddube signifie les coupeurs de routes, qui empêchent les v~n­
geurs de passer. Mois Dieu seul soit ••• Conme le reddo et le Çuballo
sont rapprochés par leurs métiers, il arrive qu'ils s'allient natri-
moninleoent ~.ans cert2ines régions du Fuuta comne le Booseya et le
Tooro" (F. C. li. K. T.aité sur les Costes. Traduction Turadu Kamarn,
pp. 2 et 4).
Le terme ceddo désigne d'abord tout individu qui ne parle
pas Pulnar. Le groupe des Sebbe inclut les Soninke, appelés Sebbe
Aelaobe (sing (eddo Galaobo) et les Wolof appelés
ebbe jeeri. Dans
le Gabu, le terne ceddo désigne le 800se. Dans cette acception,
~eddo est précisé par l'attribut loho-toodo (celui qui parle une
langue étrûn~ère, qui joreonne). Il existe des Sebbe Aalanbe ou

305
Fuuta-Tooro, ori5incires du Jaare, du Hayre, du Gnjaaga, qui forment
des villages autonones ou des quartiers individualisés dans certains
villages. Les 0ebbe jecri sont des Wolof lointains, originaires du
Jolof, du t'!1:l.o1o, du I~ajoor ou du Baawol, ou proches que l'on trouve
..
dans des villnaes co~e Seedo, Coareen, Coa~be, Mogo, Nonga-Edi,
..
,.
Nanga Ngendar, Nousa NjUD, Podor, Njaayeen, Cilluki, Lugge Sebbe,
etc. Le Wolof qui y est parlé est fortement influencé par le Pulanr,
de la n~me façon r;.uo le Pulaar du Tooro occidental et du Dinar COEl-
porte une forte èose ùe termes wolof.
L'autre acception du terme coddo a une connotation religieuse.
Le ceddo désiGne le paren, sectateur des religions traditionnelles
liées eux voleurs acraires. Ce sont des buveurs de liqueurs fortes,
adonnés à tous les e~cès, pnrticulièreuent portés à ln violence.
Ln dernière ac~eption qui découle des deux précédentes a
une connotation sociale plus narquée 9 le ceddo est un professionnel
de la guerre, ~énérnlement d'origine étranGère en particulier wolof.
Ces Sebbe fornent un aroupe social à part. Ce sont des soldats-guerriers;
ils étaient égolencnt portés à ln violence, à l'ivrognerie. Ce sont
des hommes d'un couraGe exceptionnel et qui se moquent de la mort.
Ces Sebbe parleni ~ulanr et sont totalement assimilés sur le plan
culturel. Ils sont 3r8upés en communautés villageoises, avec à leur
tête ~es farba, jac0crnf ou jagodin (63). Lors des guerres, les farba
viennent chacun avec un contingent d'holJnes dont le nombre varie avec
la puissnnoe c1éDo[jrophique de ln coumunauté. La veille des conbats,
appelés jnnnn G~~èc~i, ils exécutent des Gnnses guerrières et se
livrent à dOG beuveries qui rendent té~6raires ces hommes naturellement
courageux. Encouracés par les griots qui leur rappellent les hauts
faits de leurs nilc8tres dont la plupnrt sont morts à la guerre, cha-
cun fait serme~t do ne pes lucher pied et de tailler en pièces l'enne-
mi, soit collectif, soit individuel. A cette occasion, ils dansent
au son des tan-tc.;:1 ele guerre "bawdi peyY!::. ziyyam", les tan-tam du sang,
et entonngnt les ~ûûde YiYY~, les voix de sang.

1
l
306
1
Jl~
1
i
1
2.2. Origines Les Sebbe
!f
L l'oricine, il y avaii au Fuuin-Tooro, vinei quaire
!y,
farba, ious J'oriGine wolof. Ils soni chacun déienieur d'un ian-ian
de ~uerre. Ils répondeni à la convocaiion des rois avec leurs inn-
ion ei à la i~ie de leursconiineen~ Bon nonbre d'enire eux éiaieni
des personnaces très puissanis : farbe\\tanlnldé qui e~i un Jene,
farba Njml, farG~ Eren, fnrbe Jowol, farnbaal, furba Awgal, eic.
La plupari Q'entre eux éiaieni d'anciens chefs wolof qui oni éié
mis en place par les burba au nilieu du XVe siècle après l'iniéGra-
iion du Fuuin à l'Eo~ire du Jolef par Cukki Njililaan. Ils avaieni
pour rôle, co~~e ious les esclaves de la couronne, d'adninisirer
les circonscripiions adminisiraiives re8roupani une ou plusieurs
leyyi ou kinùe de Fulbe. Ils devaieni lever sur ces Fulbe des iribuis
doni une pariie éiaii envoyée au burba. L'oppression exercée par
ceriains d'enire eux oni poussé bon noobre de Fulbe à émierer soii
vers le Nord, soii vers le Sud ei l'Esi. Les migraiions de Tenella
ei de Dulo Denbe.. dnieni de ceiie période.
Le méconieniemeni des Fulbe Cl rendu plus aisée la conquaie
de Kali Tenellc. Beaucoup de Fuibe se soni nis au service de Koli
pour baiire les farba. Mais les nécessiiés de la luiie oni obliGé
Kali ei ses successeurs à récupérer ces Sebbe auxquels on a conservé
quelques avaniaces en pariiculier la Garaniie pour eux de oener le
D~ne genre de vie que par le passé, surioui conne soldais ei sou-
dards qui se livreni aux aciiviiés Guerrières, auiani par goûi que
par désir de faire du buiin. Ceux ~ui se soni ralliés oni éié appelés
les Sebbe KQ1tyaabe à l'insiar des preniers 8uerriers de Kali origi-
naires de Kt()1i"'. nu Fuuia-Jallon. Ils oni relayé dans ln Guerre les
coniingenis fulbe ei peui-~ire T.lnlinke que les guerres oni dû déci-
mer. Ceriains è'enire eux viveni direciemeni auprès des saiigi,à
Horkayere, à Jowol,à Godo ei à Janjooli. Touie capiiale royale Groupe
un nonbre plus ou !Joins ir.J.poriani de Seb~)e. D' auires vi veni dans
les villoGes.Ils soni à la fois les chefs poliiiques ei miliiaires
à Ngijilon, Juude-Jaobi, Wanlalde, Sincu-Garba, Njum ; il Y a des
villages où ils cohabiieni avec les Fulbe ei les Toorobbe, ainsi
à Cilon, Kayhaycli, on irouve parmi eux de puissanis maîires de ierre.

!
307
1
Ces terres leur ont été concédûes par les satigi ou plus récennent
1
par les nLlaani. Leurs relations avec ln dynastie sont des relations
r
1
de nartres à serviteurs. Mais ce ne sont pas des esclaves. C'est
!
en cela qu'ils diffèrent des esclaves de la couronne des pays wolof.
r
Ils sont si puissants que leur seule défection en cas de guerre
r~
provoque la défaite. Si Ceerno Sileynaan BanI a eu raison de la
1
dynastie deenyal1lle, c'est parce qu'il a développé auprès de la
~
~
connunauté des Gebbe le thène que les sntigi les considéraient
conne des esclaves. En effet, nu reproche qu'on lui faisait d'avoir
plus de quatre feones,
le satigi aurait répondu qu'il n'a que
quatre fenDes lé8itines pnrce que libres et nobles,
les autres
n'entraient pas en coopte, car ce sont des Sebbe,
donc des esclaves
i l pouvait donc en disposer à volonté COl~le concubines. A ces pro-
pos, les Gebbe ont fait sécession et ontmllié le parti narnbouti-
que. Faute d'appui uilitaire, réduits à la seule force de leur
fauille,
les Deenyankoobe ont dû abandonner le pouvoir au profit
des narabouts.
2~3. Les clans sebbe
Le clan des Sebbe KoliYaBba
conprend donc l'ancien stock
de guerriers recrutés au Fuutn-Jallon dans le district de Koolie.
A mesure que progresse la conquête, ces guerriers décimés en najeure
pnrtie ont été renforcés par des contingents des Sebbe Worgankoobe
ralliés à Koli et par des nercenaires,
originaires du Jeeri-Fuuta,
dont l'appui n pernis à Koli de venir à bout de la résistance des
Jaawbe sur le rJjorol près de Dembnkani (F. G. IFAN Dakar, F.t,
cahier na 3). Après la défaite de farba Jowol, les Sebbe du NGcnar
ont été récup6rés et intégrés aux ar~ées de Koli, en conservant
leurs privilèces. L'imnense najorité des patronynes du groupe des
A
Koliyaabe sont d'origine Wolof : Jeng, Joob, Faal, Nang, Njnay,
Mbeniga. Certains des Koliyaabe portent des patronymes typiquenent
peul conne Bah, Jah, SaI, Soh. Il se peut qu'ils soient les preniers
guerriers que Koli a recruté àEO.olin. Il se peut aussi que
des
marginaux peul aient préféré se faire oublier en changeant de pro-
fession et de genre de vie. En outre, des esclaves affranchis peul
qui n'arrivent pas à s'intégrer dnns le groupe social de leurs
anciens nartres, préfèrent se faire appeler Sebbe. C'est le cas en
particulier des Sethe Gallunkoobe du Tooro. Par leur nom de clan

1
308
1
!
!
(gallunke), ils font p.enser aux esclaves de ln couronne des princes
1
i
'1
du Kajoor
ce sont ceux qui habitent la concession des esclaves
l
1
ou gallu. Le sallu est pour les Wolof ce que le runde e~pour les
1
!
Fulbe du Fuutn Jallon. Ces Gallurilioobe refusent cependant d'~tre
!
assimilés è ùes affranchis. Ils préfèrent s'intégrer au groupe social
des Sebbe. L GeùG, ils ocuupent une ?lace dominante et fournissent
1
1
i
le chef de villcGe ou jagodin. Certains d'entre eux portent le patro-
l'
1
!
nyme Kmanra, ce qui tend à indiquer leurs origine soninke.
1
l
1
1
A c8tG des Koliyaabe, il y a les clnns des Sebbe Leboynnbe
et des DUfnn~aèe que l'on retrouve également dens l'entourage ùes
1
satigi Deenyan~oobe et des Yaalalbe. Ils sont nombreux dans le Dange,
1
en particulier à Hamndi-Hunaere sis sur le marigot Julol, à Pedalel,
i
~
Barkewi, Boruje. Les deux fanilles dominantes des Lab~yeabe portent
1
le patronyne Saexo et Jah. AppnreoQent, le première est d'origine
1
1
sonirure et la seconde poul. Les Duganaebe, surtout nombreux à Peda-
1
~.~
leI et à Horkayere sont dirigés par une fanille qui porte le patro-
tl
nyme de Njaey et Caao. Ils sont étroitement attachés aux Deenyankoobe
1
et eux Sayboobe.
j
-1
1
1
De tous les clans sebbe, celui des Wurankoobe e~ sans
1
i
doute le plus nombreux et le lai eux connu. A en croire Cheikh Moussa
1
Kemara, il constitUe les vestiges des anciennes populations du
1
l
Nammandiru, étant les seuls à avoir conservé une mémoire relativGulent
.~
l
claire du Naonandiru.
1
!
On trouve des Sebbe Wurankoobe dans le district des Nanga
~
A
A
Â
A
1
Nan~a-Pendnaw, IJanGa-Ngendar, Nangn-Gede, Nnnga~jum, et Nanga-Edi.
j
On en trouve à Enyre-Leaw sous le non de Awgnlnaabe qui sont des
1
p~cheurs. On en trouve aussi à Cikld te, Jaaba, Hoorefoonde, Aanm~­
Godo, Siwol, Jodday et Bargn dans le Booseyn ; à Bokijawe, Nabbeaji,
l
Wuro-Soogi dans le Ngenaar ; Funihera Joobbidnns le Da~ga. On en
l!
,
trouve sous le non des Feddube dans le ùundu ~t dans le Ferlo : a
A
Duddc-Bû8ge, Dendudi - Cûûlli, Jiya et Nakon.
PerQi les petronynes les plus fréquents, il y e Njaey,
Ndaw, Seboor, Goay, Ndoon, Kobboor, LaWroor, Sujjaan, Mangann,
Ndennan, Ceey, Hjcmoor, Hbac, Mbaey, HiJeniga, Urgo, Di bilaan, San,

1
309
lf'
1
1
Bekken, Concnnn, Faal, et d'autres nOQS assez étranges qui sont
très peu usit0s cl::l.ns le Futn" (F. C. l-i. K. Cnhier nO 7, Traduction
1
M. H.
!
DIA et O. K1u~E, pp q9-50). On peut citer en outre Fejoor,
A
A
1
Mbanoor, Gc.y, IJclir, Hbooc, NinG, Nclinil:, Ndongo, Ngon, Nget, Nang,
1
f'
Sanbu, Pneo, Sare, Sek, Cuun, Cooy, Seen, Sen, Fay, Wad, Woon,
1
Tiin, l1nnr, linnl, Loh, Hbeng. Ce dernier groupe de patronynes est
f
é~alenent fréquent c1::l.ns les clans des Burnnabe et des Mboonaabe.
On trouve nussi parDi les Sebbe des patronynes de type Darauoe,
Fofone, Gindo, ITcnarn, Snaxo, Loh, So~go, SUQanre.
Il ressort de l'analyse de ces patronynes que la majeure
partie des Sebbe sont d'origine Wolof et Sereer. Ce sont probable-
ment les résidus de l'ancien peuplement du Fuuta antérieur aux
poussées berbères du VIlle siècle. Ces Sereer et Wolof ont coexisté
avec des Fulbe et des 500se, dans le roynune de Namnandiru, à l'é-
poque des Jaogo. Bien avant le nouvenent alooravide, les migrations
soninke du t/agadu, du Hayre et du Gajaoga vers le Fuuta ont eu
pour conséquence leur intégration dans les groupes statutaires déjà
en place. Les nouveaux venus ont été nssioilés linguistiquenent et
culturellement par les Fulbe. Ils finissent par parler Pulaar et
exercer la profession doninante de leurs hôtes. Le fait que dus
Sereer, \\lolof, Soninke, Soose et Halinl.:e soient dev.nus Halpulaar'
~, implique davantage leur assinilation par le groupe linguistique
dominant qu'un Qétissage biologique avec les Fulbe. En d'autres
ternes, les élénents wolof, soninke, sereer, soose, en se fixant
mns le Fuuta ont adopté la langue du pays, en même tenps que le
genre de vie cles paysans sédentaires, faisant valoir les terres du
jeeri et du waalo, pratiquant la pêche, se livrant à la chasse, tout
en gardant leurs patronynes et en conservant de leurs origines leur
goat pour les nrnes et les hauts faits. Ceux qui ne sont pas devenus
subalbe et toorobbe, ont grossi les rangs des différents clans
sebbe : Koliyanbê, Wuraruroobe, Burnnabe, ~llioonaabe, Laboyaabe,
Duganaabe.
2.q. Fonction et idéologi e du Broupe des
Bebhe
Bien avant ln conquête de Koli, ce sont les Sebbe qui
dirigeaient le P2YS, après avoir nis fin au règne des laamterness
sur le Fuuta. Les Eranas dignitaires sebbe qui avaient proclané

1,
310
1
.~
î1
l'indépendance du pays,
se sont partagés le pouvoir: farboWanlalde
Î
J
contrôle le L~aw, farba Jowol, le Nsenaar, farmbnal, le Booseya,
.>:1
1
et Ali Eli Bonc àevient loam-tooro. Ce sont les conflits entre les
1
~
chefs sebbe ùes provinces du Fuuta qui ont facilité 10 conquête
1
du pays par Koli. Leur défaite fait suite à celle du burba, leur
1
j
maître. Cette conquête n'a pu être menée à bonne fin que grâce à
l
la récupération des Sebbe par Kali,
surtout lorsqu'il s'e~t Dei de
1
1
combnttre 10 confédération des Jaawbe, dirigés par ~ Yero Diide.
1
1
Pendant touie la période deenyunke,
les Sebbe ont joué un rôle
1
capital dons 10 vie politique du puys. Ils ont constitué avec les
Sayboobe et les Yaalalbe, la force nilitaire essentielle des snti~i.
1
C'est sur eux que s'est appuyée la fmille de BUlllUS&
pour con-
battre et évincer celle de Gelaajo Jeegi. Ils ont donc été les
acteurs principaux de la guerre civile qui, pendant toute la pre-
mière partie du XVIIIe siècle, 1) nis le Fuuta à feu et à sans et
a favorisé l'ingérence maure dans
les uffaires
du pays. C'est pour
avoir été abandonné par les Sebbe que le réË;ÏJ;w deenyanke s'est
effondré en 1776.
Les Geobe peu islamisés sont élevés dans l'idéologie de
la guerre. Ces soldats paysans, pêcheurs à l'occasion, sont tous
préparés dès le jeune ~ge à servir dons les armées, dans le cadre
des contingents fournis par les chefs de famille. Ainsi à lu ba-
taille de Bilbassi, Garel Biry est 3 ln tête d'un régiment de 1.000
guerriers, Yero Dnmea Beela apporte 600, Juna Barroga 600, Biran
Barrada 1500, etc. En dehors des contingents fournis par les Yaalal-
be et les SnybooDe, chaque chef vient avec son tarn-tan de guerre.
La veille des conbats est toujours l'occasion pour les différents
chefs seabe de prêter sernent au sotiGi en jurant sur la Innce de
ce dernier plnntée en terre,
de ne pas lâcher pied et de tailler
en pièce l'enneoi. C'e~t à l'occnsion de cette carémonie de presta-
tion de serLlent, la veille des comlnlts (,jamr:lO gundabi), qu'on bot
les tnn-tom de guerre détenus pnr les vinCt trois chefs des sebbe
et les deux chefs des griots. Parmi les détenteurs des "bawdi peyy.!!.
.j
l
yiiy~", on peut ci ter farbn Jowol, farba \\c!œlalde, farba Er€l;l-Cilon,
,~
1
farba Njuo, farmbnnl de Kayhaydi, Lonntooro de Gede, burouy de
1
Hoorefoonde,
jnnaornf R91iyaobe de NEijilon, bijew de Woali-Jantang,
j
jaagnraf de Padôlal,
jaagnraf de Janjooli. Comme le dit Agostinho
!
1
l

311
MANUEL e VASCOrJCELOG, "ces charges se transmettent successivement de
père en fils". (Ils chnntent en I:l~me teops les "daade yiiyam" tout
en dansant. Ces "voix de sang" sont chantées par les chefiJ de guerre
qui entr8nt dens le D~lGe, exécutent dez ~as de danse et mettent la
nain sur la lance du natigi fichée à terre. Ils brandissent leurs
arnes (haches, lances, sabres, poignards, fusils parfois). Iupavines
devant la I:lort, ils redoutent plus que tout le déshonneur. Ils sont
encouragés par leurs propres griots, nppelés ftooakala qui chantent
en leur honneur le rrunbala ou chant des héros. A l'occasion, ees re-
doutables guerriers slénivrent avec des liqueurs fortes, comme le
dolo ou le ee~OD (boisson faite à partir du fruit du eeri). C'e~
-
-
également nu son des tan-tan et au chant des griots que les combnts
s'engagent. Les conbats Bont rendus plus acharnés par les cris des
femmes sebbe q'~ encouragent leurs maris ou leurs enfants. La fuite
est impensable, nais la mort ouvre les portes de la renommée. A l'issue
des batailles, les morts et les blessés étaient honorés dans une cé-
rémonie où les xeŒdes avec les bawdi alanori et les griots exaltent
la bravoure, ra~pellent les hauts faits de leurs areux et font leurs
derniers adieux à ceux qui avaient préféré la mort au déshonneur
(STEFF, 1913, pp. ~6-~7).
3. LES SUBf..LB3
Per leurs activités professionnelles, les Subalbe ou pêcheurs
se rapporochent beaucoup des Sebbe. "Le Cubello", selon Cheikh Moussa
Kamara, est un individu noir non peulh, mais parlant la langue Pulanr,
de religion musuloone et pratiquant comoe métier la p~che et la cul-
ture de la terre ••• CO~Je le Ceddo et le Cuballo sont rapprochés par
leur métier, il crrive qu'ils s'alli~nt mctrirnonialeoent dans certaines
régions du Foutn com:le Bcosea et le Toro" (F. C. M. K. Traité sur les
Castes. Traduction ~uradu Kanara, pp. 2 et ~).
Co~:le pour les Sebbe et les Toorobbe, la formation de ce
groupe statutaire résulte d'un processus co~plexe de nigration et de
métissage des populctions diverses, dans le cadre des communautés
établies sur le borù ùu fleuve, des rivières affluentes et des mores.
Lfanalyse anthroponynique révèle que les Subalbe sont formées à partir

312
d'anciennes conounautés wolof, sereer et soninke. A la suite du
mouvement eénér~l de populations qui a conduit les populations du
dher et du taten Tichi t-~~alata vers le sud, ceux qui, pour une
raison ou une autre sont restés sur le bord du fleuve, se sont
Broupés dans deg villaees où ils
ont constitué de fortes communau-
tés vivant de la D~che. A cette activité primordiale s'ajoute celle
de l'G~ploitation des pale et des poode où ils font pousser mil,
mafs, courGes et autres patates douces, en n~ne temps que le tabac.
L'organisation était si forte qu'elle a pu assurer l'autonomie de
ces communautés de p~cheurs. Il nous semble que dans la mise en
place du peuplement actuel, l'antériorité du fond sereer n'est pas
contestable. On peut le voir en recensant les noms des p~cheurs.
La majoure partie des Subalbe ont des noms typiquement
sereer : Saar, Cub, Fay, Juuf, Jèey, Gay, plliooc, Njaay, Mangaan.
Les Saur sont las doyens de tous les Gubalbe. Ils ont préséance
sur les autres p~cbeurs.
L c8té des Subalbe d'oriGine sereer, les plus nombreux
sont d'oriGine \\lolof et portent des T}atronymes Faal, Beey, Jeey,
Â
Gay, Loh, NanG, Uad ou Waddu, Jaw, Joob, Jool, Booy.
L ces Groupes initiaux se sont agréeés les pacheurs
d'origine soninke ou mande, qui portent les noms de Jaako, Konte,
Kebbe, Rone, Baccili. Ils proviennent du Wacadu, du Gajaaga, on
m~me du bassin du Niger. Leur présence est antérieure au mouvement
almoravide. La ?oussée berbère en a accru le nombre. Ils ont été
assimilés par les p~cheurs, en adoptant le genre de v1e et la cul-
ture. Ils ont adopté donc le Puloar tout en conservant le plus
souvent leurs ?ûtronymes originels. Rares sont ceux qui changent
de nom dê famille. Comme ca Talla toorodo, installé nu milieu des
Subalbe à .tfûanjl, n épousé une femme de ce groupe. Il n choisi de
chanGer de nom, en adoptant celui ùe sa belle famille. Il est devenu
8ih et ses descendants sont devenus p~cheurs.
On trouve aussi parni les 3ubalbe des noms typiquement
peul ou maure : 8ih, Bah, SaI, Soh, Jah, Jaw, Ngoydo ou Jataro,
Woon, Doat, Jal. Conne nous l'avons précédemnent vu, ce sont des

313
Fulbe ruinés ou marginalisés, des affranchis qui ont décidé de changer
de statut en se livrant aux activit2s de p~che. Il se peut aussi que
bon nombre de ces Subalbe d'origine peul, appartiennent au groupe
des Jaawbe Dalli, qui seraient les premiers à initier les Subalbe
aux techniques de la p~che. Pour cette rnisan, ils ont préséance
sur tous les Subelbe,
mème sur les Saer, qui
ont prime sur les
autres Subalbe.
Entre autres titres portés par les dignitaires Subalbe,
citons Jaass~. Janltaabe, Ja'vdiin, farba, borom qui est un pendant
du JOOD des Fulbe. D'autres portent le titre de laamjaan. Le titre
de ~ est porté par le chef des Subnlbe de Kayhaydi et de Dungel.
~ Dungel est un Gay et celui de K8yhaydi est un Geey. Selon Cheikh
Moussa Ranarn, avant la conqu~te de Koli, la plupart des grands chefs
sebbe (lnamtooro, farba Njum, farba Waalalde) reconnaissaient Ithégé-
monie du ~ de Dungel. Ce dernier était le gouverneur de l'ensemble
de l'Ile à Morphil, nommé par le burba , à l'époque où le Fuutn était
intégré à l'empire du Jolof. L'émergence de farha Waalalde et de
farba Njum et la conqu~te de Koli seraient à l'origine de la déchéan-
ce du teen de Dungel W. C. M. K. Cahier nO 7, Trad. H. M. DIA et O•
...........
KANE, p. 43). Certains prétendent que ~
Dung.l
est l'anc~tre
des ~ duB~wol. Dans bien des localités, comme à Nguy, Maat~,
Jammel, Nawle, les Subalbe occupent une position dominante, non seule-
ment cornee chefs de commandements, mais aussi comme mattrffi de terres.
hU plan culturel, les Subalbe plus particulièrement spécia-
lisés dans l'exploitation des eaux continentales, croient aux génies
de l'eau, ou munu~i (sing. munu maayo) qu'il faut se concilier pour
faire de bonnes prises. On les invoque souvent au moment d& p~cher
on leur fait des libations sous forme de lait lorsque les Fulbe
veulent traverser le fleuve. Ceux qui sont initiés aux secrets de la
p~che, peuvent par leurs sortilèges, emp~cher les crocodiles de s'at-
taquer aux hocmes et aux b~tes, le oas échéant, transformer les pois-
sons en crapauds ou en t~tards. Ils sont aussi les exorcistes des
possédés par les munuji.
Leur folklore ress~mble à s'y méprendre au folklore sereer.
La phrase musicale est pratiquemEnt la m~De chez les Subalbe et chez

3i}
A
les Sereer Siin et Nominka. Il suffit pour s'en convain~re de compa-
rer le pekaan cubolla aux chants populaires sereer. Les instruments
de musique sont également les m~mes. Les manifestations culturelles
se font surtout à l'occasion du fifiire, c'est-à-dire de la chasse
collective aux crocodiles dévastateurs des stocks halieutiques.
Les chefs des communautés de Subalbe voisines se concertent pour
l'organiser. C'est l'occasion de grandes f~tes impliquant hommes,
femmes et enfants. Ce sont les adolescents qui conduisent les pirogues
montées par les p~cheurs armés de harpons qui est l'unique arme
utilisée à cette occasion. Les p~cheurs, martres de pirogues, chan-
tent des incantations pour mattriser les crocodiles, rivalisent
d'adresse. Tout p~cheur qui tue un crocodile s'en attribue la queue.
Les femmes richement parées chantent les louanges des plus vaillants
et des plus adroits des p~cheurs. La notoriéré des Subalbe se forge
à cette occasion.
Ces pacheurs contribuent aussi à la défense du territoire
contre les invasions venues de l'extérieur, en particulier contre
les Maures. Le joaltaabe, le ~, le farba ou le jaassak n'est pas
seulement le doyen de la communauté des Subalbe et le responsable
de l'exploitation des eaux des rivières des lacs, des marigots et
des étangs ; il est aussi chef de terre, chef du port et des piro-
gues, et à l'occasion chef de guerre, chargé de la sécurité de la
région où se trouve son village.
~. LES TOOROBBE
~.1. Définition du terme toorodo
Nous avons de nombreuses définitions du terme toorodo.
Pour Cheikh Houssa Kamora,
le "Toorodo est un individu du Fuuta-
Tooro, parlant la langue Pulaar, musulman de religion, cultivateur
de métier, vivant continuellement dans les cités et apprenant conti-
nuellement les sciences musulmanes comme ses pères et ses ateux.
Qu'importe que son origine éloignée soit ceddo, wolof, nalinke.
Ce qui fait ln différence entre le ceddo, le cuballo, le toorodo et
le pullo, c'est l'importance de l'agriculture chez le ceddo, de la
p~che chez le cuballo, de l'élevage chez le pullo, de l'instruction
et de la vie sédentaire chez le toorodo. Sache que l'agriculture est

315
le métier de tout habitant du Fuuta qu'il soit ceddo, cuballo,
toorodo, pullo ou n~me jaajido. Le nom donné à chaque caste dérive
du métier exercé en plus de l'agriculture" (Cheikh Moussa Kamara, op.
cit.).
Selon Carrère et Holle (1855, p. 125), les Toorobbe sont
des métis de Deenyankoobe, de Maures et de Négresses. Musulnans
hypocrites, ils consii:tuent
selon eux "une race déshéritée, animée
par conséquent d'une haine profonde contre ses maîtres" qui voilait
de formes religieuses son désir de domination". Aucune démonstration
n'est apportée à ces affirnations. Au demeurant, les enfants èes
Deenyanke avec des Négresses sont des Deenyankoobe tout comme les
enfants de VIDures avec les fenmes Deenyankoobe sont des MaurRs.
Dans les deux cas, l'enfant suit ln condition de son père. Ces
auteurs ignorent tout du processus de formation du groupe toorodo.
Ils sont animés pur la haine implacable contre un groupe social
qui a été l'adversaire le plus irréductible de la colonisation et
de l'assimile tion culturelle. Comme H. Gaden (Introduction au Pulaar,
pp. II à. IV ) et H. Delafosse (H. Kati, 1981, p. 9 note 4: .et p. 17),
ils considèrent les Toorobbe comme une sorte de "parti politique"
d'inspiration islanique par opposition au "parti peul, parti guer-
rier et païen de tradition et de politique anti-maraboutique" (Gaden).
Ce parti toorodo a conquis le pouvoir vers 1776 sur les Deenyankoobe.
Notons simplement que des Fulbe
a.thentiquee
ont par-
ticipé à la révolution de 1776 qui est à la fois islamique et natio-
naliste, principalement dirigée contre les Maures et la famille
deenyanke qui s'est révélée incapable d'assurer l'indépendance na-
tionale. Il est erroné de considérer le "parti peul" comme païen,
ce que nous tenterons de prouver plus loin. En dépit de tout cela,
H. Gaden a tenté de saisir le groupe toorodo dans sa dynamique pro-
fonde. Il a raison d'écrire que "le sens du mot toorodo s'est étendu,
et s'il s'applique actuellement aux populations sédentaires de
toutes provenances, peule, sérère, wclof, sarakhollé, mandingue,
que nous nommons Toucouleurs d'après les Wolofs" (H. Gaden, ibid).
Conme le note Gaden, les Toorobbe ne se considèrent pas comme une
race en raison de la diversité des origines ethniques du groupe.
Ils "se comptent parmi les Halpulaar'en". Les Toorobbe sont les
hommes du livre, voués à l'éducation religieuse. Le statut de toorodo

316
est transmis de p~re en fils, o~me s'il arrive aux descendants de
rompre avec le nétier des anc~tres.
Selon une tradition en cours au Fuuta-Tooro, l'expression
toorodo vient du verbe toraade qui sic;nifie solliciter, quémander,
demander l'aun8ne. Le toorodo est un quémandeur (toorodo ko toro-
toodo). Le surnon n été donné par les Fulbe aux
élèves de l'école
coranique qui sont oblieés de deoander l'aum8ne pour subsister.
Toujours par dérision on dit "toorodel toordi dawaadi", sorte de
calembolr qui signifie "le petit toorodo à la bouillie pour chi ens"
(O. KANE, 1973, p. 618, note 1).
Il ressort des définitions qui précèdent que le terDe
toorodo a une dowJle signification : ethno-géographique et socio-
politique. Au Mansina, au Fuuta-Jallon, au Sokkoto, et dans le conde
des Fulbe de l'Est, le terme toorodo sert à désigner tout ressortis-
sant du Fuuta-Tooro quel que soit son statut professionnel. Le
toorodo est donc un Halpulaar, qui se distingue des autres Halpulanr'
en par son origine géographique, de la n~ne façon qu'on parlera
A-
du Noranke, du Fuuta-Jallonke, du I1aasinanke.
La si3nification socio-politique est interne au Fuuta-
Tooro. Les Toorobbe constituent un groupe statutaire aussi indivi-
A-
dualisé que celui des Sebbe, des FulDe, des Subalbe ou des Neeftbe.
C'est actuellenent le groupe le plus inportant,celui qu'on appelle
improprenent "toucouleur".
Gaden, Delafosse, Carrère et Holle, considèrent les
Toorobbe ConDe une sorte de parti politique que les vicissitudes de
l'histoire ont porté au pouvoir à la fin du XVIIIe siècle. Nous ne
pensons pas que l'apparition du terne soit contemporaine de l'époque
de ceerno Sileynaan Baal. Nous n'en voulons pour preuve que l'uti-
lisation du terDe par Mahmoud Kati, n~De si sous sa plUQe, la conno-
tation ethno-géo~aphique ne fait pas de doute. M~me là, la seconde
signification n'est pas à écarter, car les anc~tres d'askia Mohanmed
étaient soit du clan des 8ilbe, soit de celui des Seeloobe. Qu'il
soit de patronyme Silla, comme le croit Delafosse, ou Ture comme
nous le pensons avec Sa'di, il fait partie des premières familles

317
maraboutiques, originaires du Wagadu qui se sont installées dans le
Fuuta et sont devenues toorobbe en se fullanisant.
Nous pensons aussi qu'il faudrait éliminer l'étymolqgie
trop facile qui fait dériver toorodo de toraade. Cela procède de la
parenté par plaisanterie entre Fulbe et Toorobbe et qui s'e~t accen-
tuée avec la conqu~te du pouvoir par les marabouts à la fin du
XVIIIe siècle. Les Fulbe ùe la lance, ont tendance à mépriser les
Toorobbe, à cause de l'obscurité de leurs oriBines. Ils ne voient
en eux que les descendants des quéoandeurs et des mendiants. En effet,
tout toorodo, dans sa jeunesse, a da denander de l'aumBne pour vivre,
surtout lorsqu'il est confié à un marabout qui l'emmène avec lui pour
l'enseigner. Cela faisait partie de ln formation des jeunes toorobbe.
S'il faut avoir recours à l'étymologie pour expliquer le terme
toorodo, nous penserons plutBt au verbe turaade qui signifie se
baisser, s'incliner pour prier. Le toorodo serait donc une contrac-
tion de turotoodo, celui qui s'incline, qui se baisse. Cette attitude
est à la fois celle du croyant qui s'incline et se prosterne devant
son créateur, que celle du cultivateur qui désherbe son chanp. On
peut aussi supposer que toorodo vient du Sereer torohand ou toroh
qui signifie confondu, confus. Ainsi le Tooro serait le pays où
toutes les ethnies sont confondues, mélangées. Les toorobbe seraient
des populations D~lées, métissées. Il faut noter que le verbe toorde,
en pulanr, 6i~nifie mélanger, homogénéiser une bouillie de farine
de mil.
4.2. Formation du groupe toorodo
Ces dernières indications étymologiques rendent compte de
la complexité du eroupe toorodc, en raison de l'importance de l'Islao
comme force d'intégration ~rélénents ethniques diverSe C'e~t en cela
que nous rejoignons la définition donnée par Cheikh Moussa Ramara qui
dit que les ?oorobbe sont des aGriculteurs sédentaires, d'origines
ethniques diverses, mais plus particulièrement voués aux études isla-
miques, dont ils font une profession héréditairt dans la famille.
En raison de l'universalité de l'Islam et de son égalitarisoe, le
groupe des ~oorobbe a attiré en son sein des personnes venant des
autres groupes statutaires (Fulbe, Sebbe, Subalbe, etc). C'est donc
un Groupe social composite, à dominante musulmane et intellectuel~e.

318
Il s'agit du groupe des honnes du Livre, des propagateurs de l'Islam.
Tout honne versé dens les sciences islamiques, qui abandonne l'élevage,
se sédentarise
et se met à enseigner, devient toorodo, qu'il soit
originellement pullo, ceddo ou cubnllo, qu'il soit soninke ou wolof.
Vu sous cet aspect, le fils d'un Toorodo pourrait ne pas ~tre
toorodo, parce qu'il nia pas fait des études et deviendrait donc ceddo.
Mais l'atavisme sQcial jouant, et llhoDoe suivant la condition de
ete
son père, le fils/~oorodo hérite de la condition statutaire de son
père, au point que 1 e [Sroupe finit par englober hommes du livre "t
enseignants, nais aussi chasseurs, p~cheurs et ~uerriers qui niant
du toorodaagu que le nom. Corps ouvert à l'origine, il a fini par se
fermer aux autres groupes statutaires, en particulier des neenbe,
après le trioo?he de la révolution maraboutique, 9~me si ces derniers
appartiennent à de véritables dynasties naraboutiques. Ils conservent
leur statut oriGinel : ceddo, cuballo, neeno
tout en faisant partie
du groupe des soerombe.
L'analyse des patronyoes permet de déceler les origines
ethniques des toorobbe. Des Fulbe, proviennent les Bah, Baal, Bari,
A
Jah, Jallo, Sob, Njaac, Kah, Kanh, Sol, Nah ou Mbaay. Des Wolof ou
A
Sebbe jeeri, viennent les toorobbe de patronymes Won, Jeng, Nang,
Taal, G€"lô\\Y,
Njany, llbannoor, Joob. Des Soninke ou Sebbe Anlanbe,
viennent des Saexo, Sille, Kauara, Dukke, Kebbe, Koreera, Sibi, Ture,
Talla, Bar-o, Sunaare, etc. Ces fanilles d'origine soninke par9i les
plus anciennes sui nient adhéré à IIIsloo et formé la base du groupe
toorodo. Ce sont les descendants des anciens jula du Wagadu qui se
sont installés au Fuuta comme intermédiaires entre les populations
takrouriennes et les comDerçants araba-berbères. Ils s'y seraient
installés à demeure et y auraient fondé les premières écoles coraniques.
Ils sont installés là bien avant la poussée alooravide. C'est à eux
et non aux Almoravides que le Fuuta doit d'~tre en contact avec llIslam.
Des Raures proviennent les toorobbe Kanh, Lih ou Sih ; des Sereer,
sont issus les ~oorobbe de patronYDes Sanr, Joob, Njnay, etc.
4.3. La fonction du toorodo
Dès le nilieu du XVe siècle, Alvise da Mosto souligne la
place des 90rabouts Daures auprès des rois, en particulier du daDel,

319
"lesquels sont ceux qui l'instruisent de la loi nahonétane" ( .A.. da
Mosto, op. cit. p. 397). Ce qui est vrai pour les darnel l'est sans
doute pour les satisi du Fuuta.
L'éèucntion religieuse est la preoière fonction du Tooro~o,
c'elt-a-dire du onrnbout. De Jannequin de Rochefort à Mungo-Park,
tous les auteurs parlent des narabouts et de leur raIe dans ln société.
Pour Jannequin de Rochefort, les "nornbouts sont ceux qui leur ensei-
gnent la reli13ion" (Cl. Jnnnequin de Rochefort, 161J:3 , p. 30-31 et p.
BD). "Ce sont eux, écrit Chanbonneau, qui enseignent à lira et à
écrire aux enfants
il n'y a guère que ceux qui veulent ~tre mara-
bouts qui estudient" (L. M. Chanbonneau, (1673-1677), 196B, p. 323).
Ce que Mungo Park dit des narabouts nalinke est valable pour ceux du
Fuuta. "Ils ont établi, écrit-il, dans toutes les villes, de petites
écoles où beaucoup d'enfants de payens, coctne les enfants des Mahoné-
tans apprennent à lire le Coran, et sont instruits dans les préceptes
du Prophète. Les pr~tres nahooétans façonnent à leur gré ces jeures
~mes, et les principes qu'ils
ont reçus de si bonne heure, ne peu-
vent plus cuère ni se changer, ni s'altérer" (Kungo-Park, An VII
(1799), p.
93).
A pnrt l'encadrement pédo.gor;ique des enfants à des fins
purecent religieuses, les oo.rabouts apprennent o.ux adultes le dogoe
de l'Islao, conDent pratiquer correctenent les prières, le jeftne du
Ranadan, connent prélever la zakat 9 ils leur apprennent les rites
et les règles éléncnto.ires de la pratique islanique. Ils traduisent
et comnentent les
versets du Coran, et les ho.dith du Prophète, et
enseignent l'éthique islanique. Tout e~ prétexte pour approfondir
la foi relieieuse du croyant.
Dans ln vie quotidienne, ln place du narabout est irrempla-
~able. Ce sont eux qui dirigent les prières quotidiennes, et celles
de fin de Raoadan ou de l'Aid-el-Kebir. Ils président à la dation des
noms aux nouveaux n6s. A cet effet, ils s'évertuent à donner en prio-
rité le prénom islanique ou d'origine arabe avant le prénom tradition-
nel. Ils président aussi aux mariages. Ils procèdent à la toilette
des morts, aux prières rituelles précédant l'enterrement qui doit se
faire selon le rite islamique. Par dérision, les autrAs groupes statu-

320
tnires disent èes Toorobbe que ce sont des laveurs de morts. A ce
sujet, Chalilbonneau écrit : "Cependant, on tire le corps de la case
pour le laver et purifier avant de l'ensevelir, selon la coutume et
religion du pays, ensuite on le porte eu terre hors du village en un
lieu destiné, suivi des parents et le onrubaut marche devant, qui
fait cornue des plaintes et prières ••• " (L. M. Chambonneau (1673-1677),
1968, p. 319). Une fois le L10rt enterré, "ce sont eux qui font 1(;8
partages des successions ••• et aucun des héritiers n'en touchera
rien qu'aul1Ûravant les dettes du défunt ne soient payés" (L. H.
Chambonneau, (167)-1677), 1968, p. 323). La justice est également
rendue par les marabouts sur la demande des parties et les sentences
sont exécutoires. "Quant à la justice, écrit Chambonneau, elle est
administrée par les Marabouts à qui seuls ce droit appartient, la
justice est noom6e "Hione Hialla", qui est en Français "la Voye de
Dieu", aussi la rendent Gratuitement et au rn~I!le temps qu'elle est
demandée por les parties
(L. M. Chambonneau,
(1673-1677), 1968, p.
323). Mais les plaideurs peuvent avoir recours à la conciliation à
l'amiable selon la coutume et évitent dans ce cas de
recou~ à la
justice selon la loi islamique, rendue par le marabout appelé "Kandi",
l'''alquier'', ou alkati. La justice est sratuite certes, mais il arrive
que des "kaadi" peu scrupuleux se laissant influencer par les cadeaux
des plaideurs.
L'expression "SuIe e Serdi ndendi doggol" (SuIe et Seydi
sont de la n~I:le lJande) rend conpte de cette déviance. SuIe Dene,
satigi du Laaw, SO°,LS le règne de Sire Sawn Laamu (1669-1702) avait
un "Kaadi" appelé Seydi. Seydi, le Toorodo, sur l'instigation de son
prince, se faisait payer grassement, pour rendre des verdicts iniques.
Après quoi, ils se partageaient le butin, eu point qu'il ne venait à
l'idée de personne dfaller se plaindre auprès du prince des injustices
du "Kaadi" Sey<li.
Les naraoouts jouaient également le rele de secrétair~ des
princes rédigeant leurs correspondances avec les princes étrangers,
et les traités d'alliance ou de commerce avec les compagnies coomer-
ciales européennes.
En m~me temps, ces marabouts étaient des ~érisseurs, des

321
devins et des fabricants de talismans ou gris-gris destinés à prémunir
les guerriers contre le @ouvais sort, les blessures par les objets
métalliques. Certains prétendaient pouvoir conférer l'invulnérable
à leurs clients. Lssurés de ce côté, les guerriers ne prouvaient
qu'être plus intrépides et plus téméraires. La geste des Fulbe et
des Sebbe est renplie d'anecdotes ayant trait à l'invulnérabilité,
de tel roi ou ~e tel héros. Guérisseurs, les marabouts soignaient des
maladies de toute nature : affections Graves aux origines inconnues,
folies et démences attribuées à des génies @alfaisants, et à des
"sorci ers" ou encor e "rJuveurs de sang". Bon nonbre de ces &larabouts
doivent leur fortune auprès des princes à leurs talents de guéris-
seurs. On cite volontiers le cos des narabouts Wan auprès de satigi
SuIe Njaay, des Njnac auprès de SuIe Dene dans le Laaw. Bon nombre
de marabouts sont devenus des chefs de terre par ce moyen. Certains
m~me ont épousé ùen princesses de sang royal, richement dotées par
leurs parents. C'est le cas de taxsiru Amadu Wan à Kanel. La famille
de tafsiru
Boegel de Jaaba est étroitement liée aux Deenyankoobe et
aux Sayboobe. Certains princes n'hésitent pas à faire venir à grands
frais des &lornbouts de renOll habitant d'autres royaumes. C'e~t ninsi
que selon le p. Labat, satigi Sire Sawa Laamu, connu pour sa dévotion
a envoyé en 1701 farba Awgal au Kajoor "pour amener un marabout qu'on
lui avait dit d'une piété extraordinaire et qui savait prier Dieu
d'une manière toute particulière" (J. B. LaiJat (le P.), 1728, t II
ch IX, p. 201).
C'e$t incontestablement la croyance des populations aux gris-
gris qui a le plus intrigué les observateurs européens, en visite au
Sénégal. Ils mettent ces pratiques sur le compte de la superstitution
et de l'ignorance. Les marabouts faiseurs de gris-gris passent à leurs
yeux pour de vulgaires charlatans. En fait, les marabouts ont utilisé
les gris-gris et les talismans pour contre-carrer l'influence des
guérisseurs " aninistes" qui invoquaient les idoles pour fabriquer des
gris-gris pour les guerriers, les malades et les clients divers qui
avaient recours à leur science. C'est pour détourner tout ce monde du
paganisme que les marabouts se sont mis à fabriquer des gris-gris. Ils
se basent pour cela, sur certains versets du çoran. En effet, tout
verset du joran, est dê!':cêndt sur un Prophète, à un moment donné de sa
vie, soit pour 10 scuver d'un danBer imminent, soit pour attirer sur

322
lui une faveur divine. Pnrt~nt de l'annlogie des situations, les nnra-
bouts utilisent ces versets pour soigner les malades, sauver les
personnes en danGer, implorer la grBce divine pour tel ou tel objet.
Ainsi on utilisera le verset qui dit "Salut sir Abraham, de m~ne que
sur les croyants", verset descendu nu noment où Abraham était menacé
par Neorocl. Lors du Deluge, Noé a été sauvé par le verset: "salut sir
Noé et sur les crGynnts". De la m~me façon, il y a dans le C"oran des
versets gui portent sur la damnation des r~créants, des hypocrites,
de Neurod, du ybnrnon, etc. Ces versets sont aussi utilisés par les
marabouts 3 Qes fins délétères ou malveillantes. L'action des mara-
bouts a consisté à r,lOntrer la supériorité du Coran sur toutes 1 es
nui res pratiques, sur toutes les incantations à caractère paren.
~.~. L'apparitfun des titres et de l'idéolosie toorodo (toorodoagu)
Les marabouts toorobbe sont très tet impliqués dons ln vie
politique et sociale quatidienne. Ils portent des titres selon leur
grade ou leur fonction. Certains sont appelés elimaan, c'est-à-dire
~
des mosquées de tel ou tel village. C'est ainsi que Chambonneau,
dans la guerre du Toubenan, parle du rôle joué par les marabouts
Njaay SalI dans le Kajan~ Anti Saar dans le Waalo. En décembre
167~, le Sieur Duboulle et d'autres agents de la Compagnie, montés
pour traiter du mil jusqu'à "Fane, pays des Foules et peu plus haut
que les villages ci-dessus bruslées, où ils ne nirent guère à gagner
à eux le IJlarc.7,)ou l10nwé "Hellhmn Fane" (L. M. Chambonneau (1673-1677),
1968, p. 347). Steff signale aussi dons cette guerre le raIe d'un
marabout nocrmé hli ùe la famille deenyanke, nais élevé par les
"Tcorobbé', qui a voulu à cette occasion soulever l ' étênùarcl du jihad.
Le tafsiru est le traducteur et le cdnnentateur du Coran; le titre
~ est porté par celui qui "a conpris" le message coranique et les
hadith dans leur ensemble donc une esùèce de clocteur es-sciences
islamiques. Le titre de ceerno est donné à tout enseignant. On peut
dire que déjà, n l'époque de la conqu~te de Koli, il y avait des
marabouts à la réputation bien assise. Koli aurait confisqué les
terres des maratouts des Kanh de ~ilioolo ? Bubaknr Sawo Laomu a pris
eux Wan de Wan-lien leur kolaode au XVIIe siècle. Les satigi se sont
attachés dous le Fori les services des ceerno Ngappugu et de ceerno
Jiinge, qui les sont suivies au XVIIIe siècle vers l'Est lorsque la

preaBion maure s'est
aeoentuée. Gelaajo-Jeegi a pris comme marabc.t
GUeaap Lawa, Samba Gelaajo-Jeegi, son fils était l'ami de Yubba br,
Suleymaan (O. Kane, 1970, p. 913, note 1 - Thomas Bluett 1 Som!
Memoire et DoucIes Grant, The Fortupato Slave, 1968, ch. 4), un mara-
bout du Bundu marchand d'e.clavea, devenu lui-mime eaclave en Amérique.
Depuis l'époque takrourienne, le groupe dea Too[obbe a COBnu
ane a.oenaion continue, liée aux progrès de l'Islam et du commerce
da.. la région. Le groupe e.t composé d'élément. ethniques divers,
fondus dan8 le Doule de l'Islam et de le fullanité. Cette 6scension
s'est poursuivie pendant la période deenyanke et ste.t concrétisée
par la conqu3te du pouvoir politique sur les Fulbe dens le dernier
quart du XVIIIe sièole. Certains épisodes CODB8 la guerre des marabouts
au XVIIe siècle, treduisent la pous.ée extraordinaire de l'Islam et
l'impact de plui en plu. fort des Toorobbe dans la vie sociale et po-
litique. L'éohec du mouvement de Masr-al-Din, donne un s.rsis d'un
siècle au régime des Fulbe.
Le preotigo de l'Islam est tel dans le pays que ln plup~rt
des grondes familles Toorobbe (Lih, Tael, Kanh, 8ih, etc) qui consti-
tuent de véritables dynasties marnboutiques prétendent à tort ou à
raison Be rattacher à la famille du Prophète et ou à ses compagncns,
aux Qurayshitts ou à des Arabes, du Yemen, de Syrie ou dtailleurs~
Ce modèle de penser islamique n'épargne pns le8 Fulbe, qui une fois
islamisés, se forcent des généalogies qui les rattachent à Ugba b.
Nef!. C'est oinsi que les Konh font venir leur oncatre Hamme Juldo
KaQh de Dames. Il serait arrivé à Gao dans 10 suite de askta Mohanoed
qui aurait ro~~~é cveo lui un grand noubre d'Ulona. Après avoir tran-
sité par les vill&~ ~iversitairQs de Jenne et Tombouetou, il le serait
rendu à Shinguitti aur l'invitation de aes disciples caures. D. là,
il aurait gagné le voIlée du Sénégal, où il aurait fondé Dtmatt, en
aouv~ir de sc ville natale de Syrie. Allié aux Jigo .t aux Wodaabe
par le moriege, so ,rogéniture va essaimer de là vers l'Est, à travers
tout le Fuuta-Tooro. Bon nombre de ses desdendnnts, Bont restés des
marabouts de profeoD1on. On en rencontre à Dioatt, Mbool0 Biraan,
Cilon, Kobillo, Laftao Codday, Gddo, Seedo, Bokkijawe, Ndulueaaji,
Doondu, Dew, Dolol, Oolka-Dagana, Melgn, )1jott. Le. plua orientaux
sont devenus des 11nurGs. Ils ont oonstitué les clans 1 Duganaabe,

Neeganaabe, Civelnaabe, Helmodinalln, Kolcelnnabe.
Les Lih de Cilon, Joaha, TeoeGut,Oogo, Fanay,Ndulunanji,
Mboojo, JTj:l.war prétendent descendre des Maures par leurs ancêtres EH
Fadalla et Hanet FadelLa. Ils portent les noms de clans Jan Lih,
Funeebe, Molle. Tous disent que leur ancêtre
Fadallah est originaire
de Bagdad •
Les Taal et les Caam se rattachent par la généalogie au
Prophète Mohaomnd (P.S.L.). Ce sont les Seloobe qu'on retrouve à
Halwaar, Jama hlwaoli, Donnœ.y, Jaattol, Ceelaw, Mbooyo.
Les Aon prétendent descendre du c;rand savant éeYptien
Mohamed el-Busriyu.
Les Sih de Siyu~
de Fanay et du Bundu pensent qu'ils étaient
des
/i~aures devenus Toorobbe par alliance avec les Nègres.
M~o~ les Fulbe Yaalnlbe et Deenyonkoobe, après avoir préten-
du descendre de Sunjata Keyta, ont infléchi leur généalogie pour se
rattacher à BilaI, compagnon du Prophète. La désignation des compagnons
de Kali sous le noo de Sayboobe, traduit de façon manifeste l'influence
de l'Islam et de ses modèles de penser sur la société peul.
D'autres familles cependant savent qu'elles sont d'origine
ceddo et ne cachent pas leurs origines. C'est le cos des Won, des Jeng,
..
des Nang, SalI. Les Njaac, qui étaient des Fulbe, ont abandonné leu'"
ancien patronyne 8ob. Les Baal ont voulu se démarquer des autres 3ah,
après leur adhésion 3 l'Islam.
En conclusion, nous pouvons dire que c'est sur le groupe des
agriculteurs sédentaires que l'inpact de l'Islam a été de plus impor-
tant. L'alphabétisation, les études islaoiques ont provoqué l'émergence
d'une élite d'hommes du livre, spécialisée dans l'enseignement qui
forme ce qu'on appelle les Toorobbe. Ils constituent une classe sociale
consciente de Ean rôle dans la société
~t de sa supériorité sur les
autres groupes sociaux. La persévérance dans l'activité intellectuelle,
a finalement engendré la constitution de v~ritables dynasties marnbou-

J25
tique., qui sont alliées les unes aux autres par te. rel,8tions matri··
moniales. Le savoir y est maintenb par tradition comme par inté~~t.
Cette ela•• e de gens in.truits très OUTerte à l'oriline, accueillhit
en son sein tous ceux qui avaient opté pour lee 4tuie. i.lamiques
comme aotivité principale en plus de l'agriculture.
Il arrive aussi à telle dynastie maraboutique de perdre la
pratique et la tradition des études. Ses membre. deviennent de simples
agriculteurs. Conme il faut vivre, il. se livrent à de. activités
qui .ont de plus en plus considéréelil par le. marabout. comme
déro,-
geantes, comme la chasse et la plche. Il y a donc de. TIOfo_be chas-
seurs et pftcheur. comme des fqorobbe hommes du livre. Ce .ont ces
derniers qui jouissent d'un prestige de plus en plus grand. Ils e~
arrivent mime à rejeter du groupe, à mépri••r ceux qui ne ... livrent
pas aux études.
Le groupe augmentant en nombre et en influenoe, ce. tpprobbe
ont eu tendance à s'int'resser aux choses temporelles. Certains se
sont lancé. dans les aotivités guerrières, Boit pour conquérir le
pouTo!r, soit pour s'intégrer dans le système politique. Ain.idonc,
des marabouts et des fils de marabouts sont devenus guerriers. Ils
Gnt tendance à s'assimiler au mAme groupe politique que le. Fulbe de
la lance, et mftme à~s supplanter le cas échéant. On coAnatt la
carri~re de sakis Mohammed, comme de othman Dan Podio. Cependant,
oette évolution 6 s.rtout été remarquée à partir du XVIIIe siècle
au Puuta-Tooro. Ainsi on a un groupe toorodo hybride où coexistent
Agriculteurs, chesseurs au b.. de l'échelle, homme. du liTre a
guer-
riers au ha.t de l'échelle sociale.
. ,.
5. LE§ NEENBE
On désigne sou. ce terme 1~nsemb1e de. 8rti.8~' f.r.és de
,poupes spécialisés dans la transformation de. matière. premi~res du
paY8 en objets oonaoJJll1th par la société. Pour repr8lldre le8 tfl'JIfes
A
d$ Taya WANE, "les NeeDe .o~t ea.e~tiellem.nt caraet~ri.és par la
.péciali8atio~ professioDDelle (fecciram go11t) dan. la 4iTision
l'nérale du travail 80cial, comme dan. la division teehBique de C9
traT,il. Et il faut enten4re trayail au sea_ le plu. large, incluant

326
par conséquent ceo talents de société, exercés par les divertisseurs
et laudateurs (naalankoobe), à oevoir les musiciens, chanteurs, dan-
seure, poètes, historiens, etc" (Y. WANE, 1969, p. 50). En quelque
sorte, leD décornteu~D de la vie sociale par leurfuchnicité ou por
leurs talents ou dons, mattrisés à la suite d'un long apprentissage.
Ils forment donc des groupes statutaires ayant chacun une activité
spécifique ; mais ces groupes sont perméables entre eux. A port les
artisans des métaux et les griots, les liens matrimoniaux sont fré-
quents entre les différents groupes fteeftbe. Ainsi les maabube (artisans
du textile) et de la céramique se marient avec les artisans du cvi:r-
(sakkeebe), et m~me avec les Wambaabe et les Lewbe (artisa, du bois).
'.1. Les Maabube
Ces groupes spécialisés ont pour trait commun d'~tre d'origine
ethnique diverse: wolof, sereer, rnalinke ou soninke. La tradition
attribue aux Malinke l~ntroduction du tissage. H. Gaden, le signale
aans une lettre è Vieillard en date du 25 mai 1932 (F. G.
IFAN-Daknr
Cahier nO 62 Echange de lettres H. Gaden et G. Vieillard de 1929 à
1939). Il avance cette hypothèse à partir des traditions incantatoires
et des cérémonies rituelles des Maabube qui invoquent un certain
"Dogine Samba Jookp.J.'%h Manding. Malinke puddunoodo geese" (Dogine Samba
Jookura Manding, le Mnlinke qui e~t à l'origine du tissage). H. Gaden
poursuit en disant : "cela paratt indiquer seulement une origine malin-
ke aux Maboube toucouleurs, car je ne pense pas que le Malinke de
l'incantation ait été assez malin pour inventer le tissage à lui tout
seul. Il avait bien appris de quelqu'un" (F. G.
IFAN Dakar, Cahier
nO 62. EchanGe de lettres H. Gaden et G. Vieillard de 1~29 à 1939).
Ce qui est certain, c'est que la plupart des patronymes des Maabube
(Gise, Kume, Kosse, Keneme, Kiide, Pume, Sare, Sangott, Kundul, Sokomo,
Daabo) ont une consonnance mandingue, de m~me que certains termes
techniques du tissage comme geese, niire, dasnde, gaara, falla. Il eet
possible que certains de ces termes techniques du tissage soient em-
pruntés aux populations de la Casamance. Valentim Fernandes nous con-
fir.me dans cette hypcthèse lorsqu'il écrit que: "les habitants de ce
pays (Mandingus, Fclupes, Balingas, etc) sont communément tous tisse-
raàds et font des pagnes de très nombreuses façons et co~leurs" (Valen-
tim Fernandes (1506-1510), 1959, p.59). Au demeurant, certaines façons
.
de gazes qui servent de voiles de tête aux femmes mariées du Fuuta

327
porte le nom de njaagu. Il s'y ajoute d'autres patronymes à connota-
tion peul (Jah, tlliaay), ou wolof (Njany) et maure (8ih). A l'origine,
tous les Maabube étaient des tisserands (saftoobe). Ils ont longtenps
cohabité avec les Fulbe et les Jaawanbe dont ils étaient les dépen-
dants. Les fehllies étaient spécialistes de la poterie. Dans le c~dre de
l'Empire du Jolof, ils ont gravité autour des ~ Fulbe et des burba.
C'ebt le contact avec les ari.tocrates qui a poussé certains d'entre
eux à se spécialiser dans la généologie des Fulbe, des Jaawanbe et des
burba du Jolof. Ce métier de griots des Maabube sudu Paate et des
Maabube Jaawanbe a d'abord coexisté avec la pratique du métier du
tissage avant de se singulariser en une activité autonome. Les i~por­
tations des étoffes européennes et l'exercice du métier par les
esclaves, en avivant la concurrence et en dépréciant le métier, a
accentué la griotisation des Maabube. Les Maabube sont devenus des
griots des Fulbe,
des Jaawanbe et des Toorobbe. Encore de nos jours,
i l y a des griots qui ont conservé leurs métiers de tisserands. C!eot
par ce processus que les Maabube se sont alliés aux Wambaabe qui
sont les griots des Fulbe. La dispersion d~s Jaawbe après la conquête
de Koli a entratné celle des Maabube qui vivaient avec eux.
5.2. Les Wayilbe
Les Vayilbe constituent un ~roupe statutaire individualisé.
Le terme désigne ceux qui transforment une matière première en objets
de consommation sociale. Leur activité est appelée mbaylaandi. Le
terme sert spécifiquement à désigner tous les artisans des métaux.
Comme tous les groupes statutaires du Fuuta-Tooro, le groupe
est composé de eens d'origines ethniques diverses. C'est du moins ce
qui ressort de l'analyse anthroponymique. Les Faal, Geey, Gay, Galo,
Njaay et Geer, Joab, Naar, Peen, Laam, Hboh sont d'origine wolof
d'autres sont issus des Fulbe comme Jah, 50h, Caam, ~lliaay, Jaw,
tandis que le Feen, Doxonce, Sawnjaari, 8oggo, 8i118, Baro, Maasina,
Kante, Ronte, Jnnxn sont de toute évidence d'origine 8oninke. Les
Haberbe et les 8ih sont d'origine maure. Bon nombre d'entre eux ont
vécu au Fuuta sous la dynastie des Jaogo dont le royaume,
le Namman-
diru, était dirigé par l~ rois forgerons Kumba Wali, Demba Njoom et
Waali Njaw. Les rois avaient le monopole de l'extraction et
de la

328
réduction du minerai en métal.
et de ln vente de ce métal aux artisans
chargés de sa transformation en objets utiles. Ils avaient également
le privilège de la fabrication des outils de base tels que l'enclume
et le marteau. Ln réduction du minerai et 1a fabrication des outils
de la forge étaient faites hors du village.
5.2.1. §iérarchisation à l'intérieur du groupe des WaIilbe
La transformation du métal en instruments divers était donc
laissée aux autres forgerons qui cependant doivent prendre l'attache
des chefs des fouilles Ndoom, Njoom, Uali et Njaw pour entreprendre
un quelconque travail. Avec l'introduction du travail des métaux non
ferreux, gr~ce à l'icportation de l'or, de l'argent et du cuiyre,
il y a eu une sorte de spécialisation à l'intérieur du groupe.
On distingue alors les Haberbe avec les familles Mboh, Joop,
Caaro et Sih qui prétendent être d'origine maure, voire syrienne. Ils
fabriquent des objets en cuivre, en bronze et en laiton, principalement
des accessoires pour la monture et le harnachement (fers et chaines
d'entraves, éperons, appliques de harnais, cors, pectoraux) clochettes
et grelots que l'on rencontre en abondance dans les fouilles de Sincu
Bara et de ~o. Leur sort est lié au développement d'une aristocratie
guerrière dont le cheval devient la conture par excellence, en re~pla­
cement du boeuf. Ils fabriquent aussi des armes défensives comme les
casques métalliques, les caparaçons et les boucliers. Ce groupe des
Haberbe, fabricants d'accessoires de combats comme les lances, les
sabres et les poignards sont socialement mieux considérés que les nu-
tres catégories de Wayilbe. Leurs fecces sont des tonneuses et déco-
ratrices des objets en peaux, pour aoeublement.
A c8té de ce groupe, il y a des Wayilbe Sayakoobe appelés
improprement Wayilbe Kane. Ce sont des bijoutiers nommés oinsi à cause
du métcl travaillé (kane : or) en général et du produit qui sert à
colorer le cétol (cay). Ils travaillent l-or, l'argent, le cuivre et
le laiton pour fabriquer des bijoux de toutes sortes (bracelets,
anneaux de chevilles, bagues et anneaux d'orteil, chatnes en argent,
boucles d'oreilles.) Ils sont sollioités par les riches, les femmes
particulièrement,

329
Le troisiène sous-groupe, le plus important en nombre est
celui des Wayilbo Baleeri qui sont ceux qui travaillent le fer et
fabriquent des objets de consomDation courante : houes, h~ches, cou~e­
coupe, couteaux, poigna~ds, harporu, hameçons, fers de lance, la~cs,
à Noissonner, outils utilisés par les Lawbe pour dégrossir le bois,
etc.
5.2.2. Evolution du groupe des Wayilbe
C'est probablement le groupe des Wayilbe qui a permis l'é-
mergence du Fuu~a, conNe fornution politique ascendante dès le VIe
siècle. Il a pernis, gr3ce à l'influence
de la dynastie des Juog~,
de promouvoir les techniques métallurgiques et leur large diffusion
en Sénégunbie. Mane après l'effondrenent de la dynastie Jaogo,
et son
rernplaceuent pur d'autres, les Wayilbe ont conservé un certain pres-
tige, parce qu'il était impossible de se passer de leurs services et
qu'ils contrôlaient la production métallique de la mine à la consomma-
tion domestique. Lo groupe a assuré l'indépendance du Fuuta pour ce
qui est des métaux jusqu'à la fin du j[vllle siècle, du moins pour
toute la partie du pays en auont de Fodor. tlême s'ils travaillent des
métaux importés conne le cuivre, ils sont parvenus, comme l'ont montré
A. Ravisé et G. Thilnans (1980), à Qaîtriser les techniques très avan-
cées du travail du cuivre,
du bronze et du laiton.
Cependant,
ln perte du pouvoir politique a rejailli de façon
défavorable sur leur statut social, bien qu'ils aient moins p8ti que
les Maabube et les Gakkeebe de l'évolution politique,
économique et
sociale. L'arrivée au pouvoir des Fulbe, puis des Toorobbe les a
ravalés dans la hiérarchie sociale. D'autres valeurs et d'autres
idéologies ont été uises en exergue qui justifient à postériori la
domination des nouveaux dirigeants. Ils ont également souffert de
la stagnation des techniques,
corollaire
de la stabilisation des
techniques agricoles relativement bien adaptées à la nature des sols.
La production métallurgique n'a pas é~lué vers une économie du marché,
indépendante de la commande ponctuelle des consommateurs. La concur-
rence de plus en plus acharnée des fers importés d'Europe a beaucoup
joué dans la perte, à terme, des techniques de conc~ption, d'extrac-
tion et de réduction du ôinerai. La plupa~t des artisans des métaux
sont devenus de plus en plus de simples transformateurs d'une natière

330
dont ils ont perdu jusqu'à la technique de fabrication. C'est ainsi
que tout paysan, pasteur ou p~cheur, peut acheter sur le marché du fer
en barreovenu de Suède, d'Espagne ou de France, pour le faire travail-
ler par les forBerons qui deviennent de plus en plus dépendants des
cdnsommateurs. tfulgrG cette détérioratinn de leur situation matérielle
et morale, ils sont noins affectés par la concurrence servile qutau
Fuuta-Jailon où les Fulbe ~nt fait initier leurs esclaves aux techniques
métallurgiques, ce qui leur per~et de se passer des
Wayilbe.
Au Fuutn-Tooro, les esclaves ne forgent pas, et ce qui a
maintenu une certcine honorabilité à leur oétier qui n'est pas assimilé
à un métier servile co~e le tissage et la ptche. Malgré tous les aléas
de l'histoire, le groupe des Wayilbe reste craint, parce qu'il détient
les redoutables. secrets du fer et du feu ; la croyance populaire pense
que leur contact cons~e tout. Ils sont réputés ~tre des jeteurs de
mauvais sort contre leurs ennenis ; et sont redoutés pour les sortilèges
qu'ilS peuvent lancer contre les gens. Beaucoup de gens les co~idèrent
comme porte malheur.
En dehors du mariage, il n'y a contre les Wayilbe du Fuuta-
Tooro aucune forme de ségrégation: ils habitent les rn~mes quartie~s
que les autres groupes statutaires, militent dans les m~mes classer
d'âge, mangent aux m~mes plats (6q). Les préjugés populaires contre le
contact avec les Uayilbe, tient probablement à certains modèles de
penser islamiques et à certaines réminescences bibliques ou coraniques
qu~ l'on rencontre dans d'autres domaines. Pour le reste, c'e.t-à-di~e
la tendance pour chaque groupe constitué à nouer des relations matri:JO-
nioles à l'intérieur du groupe, résulte de la logique sociale qui, ~u
Fuuta, fait que la technicité appelle la technicité, la science appelle
la science, comme dans d'autres sociétés l'argent appelle l'argent,
Cela est d'autant plus vrai que les connaissances techniques s'accompa-
gnent de connaissances ésotériques qui ~e se transmettent que por ini-
tiation. Le secret passe du père ou fils, ou à défaut du beau père au
gendre. Ainsi va ln dynamique sociale fuutanke. Le doyen des Wayilbe
est honoré du titre de farba. Le groupe s'est ouvert à l'Islam très
tat. On renoontre parmi des gens très instruits et de fins lettrés.
Certains continuent à
pratiquer leur wétier tout en se livrant aux
études. D'autres en revanche ont abandonné le métier de la forge pour

331
celui de marabouts et d'éducateurs. Ils ne cessent pas pour autant
de se réclamer du 8roupe statutaire de leurs pères
il en est ainsi
à SorookUli1 H"bnyla, ',"!assaakodde J>'Ibayln et Be.elinnabe. Il arrive que
certnins de ces for~erons, en raison ùe leur réussite intellectuelle,
tentent de faire oublier leur passé è'artisnns des Bétaux. La pratique
des études islaniques les [\\ fait inté8rer dans le groupe toorodo à
l'époque où i l était encore ouvert,
c'est-à-dire avant la révolution
maraboutique de 1776. De la m~me façon, il y a des Toorobbe ou des
Fulbe qui sont ùevenus des Wayilbe, c'est le cas des Wayilbe qui por-
tent les patronynes Lih, Soh, Jah, Bara, Silla. Cheikh Moussa Kamara
signale le cas d'un pullo Jaawo, originaire de Njafaan Belcindi, Dela
Demba Geta Sanba liarsum qui s'est installé à Wassankodde,
en épousant
la fille de son hôte forgeron qu'il aidait dans son travail en action-
nant les soufflets. Les enfants issus de ce mariage sont devenus des
forgerons,
bien que le père soit pulla. Il signale également le cas des
enfants
Ides Barka Fatimata Jngori, qui ont pris le non de Hoggo, alors qu'ils
sont des Toorobbe de patronyme Baro, originaires de Baroobe Jakkel.
Leur anc~tre ayant commis un crime au Fuuta, est parti se réfugier
à Fondu où il n épousé une fille de forgeron~ Ses descendants ont
suivi la condition de leur mère. Cheikh Moussa Ramara conclut en di-
sant, que bien des familles de neenbe sont issues des groupes statu-
taires réputés supérieurs (Fulbe, Toorobbe).
"Il est étonnant, écrit-
il, que les habitants du Fuutn considèrent les forgerons comme des
porte malheur. Ils prétendent que les biens qui proviennent des m2.ins
des forgerons par don ou par achat ne croissnnt pas. Cependa~t, ils
ne considèrent pas comme porte malheur les
objets qu'ils fabriquent"
(F. M. K.
IFAl~-Dnkar, Traité sur les Castes, Traduction Turadu
Kamara, pp. 27-~8). Ce n'est pas le moindre des paradoxes de la socié-
té fuutnnke.
5.3. Les Sakkeebe
Les Sakkeebe forment un groupe statutaire moins nombreux et
moins influents que les Wayilbe. Il enelobe tous ceux qui, au Fuuta-
Tooro, tannent les peaux et travaillent le cuir. Ce sont,
comme dit
Chambcnneau "ceux qui travaillent en tous ouvrnges de cui r,
comme
selles à chevaux, brides, sLnJales, cornes, makatons et autres ouvrages
où ils enchassent leurs eris-gris et qu'ils font joliment et propre-
ment" (L. M. Chambonneau (1673-1677), 1968, pp. 320-321). Le tanin

332
le plus généralenent employé est le fruit du gonakié appelé gawde
(sing : awdere). Une fois cueillis, ces fruits sont écrasés et mis
dans une vase en céramique nppelé wanta. On y ajoute de l'eau. C'est
alors seulenent que l'on fait séjourner les peaux pendant plusieurs
jours, en prenant le soin ùe les nanipuler fréquecment jusqu'à ce que
le tannage soit à point. Après quoi, on fait séparer les poils de la
peau (husde). Ce sont ces peaux tonnées que les Sakkeebe travaillent
et transfornent en objets d'usnge courant. L'outillage est simple:
une planche massue, des couteaux bien affutés, les olènes, et outres
instruments C0110e les polissoirs (nakcnde). En guise de c~lle (bantone),
on utilise ln p6te de farine ; ce sont les tendons des aninaux qui
sont utilisés pour la couture. Ces cuirs sont coloriés différeonent
selon l'usage que l'on veut en faire 9 noir, rouge et jaune dominent.
Les Sakkeebe sont moins indépendants que les Wayilbe et les
Lawbe, en raison du fait qu'ils ne sont toujours pas les fournisseurs
de la natière première. C'est le client qui apporte le plus souvent
sa peeu frntche ou n~ne tannée et conmonde l'objet dont il 8 besoin
cheu.sures, ceintures, frondes, gris-gris à recouvrir d'étuis, selles
de bois à recouvrir de parchemin, bottes, brides et autre natériel de
harn~chenent, etc.
Dans le Groupe des Sakkeebe, il y a une hiérarchisation :
les Sakkeebe Aalo\\ibe (sing Gaalabbo) qui ont préséance sur les Snkkeebe
Wodeebe (rouges). La différence réside, selon nous, noins dans les
origines athniques que dans la fonction. Les Sekkeebe Aalawbe sont
ceux qui, en plus de leurs connaissances occultes, gravitent autour
des princes. Ils fabriquent des selles de Donture à partir du bois
qu'ils sculptent eux-n~Des comne les Lawbe. En cela, ils répondent
~ieux que les autres Q la déno@inntion de Sakke, terne d'origine sonin-
ke qui signifie sculpteu~ sur bois. Ils recouvrent ces selles de par-
chenins, y adaptent les étriers. Ce sont eux qui fabriquent le teefe,
coussin de poils de moutons, fixé dans la portie inférieure de la
selle, sorte de enr~iture destinée à protéger l'ani~al. Ce sont eux qui
fabriquent les bottes auxquelles ils odaptent les éperons. Ils confec-
tionnent les harnais (brides, pectoraux, frontaux, colliers), qu'ils
décorent richement avec des disques-appliques, les p1eces arquées,
clochettes, etc. telles qu'on en trouve dans les feuilles de Sincu

333
Bara (G. Thilnans et L. Ravisé, 1981, pp. 31 et 36). Ils frabriquent
aussi des chaussures de luxe pour aristocrates et leurs épouses
(rnukke, deynr.at). Les Sakkeebe Aalnvibc sont donc un produit de ln vie
de cour ou de l'nristocratîe guerrière. Ils sont nieux considérés.
Ils sont honorés du titre de farba ou de celui de fossiri. Il e~t
difficile d'ajouter foi à la tradition <)ui en fait des parents des
Gomdennabœ
Tnbure, aristocrates de haut rang, attachés au service
des satigi et chefs du Ngenaar honorés du titre d'elfeki (F. M. K.
IFAN-Daknr
Hs j;'VI/3 : Traité sur les Castes, pp. 28 à 33
voir
aussi Y. WAtill, 1969, pp. 54-55). Si on les appelle Aalawbe Gonde,
c'est sans dou~e ~~rce qu'ils ont vécu autour des guerriers de Gonde
depuis que les uns et les autres étaient encore Soninke.
S'ils ont préséance sur les Sakkeebe Wodeebe ou "cordonniers
rouges", c'est tout simplenent parce que ces derniers s'occupent
des travaux noins nobles conne le tannage, la fabrication de sandales
taye-hule, sinples norceaux découpés dans un cuir de boeuf, auxquels
on adapte des lcnières retenues au pied par le gros orteil et le
talon. Ce sont eux qui fobriquQnt des étuis pour gris-gris, recouvrent
los tom-tan de parchenin, fabriquent les outres en peaux destinées
à recevoir le lait ou les sacs à conserver le mil (bassi, sing nbassu),
les sacs de voyaces (ou ~). C'e$t proprement le groupe des tan-
neurs, de cordonniers et bourreliers.
Les Sa~~eebe sont socialecent noins bien considérés que
les Wayilbe. Eu pays Soninke, on les appelle Garanke et/~!~ent le
raIe de griots pour les Wnyilbe, en particulier les Konte qui préten-
dent ~tre de ln ~:l~k:e liGnée que SUDooro Rente, le roi forg.ron du
Soso, victine de Sunjoto Keyta. Cependant, il existe une passerelle
entre vlnyil"0e et Sal:l~eebe, par l' internédiaire des Sakkeebe Aalawbe
de patronynes l:!boh et Coan. A en croire Cheikh Houssa KaDDra, ce sont
des forBerons çui pour des raisons diverses, ont suivi le statut de
leur mère, qui est sakke et qui pour cette raison, ont été agrégés
aux Aalawbe Gonde ùe patronyne Darntle.
L'analyse Detronynique ùes Sakkeebe nontre, conee pour tous
les autres ~roupes statutaires que leur constitution résulte de la
fusion, dons le cadre d'une activité professiop~elle, des gens d'o-

334
rigines ethniques diverses ~ Soninke avec les patronymes Derame, Ture,
Tagurla ~ Wolof avec les patronymes Beey, }fuoh ~ Fulbe avec les patro-
nymes 50h, Caan, Gnniw et Hnure avec 10 patronyme Sih. Dans l ' enseo-
ble, c'est l'61~oent soninke ~ui senble dominer. Leur contact avec
les Fulbe est très ancien. Ce sont les tanneurs Gergankoobe, qui
ont occueilli dnns le Sahel Hokarn et ses compagnons qui ont quitté
le Terness à l'époque de Juaye Sadigay. Les maria~es entre Sakkcebe,
Maabube et Wombnabe e8t fréquent. Ils se nnrient rarement avec les
Lawbe qui, corJDC les Fulbe auxquels ils sont attachés, sont générale-
ment des nomades.
Ce sont les "LoIiez" de Chanbonneau, "ceux qui font leurs
ouvrages de bois CODme canots, gamelles, norti~rs à battre mil et
pilons" (L. l,:. ChOl:l7Jonnenu (1673-1677), 1968, pp. 320-321). Etynclo-
giquement, le ~ernc signifie coupeur de bois, défricheurs. Leurs
origines ethniques sont diverses tout comùe celles des outres groupes
statutaires. Certains sont d'origine soninke (Baccili, Kebbe, Gajonga
ou Gaajigo, Tunkara), d'autres sont d'origine peul (Soh, Jum, Taal,
...
Jalla, Jah, Bah) ou Wolof (Faam, NanE, Jaak, Seet, Joob, Wad).
Il Y 0 deux catégories de Lawbe : les Lawbe laade (sing.
labbo lanna) et les lawbe worworbe (sine. la~bo gorworo) appelés en-
core lal/be boüi. Le doyen des preniers ellt honoré du titre de kalmboan
et celui des seCO~Gs est appelé Doala\\l. Il y a une certaine préséance
des Lawbe Lanue sur les Lawbe worworbe. Les preniers sont aux seconès
ce que les Snks.eebe Aalawbe sont aux Sakkeebe wodeebe, ou ce que les
Maobu0e sont aux Gscleves qui proti~uent le tissage. Le labbo laana
(fabric~n~ ~e pirogues) pr6tend qu'à l'origine, le labbo gorworo
(fabriconts ~'objets en bois courants) était son esclave, son ~épen­
dent. Partout o~ il le renccntre, il peut le faire travailler sans
salaire et Ifenplcyer à des besognes diverses (F. M. K.
IFAN, Dakar
Traité sur ~~~~~ Trad. Turodu Ranara, pp. 18-21).
Les uns et les autres prétendent détenir leur métier des
génies des bois, de ln forêt. Chaque arbre est réputé être l'habita-
cIe. d'un sénie bienfai.ant ou Balfaisant. Ce sont leurs connaissances

335
magiques qui leur permettent de se livrer à une activité réputée
dangereuse pour la
santé mentale. Ils connaissent parfaitement la
faune et la flore et en particulier l'utilisation des plantes au plan
thérapeutique ou maléfique. Les lawbe laade sont réputés être plus
versés dans la magie et l'utilisation des ~rogues végétales.
En réalité, malgré toutes les fables, nous pensons que la
hiérarchisction entre les deux catégories des Lawbe dérive du niveau
de technicité plus poussé chez les Lawbe laade que chez les Lawbe
worworbe. En effet, les premiers sont les constructeurs de pirogues,
de perches, d~ pagaies et autres accessoires de la navigation fluviale.
Nous trouvons dans Lacourbe une description de la fabrication des pi-
rogues. "On fait no ce lieu (Boucsart), écrit-il, les plus grands
canots qui sont dans ln rivière, dont ils se servent pour aller quérir
du sel à Bieurt ou à Maca, et le vont ensuite échanger contre du mil
dans le pays Foule
ils font ces canots de bois à quatre pieds de
large et les cousent avec de la paille qu~s enduisent de terre ~rasse,
ils nry font point de membres, ce qui les rend faibles et contrefaits.
Ils ont ordinairement sept ou huit hoœ~es dedans qui nagent avec d~
petites pesles ou bien les poussent du fond avec des perches, toujours
le long du bord, pendant qu'il y en a un qui ne fait autre chose que
de vider l'eau avec une
g6~melle, et ils ne laissent pas de faire 200
lieues dans ces canots" (P. CULT RU , 1913, pp. 131-132). Les habitants
du Waalo, selon Chanbonneau, s'approvisionnent en grains dans le
Fuuta en remontant le fleuve et ses affluents. "Ils y vont, écrit-il,
traiter du mil pour du sel ou pagne roulée dans des canots faits tous
d'un gros arbre qu'ils creusent, un homme seul peut en mener un, il se
cet sur l'arrière, pour le faire aller, tient son aviron debout qu'il
fait entrer dans l'eau en tirant et la chassant, avec forces de br~,
ils leur font aussi porter la voile et huniers faits d'une pagne;
les pbDgrands sont faits de plusieurs planches sciées à leur mode.
C'est-à-dire à coupe de hnch~, cor ils n'ont point l'inventiun de la
scie, et au lieu de cloux, ils cousent et joignent leurs cordages avec
dl
fortes herbes et roseaux. Néanmoins ils ne font guère plus d'eau
que les Nostres. Ils portent cent motos de mil du grand moule qui e.t
la mesure du pays dont nous nous servons à l'Habitacion pour nous ac-
commoder à eux, revenant à soixante dix barriques ou environ. Tout
leur trafiq est un troque, n'usant de monnaye" (L. M. Chambonneau

336
1673-1677), 1968, pp. 320-321). Les Lawbe laade sont sédentaires
tandis que les l1orworbe
sont des noJ:1aùes .Ceux-Ià habitent le plus
souvent au bord ùu fleuve, aux côtés des populat~~s de p~cheurs
(Subalbe) pour leo~uels ils travaillent en fait. En effet, la pirogue
est l'instrunent indispensable des p8cheurs. Le rêve de tout cubnllo
est de posséder sa pirogue,
ce qui lui assure son autonomie, voire
son indépendance écono8ique vis-à-vis du prochain. Le cuballo, martre
de piroGUe est toujo~rs un grand notable. Par sa sédentarisation, le
labbo lanna est en contact plus étroit avec les classes dirigeantes.
C'eBt ce qui explique sa préséance sur le nomade gorworo considéré
comme plus sauva~e. Il gravite autour des guerriers qu'il aide ; il
evt réputé lui-D~ne pour son intrépiditû. Leur résidence aux c~tés
des Sebbe Koliycabe, des Deenynnkoobe, Yaalalbe et Snyboobe finit par
en fair e des In\\'lbe de cour, des laudateurs de guerriers. C'est ainsi
qu'ils deviennent ce que Y. Wane appelle les "Lawbe gumbolo et les
lawbe kontinpaoji". Leurs chants "ne laissent jamais indifférents les
descendants présuoos des guerriers légendaires" dnnt ils évoquent les
hauts faits (Y. HJ.JTE, 1969, pp. 56-57). Si les "Lawbe laade" de patro-
nyme Jum ont pour tabou le martin pêcheur (njum) , au point de ne jamais
les tuer et de n'abattre point les arbres où ils ont leum nids, c'est
moins en raison de la ressenblance des noms, que parce qu'il existe
une parenté contractuelle entre Lawbe laade et les
'Subalbe qui sont
les utilisateurs des produits de leur industrie. C'est la mison qui
explique que ln prolifération des colonies d'oiseaux, décrites par le
P. Labat sous le noW. de "cubalots" (J. B. Labat (le P.), 1728, t. III,
ch. 5, pp. 188-189).
En revanche les LaYbe Worworbe qui furent probablement les
premiers à exercer le métier, sont des nomades, davantage en relation
avec les Fulbe-jQeri, dont ils suivent les nigrations. Ils fabriquent
des mortiers en bois et des pilons qui eervent soit à séparer le mil
et le son (wowru lUBguru ou le ~ortier à fond conique), soit à écraser
lê mil pour le transformer en farine (wowru ranguru, ou mortier à fond
plat). Ils fabriquent des écuelles en bois de diverses dimensions que
Chambonneau appelle gamelles, des louches et des cuillères en bois,
des manches pour h8ches, houes, de tous les accessoires de l'agricul-
teur et du pasteur. Ce sont des ouvrages d'usage courant comme les
socles (topirde) et des masses (boole) pour battre les habits une fois

337
lavés, séchés et enpesés. Ce sont ces Lawbe (8oh, Gajaa~a, Jum, Wele)
qui sont considérés comme d'authentiques Lewbe, ayant le o~oe origine
que les Fulbe et les V/aobaabe. Ce sont eux qui jurent par la "parenté
contractuelle entre la pulla, le Labbo et le Bombaado", traduit par
l'expression uDicIto Lobbo, Samba Pullo, Dt=J~1.ba Bambaodo" : les trGis
frères Dicko, Sanba et DeQbo que la spécialisation professionnelle a
classés dnns des Ercupes statutaires différents Dois solidaires. Le
processus de fteeeisntion est bien décrit par Cheikh Moussa Kanara,
dans ~n Traité sur les castes, à propos de l'execple de ce Toorodo
de Cubalel, Guele Aon, devenu labbo par go~t et que personne n'a ?u
détourner de sa vocation nalgré les pressions sociales multiples
(C. M. K. Traité sur les Castes, Trad. Turadu Kamara, p. 21). Ces
Lowbe nouades sont également de grands chasseurs d'éléphants. Leurs
activités sont à l'origine de la disparition de ces grands mammifères
de l'Ile à Morpbil, qui au milieu du XVIIIe siècle encore, était
parcourue par des troupeaux d'éléphants décrits par Adanson (M. ADANSON
1750, 1751, Paris, 1757, p. 50.)
Hais à la fin du XVIIIe siècle, les
Lawbe, sous l'influence de la traite, ont décimé ces éléphants qu'ils
ont suivis dans leurs déplacements vers le Sud. Dans une de ses let-
tres à la Conpagnie, Saint.Robert, justifie la diminution du trafic
d'ivoire de le façon suivante: "D'ailleurs, la guerre que les l,laures
du pays ont fait eux Foules, joint aux pillages que les grands fai-
eaient aux Looes, qui estaient des Foules qui s'appliquaient le plus
à la chasse des éléptnnts les ont obligé de se retirer dans la rivière
de Gambie, o~ il y e beaucoup de chasse, et où on leur paye le corphil
jusqu'à 72 livres le quintal, au lieu qu'au Sénégal on ne le paie
que 20 livres" (65). Hais à la fin du XVIIIe siècle, les Lawbe, sous
l'influence de la traite, ont décimé ces éléphants qu'ilS ont suivis
dans leurs déplacements vers m Sud. Nomades, grands chasseurs, les
Lawbe worworbe sont également réputés ~tre des colporteurs, à l'occa-
sion voleurs, brigands et redoutables coupeurs de routes e~ temps
de crise. Leur conture préférée est l'~ne qu'ils préfèrent à toute
monture, car l'ane est l'animal de b6t par excellence qui leur permet
de transporter dons leurs pérégrinations leurs marchandises qu'ils
Tont échanger dons les campements dee Fulbe ou dans les villages sé~
dentaires. Contrairement aux Wayilbe, les Lawbe, dans l'imagerie po-
pulaire, sont considérés comme des porte bonheur. Actuellement, l'évo-
lution fait que les différences entre Lawbe laade et Lawbe worworbe

338
ont tendance à s'estomper. La concurrence des produits importés, en
les acculant en ch8mage, les transfor~e en griots. Plus que tout
autre groupe statutaire, ils sont renfermés entre eux, au point de vue
m~rimonial. Sous ce rapport, comme le dit Y. Wane, "la caste globale
des Lawbe est connunément réputée coa~e adepte de l'endogamie stricte.
Cette réputation d'endogamie semble plus effective encore parmi les
éléments de ln caste des Lowbe que l'on retrouve en milieu wolof, où
ils vivent depuis fort longtemps, mais sans y avoir pratiquement noué
des alliances nntriooniales" (Y. Wane, 1969, pp. 56-57). C'est cette
endogamie qui leur vaut d'avoir gardé un certain particulnrisme qui
les rattache dnvantage au nilieu fuutanke qu'au milieu wolof où ils
vivent.
5.5. Les Burncabe
Nous pensons qu'ils doivent ~tre classés par les Sebbe.
(KcliJaabe, mboonaabe)auprès desquels ils vivent et avec lesquels ils
ont une parenté contractuelle même $'ils occupent une position sociale
inférieure. L'étymologie (qui fcit dériver le terme du verbe burnaade
(cuir les poteries) ne rend pas compte de leur ori~ine. En effet,
seules les femmes des Burnaabe pratiquent le métier de potiers-
céramistes qu'elles partagent avec les femnes des Maabube ou des
Wayilbe. Les hollirJes Burnaabe ont, comne les Sebbe, pour métier la
guerre, la p~che et la chasse.
L'étude critique des traditions recueillies par Cheikh lioussa
Kamera nous permet de penser avec lui que les Burnanbe sont originaires
du Waalo-Barnk, et plus précisément de Bur-Waalo, situé sur la rive
droite, à proximité de Taflaw, Jatere, Tichilitt-Janma et Tenten.
L'analyse anthroponyoique renforce cette hypothèse. Les noms des
Burnaabe sont incontestablement en majorité des noms Wolof : Booy,
A
Cooy, Waddu, Jeuk, Baar, Geey, Nang, Taay. Certaines d'entre eux sont
d'origine peul : Jaw, SalI ou soninke : Kontay, mais ils sont mino-
ritaires. En outre, le chef de Bur-Waalo qui porte le titre de maysse
(déformation de Hansa) est choisi dans la famille de Weddu par les
électeurs fournis par la famille des SalI. Il y a donc là, un compromis
entre l'élément wolof (les Wadd, étant une puissante famille du Wealo)
et l'élément pullo.

339
Ln population de Bur-Waalo est composée en majorité de
redoutables guerriers, nux moeurs violentes (pratique du Fuku-Baadi),
qui ont très lOil3tenps résisté à l'hGCGDonie deenyanke à l'époque
de Sawa Lnc.nu et è ln pression des llaures •. C'est le triomphe de ces
derniers qui est ~robablenent à l'oricine de leur dispersion vers
l'Ouest et le 11::',0,10, vers le Sud et vers l'Est. Ils seraient partis
de Bur l;balo et ùes vill.'\\/3es voisins, C-,lec leurs narabouts pour SI ins-
taller auprès des co;;n::unautés cles Sebbe Ka:Iiyanbe dont ils étaient
très pr()c~les l.Jar leurs oriGines ethnic~ues et leurs moeurs. On les
retrouve en cre.nc1 nonlJre .9, NEijilon, sous le non de Daarelnanbe avec
Ceerno Dnarel èe ln famille des Aan. Le Taflnw situé près ~3 N~ijilon
serait ninsi cl~si3n6 en souvenir de Tcflaw, près de
3ur-Waalo. Sire
Dara lui-c~ne, serait oriGiunire de Jatere, localité peuplée de
Jaawbe, près de Bur-Waalo c
Minorité inoigrée, installée auprès des Sebae, ils ont fini
par être leurs dépendants, leurs rsriots, leurs bouffons. Leur situa-
tion sociale s'est clone dégradée, par le fait que leurs fenmes sont
devenues potières. ilLe nétier des honnes, écrit Cheikh Moussa Kaocrû,
e~t de faire rire les gens avec des histoires comiques, des mensonges"
Ils sont connus pour leurs critiques, leurs insultes et leurs mauvaises
paroles ll (C. H. ~(. Truite sur les Castea, trad. Turadu Kanara pp. 21-
25 et Manuscrit nO 7, Trad. M. H. Dia et O. Kane, pp. 51-56). Nous
n'irons cependant pas jusqu'à dire uvee le nême auteur qu'ils étaient
les anciens Dattres du Fuuta occidental qu'ils adninistroient au nOD
des burba. Cheikh Houssa Kamara ne se lasse pas de répéter que "1~=
tooro de GQde, l:ayssa de Bur-Waalo, farba de ltbnlalde, ~ de DunGel~
farmbaal de Eayhnyùi, le farba de Jowol, étaient tous des Wolof c Tous
étaient nommés pnr le burba du Jolof ?our commander aux Fulbe qui
peuplaient le Fuutn" (C. H. K. Trnité sur les Cestes, trad. Turndu
Kamara pp. 21-25 et l1anuscrit nO 7, Trad. M. H. Dia et O. Ke.ne, pp.,
51-56) •
5.6. Les Wamban~e
Les hlnnbaabe, comme les Lm....be sont surtout attachés exclusi-
vement aux FuIte. C'est en quelque sorte leurs musiciens guitaristes
et génénloGistes. Dens les villes ou les villages sédentaires, ils

3/,iO
sont toujours installés auprès des Fulbc saare
sur lesquels
ils vivent. De 10, ils se déplacent souvent en caravanes (lnppcl)
avec femmes et enfants ~our rendre visite aux Fulbe Jeeri où qu'ils
puissent se trouver dans la brQusse. Ces derniers leur accordent
l'hospitalité et leur donnent des codeaux porfois très importants
surtout en boeufs et en moutons. Ils rapportent le produit de leurs
quêtes dans leur village de résidence et en vivent jusqu'à ce qu1il
soit épuisé. Ils recomm-.naent alors le tour. Il est extrêmement rare
qu'ils rendent visite à un m~me individu à moins d'un an d'interval-
le, sauf si cette personne oreanise des cérémonies comme le mariage,
les baptêoes ou la circoncision des enfants. Dans ces conditions,
les Wambaabe sont les rJattres d' oeuv.re des réjouissances. Leur spé,-
cialité c'est Q'a~prendre 10 généalogie des Fulbe. Il y a généraleuent
Wamboabe spécialisés et attachés à tel suudu,à tel hinde ou à tel
leaol de Fulbe. Tel est spécialiste des Joobbe ou des Jaowbe, tel
autre des Cutinkoobe, des Yaalalbe ou des Sayboobe, tel est spécia-
liste des Ur-urbe, des Wodaabe, de; Mbnalnoabe, etc. Leur art pernet
de voir clair dons l'écheve~des clans et des lignages des Fulbe,
de situer le degré de parenté entre les Fulbe. Cet art, ils l'appren-
nent généralement auprès des personnes egées détEntrices des tradi-
tions généalogiques et initiaiiques des Fulbe. L'apprentissage peut
durer très longtemps. Les plus doués peuvent passer de clan à clan,
pour apprendre les arbres généalogiques des différents groupes Fulbe,
et élargir de la sorte le cercle de leurs bienfaiteurs. Il ne s'agit
pas seulement de restituer de mémoire l'agencement segmentaire des
généalogies, il s'ogit aussi àe chanter les hauts faits des héros
de la fanille, de coopter dans les détails les batailles qu'ils ont
eu à livrer 3 des adversaires redoutables, de décrire 10 robe de leurs
montures, le tout ncconpagné du morceau de musique qu'aimait partic~
lièrement le h6ros cn question. Ainsi l'histoire des Fulbe est remplie
des héros de ce eenre : Tenelln Gedal, Niima
Jeeri
et Koli Tenello,
Sawa Lourou, Geloajo Jeeei et son fils Saoba Gelaajo-Jeegi, G81anjo
Hambcdeej<l} Ju:wdu S::mba Poolel, etc. C'est l'air de Fanton qui est le
plus prisé.
Les gronds noms de l'histoire des Fulbe ont chacun leur
griot, leur bambaado ou leur Bawlo. Ces Wambaabe étaient les compagnons
de guerre des héros. hUCun grand héros ne se déplaçait sans son

341
bnmbaado qui ne manquait ja~ois de chanter les hauts faits des nn0a-
tres de son L'lattre, !ilOrts sur le' champ d'honneur, qui avaient préféré
ln mort à 1['. honte. L'exemple plus concret du r~le du bombnadoo, ,'u
gavlo, du maaDO sudu Faate est donné par le rôle de Sevi Malal Loya
auprès de Sanba Gelaajo Jeegi et de Fnrbaggel auprès de Konko, lors
de la bataille de Bilbassi. C'est .ous le chant des griots que les
adversaires s' affro:ltent.• Le griot est toujours derrière son maître
entrain de l'exhorter par ses paroles et par ea musique. C'est p.~ut­
être de ce rôle d'envoftteur et d'ensorcelleur de ~uerriers Fulèe,
que le ',)an1Jaado tire son nom. Sous ses exhortations, son héros est
habité par une force irrésistible, qui le pousse à se surr~sser.
Cette forcQ c'est le bemba. Le métier du baobaado est le mbanbangu,
ou sioplement le nbanba. C'est donc en raison du rôle qu'il joue chez
les Fulbe, dans la Guerre, dans la vie civile quotidienne, que le
bombuado tient son non, et pas de sa situation de parasite qui est
entièrement aux dépens de ses bienfaiteurs, nu point de le faire
ressembler au bébé que l'on porte sur le dos. Le bombaado est toujours
à cheval aux catés de son mettre. C'est lui qui anime les veillées
de détente, comne les veillées de guerre. Pour reprendre les termes
de Y•. WANE : "le guitariste bambaado est 1 'nrti ste qui soit évoquer
avec autant d'aisance que de charme, la guerre et l'aoour, la mort
comme le plus pur badinage z les thè~es musicaux sont au bout de ses
doigts agiles et en jaillissent littéralement par la médiation des
cordes frémisscntes ••• Ce bacbando est naturellem:ent présent à toutes
41'l f~te8 et réJouissances ••• " (Y. Wh.NE, 1969, p.61). Ces thèmes
musicaux ont pour non Fantan, Njaru, Naalu M~a, Lagia, etc. Aucun
Pullo n'y est insensible.,
Les Wambaabeorieinels portent tous le patronyme Bah. On
leur donne oomme les Lawbe la m~me origine mythique que les rulbe,
de la m~me façon qu'on donne la m~me origine mythique pour le Pulla,
le Sereer et le Joola. On trouve cependant des Wambaabe qui portent
les patronymes ùe GiBe, de Caam et m~ne de Jum qui de toute évidence
sont issus des Groupes statutaires des Maabube, des Lawbe et des
Wayilbe. Au hasard
des relations matrimonialep, fréquentes entre ces
différents groupes statutaires, ils ont été agrégés au groupe des
Wambaabe. Rappelons qu'à caté des Maabube saftoobe, il y 8 les maabube
sudu Pante et les caabube jaawanbe qui sont respectivement les griots,

342
laudateurs et généalogistes des Fulbe et des Jaawanbe. Leurs relatinns
matrimoniales avec les Wambaaue et autres neenbe sont inextricables.
Nous avons vu aussi qu'une catégorie aes Lawbe laade a glissé vers
la profession des Eriots pour o~tenir des cadeaux des personnes dont
ils connaissent la Géné~logie.
5.7. Les h.wlube
Les Lwlube (sing Gawlo) constituent le dernier groupe statu-
taire des eeea~e. Dans une société où celui qui donne est toujours
considéré COD@e su?érieur à celui qui reçoit, ils sont au bas de la
hiérarchie sociale, car ils gô3nent leur vie en quémandant à tous les
ressortissants des a~tres groupes statutaires, y compris les esclaves.
Al~arès d'Al~aGa ~ui les assimile à des Juifs, en parle co~ne des
"quéoandeurs ülpertinents 9 ils vont d'un pays à l'autre avec leurs
femmes, à la nanière des bohél1iens" (Alvarès d'Almada, 1t\\4:i, ch IV,
p. 22).
Y. \\'lane dit qu'ils "sont fréquenrnent assimilés à des hyènes"
et "attaquent leurs 'Victimes par surprise". Ils sont caractérisés
par "l'absence de pudeur et de discrétion" (Y. WANE, 1969, p. 61) par
opposition aux 11aa0ube Sudu Paate, au Maabube Jaawanbe et aux Wambaabe.
A l'origine, la société peul ne connaissait que ces derniers.
Le groupe des Awlube e*t venu s'y ajouter par la suite. Il eMt proba-
ble, coume le laissent penser les anthroponymes, qu'ils soient d'ori-
A
gine sereer (rJgon, Njaay, Juuf), Wolof (Jeng, Joab, Nang, Sek, Sook,
Mbuum, Mbay, ~llieng) et Soose ou Mending (Sambu, Jebaay) et accessoi-
rement pulaar (Laao, Sam, Caam). Les Lwlube en effet sont infiniment
plus nombreux chez les Wolof, les Sereer et les Mandingues que chez
les Fulbe. Le terne viendrait de awlude (remuer, pour dissoudre dans
l'eau une pete solide, agiter l'eau pou~ la rendre trouble, boueuse,
donc éclabousser). On pourrait aussi penser que le terme est issu
de wawlude, qui signifie en pulaar, crier, vocifèrer. Cette étymologie
correspond davantoEe à la tactique qu'ils utilisent pour q'œmander
qui "consiste cénéralement à ameuter l'entourage par ses vociférations,
cornee pour le prendre à témoin de ln confrontation qui va suivre entre
lui et le riche nuquel il vient réclnner une part de son bien. Dans
le majorité des cas, sinon dans tous, c'est l'attaqué qui décroche

343
le pre~ier
ln présence des spectateurs le contraint pour ninsi ~ire
moralement à faire ncte de générosité è, l t endroi t
du Gawlo" (Y. t1ANE,
1969, pp. 61-62). Cette façon de faire correspond bien à celle que
décrit Alvnrès c1'L.I1J.ncla qui
ajoute, "ils sont en général soit tiE"e-
ronds, des cordonniers ou des forgerons ~ dans les conbats , ils
battent du tm21Jour, chantent et enccurogent les combattants. Ils leur
rappellent les bouts faits de leurs anc~tres. Ainsi ils en font ùes
morts et des vain~ueurs. Dans les combats, ils jouent trois sorte3
de tambours, les ~~s pareils aux nôtres, d'autres plus petits qu'ils
portent sous le bras et dont ils jouent à cheval, d'autres enfin
faits d'une seule pièce qui mesure sept palnes de long. Avec ces ins-
truments, ils si0~nlent tout ce qu'ils veulent, qu'il s'agisse j'une
guerre ou d'un incendie, et avec les tnnbours ils comprennent et
savent de quels rois et de quels cnpitaines il s'agit. Ces juifs se
servent aussi c1'inlJtrument à cordes et d'autres en guise de harpe"
(Alvarès c~'Llmada, 18~1, ch IV, p. 2?).
Dans
ce texte, Alvarès d'AlBnda nous parle des métiers
exercés par les LwlulJe et de leur fonction dans la vie sociale. Cc
texte est d'une brulnnte actualit'; conL1e si le temps s'était figé
depuis la fin ùu XVIe siècle. En effet, la ~ajorité des Awlube du
Fuute-Tooro exerce le métier de tisserands. Mais il n'en existe pas
qui pratiquent la forge et la cordonnerie. Cependant, chez les Soninke,
ce sont les corùonniers qui, avec les ~ sont les griots des forge-
rons. Les cessere quant è eux sont les griots des guerriers. En pays
wolof, on distingue les griots guerriers au service des princes et de
le noblesse, et les griots non guerriers au service des marabouts et
des paysans. Au Fuuta Toorc, les criots ont élargi leur champ è1nction
à l'ensemble des croupes statutairos qui forment le tissu social.
Auparavant, ils n'étaient attachés qu'aux Bebbe, guerriers profes~ion­
nels qu'ils accompaGnnient à la guerre comme les Wambaabe et les
~laabube sudu Pante servaient lE-.fil Ful1Jû. Finalement, ils ont fini "?cr
concurrencer ces derniers auprès des Fulbe tout en étendant leur
...
do~aine aux Toorobbe, aux Neeûbe, aux griots des Fulbe et aux esclaves
m~me. Ils sont un leG de la domination du Jolof sur le Fuuta.
Le terme utilisé par Valentin Fernandès pour désigner les
griots est incontestablement le mot Pulaur (gawlo) oU wolof (gewel).

"Dans ce poys, écrit-il, et en Mandingn, il y a des Juifs et on les
appelle Gaul ••• Ils ne vivent que séporés d'eux dons leur village".
"Ces Gnwel sont souvent bouffons et jouent de la viole et
des cavacos (instrunents à cordes) et sont chanteurs. Et parce qu'ils
n'osent entrer dans les villages, ils se mettent derrière les maisons
du seiGneur (ùu villaGe) et lui chontent ses louanges à l'aube
jusqu'à ce qu'il ordonne de leur donner une ration de Qil et ensuite
ils s'en vont" •
"Et (lUC.!lC~ le seigneur sort c~e sa rJaison, alors les juifs
sortent devant lui, chantant et crient leurs bouffonneries" (Valentin
Fernandès (1506-1510), 1951, p. 9).
Les auteurs portugais assimilent les griots à des Juifs,
en raison de la séGrégation qui les frappe et de leur marginalisation.
Les griots sont méprisés, ne mangent ni ne boivent avec les autres
et habitent à l'écart de la coomunauté. Si de nos jo~rs, cette ségré-
gation Cl. pratiqueraent disparu, on en trouve quelques vestiges au
Fuuta Tooro, par l'dxistence de quelques villages exclusivement ha-
bités par des Griots, dans le Tooro et à Poolel Awlube dons le Damga.
Les concentrations des Awlube ne sont fréquentes que dans des villes
qui ont servi à unnoment donné de capitales politiques comme Gede,
Cilon, Sincu-Ba~ambe, etc.
Les Awlube sont des musiciens chanteurs, des généelogistes,
des compagnons de tous les jours, à la guerre comme en temps de paix~
I1usiciens et généalogistes, ils ont fini par constituer
la mémoire collective de la société fuutanke, cunservateurs de la
tradition généalOGique ct des valeurs morales et sociales du groupe.
Pour cela, tel griot choisit de s'attacher à tel chef ou à telle
famille dont il apprend les tables ~énéalogiques qu'il se fait
honneur de conserver sans en changer quoi que ce soit. On a toujours
besoin de leurs services pour prOUVEr ses origines en particulier
à l'occasion de la conclusion des relations Qatrimoniales. Ils in-
terviennent pour écc.rter de 10 famille, toute personne qui n'p~t pas
de m~me niveau social. Tout rrrand perso!h~nge de renom, tout roi,

tout héros prend à son service un j'iC\\do. C'est ainsi que Sevi HalaI
Laya est le griot nttiré de la famille de Gelaajo Jeegi, et Fara~Jnl3Gel
celui de BurlUsr. • Serviteur fidèle, il joue aussi le raIe de di~lo­
mate, car il 0 l'art consonmé de présenter les choses de façon a~rén­
ble et favorable à la cause de son martre~ Confident, il égaie la
vie de tous les jours, remplit les nissions les plus délicates,
diplomatiques ou nnoureuses.
Dans ln vie civile, ils rendent plus agréables la vie
quotidienne. Ce sont les animateurs des réjouissances publiques ou
privées; les cérénonies faniliales conme les mariages, les
~
la circoncision des adolescents, les séances de luttes qui marquent
la période des récoltes. Lorsqu'un roi ou un prince reçoit un hôte
de marque, lors ~es réjouissances de ln fin du Ranadan ou de la
Tabaski, ils sont les nartres d'oeuvre des f~tes publiques que les
voyageurs européens appellent "Folgar", que le P. Labat définit conne
une "espèce de bel public, où toute la jeunesse/$ïllage et des en-
virons se rend avec enpressement, pour ténoi~ner par leurs danses,
leurs chansons, leurs luttes et autres exercices le plaisir qu'ils
ont de voir ceu~ à qui leur Prince veut donner du divertissenent.
Pendant que les jeunes gens des deux sexes dansent, chantent et
sautent de leur nieux, les anciens assis sur des nattes autour de
celui pour lequel on fait le Folgnr sont en conversation avec lui.
C'est un de leur plus grand plaisir, ils oppellent Calder, c'est-à-
dire causer ou converser" (66).
Chaobonncau prec1se que le "Fole;ar"
est toujours
considéré comne un e;rand événement et annoncé la veille par les
tambours appglés "nden". Ce sont les griots ou Awlube qui l'organi-
sent sur la pInce du village. Ils viennent à cinq, six et davantage,
"en la grande place du village en trainons leurs tambours à leur
coste gauche, soustenu par une bande de cuir passée sur l'épaule
ou ils commencent à hurler, chanter, battre du tambour afin de
faire venir le monde qui estant assemble le Maistre de la bande des
guiriots fait faire place et annonce que le Folgar va commencer par
la lutte et jouste des hommes ••• Cela fait la siophonie va à sept
ou huit tambours, les uns plus erands, les outres plus petits faisant
du bruit pur degré, observans les parties de leur musique ••• " (L. rI.

3Z.6
Chnmbonneau (1E73-1677), 1968, p. 327). C'est au son des tambours
qu'ont lieu les sé"J.nces des luttes des jeunes gens,
les danses des
guerrières avec les armes,
les danses des jeunes filles sous les yeux
ravis de leurs soupirants,
et enfin les danses obs.ènes des griots
eux-mêmes à le f,r~nde joie de l'enseoble de l'assistance. Dans tüus
les cas, ces danses sont l'occnsinn pour les r,riots batteurs de faire
leur quête auprès des vainqueurs des luttes ou des jeunes danseuses
qui ne se font pas faute de les conbler de .3deaux de toutes sortes.
Les soupirants ùes belles redoublent d'émulation pour contribuer à
leur place. Lee hvlube sont donc l~ pour orner la vie de tous les
jours et lu rendre ln noins ennuyeuse :')ossible. "Comme ce peuple,
écrit Chanbonneau, ici est fort jovio.l et n'engendront (sic) guères
de mélancolie, i l se passe fort peu de soirées en l'année, particuliè-
remant dans les toups de clair rle lune, qu'ils ne dansent et chantent
dans la grand'place de leurs villages ou ils passent quelques fois
toute la nuit ••• Leurs chansons ne sentent que la grandeur, ne conte-
nant que des louanges sur quelques uns et non point sur l'amour ou
yvrognerie comne les N8tres"
(L. M. Chanbonnenu (1673-1677), 1968,
p. 328).
~u plnn officiel, politique et nilitaire, les Awlube jouent
un rôle irrenplaçnble. Le P. Labat décrit la narche des sntigi Sire
Bnwa Laaou, ouverte par la musique des griots qui "avaient de petits
tanbours, quelques tronpettes d'ivoire, de petites timbales qui n'{-
taient que des chnudrons ou satalas de cuivre jaune ••• qui étaient
couverts (l'un gros parchemin" (J. B. Labat (le P.), t
728, t. III,
ch. VII, pp. 2Z.1-2Z.2).
A la suite d'Alvarès d'Alnada,
Chambonneau évoque le rôle
des grrots dans la Guerre:
"S'ils trouvent les ennerJis en cmnpac;ne,
leurs guiriots qui sont leurs ta~bours vont ~armi la meslee, battans
du tambour et les chantans qu'ils sont srands guyuns forts et hardis
comme leurs ancêtres qu'ils ne scavent point s'enfuir de leurs ennemis,
mais les destruire. Ce qui les anime tant qu'ils vont de testes et n
l'étourdie sur l'cnner.1Y,
jusqu'à ln portée ùes sagayes que chacun
jette alors ~e part et d'autre nllencontre de son ennemi fort la ~rnnde
sagunye qu'ils cardent pour l'approche snns oublier leB injures qu'ils
se disent récipro~uenent qui sont les parties honteuses qu'ils nomment

d'eux et de leur p~re et m~re" (L. li. Chambonneau (1673-1677), 1968,
p. 32 5).
C'est précisément parce que les Awlube sont les tenants
les plus farouches de la tradition souvent peu conforme aux prescrip-
tions islamiques que Nasr-al-Din, dans son "jihad" des années 1670,
a demandé aux rois de la Sénégambie de chasser "tous les guiriots,
Baladins et gens de plaisirs autour d'eux"
(L. M. Chambonneau (1673-
1677), 1968, P. 330). Yerim Kode, en se ralliant à Nasr-al-Din, pour
sauver la dynestie des mains des Haures,
"chassa les guiriots d'au-
tour de lui" (L. B. Chambonneau (1673-1677), 1968, p. 341). C'est
sous l'influence des griots qu'au Kajoor, 1ia~aly Faly GMY, se
rétracta après s'~tre converti et avoir adopté le "toubenan" sous la
pression de Njaay SALL. "Mais quelques temps apr~s, dit Chambonneau,
des guiriots retournant aux Vilages ce Nouveau Roy Dhamel, luy chan-
toient touiours aux oreilles qu'il se souvint de quel sang il estoit
de ce qu'avoient fait ses ancestres et tout récemment son fr~re qui
avoit este tue en soutenant son Rang, qu'il estoit trop bien ne pour
s'abaisser aux choses qu'il faisoit à présent. Ils lui chant~rent
tant de fois qu'il commença à apprendre la chanson et faire comme
elle disait, il les reprit en service, ni ne faisait souvent la sala
ny les autres nouveautés de toubenan" (L. M. Chambonneau (1673-1677),
1968, p. 341). Il fut finalement chassé par les Maures et trouva
refuge aU~:ulwol. Hais Tanor Lateoucabe Fall dit plutôt qu'il fut
assassin8 par lesmlibés de Njaay SalI, qui l'avaient surpris entrain
de consommer de l'alcool (Tanor LatBoucabe FALL, 1974, p. 110).
bien
Les eriots chantaient aussi/les vainqueurs dans les ba-
tailles que les morts sur le champ d'honneur. Les morts éta1ent
exposés après la toilette mortuaire et ln pri~re, et les griots fai-
saient alors leurs louanges,
en rappelant leurs hauts faits comme
celui de16Ursanc~tres, et appelant leurs descendants à suivre leur
exemple. Dans les tables généalogiques, ceux qui sont morts dans
les guerres sont mentionnés spécialement,
en m~me temps que le lieu
où ils ont été tués
et le cheval qu'ils montaient ce jour là.
Les griots étaient moralement dans une position inférieure,
m~me ils gagnaient largement leur vie et s'habillaient toujours riche-

348
ment. Ils ne pouvaient se marier en dehors de leur groupe statutaire.
Mais au Fuuta-Tooro,
la ségrégation à leur endroit ne s'appliquait
ni à l'habitat, ni aux repas, ni même aux sépultur~s contrairement
à ce qui se passe en pays wolof ou sereer. A en croire, A. Alvnrè~
d 'AJtl6("'~ , "aucun juif L-griot _7 ne peut entrer chez une personne
qui n'e~t pns juive ~ de même ils ne mangent ni ne boivent dans 10s
mêmes endroits que les autres;
s'ils ont des relatiDus sexuelles
avec une autre personne qui n'est pas de aa classe, ils sont vendus
tous
les deux ou tués. Ces juifs lorsqu'ils meurent ne sont pas
enterrés comme les autres :
on les met dans les creux des arb~es.
r: ':(1 n'y c pes de creux, on les pend eux nrbres
les autres noirs
croient à tort que s'ils les mettent en terre, il ne pleuvra pas et
qu'il n'y nur2. rien de bon cette annf'e là dans le PQY~. Ils les
considèrent comme une classe maudite"
(Alvarès d'Almada, 18~1, ch IV,
p. 22). Ces remarquas sont surtout valables pour les Sereer de la
Petite c8te.
Pour conclure, nous dirons avec Yaye WANE que "le gawlo
d'antan n'ignorait rien d'un passé social gravé pour ainsi dire dans
aa mémoire, cette véritable encyclopédie transmise de père en fils Q
Ce savoir en quelque sorte professionnel ••• permettait au gnwlo de
jadis de prêter Ses services pour divertir ••• "
(Y. WANE, 1969, p_
63). Produit de la cour et de l'aristocratie guerrière dont il trans-
met les idéaux, le gawlo a fini par étendre son exploitation aux
autres classes sociales. L'abondance de leurs revenus jointe à la
crise du travail menuel libre concurrencé par les produits importés
et déprécié par l'intrusion des esclaves dans les arts et métiers,
a eu pour consequence l'agrégation au groupe des Awlube,
des trans-
fuges des autres corps de métiers malgré la dévaluation morale qui
en découle. Lu fur et à mesure que l'on descend les siècles, on
constate une tendance très marquée
à
ln griotisation des autres
Neeftbe.
5.8. Les esclaves jiyaabe ou maccube dans la société fuutanke
Les esclaves constituent un groupe dont le statut est
défini par l'absence de liberté. On les appelle les jir.aabe, ceux
qui sont possédés. Ils sont considérés comme des biens. Ils ont la
possibilité dl exercer n'importe quel mé tier,
sans conséquence pour

349
leur statut. L'exercice de ce métier ne leur permet pas d'atre versés
,.
dans la catégorie des Neefibe, qui sont des hommes libres. A l'origine,
ils exercent le ~étier de tisserands, forgerons et pêcheurs selon
la volonté du mnrtre qui les utilise en fonction de ses besoins.
C'est ainsi qu'au Fuutn-Jnllon, les FuIte font apprendre à leurs
esclaves le métier de forgerons pour se libérer des forgerons de
caste véritables dont on a souvent peur. Pour cela, ils mettent en
apprentissage,
quelques uns de leurs esclaves auprès des forgerons
de caste. Ces forgerons-esclaves suivent leur statut servile et peu-
vent être vendus par leurs martres. Même s ' i l reste attaché à la
famille du mattre, i l lui doit annuellement un certain nom',re d'i.ns-
truments et d'outils. Il vend le surplus à d'autres. Il cultive son
propre champ et i l est indésirable dans le champ ou le parc à bestiaux
du mertre (F. V.
IFAl~-Dakar, Cahier nO 92, 66 feuillets sur le
servage au Fuutn-Jnllon, f. 11). La Beule occasion où le jiyaado
accède à la liberté, c'est lorsqu'il npprend le Coran et le mémorise
en totalité. Mais ce sont l~ des cas tr~s rares. L'esclave suit
toujours le statui de sa mère, alors que les membres des autres
groupes suivent celui de leur père. Le fils d'une esclave devient
esclave du propriétaire de cette dernière,
CODille le veau appartient
au propriétaire de la vache. Le fils d'une esclave et d'un homme
libre reste toujours esclnve si au préalable la aère n'est pas nffrnn-
chie ou rachetée. ~u Fuutn-Tooro, le fils d'un roi et de son esclave
est un homme libre qui a le même statut que les enfants nés de l'union
du roi avec des fennes libres. Le fait d'avoir conçu du roi un enfant,
confère à la femme esclave la liberté.
L'esclnvn~e est une très vieille institution au Sénégal et
au Fuuta-Tooro en ~articulier. Cela est si vrai que les Maures appel-
lent le fleuve 3éné~c.l, la "rivière aux esclaves" (Abdyak). Al
Idrisi, nous dit que "les habitants de Barissa, Silla, Takrur et
Ghana razzient le pays de Lam Lam et y font des captifs qu'ils amè-
nent dans leurs pays pour les vendre aux marchands qui ee rendent
chez eux. Ce sont ces marchands qui font passer les esclaves dans les
autes contrées". Ibn Sa'id confirme que "le souverain (du Takrur)
fait des captifs parui les Lamlam qui habitent la brousse". Dans ses
Muggadima, Ibn llliaidun reprend pratiquement dans les mêmes termes
l'inforuation fournie par Al Idrisi
:
"les gens de Takrur et de Ghana

350
les t.-Lan-Lnffi_7 ro.zzient et y fnnt des co.ptifs qu'ils vendent aux
commerçants. Ceux-ci les transportent au Maghrib, où ils forment ln
masse des esclaves" (67). A en croire ces auteurs, les esclaves,
capturés ailleurs sont vendus à des commerçants arabo-berbères qui
les exportent vers le Hnghrib. Tout se passe comme si ces esclaves
ne font que transiter. En réalité, on peut üisément supposer que
certains sont Ecrdés sur place pour répondre aux besoins locaux de
main d'oeuvre.
Avec le mouvement Alnoravide et plus tard, à partir de 10.
fin du XVIIe siècle, le Fuuta est lui-n~me victime des dér'C'édat-i.,)l1s.
Dans son amid c.l-Qirtas, Ibn Abi Zar
nous dit qu'Abu Bakr ibn OrHê.r
Lamtuni "rnssenbln ensuite une armée considérable et partit razzier
les pays du Oudan, o~ il poursuivit ln guerre sainte jusqu'à la con-
quête de leur pays qui était d'une étendue de trois mois de marche"
(Ibn Abi Zar' : ~nwd al-Qirtas, in Cuoq, 1975, pp. 238-239, § 398).
Ibn Abi Zar' pcs plus qu'Ibn Khaldun, ne parle des esclaves faits
par Abu Baker ibn Onar, priviléŒinnt le concept de "jihad" sur celui
de pillages 3 finnlité mercantile. Le nouvement almoravide, comme
plusieurs siècles plus tard le mouvenent de Nasr-al-Din et celui des
Hormans ont eu pour conséquence l'augoentatinn du flux des esclaves
vers le Nord, ces esclaves étant originaires du Fuuta, du Gajaag;a ou
des pays wolof. Si l'on dispose de certaines données quantitatives
pour ces deux derniers, il n'en est pas de même pour le premier.
Que los esclaves négociés au Fuuta soient des autochtones
ou des allogènes, ln plupart des auteurs senblent d'accord sur l'impor-
tance du conuerce des esclnves. Valentin Fernnndès rapporte que lIdnns
cette rivière (le Sénégal), on échanee l'or mais peu, mais beaucoup
d'esclaves noirs" (Valentim Fernand~s (1506-1510), 1951, p. 7)e
Manuel e Vasconcelos dit que Ille principal objet de leur connerce est
l'ambre gi les esclaves qu'ils capturent dans beaucoup de guerres qui,
pour ln plupart du tenps sont civiles et donestiques" (D. Agostinho
Manuel e Vasconcelos, 1639, in A. Teixeira da Mota, 1971, pp. 35-37).
Diogo GOhES, parlant du fleuve Sénégal écrit que les Chrétiens "échan-
gèrent des QUrchandises uvecceux-ci et ces gens amenèrent beaucoup
de Nègres achetés. Et ainsi, depuis ce tenps là, jusqu'à maintenant,
chaque jour dav~ntace, ils rapportèrent d'innombrables Noirs de cet

351
endroit 1 ce pays est appelé Geloffa" (Diogo GOMES (1~66-1~78), Trad.
Mauny, Monod ~t Duval, 1959, p. 2~)
Si le Fuuta est un lieu de transit pour esclaves venus du
Baut-Fleuve ou de quelques prises dans le pays m~me, il est extr3me-
ment difficile de saisir l'importance quantitative des esclaves dans
la soQ~é fuutanke. Très peu d'auteurs en parlent. Il est difficile
d'admettre les suppositions de Mungo Park, qui pense qu'en Afrique,
il y a trois esclaves pour un homme libre (Mungo-PARK, 1799, t l,
ch XXII, p. 287). S'il en était ainsi, la mémoire collective aurait
conservé le souvenir de révoltes serviles. Dans une série de documents
relatifs à la traité négrière, on note que
dans le royaume du Fuli
(Fuuta-Jallon), "les trois quarts des habitants de ce pays sont escla-
ves. L'esclavage domestique est absolument prédominant dans ce pays
comme dans les villes musulmanes" (British Museum (B.M) Add. 18272.
Fol. 26-27).
Pour ce qui est du Fuuta-Tooro, nous ne partageons par
l'opinion de M. Yaya WANE, selon laquelle, les effectifs des esclaves
"dépassaient m~me ceux de toutes les eutres castes réunies" (Y. WANE,
1969, p. 67). M~me si certaines familles dominantes possédaient
"jusqu'à plusieurs milliers d'esclaves" on oublie facilement que ces
familles sont relativement très réduites en nombre, et que tout le
monde, surtout le menu peuple formé de pasteurs, p~cheurs et agricul-
teurs ne possédait pas d'esclaves. Ils travaillaient pour eux-m3cBs,
avec les membres de leurs familles. Nous n'en voulons pou~ preuve que
les énormes difficultés qu'éprouvent le maj~ure partie des princes
à honorer leurs dettes vis-à-vis des commerçants français. C'est ainsi
qu'en 1725, le roi détr8né Bumusa ne peut vendre que 50 à 55 captifs
à la Compapie des Indes (Col. C6-9-t725 : Mémoire concernant l'éléva-
tion d'un fort en pays des Foules. Fol 1, recto, § 1). Au plus fort
des crises politiques et frumentaires, le nombre d'esclaves traités
au Fuuta Tooro dépasse rarement 600. En 1685, la Compagnie des Indes
n'a pu acheter au Fuuta que 15 captifs, contre 50 en 1686 et 116 en
1687. En 1693, le nombre d'esclaves traités au Fuuta est de 200 (Col
6-2-1693 - Mémoire de Lacourbe sur le co~erce de Guinée (26-3-1693).
Fol 5 et 6».

352
C'est pour tout cela que nous sommes tentés d'inverser les
proportions, en admettant au mieux un esclave pour trois hommes libre.,
en tenant compte du fait que l'acquisition des esclaves est le privi-
lège d'une minorité, celle des aristocrates et des guerriers profes-
sionnels qui gravitent autour d'eux. Le plus clair des esclaves sont
des prises de auerre. C'est pourquoi "les Poules ne viennent jamais
ou rarement vendre leurs captifs". C'est seulement "en cas de guerre
de nation à nation", qu'lion y trouve d'excellents et superbes escla-
ves" (SAUGNIER - 1785, pp. 264 et 281). Il est connu que les Fulbe
s'asservissent rarement les uns les autres. Mais en cas de guerre
de nation à nation, les notables prisonniers sont souvent rachetés.
Les abus des pillages des notables et des Sebbe sont probablement
à l'origine, en partie du moins, du succès du mouvement de Nasr-al-
Din dans les Etats de la Sénéganbie à la fin du XVIIe siècle. Le
moyen le plus courant de faire des esclaves est la guerre •. C'est la
conatatation concordante de nombre d'auteurs : Alvarèa d'Almoda dit
que "les esclaves dont ils disposent et qu'ils vendent ont été cap-
turés dans les guerres ou alors sont le résultat de jugements" (A.
Alvarès d'Almado, 1594, ch IV, p. 21). Selon l-lanuel e Vasconcelos
les esclaves sont capturés au cours des guerres intestines (D.
Agostinho ~il~L e VASCONCELOS, 1639, in A. Teixeira da Mota, 1971,
• pp. 35"'37).· Cl. Jannequin de Rochefort, parlant de la façon de faire
la guerre écrit l "n'étant point poussés par l'ambition de conquérir
les terres de leurs voisins, n'y les obliger à quitter leurs
de-
meures, ils font seulement des incursions, ravagent les pays ennemis,
prennent des captifs ceux qu'ils peuvent attraper" ••• (Cl. Jannequin
de Rochefort, 1643, ch XI, p. 86). Parlant du mftme sujet, L. M.
Chambonneau dit r "il n'y a rien à butiner, à moins qutils ne saent
plus agiles du pied que les fuyards pour les attraper qui en ce cas
deviennent leurs ocptifs, qu'ils nous vendent la plus part" (L .. H.
Chembonneau (1673-1677), 1968, p. 325). Après la débScle du mouvenent
Nssr-al-Din "Hierimkode, Roi de Brœ:, remportait de snn bord de
grands avantages sur le Toubenan, prenant captifs, tuant et pillant
des villages entières et par rencontres attrapoit quelque chose qui
nous estait traitte" (L. M. Chacbonneau (1673-1677), 1968, p. 3~7).
Le Puuta a beaucoup pAti des pillages du Barak, en particulier Fanay
où il prit beaucoup de captifs. Dans sa résistance contre le régine
des Toorobbe, le chef des Deenyankoobe, "fait de fréquentes incur-

353
sione sur les terres des Foules, et vend tous ses captifs aux Maures
voisins qui les conduisent au Sénégal. On en fait toujours l'acquisi-
tion malgré le traité foit avec l'Almamy de n'acheter personne de
sa nation, sens doute parce qu'on cro1t que ce troité n'a lieu que
lorsqu'on se rend dans son pays en convoi, pour monter à Galem"
(SAUGNIER, 1785, PP. 265 et 266).
Saugnier njoute qu'Iton se procure che~ cette notion (Soninke),
beaucoup d'esclaves que les caravanes y conduisent de diverses nations
d'Afrique ••• "(SAUGNIER, 1785, pp. 265 et 266). Donc l'autre occasinn
de se faire des esclaves est d'en acheter sur le marché. Les cours
baissent avec l'abondance de la marchandise à l'occasion des crises
guerrières intestines ou internationales. Comme la plupart des crises
guerrières s'accompagnent de crises économiques sous forme de famines
ou de disettes, le marché est inondé d'esclaves, car certaines familles
pour survivre sont oblig~ de vendre un ou plusieurs de leuœ membres
contre de la nourriture. C'est ce qui ressort de la description de la
désolante situation qui. a pté'valu au Fuuta en 1676 : "Car, écrit-il,
pendant toute l'année 1676, il (le Barak) n'a fait que tuer, prendre
captifs, piller, brus 1er le pays de toubenan et couper les mils en
verd, en sorte que les gens du pays estaient contraints de manger
de l'herbe bouillie, des charo~nes, et bouts de cuir. Ce que j'ay vu
en mon voyage de Foutes, du mois de Juillet 1676, et les familles
entières qui s'offroient à moi pour captifs, pourvu qu'on leur nour-
rist tant ils estaient réduits à l'extr~mité de s'entretuer, les uns
let autres, pour se voler des vivres, je n'en ay pu prendre aucun
que je ne le payasse
à d'aut.es ou au captif même qui donnoit les
marchandises à qui bon lui semblait ••• de manière que si les marchan-
dises ne nous eussent pas manqué, nous en aurions traitte cette année
plus de six cens, puisque les barques en refusoient et moy le premier"
(L. M. Chnmbonneau (1673-1677), 1968, p. 352). Lecourbe, Leuaire,
Barbot disent la m~rne chose avec plus ou moins d'exagérations (John
Barbot, 1732, p. 47 ; J.-J. Lemaire, 1695, p. 82 ; F. J. Lacourbe,
1693, voir note ~46). Barbot en a refusé parce qu'il ne pouvait pas
trouver suffisBnnent de vivres pour les nourrir, tant était atroce
la famine dans ce pays. Les famines causées par les invasions acri-
diennes ont les m@mes effets.

35~
En tenps de paix, faute de pouvoir honorer ses engagements,
les rois peuvent autoriser à leurs créanciers de piller certains vil-
lages qui sont réputés rebelles et prendre des captifs jusqu'à con-
currence de 10 dette contractée (Valentin FERNANDES (1506-1510),
1951, p. 21). Selon le P. Labat, tous les grands seigne·. 8 qui joi-
gnent leurs troupes à celles du satigi "quand ils sont commandés et
pour les dédODu~ger/à~~enses qu'ils sont obligés de faire, ils ont
le droit de pillaGe dons leur pays n~me, c'est-à-dire qu'ils peuvent
foire des captifs nègres qu'ils rencontrent sur leurs routes, droit
dont le Roy n~ne ne jouit que dans des cas de criees, ou quand quel-
qu'un est accusé d'~tre sorcier, c'est-à-dire, selon 10 prcpriété
de leur langue d'~tre ecpoisonneur" (J. B. Labat (le P.), 1728, t.
III, p. 196).
Le droit de pillage des princes n'est volable que lorsqu'il
y a rebellion ouverte de telle ou telle localité contre l'autorité
du Roy ou du chef de province. Le pillage ne peut se faire qu'avec
l'autorisation du roi. Ce qui est sdr, c'est que les chefs de guerre
sont les propriétaires des prises qu'ils ont faites, personnellenent
au cours des engageoents. Une portie ou demeurant revenant toujours
au roi.
Les prévenus de droit COUDun (adultère, homicide, sorcelle-
rie), condannés à :~ort, peuvent voir leur peine commuée en vente
comme esclaves. A en croire, Alvarès d'Aloada, il existe une sorte
d'esclavage qui cousiste à foire travailler pour une durée indétermi-
née les condannés pour sorcellerie : "on les vend sur toute une géné-
ration et olme jusqu'à la quatrième générati~"(A. Alvorès d'Almade,
1G~~, ch IV, P. 21). Cele suppose une libération à terme, ce qui a
mrement lieu.
Certains sont également 8Bgervis pour dettes. Contrairement
à ce qui pouvait se passer en Afrique Controle, nous ne pensons pas
qu'il y oit eu en Sénégambie et ou Fuuta-Tooro en particulier asser-
vissement par jeu. On peut lire dans un document inédit du British
Museue ceci : "There are others who ore ~ade slaves in consequence
of gaming to which they ore very much addicted. They take themselves
fixt a leg, th en an arm, and last by the hend which they reckon and

355
equol to 011 the rest ; and when they hnve lost thnt, they surrender
theoselves for slaves" (British Mueeun (B.H) ll.dd. 18272. Documents
relatifs à la traite négrière. Fol. 26-27).
Les esclaves sont utilisés diversement. Il s'agit ici, de
l'esclavage donestique. Alvise da Mosta nous dit que le roi du Jolof
"se naintient encore de pillage qu'il feit de plusieurs esclaves sur
le pays, conne sur ses voisins, desquels il se sert en plusieurs
manières, et surtout ~ faire cultiver ses possessions" (il. da HOSTO,
p. 379). Les épouses du roi disséminées dans le royaume possèdent
aussi une importante domesticité servile qui cultive leurs ~omaines
ce qui leur pernet de recevoir convenablement le roi à l'occasion de
ses passages dnns les régions. Valentin Fernandès reprend l'inforBation
en écrivant que "le seigneur est toujours dans la cour et dans chacune
de ses fernes, il 3 une fenme, ses enfants et les esclaves qui les
servent. Les esclaves de ce pays travaillent et gagnent pour leur
seigneur pendant six jours et le septième L-ils gagnent 7 de quoi vivre
pendant six jours"{Valentio FERNANDES (1506-1510), 1951, p. 11).
S'il est vrai que l'esclave cultive un lopin de terre qui lui est
propre, il n'en reste pas nains qu'il est plut6t nourri et m~me v~tu
par son martre coune Bonble l'indiquer ce passage de Mungo Park
"They claim no re\\;,nrd for their services, except food and cloathing"
(Mungo-PARK, 1799, t 1, ch XXII, p. 287).
En réalité, 10 majeure partie des esclaves constituait la
domesticité des Dartres pour lesquels olle cultivait la terre pour
les agriculteurs, ~ardait les troupeaux, réparait la c16ture des nai-
sons ou les toits des cases. Les esclaves étaient théoriquenent sous
l'autorité ùiscr6tionnaire du nartre qui avait tous les droits, sauf
celui de les tuer. Contre les corvéos
qu'ils effectuaient au profit
du martre, ils nvnient gtte et couvert. Certains étaient tr~s attachés
~ la famille, cn particulier ceux qui étaient nés dans la maison. Ils
étaient privilosiés par rapport à ceux qui étaient importés, achetés
sur le marché ou pris sur les champs èe bataille.
Ces esclaves domestiques travaillaient aussi pour leur propre
compte. C'est ainsi que pendant la saison des cultures, ils travail-
laient le mercredi et jeudi pour eux-n~Des sur les lopins de terre que

356
leurs donnaient les nartres. En outre, lèS samedi, dimanche, lundi
et ~ardi, ils travaillaient aussi sur leurs propres champs avant et
après les horaires ~e travail dûs aux nattres ; c'est-à-dire avant
9 heures et après 15 heures. Tout le produit de ces champs particuliers
leur appartenait en ~ropre. Ils pouvaient avec cela prendre une ou
plusieurs feones, acheter des boeufs, des l'1outon~ ou des chèvres.
Que d'esclaves sont ainsi devenus plus prospères que leurs naîtres
Certains ~eviennent riches au point de racheter leur liberté. D'autres
préfèrent conserver leur situation malgré leur richesse; certains
vont n~ne jusqu't'. c.cheter des esclaves à leur tour. Il existe donc
une catéGorie ù'esclaves des esclaves. Si l'esclave meurt, tout son
bien revient à son nartre. Les esclaves, contrairement aux hommes
libres, peuvent exercer tous les métiers.
Les esclaves des artisans peuvent, tout naturellem€nt,
exercer les nétiers de tisserands, de forgerons parfois, de ccrdon-
niers, et n~ne de bûcherons. Aucun métier n'est dérogeant pour escla-
ves ce qui n'est pas le cas pour les honnes libres. Lorsqu'un esclave
apprend le Onran, au point de teruiner le livre, il est affranchi
ipso-facto. C'est la raison pour laquelle les marabouts n'anènent
pas à l'école c.oraniquo leurs esclaves. Dons bien des cos, l 'a~crois­
sement ùu nonbre G'esclaves a pernis à certains mattres de s'affran-
chir du service des artisans. Cela a été à l'origine du sous-enploi
des artisans, de leur chanage partiel et de la perte de prestige qu'ils
pouvaient avoir et avaient effectivenent dons la société.
Il faut noter que la traite négrière a accru le nombre
d'esclaves au point qu'on rencontre parfois, surtout au Kajoor et nu
Baawol, et subsidiaire~lent au Siin et au Fuuta des villages entiers
d'esclaves. Ces esclaves vivant dans le "Gallu", se livraient tout
entier aux travaux ruraux (~lliaye GUEYE - L'Esclavage en Afrique) voire
à l'artisanat au profit des maîtres. Dans le pays peul, les grands
propriétaires de troupeaux faisaient vivre leurs esclaves hors du
village ou "snare", dans des ar;glomérntions spéciales ou "wuroo,ii"
ils avaient pour t~che non seulenent ùe garder les troupeaux, mais
aussi de cultiver pour les martres. Les nnrtres ne connaissent de
leurs troupenux que le lait, le l)eurre et ln viande parfois. Au Fuuta
1
Tooro, ces escl~ves des villages, après leur énancipation, ont conservé

357
le nom de Gallnnkoobe. Mais la pratique de l'esclavage à grande échel-
le, surtout dans les Etats côtiers, se mnnifeste sous la forme d'es··
claves de la couronne, vivant regroupés ùnns les "gollu" .. Ils sont
dirigés par leurs chefs ohoisis par les princes et portant le titre
de farbn. Les noins privilégiés sont cles ac,riculteurs, exerçant en
outre tous les métiers artisanaux; mois d'autres sont employés
comme auxiliaires de l'administration, chargés d'appliquer dans les
provinces les d8cisions du roi, généralement aux dépens des corps
intermédiaires, représentants légitimes des hommes libres. Latsouca)é
Ngoné a largement utilisé les esclaves de la couronne pour combatt=e
et ruiner les outres familles garmi non
Geej, nommant des Gouverneurs
de provinces ou kongam parmi ses esclaves qui n'avaient de com;te à
rendre qu'à lui seul. Ces esclaves de la couronne fournissaient éGa-
lement un corps de soldats d'élite sur lesquels le dammel ou le tee~
pouvait toujoIUs compter. Le grand farba était, au Kojoor-Baa~01,
comme nu Siin, le chef de ces soldnts dévoués "périnde ac codaver"
au prince. Ces soudnrds redoutables pouvaient tenir en respect l'arL'1ée
des
GellelJa:::' nu 3iin ou des Njambur ceddo ou Kajoor. Il faut dire
que cette institution d'esclaves de 10 couronne n'a jamnis connu un
grand développe~ent dens les pays de l'intérieur. Là où ils existaient,
ils participaient parfois à ce que le Baron Roger appelle les "vole-
ries des princes" aux dépens des homnes libres.
Tout compte fnit, le nombre d'esclaves 0 toujours été infé-
rieur au nom1)re ùes hommes libres qui ne pouvai ent compter que sur
10 main Q'oeuvre familiale pour mettre en voleur leurs terres. L'es-
clavage et le pratique ùe le trAite
a déprécié considérablement le
statut servile. L'esclave est devenu monnaie courante dans les échan-
ges, utilisé pour obtenir des chevaux et d'autres marchandises. Selon
Duarte Pacheco Pereira dans "le roynwne de Tucurol", "ou échange
six ou sept esclaves pOl1r un cheval c1e peu de valeur ••• " (Duarte
Pacheco-PEREIRL, ~smeraldo de situ Orbis (1505-1508) traductinn R.
MAUNY, ch. 27, ~. 53). Les meilleurs chevaux peuvent ~tre échangés
contre douze à quinze esclaves. Les esclaves rentraient également
dans la constitution ùes dotations matrimoniales. Une femmenDble pou-
vait ~tre dotée ùe 1 à 10 esclaves, selon la fortune du mari. Dans ce
nombre, il y ù toujours des femmes, en particulier des jeunes-filles.
Tous les enfants qui naissent de ces esclaves appartiennent en pro~re

358
à cette femme. Ln plupart des grands propriétaires d'esclaves doivent
de l'atre ~r~ce au nombre de femmes dans leur capital primitif.
C'est parce qu'au Fuuta-Tooro, les esclaves sont un capital
précieux qui sont Généralement bien traités. Cela est surtout vrai
pour les esclaves nés dans la maison et qui,
de ce fait,
font partiG
intégrante de ln famille. Mungo-Park note que les esclaves en Afrique
de l'Ouest sont traités avec douceur oU sévérité, selon les bonnes
ou mauvaises dispositions de leurs martres. "Custon however has esta-
blished certain rules with regard ta the treatment of slaves, which
is thought èishonorable ta violate. Thus the domestic slaves or such
as are born in Q oen's awn house, are treated with more lenity than
those which are Durchased with money. The autarity of master over the
domestic slave, as l
have elsewhere observed,
extends only to reasona-
ble correctinn ~ for the master cannat sell his àomestic without
having first brought him ta public trial, bafore the chiefman of the
place" (Mungo PARK, 1799, t
I, ch XXII, p. 287). M~me dans les pays
qui s'étendent du Congo à l'Angola, on remarque les m~mes attitudes
vis-à-vis des esclaves. "Les 3/4 des habitants de ces pays sont en
état d'esclavage, ;~ais leurs martres ne les vendent jamais aux Euro-
péens, souf s'ils commettent des criees ~ à notre connaissance, ils
ne vendent pas plus entre eux s'ils ne sont pas coupables de crimes.
Aucune de ces nations ne faisait des esclaves pour les vendre; mais
les chefs sont considérés plus ou moins importants selon le nonbre
d'esclaves qu'ils ~ossèdent" (B. M. Add. 18.272 - Du pays qui s'étend
du Congo à l'Lngola f. 25. Ce texte date des années 1780). Dans le
Voyage au Galan de Saugnier on peut lire le passage suivant : "les
esclaves de tapa~es par héritage ne sont esclaves que de nom; leurs
martres ne peuvent les vendre sans se deshonorer,
suivant les coutul1es
reçues dans le poys, à moins qu'ils ne soient reconnus pour mauvais
sujets, on qu'ils n'aient commis quelque crime. Elevés avec les natu-
~, on les considère comme habitants, ils font corps dans la colo-
nie: ils y ont leurs amis,
leurs parents, qui
tous deviendraient des
ennemis irréconciliables de ceux qui voudraient les vendre. Mais
lorsque pour cause de crime, on les met en vente, les habitants les
achètent aussitôt. Les esclaves arrivant de Golaw, pour ~tre commer-
cialisables ne doivent pas ~tre mnriés à des négresses de tnpades,
car dans ces conditions, ils ne peuvent ~tre vendus que pnr leurs

359
mattres" (SAUGNIER, 1785, p. 270).
Tout celn concerne les esclaves de la colonie de Saint-
Louis où les occGsinns de vendre les esclaves à des négriers ne man-
quent pas. Ce qui est vrai pour Saint-Louis l'est encore davantage
pour l'int6rieur o~ l'esclave est int~gré dans le syst~me de produc-
tion économique et dons le tissu de la famille élargie. En Pulaar,
on appelle les esclaves, le koreeji, c'est-à-dire, les parents, les
alliés. La possession des esclaves est source de puissance économique
et de prestige social. Les esclaves d'une famille donc ln mancipia
peuvent vivre dans ln concession ou à l'extérieur. Ils peuvent former
un quartier dans le village. Les crimes, les faiblesses des esclaves
sont généralement considérés avec mansuétude, ce qui est le Bupr~ne
déshonneur pour l'hol~e libre, ne l'eat pas forcément pour l'esclave.
En conclusion notre période (XVI-XVIIIe si~cle) correspond
à l'apogée de la traite négrière, mais aussi à la consolidation de
l'esclavage cornae institution sociale ~ajeure dans les sociétés séné-
gambiennes en général, et dans ln sociét~ fuutanke en particulier.
L'esclavage va Dodifier profondément la société, l'économie, voire
l'équilibre politique dans la région.
L'esclavage il est vrai, est une vieille institution au
Sénégal. A l'origine, il avait une fonction purement économique. Les
esclaves utilisés surtout, comme main d'oeuvre agricole par les grands,
travaillaient dans les domaines de leurs martres. Ils étaient généra-
lement achetés sur le marché. Ils provenaient du Haut-Sénégal-Niger,
en particulier des pays Bambara. Ils étaient apportés par les jula
malinke ou soninke, en m~oe temps que l'or et les étoffes teintes.
Ils les échangeaient contre du mil, mais surtout contre les bestiaux
et des chevaux. Les hommes libres de la région ne peuvent être asser-
vis qu'en ces de crimes graves, comme le meurtre, le flagrant délit
d'adultère ou parfois pour insolvabilité. De préférence, ces esclaves
autochtones étaient vendus à l'extérieur. Il existait aussi des gens
qui se donnaient volontairement comme esclaves à d'autres contre
protection, nourriture, etc.
L'institution a encouragé de plus en plus la paresse sociale,

360
elle a poussé les hommes à acheter des armes à n'importe quel prix.
Ces armes servent noins à se défendre contre les agressions extéripu-
res, qui du reste se multiplient, qu'à attaquer des innocents et à
les asservir. Il va ùe soi que le déséquilibre social s'en est trouvé
accentué, car ceux qui étaient chargés de défendre et de proté~er les
populations sont devenus leurs principaux oppresseurs. La population
a diminué considérablement. En outre, le trnvnil manuel a été de plus
en plus déprécié ; il est devenu de plus en plus avilissant danp ln
mentalité populaire et collective, parce qu'il tend à être réservé
aux esclaves.
Le concurrence du commerce atlantique a desservi le groupe
des artisans qui deviennent de plus en plus dépendant p
parce qu'ils
ne sont plus indispensalbles à la survie des activités sociales créa-
trices, Les artisans comme les autres catégorie s de la populatio.n,
recherchent des esclaves; d'autres préfèrent devenir courtisans et
flagorneurs des gouvernants que d'exercer une profession devenue sans
prestige.
L'esclavage a de mille manières aggravé le déséquilibre
social en faisant entrer le mépris dans les rapports entre les indivi-
dus et les groupes sociaux, en faisant de l'agrEssion et de la vi"len~e
des vertus cardinales, alors qu'elles devraient ~tre proscrites dans
toutes les sociGtés policéés.
La société fuutanke est considérée corone une des plus con-
servatrices de ln Sénégambie, Le cloisonnement socio-professionnel
est très marqué. L l'origine de cette société, il y avait les Sebbe
et les Fulbe, Du preuier groupe sont sortis les Subalbe. Les néces-
sités de la division du travail pour une exploitatinn rationnelle et
équilibrée de l'espace a engendré les catégories socio-prcfesBionnelles
minoritaires, les artisans vivant des comnandes des agriculteurs,
pasteurs et p~cheurs. Ces artisans constituent un ensemble où les
relations matrinoniales sont fréquentes à l'exception des artisans
des métaux. A ces groupes les progrès de l'Islam ont ajouté celui des
Toorobbe, forné des apports des diverses catégories socio-profession-
nelles. Groupe ouvert au début, il a fini par se fermer lorsque les
Seerembe ont conquis le pouvoir sur les Lawakoobe Fulbe. D'une façon

361
générale, aucune catégorie socio-professionnelle, quelque soit son
poids politique, n'est homogène au point de vue ethnique, comme le
montre l'analyse anthroponymique. La période Jaogo correspond à la
dominnticn des çrtisans des métaux, qui ont été marginalisés avec
l'arrivée au pouvoir des Fulbe d'abord, des Toorob~e ensuite qui
imposent leur idéolcgie aux autres groupes sociaux. Le prestige de
l'Islam a été à l'origine de l'accroissement extraordinaire du groupe
des ToorolJbe. Dans nucun cas, le non ne définit le statut, la plupart
des noms se retrouvant dans tous les groupes statutaires. Ainsi des
noms typiquement peul se retrouvent dans les groupes des artisans,
des Sebbe, des ~oorobbe et m~me des esclaves. Ce sont les titres qui
précèdent le nom qui permettent de définir le statut et la fonction
d'un homne dans le corps social. La profondeur du métissage montre
que cette société n'est pas aussi statique qu'ellen'apparatt de
prime abord. Un des facteurs de freinago de l'évolution normale est
l'intrusion massive de l'esclavage dans la société. Le travail servile,
utilisé dans tous les métiers, finit par dévaloris~le travail manuel.
Il n'y a que l'agriculture qui échappe à cette dépréciation, encore
que le teroe "rema naama" (celui qui cultive pour se nourrir) a une
connotation péjorative.

362
D. LA PRODUCTION ET LES ECHANGES
AUX XVIe ET XVIIe SIECLE
Lu stabilité politique que connaft le Fuuta et l'hégémonie
de fait exercée par le Grand Pullo depuis le règne de Koli jusqu'à
celui de Sawn Lnamu ont d~ avoir un effet bénéfique sur l'éQonomie
génirale. Nous disposons cependnnt de très peu d'indications pour
traiter de l'éconoI~ie du Fuuta. La paix relative et la sécurité ont
d~ favoriser la croissance dé~ographique. C'est cette croissance
démographique et le potentiel militaire qu'elle engendre qui explique
au moins en partie l'hégémonie du Grand Pullo. L'existence des cul-,
tures du jceri ct du waalo permettent de fortes densités surtout dans
le jeejegol.
L'économie traditionnelle reste essentiellement une économie
d'autosubsistance. Mais les deux récoltes du jeeri et du wanlo offrent
une relative sécurité alimentaire et font du Fuuta le principal four-
nisseur en mil des pays voisins, principalement le Waalo, le pays
maure et le Jolof. Nous savons par ~l Bakri (in Cuoq, 1975, p. 96)
que les habitants de Sille faisaient déjà au XIe siècle le commerce
du mil. La demande en mil s'est accrue avec l'installation des Euro-
péens à Snint-Loui9 et le développement de la traite négrière à partir
du XVIIe siècle. Ln ~roduction du aros et du petit mil ajoutée à celle
des aebbe, des pûtates douces, des citrouilles, et des oignons, assure
un équilibre alimentaire. Nous n'avons pas rencontré dans les textes
l'existence du nafs, nais les cultures du cotnn, de l'indigo, et du
tabac sont attestées, et visent aussi à l'autosuffisance. L'élevage
joue un rôle considérable pour 13 production du lait
et du beurre.
Tous les témoienaces concordent pour donner à l'élevage bovin une
place prioordiale. Baltasar Barreiro dit que le commerce porte essen-
tiellement sur les vaches "car ils en possèdent une grande quantité,
et sont éleveurs de ce bétail coume de tout autre" (Baltasar Barreiro,
in BIFAN, 1972, Bi p. 30). Dans ce qui précède, nous avons tenté
d'évaluer l'importance du cheptel à partir des peaux commerciolisées
à la fin du XVIIe siècle.
A cat6 de l'élevage, la pêche et ln chasse fournissent les

protéines indispensables à l'équilibre alimentaire, car les rivières
sont poissonneuses et le gibier abondant.
L'artisanat vise également à l'autosuffisance comme les
autres secteurs de la vie économique. Jusqu'à la fin du XVIe siècle
et au XVIIe siècle, le Fuuta semble se suffire en fer. Mais l'équilibre
est rompu à cause de la concurrence victorieuse des produits importés
qui a entrotné 10 crise des activités artisanales.
La Gronde nouveauté dnns l'économie du Fuuta, comme de l'A-
frique c'est l'impact considérable de ce commerce atlantique sur 10
vie économique et sociale. Il s'agit essentiellement d'un commerce de
troc, d'échanges de produits qui crée ses propres unités de compte.
Point n'est besoin de remonter aux origines de ce commerce qui résulte
principnlemcnt de la découverte du nouveau monde et de son exploita-
tion par les Européens.
1. Les produito ~e l'agricv-~.re et de la cueillette
1.1. Le mil
Le mil aussi occupe une place importante dans le commerce du
Fuuta qui est le grenier des pays voisins en particulier des Maures
du Nord et des connerçants de Saint-Louis. Les deux récoltes annuelles
permettent, en onnae normale, de dégager des surplus commercialiaables.
Comme nous l'avons vu, il est à la base de l'alimentation des indigènes.
Les comnerçants de Saint-Louis en achetaient en grande quantité pour
la nourriture des habitants indig~nes, mois surtout pour celle des
captifs en instance d'embarquenent. Les bateaux négriers en faisaient
d'importantes provisions pour la traversée de l'Atlantique. En cas de
crise de subsistance et de rupture de stock des produits alimentaires
européens, les comoerçants,grands comme petits,se mettent au mil et
au couscous. Lacourbe note : "il y a aussi beaucoup de millet à bon
marché dont on peut fournir les autres départements où il y a diset-
te" {c6 -2-1693. Mémoire de Lacourbe sur le commerce de Guinée (26-3-
1693) fol. 6 vo). Le Waalo dont les terres salées sont ingrates se
ravitaille en mil au Fuuta en donnant en échange du sel. Selon les
saisons, le chanGe est plus oU moins favorable ou sel : haade-handa,
barjo. diddi ou tûti (parité, 1 1/2, 2 ou 3 c/l). En 1716, une barrique
de sel peut ~tre échangée contre q à 5 barriques de mil au Galam. Mais
en cas de disette, ln situation est généralement inversée (c6 -5- 1716

364
Instruction pour r:. J. B. Colk>, Connanclnnt et Directeur pûrticulie r
du Galmn).
Ji
la fin du mois de juin 1674, Desmuchins pilla une impor-
tante quantité de mil sur un groupe de 500 maurns à AlI ahou Akbar.
Entre le début du mois de juillet et la mi-aol1t, il entreprit une
nouvelle campagne de pillage sur les villages de Fanay, Diri, Hoore-
fowru, Canga'. Lais tout cela fut entièrement consommé dès le mois
de décembre 1674. Il a fallu entreprendre une nouvelle campagne
lI pour
traiter du mil après que l'on se seroit accordé de paix dit
Chambonneau, du moins avec les villages du pays Toubenan plus proche
de l'habitation". (Chambonneau, 1968, p. 347). Grâce à l'accord'
ù ',/limaan Fanay, il fut tra! té une barque de mil qui arriva le 15
février 1675. En mars 1675, deux étaient à nouveau envoyées pour
acheter du mil, welgré la guerre quifaisai}age partout au Fuutn. En
mai 1675, quatre barques et un certain nombre de chaloupes ont été
envoyées au Fuutc
et,malgré la guerre, il fut traité du mil en
abondance ou Terrier Rouge, à Fanay, dans la rivière à Morphil à
Lametaure (Loam-Tooro, c'est-à-dire Gede), à Njum, à Sobal. Entre
le 12 décembre 1675 et le 10 mars 1676, Chambonneau fut envoyé à
Bieurk où il ~ut traiter abondamment de mil, dont l'habitation avait
le plus grand besoin "pour la grande qU3ntité de captifs que nous
traitions tous les jours" (Chambonnenu, 1968, p. 351). Lacourbe
rapporte qu'à Quedo, village du Fuutn, situé sur le marigot qui mène
au lac Cayor , "il arriva plus de 500 marchands tant nègres que
maures qui apportent du mil et des fèves dans des touIons, ou peaux
de boeufs surœs chevaux, des asnes, et sur des boeufs, en sorte
que tout le rivage des deux c8tés était couvert d'hommes, et d'ani-
maux" è- La cargai So n
de 20 tonneaux ne revenait pas à cent francs ;
nous renvoyBmes plus de 500 personnes sons traiter parce qu'il n.'y
avait plus de place". (B. N. Ponds Français nO 24. 221, f.l ~5 RO).
L'une des rares indications statistiques que nous avons, nous est
fournie par PluQct qui, dons une lettre du 26 janvier 1726, évalue
la consommation annuelle du Sénégal à 600 et 700 barriques de nil.
Les captifs consoaoent 2 livres de fèves (ou nebbe) par jour (C6-29-
1726 - Lettre de ?lunet aux Directeurs de la-Compagnie du 26-1-1726,
fol 10. nO 25, 26 et 27). En 1754, on estime que 700 captifs peuvent
consommer en une (mnée
137.500 livres de mil, ce qui oome 128

365
pièces
de toilo de guinée noire". (F3 62. Code historique'. Mémoire
sur la Concession eénérale du Sénéga~). Le co~t du mil varie suivant
les Boisons. En l'h~riode d'abondance, il s'effondre. En cas de disette,
les prix peuvent nultiplier par 10. Nous aurons l'occasion d'y revenir
en étudiant la crise du XVIIIe siècle.
1.2. La cire
Ln cire est beaucoup plus abondante en raisnn de l'abondance
des abeilles dans la forêt galerie qui n'était pas aussi dégradée
qu'elle le sern par la suite. On peut juger de l'importance de ces
A
for~ts par l'incendie volontaire alluné par Adanson près de Nanga-
Njum qui br~lait encore huit jours nprès son départ, et qui avait
découvert plusieurs lieues du pays". Voici ce que dit Adanson à propos
des abeilles: "tous les jours vers midi, j'étais sftr d'~tre assailli
par un, deux et quelquefois plusieurs essaims d'abeilles qui venaient
se rendre dans ln chnnbre du bateau, attirés peut-~tre par l'odeur
pénétrante et résineuse du goudron: elles m'obligeaient de quitter
le bateau, et de chercher à terre la tranquillité. La marne chose
m'arriva à Podor en novembre, et en décembre (1749). Il Y n apparence
que c'est pendant ces trois mois que les essaims sortent des vieilles
ruches pour en foraer de nouvelles : on en trouve assez souvent des
monceaux considérables" (Adanson, 1757, p. 82). L'agriculture est
essentielle dans les activités des pays dans la mesure où le miel
tenait lieu de sucre. Le miel liquide de couleur brune, était "infini-
ment supérieur pour la délicatesse
et le goo.t au meilleur qu'on ren-
contre dans les provinces méridionales de France" (Adonson, 1757,
p. 83). La cire était ochetée pur les commerçants européen~ en raison
de l'importance de la marge bénéficiaire qu~ selon P. van Den Broecke,
approchait de 24C %à Amsterdam en 1606-1609. Elle était achetée à
23 florins le quintal et vendue entre 76,8 et 80, 4 florins le quintal
(G. Thilmans et N., l. de Moraes, BIFAN, t. 39, B3 pp. 476-477). En
1700, 10 cire étni t achetée à 16 barres, les 1'00 livres, ce qui cor-
respondoit ûu prix d'une once d'or (c6-29-1700 A. Brue à Thomas
CORKER). Hais nous n'avons pas de données quantitatives concernnnt
le cQmmerce de 10 cire dans le Fuuta, sauf pour 1693 où, dans la car-
"aison du navire l 'j"nne, cocu:landé par le capitaine Jan Lech, il y
avait 63 pains de cire de ~ livres, à 16 barres les cents.

366
Un autre produit comm~rciolisé dans le Fuuta, c'est la
gomme essentielleoent contr81éo par les Maures Trarza et Brakna. Les
principales escales de traite sont le D.ésert (Rosso), le Coq, le
Terrier RouGe, et Donnc.y.Chambonneau note, pour l'année 1698, 300
quintaux oores de gonDe arabique cOlliJ.ercialisés. En 1693, Lacourbe
d.it q'Q'on "nchepte par ailleurs deux oille qu1ntnux (2.000) de gonne
arabique qui ne reviennent pns à plus de 3 livres le quintnl, et se
vendent en Frcncc à 20 livres ••• " (B N, FF 9339 f. 69, YO_ Mémoire
de Lacourbe du 21-3-1693). En 1769, la consooQation annuelle en
Europe en Gomoe cnt évaluée à 1.000 .GOO de livres. Or, la Holland~,
certnine année, connercialise 800 à 900.000 livres, si biQIl que "sur
les 3.000.000 de livres dont ln Compagnie est saisie, levant 1.000.000
pour la consornÀation de 1719, il n'en restera que 2.000.000. C'est
pour ln consomnntion de 2 années "Mais en 1719, la disette étai t telle
"que les Haures et les Nègres mangeoient de la gomme qui est pour eux
une assez bonne nourriture" (c6 .5-1719 - Mémoire pour la Conpaenie
Royale du SénéGal f.5.) L'escale du Désert est dominée par les Oulou
El Hadj, tnndis que les Brakno viennent vendre leur gomme à Terrier
Rouge sur le territoize du Satigi (B. N. FF. 9339 f. 84 et 87 RO).
Nous n'avons rencontré nulle port la cueillette et 10 commercialisation
du fruit du gonnkie (Acccio Adansonii) utilisé comme tanin. Cependant
l'importance des forêts de gonakie permet de penser qu'on en consommait
pour
une gronde quantité. linis/la conservation des cuirs verts, les Euro-
péens uti lisaient surtout le sel.
2. LES PRODUITS DE L'ELEVAGE ET DE LA CFJ<SSE
2.1. Les peaux
Ce sent les cuirs et les peaux qui constituent un des élé-
ments les plus inportnnts du com~rce du Fuutn. C'est en tout cas le
produit qui est le plus cité par les sources européennes, en raison de
l'importance du cheptel bovin. Baltasar Barreiro nous dit que la
Petite ceta exporte 40.000 cuirs par an. P. Yan Dan Broecke signnle
qu'en 1606, les navires français dos capitaines Thomas Rossel, et
Barbauw ~vaient déchargé 16.000 peaux, En 1670, le vice-amiral d'Es-
trées offirrJe que dans la région située entra le Sénégal et 10 Gambie
on ne peut "troiter que de cuire, de quelque peu d'esclaves et de

367
pagnes" (G. Thilnnns et N. 1. de Hornes, 1977, BIFAN, T. 39, Bl
p. 62). En 1688, Chambonneau dit que le traite annuelle est de l'ordre
de 10.000 cuirs dans la rivière du SénéBol (C6.1.1688 Rapport de
Chnmbonneau nu l-~arquis de Signelay f. 1). Troie ans ouparaT6nt/.e~J6\\rrbe
on ne traitntplus dans le Fleuve que 12.000 cuirs, alors
qu'''autrefois on traitait dans cette rivière 25 à 30.000 peaux"
(Lacourbe (1685), in Cultru, 1913, p. 132). Il met l'effondrement
de ce coo~erce au coepte des "grandes guerres"
ruineuses que les
Nègres ont eu à soutenir contre les Maures. Il pense cependant que les
mesures prisen pour reconstituer le cheptel permettra d'8ccror~re la
production des ~eeux à l'avenir. En effet, entre 1685 et 1693, le
nombre des cuirfJ traité est passé de 12.000 à 1/i,OOO et 1.5.000".
Comme les Nècres sont présentement en poix, remarque-t-il, et que
leurs troupeaux augmentent, on en pourra traitter dons peu jusqu'à
18 à 20.000 par nn" (C6. 2 1693. Mémoire Lacourbe sur le commerce de
Guinée (26-3-1693), f. 5 vo). Les profits sont considérables. Au début
du siècle le cours s'6t~b11ost1~ ~ un~
barre pour une ou deux
peaux au Cap-Vert, soit en moyenne, 1,6 florins par peau. Le prix de
vente à Amsterdam était de 3 à 3,25 florins par peau, soit un
bén6-
fice brut de l'ordre de 87 % (P. Van den Broecke, ibid, pp.
~76-77).
A la fin du siècle la peau est acquise sur le fleuve Sénégal à 5
sols, et vendue en Fronce à 3 livres 5 sols. Notons qu'en 1679 Ducasse
laisse entendre aux termes de son faoeu% traité qu'il a réussi à
faire ad~ettre aux noir3 du Kajoor, et du BOClvol,l. cours de six cuirs
pour une barre.
Le quanti~6 extraordinaire de cuirs que l'on traite dans le
fleuve Sf:négal (François de Paris, 1682-83) était constituée'princi-
paIement en penu~ ùe boeufs, taureaux
et vaches ; qui toutes, en
prévention des vers, sont d'abord trempées dnns l'eau salée et ensuite
séchées à nouveau" (G. Thilmons BI:FAN, t. 33 B3, 1971, p. 538). "c~
sont les fenmes, dit Chambonneau, qui font tout le commerce du Séné~al.
Elles ont plusieurs captives qu'elles envoyaient bien loin dans les
terres pour acheter des cuirs qu'elles apportent de plus de 15 lieues
sur leurs testes ou sur leurs asnes ; olles les achètent à vil prix ;
et en ayant ramasse un nombre considérable elles apportent à l'habi-
tation dans des c~nots" (B. N. Fonds François, nO 2~-221. Premier

368
voyage du Sieur Lncourbe fait à Coste d'Afrique en 1685 f. 12 vo).
2.2. L'ivoire
L'ivoire était si abondant ùans la région du Fuuta que l'île
formée par le Sénégal et le Due a reçu le nom d'Ile à Morphil. Nous
avons dans Ac1anson une description d'un troupea.u d'éléphants qui
descenc1nient boire dans le fleuve en face de Podor. L'ivoire uouvait
~tre ramassé, mais le plus souvent il résultait de la chasse à ce
pachyderoe particulièrement dévastateur pour les cultures. On n'en
consommait ordinairement pas la viande, oais les défenses étaient
vendues. Ce sont Bonéraleoent les Lawbe qui les chassaient. Mais
l'ivoire du Fuuta était concurrencé par celui de Gambie et de Casa-
mance. Les chasseurs lawbe se déplaçaient d'une région à l'autre en
raison de la fluctuation des prix.
En 1693, selon Lacourbe : "L'on fait peu de négoce de
morphil au Sénégal. L'on m'assure que c'est parce qulon le paye trop
peu, que les chasseurs gagnent plus du cSté de la Gambie s'y retirent
tous". (Locourbe. Fonds Français 9339. Mémoire de Lacourbe du 21 mars
1693. Note de Loffitard, f. 60 verso). On peut se demander si l'ivoire
du Fuuta et de Gejaaga est compris dans les 2.500 quintaux que Fran-
çais, Anglais et Flamands viennent traiter au Sénégal (Baltasar
Barreiro, 1606, ibid, p. 31).
En 1688, Chambonneau estime à 15.000 livres ln quantité
d'ivoire traitée dans le fleuve Sénégal, sans spécifier ce qui revient
au Fuuta dans ce commerce (C6 juin 1688 - Rapport de Chambonn ,nu au
Marquis de Signelay f. 1) tondis que Lacourbe nous dit qu'il en a
négocié 160 à 180 quintaux. Il ajoute que "cela va m~me jusqu'à 200
lorsque les narchandises ne manquent point. Le quintal ne revient pas
12 livres et se vend en France 100 livres" (c6 2- 1693. Mémoire de
Lecourbe sur le commerce de Guinée 26.3.1693).
Nous avons vu plus haut que la quantité traitée à diminué
considérablement. Lu début du XVIIe Siècle, le cours de l'ivoire
était de l'ordre de 15 à 16 barres le quintal, ce qui équivalait à
35 florins (P. van den Broecke (1606-1609), ibid p. ~76-~77). Cet
ivoire était revendu à Amsterdam entre 78 et 90 florins le quintal

en 1619. Ln marce bénéficiaire brute était de 140 %. En 1700, selon
A. Brue le cours de l'ivoire 6tnit de 18 barres les 100 livres. Il a
donc plus que doublé par rapport au début du siècle (C6-29-1700 A.
Brue à Thanas Corker). Dans la cargaison du navire l'Anne commanùé
par le cnpit~1.ine Jan Lech, figurent 2.28::: "dents" d'éléphants pesant
C_Q
570 livres~f2 à 18 barres le cent (soit 10.269 barres), et 3.503
petites dents pesant 164 tt3.5 à 9 barres le cent (soit 1.483 barres).
(C6-2. 1690-1699 15 Dors 1693. Facture des narchandises chargées à
bord du navire l'Lnne pour Londres).
3. LES AUTR~S PRODUITS
Ln Suné3aœbie fournit une Gonne extrênenent variée de pro-
duits, paroi lesquels on peut citer l'aDore gris ou la ci~ette et
des plunes d'autruche. Mais les produits lRS plus inportants sont
l'or et les esclaves.
La recherche des métaux précieux qui n été l'une des moti~a­
tians des grandes découvertes et du contact avec l'Afrique n'a pas
répondu à l'attente des Européens. Il ne semble pas qu'il y ait eu
un véritable courant du conoeree de l'or p1.r l'Atlantique, car l'or
du Soudan continue toujours à suivre ln route transsaharienne. De
Val entim Fernan(~ès à Locourbe et Chambonneau, la plupart des sources
sont d'acoord pour JUGer dérisoire le coooerce de l'or. Valentin
Fernandès et D. Pachéco Pereira disent qu'on traite peu d'or dans le
Fuuta. Cet or vient du Bambuk princi~alesent. Jusqu'à la fin du XVIIe
siècle, la çua~tité traitée est infine, environ 12 marcs, soit la
valeur de ll.800 livres tournois en 1693 (c6 - 2. 1693 Mémoire de
Lacourbe sur le comlerce de Guinée (26-3-1693